de Bentzmann.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

(D'après les pièces authentiques des Archives de la Famille, les Registres paroissiaux de l'église Notre-Dame de Sainte-Bazeille et le Nobiliaire officiel du royaume de Prusse).

Armes : Tranché d'or et d'agir à un homme tourné de face, vêtu d'un tablier tenant sur le poing droit un faucon regardant à gauche, un ancre posé vers les pieds. Au-dessus du casque couronné, pour cimier, un faucon tourné à droite (Nobiliaire allemand, par le baron Léopold de Ledebühn), et Sceaux en cire rouge des susdites archives.

L'ancienne et noble famille des Bentzmann est originaire du royaume de Pologne ; mais nous la trouvons établie, depuis trois siècles au moins, dans la ville hanséatique de Dantzig, où elle s'était réfugiée pour échapper à la persécution, par suite des guerres civiles qui désolaient sa patrie. Une branche vint se fixer en France, dans la première moitié du XVIIe siècle.

I. GODEFROY DE BENTZMANN, né vers la fin du XVIe siècle, est mentionné comme sénateur de Dantzig. Il eut deux fils : 1° Pierre et 2° Christian, qui devint le chef de la branche française, comme nous le verrons plus loin :

1° Pierre de Bentzmann, l'aîné, sénateur et bourgmestre de Dantzig mourut pendant le siège de cette ville du temps du roi Stanislas, et laissa un fils :

André, sénateur et bourgmestre de Dantzig, mort en 1749, qui eut cinq fils, savoir :

1. Godefroy, sénateur de Dantzig, qui à l'âge de 23 ans voyagea en France, pour compléter son instruction, en compagnie de Jean de Bentzmann, son frère, âgé de 21 ans, et reçut l'hospitalité chez un de ses cousins, Etienne de Bentzmann, chanoine et trésorier de l'église primatiale de Saint-André de Bordeaux (année 1750).

2. Jean, dont il vient d'être parlé, auditeur en 1761, conseiller en 1 769, bourgmestre en 1 778, mort en 1795. Il avait épousé en 1754 Catherine Renate de Schroeder, fille de Christian Gabriel de Schroeder, auditeur, conseiller, maire, mort en 1762, et de Jeanne Constance Ferber. Du mariage de Jean de Bentzmann et de Catherine de Schroeder, qui mourut des suites de couches, était né en 1756 un fils :

Jean Gabriel, qui fit ses études à Leipzig, se voua à la carrière des armes, devint chef d'escadron et se maria à Leipzig avec Jeanne Frédérike Charlotte de Dittmann. Les familles nobles de Schroeder et de Ditmann existent encore en Prusse où elles occupent de hautes fonctions et siègent dans les Assemblées du royaume. - Du mariage de Jean Gabriel et de Frédérike Charlotte sont nées deux filles jumelles.

1. Jeanne Frédérike Julie.

2. Jeanne Frédérike Wilhelmine, nées le 23 septembre 1786.

3. André, sénateur de la vieille ville de Dantzig, mort célibataire en 1809, qui, en 1753 et 1754, vovagea en France, pour acquérir des connaissances, en compagnie de Pierre de Bentzmann, son frère, après le retour de Godefroy et Jean de Bentzmann, ses aînés, visita comme eux Etienne de Bentzmann, chanoine et trésorier de Saint-André de Bordeaux, et s'arrêta aussi chez un autre de ses cousins, Joseph de Bentzmann, habitant de Sainte-Bazeille.

4. Pierre, sénateur de la ville droite de Dantzig, mort en 1780, qui laissa un fils et une fille, mariés sans conséquence.

5. Charles, sénateur de la ville droite, mort en 1790, laissant de sa femme, décédée, en 1809, deux filles, dont l'une mourut en 1823 et l'autre resta veuve de M. Weber et décéda l'année 1847. Avec cette dernière s'éteignit la branche polonaise de la famille de Bentzmann.

2° Christian, qui suit.

II. CHRISTIAN DE BENTZMANN, écuyer, avait quitté Dantzig comme nous venons de voir que le firent ses arrière-neveux et pour les mêmes motifs, voyagea en France « afin d'acquérir les connoissances convenables aux gens de sa condition. » Mais il s'établit en Guyenne, dans la paroisse d'Agnac, juridiction de la Sauvetat-de-Caumont en Agenais, après avoir épousé, vers 1640, demoiselle Jeanne Bruseau. Nous avons de lui de nombreux actes, où il est qualifié d'écuyer et de sieur du Bout-du-Pont. Christian de Bentzmann revint à Dantzig en 1664, pour régler avec son frère aîné, Pierre de Bentzmann, ses droits héréditaires. Apres avoir passé un an dans cette ville, il, gagna la Hollande pour retourner en France par voie de mer. Mais depuis ce moment on n'eut de lui aucune; nouvelle. Il avait laissé en Guyenne, sa femme, et six enfants. Fort inquiète de la longue absence et du silence obstiné de son mari, Jeanne Bruseau envoya quatre ans plus tard son second fils, Jacques de Bentzmann à sa recherche. Mais n'anticipons pas. Du mariage de Christian de Bentzmann et de Jeanne Bruseau étaient provenus :

1° Gabriel, prêtre, docteur en théologie, chanoine et trésorier de l'église primatiale de Saint-André de Bordeaux.

2° Jacques, sieur de La Grave, habitant de la paroisse de Saint-Eyrard, juridiction de Duras, dans la maison de La Grave. C'est lui qui partit pour Dantzig, porteur d'une lettre de sa mère à Pierre de Bentzmann, son oncle. Nous trouvons, en effet, à la date du 12 avril 1668, le certificat qui lui fut délivré extraordinairement en la juridiction de Duras attestant qu'il était fils légitime de Christian de Bentzmann et de Jeanne Bruseau et sur le point de se rendre à Dantzig où son père s'était retiré, il y avait environ quatre ans. Dès son arrivée auprès de son oncle, celui-ci s'empressa de répondre à sa belle-sœur, à la date du 6 juin, de l’année 1668, pour lui dire ce que nous connaissons déjà de Christian de Bentzmann, ajoutant qu'il retiendra auprès de lui son neveu Jacques jusqu'à ce qu'il ait reçu de nouveaux ordres de sa part. L'adresse est scellée du sceau de ses armes. - Ce fut après la réponse de Jeanne Bruseau que Jacques de Bentzmann, ne doutant plus de la perte de son père et se souvenant que le nom de sa famille était connu en Pologne, passa dans ce royaume et y fut attaché pendant huit ans au grand chancelier de Lithuanie. Il obtint, au moment de son retour en France, le 10 avril 1681, un passeport (1) signé de la main de S. M. Jean Sobieski et scellé du grand sceau du royaume de Pologne, et attestant que noble Jacques de Bentzmann a passé dix ans avec distinction dans ledit royaume et dans le grand-duché de Lithuanie et a été attaché pendant huit ans avec honneur à la personne de l'Illustrissime Christophore Pac, grand chancelier dudit duché, que ledit noble de Bentzmann a été fortement recommandé par les conseillers du roi et a même bien mérité de sa royale personne. - Jacques de Bentzmann mourut sans postérité à Bordeaux au service du roi.

3° Jean Christian, qui suit,

4° Pierre, mort au service du roi,  

5° Autre Jacques, prêtre et chanoine de l'église Saint-André de Bordeaux

6° Autre Jean, avocat au Parlement de Bordeaux, marié avec Mlle Brandon, d'où naquit :

1. Jacques, avocat au Parlement de Bordeaux, marié avec Marie de Menou, fille de Pierre Gaston de Menou, écuyer, seigneur de Camboulan, La Carbonnière et autres places et habitant de la ville de Monségur en Bazadais, et de Isabeau de Caumont de Guaches (2).

2. Autre Jacques, prêtre et curé.

7° Honoré, prêtre et curé de la paroisse de Juzac dans l'Entre-Deux Mers.

III. JEAN CHRISTIAN DE BENTZMANN, écuyer, fut nommé le 12 octobre 1681 à l'office de lieutenant de judicature dans le duché et la juridiction de Duras par Jacques Henry de Durfort, duc de Duras, pair et maréchal de France. Il était encore juge le 15 février 1691. Il épousa Ursule Boissonneau, veuve de M. Me Jean Vilotte, procureur en la cour du Parlement de Bordeaux.

Il eut de sa femme 4 fils et 3 filles, savoir :

1° Jean, écuyer, mort vieux et célibataire. Une ordonnance du maréchal, comte de Thomond, commandant, en chef, en Guyenne défendit le port des armes à tous, ceux qui ne pouvaient, justifier

de leur noblesse. A cause de son origine étrangère Jean de Bentzmann fut appelé à faire ses preuves et nous avons écrite de sa main la requête qu'il adressa en 1757 à Monseigneur de Thomond pour être autorisé à conserver et à porter les armes permises aux nobles par les lois du royaume. Il fait l'historique de sa maison, en dresse la généalogie et l'accompagne du passeport délivré par le roi de Pologne Jean Sobieski, à Jacques de Bentzmann et constatant ses titres de noblesse. Il y joint l'attestation suivante du consul du roi de Pologne à Bordeaux, datée du 8 janvier 1756 : « Nous messire Laurans baron de Rousseau de Poldenheim, consul de Sa Majesté le roi de Pologne, Electeur de Saxe et de la nation polonaise, à Bordeaux. Certifions à tous et à qui il appartiendra non seulement pour avoir veu le passeport et certificat signé du Roy de Pologne auquel foy doit être ajoutée, expédié à noble Jacques de Bentzmann, que les autheurs dudit sieur estoient originaires du royaume de Pologne, à présent et depuis longtemps à Dantzig, [mais] pour les y avoir veu et connoitre encore aujourd'hui occuper des plasses de scénateur et de bourguemestre, plasses qui ne sont occupées que par la plus haute noblesse. En foy de quoi ay expédié les présentes auxquelles avons mis le sceau de nos armes, à Bordeaux le 8 janvier 1756.

« L. Baron de Rousseau de Doldenheim »

« Collatiouné par nous Ecuyer, Conseiller secrétaire du Roy et de la Couronne de France, contrôleur et chancellier près le Parlement de Bordeaux.

« Mérel. »

La requête de Jean de Bentzmann porte en tête : « Vu le passeport du Roy de Pologne et le certificat de son consul à Bordeaux avons accordé au requérant la permission de porter les armes comme bon gentilhomme. Fait à Bordeaux le 5 novembre

1757.

« Thomond. »

2°, Joseph, qui suit,

3° Etienne, prêtre, docteur en théologie, chanoine et trésorier de l'église primatiale de Sainte André dé Bordeaux.. C'est celui-là même qui fut mis en rapport par le consul de Pologne avec Godefroy et Jean de Bentzman n'arrivant de Dantzig, comme nous l'avons mentionné plus haut, en l'année 1750. En 1753 André et Pierre de Bentzmann, frères plus jeunes des deux précédents, vinrent à leur tour voyager en France et renouer les liens de famille longtemps interrompus avec la branche française des Bentzmann. Ils visitent Etienne de Bentzmann à Bordeaux, et son frère Joseph de Bentzmann à Sainte-Bazeille et continuent avec eux une correspondance affectueuse qui porte le sceau des mêmes armes, identiques entre les deux branches.

4° Jacques, habitant de Saint-Eyrard, mort avant 1755.

5° Catherine, habitante de Bordeaux.

6° Marie, habitante de Saint-Eyrard, dont nous avons le testament du 10 décembre 1735 instituant pour ses héritiers les enfants de Joseph de Bentzmann, ses neveux et nièces.

7° Marie Anne, religieuse au couvent de Saint-Benoît, à Marmande.

IV. JOSEPH DE BENTZMANN DE CHRÉTIEN, écuyer, né en 1700, habitant d'abord Saint-Eyrard dans la juridiction de Duras, puis Sainte-Bazeille, conseiller du roi, maire ancien et perpétuel de cette dernière ville, épouse par contrat du 30 avril 1737 Marie Joly de Sabla, habitante de Sainte-Bazeille et fille de feu Mathurin Joly de Sabla, lieutenant d'infanterie et de Jeanne Durand. Le futur époux est assisté de ses frères et sœurs mentionnés ci-dessus, de son oncle Honoré de Bentzmann, curé de Juzac dans l'Entre-Deux-Mers, etc. Parmi les témoins de la future épouse sont Alexis Joly de Sabla, son frère et Thérèse-Madeleine de Cazenove, sa tante.  

Joseph de Bentzmann fit auprès de Mgr de Tourny, intendant de la province, une démarche corrélative à celle que son frère Jean avait faite auprès de Mgr de Thomond, commandant en chef en Guyenne. Celui-ci avait reconnu la validité des titres de noblesse de la famille de Bentzmann, et Mgr de Tourny, comme intendant et visant la reconnaissance faite par le maréchal de Thomond, ordonne aux consuls de Sainte-Bazeille que Joseph de Bentzmann, vu son extraction noble et l'ordonnance dudit maréchal, soit rayé des rôles de capitation de ladite ville. Il s'exprime ainsi :

« Nous faisons défence aux consuls de Sainte-Bazeille de l'année prochaine 1758 et à ceux qui leur  succéderont à l'avenir de capiterle suppliant sur le rolle de la communauté de ladite ville, attendu qu'il doit être employé sur celui de la noblesse, et à peine contre lesdits consuls de demeurer responsables en leur propre et privé nom du montant de cette cotte. Fait à Bordeaux le 12 décembre 1757.

« De Tourny. »

Les deux frères Jean et Joseph de Bentzmann avaient ainsi rétabli d'une manière indiscutable devant toutes les juridictions leur qualité de nobles et avaient obtenus tous les privilèges qui y étaient attachés.

Joseph de Bentzmann fut .inhumé dans l'église Notre-Dame de Sainte-Bazeille le 11 décembre 1774, à l'âge de 74 ans. Marie Joly de Sabla, son épouse, était morte en avril 1752. De ce mariage sont issus :

1° Jeanne, née et baptisée le 28 novembre 1738, filleule d'Etienne de Bentzmann, chanoine de Saint-André de Bordeaux et de Jeanne Durand, sa grand-mère.

2° Etienne Timothée, né le 5 octobre et baptisé le 18 du même mois 1739, filleul de Timothée Joly de Sabla, docteur en théologie desservant la paroisse de Bouchet près de Casteljaloux, et de Catherine de Bentzmann, sa tante.

3° Marie Ursule, née le 21 septembre 1740.

4° Joseph, baptisé le 23 mai 1742, qui fut chanoine de Saint-André de Bordeaux.

5° Anne Colombe, née le 6 décembre 1743, inhumée en 1745 dans l'église Notre-Dame.

6° Michel, baptisé le 22 août 1745, inhumé en 1750 dans la même église.

7° Maurice Eugène, baptisé le 4 novembre 1746, inhumé le 17 octobre 1750 à Notre-Dame.

8° Catherine Thérèze, baptisée le 23 octobre 1748.

9° Marie Anne Chrétienne, baptisée le 2 novembre 1749, filleule de Charles Léonard Dezetz, conseiller dû roi, lieutenant général à la salle de marbre du Palais à Bordeaux et de Marie. Anne Joly de Sabla, sa tante, et inhumée en 1757 dans l'église de Notre-Dame.

10° Bazeille Flore Chrétienne, baptisée le 25 octobre 1750 et inhumée en 1779 dans ladite église.

11° Pierre Honoré Joseph, qui suit :

V. PIERRE HONORÉ JOSEPH DE BENTZMANN, écuyer, maire de Sainte-Bazeille, né et baptisé le 21 novembre 1751, épouse, par contrat du 8 novembre 1785, Marie Marguerite Du Peyron, née le 7 août 1761 de Jean François Du Peyron, avocat et maire en titre de Meilhan et de Anne de Bazas. Il traversa toute la période révolutionnaire et eut payé de sa tête, comme tant d'autres le crime d'être né noble si la reconnaissance des habitants de Sainte-Bazeille qu'il avait si longtemps et si paternellement administrés comme maire, ne l'eût soustrait au bourreau (3). Il avait été déjà arraché à sa famille et enfermé dans les prisons de Bordeaux, d'où l'on ne sortait guère que pour aller à la mort. Une députation de ses concitoyens eut le bonheur d'obtenir son élargissement et le ramena en triomphe dans sa ville natale. Il y mourut, en 1807 remplissant de nouveau les fonctions de maire. Il avait eu de son mariage :

1° Jean Joseph Timothée, qui suit ;

2° Jean François Armand de Bentzmann de Sabla, baptisé le 28 juin 1788. Il suivit la carrière des armes, s'y distingua par son éclatante bravoure, prit part tout jeune aux guerres d'Espagne et subit la terrible détention des pontons espagnols.

Nous le retrouvons en Russie pendant la campagne de 1812. Il mourut capitaine d'infanterie en 1814. des suites de plusieurs blessures reçues pendant cette dernière guerre, notamment d'une balle qui le frappa en pleine poitrine, mais fut amortie par l'épaisseur d'un portefeuille bourré de papiers et conservé dans sa famille. C'était au commencement de 1813, autour de Smolenk (4), Il fit sur le moment peu d'attention à cette balle qui détermina à la longue les graves désordres internes dont il est mort, car il ne parle que d'une autre balle reçue près du poignet et bien moins funeste. Il écrit de Dresde à sa mère en septembre 1813 :

« Ma chère Maman,

« Je suis arrivé dans cette ville depuis, hier. J'ai été blessé le 30 du mois dernier à 10 lieues d'ici. J'ai reçu une balle à 4 doigts du poignet droit. Je l'ai fait extraire, ce matin et ne suis point estropié puisque je puis remuer les doigts.

J'ai reçu dans la même affaire un biscayen dans mon schako à deux doigts au-dessus de la tête. Je vais m'en retourner sur les derrières de l'armée pour me guérir...

Adieu, ma chère maman, je te souhaite une bonne santé ainsi qu'à toute la famille. Dis à Saint-Denis que je pourrai faire encore quelques parties de chasse avec lui.

Je vais essayer de signer de la main gauche.

« Bentzmann. »

3° Zélie Catherine, mariée avec Cibard de Laujac.

4° Bernard, né le 17 octobre 1793 et mort le 25 fructidor an II.

VI. JEAN JOSEPH TIMOTHÉE DE BENTZMANN, écuyer, baptisé le 24 décembre 1786, filleul de Jean

Joseph de -Bentzmann, chanoine de Saint-André de Bordeaux, son oncle, et de Anne de Bazas, épouse en 1811 Thérèse Angélique Françoise Marie Julie de Nélis, de Malines, fille de noble Jacques de Nélis et de Claire Anne de Hillema (5), et nièce de Mgr de Nélis, évêque d'Anvers, orateur distingué, qui fut chargé de prononcer l'oraison funèbre de Marie Thérèse d'Autriche, émigra et mourut dans un couvent de Camaldules des environs de Naples.

Jean-Joseph Timothée de Bentzmann avait commencé de servir dans la marine de 1805 à 1808, à Boulogne, sous les ordres de l'amiral Lacrosse, son parent, qui commandait en chef la flottille impériale. Nous le retrouvons officier d'intendance au grand quartier de la grande-armée le 4 janvier 1813, jour où il écrivait de l'île de la Nogat, à sa mère :

« Depuis bien longtemps je n'ai eu le plaisir de vous écrire, ma bonne et respectable mère, j'ai toujours été en route. Je jouis d'une bonne santé. Je suis dans un village à 6 lieues de Dantzig. Sous huit jours j'espère aller dans cette ville où habitaient nos ancêtres et je tâcherai de découvrir s'il n'y en auroit pas encore quelques vestiges. - J'ai fait la route souvent avec Sabla (6) ; nous nous étions rencontrés à Smolensk, où je lui ai été bien utile : je lui ai donné des vivres tant qu'il a voulu, nous avons été à une bataille ensemble, il reçut un biscayen sur le téton droit qui ne fit que lui déchirer sa capote, nous étions à côté l'un de l'autre ; il a montré beaucoup de sang froid et de gaieté dans cette action où nous avons complètement battu l'ennemi. Il y a longtemps que je ne l'ai vu, son régiment est à quelques lieues d'ici ; je lui ai écrit pour qu'il vienne me voir. Mon beau-frère de Nélis est mort victime de sa bravoure. Il s'est couvert de gloire par une charge de cavalerie qu'il a exécuté avec beaucoup d'habileté. Vous ne devez cesser, ma bonne mère, de remercier le Ciel de vous avoir conservé vos deux fils... Adieu, ma chère mère, mes respects à toute la famille...

« Bentzmann. »

Il eut de sa femme Thérèse de Nélis, qui décéda le 16 mai 1867 :

1° Théobaldjean Raymond Marie de Bentzmann, né le 8 mai 1812 à Malines. Après une brillante carrière militaire, il, devint général de division d'artillerie et mourut pendant le siège de Paris, victime

de son dévoûment en exerçant le commandement en chef des forts et de l'enceinte de la rive gauche de la Seine qui lui avait été confié sur sa demande malgré l'état très grave de sa santé mortellement atteinte, comme nous le verrons plus loin, par les fatigues et les intempéries subies pendant l'expédition de Chine. Nous allons esquisser rapidement cette belle carrière militaire :

Théobald de Bentzmann entra à l'Ecole polytechnique en octobre 1831 dans les premiers numéros de sa promotion. Envoyé ensuite à l'Ecole d'application de Metz, il nous dit lui-même dans les notes qu'il a laissées : « Je m'agitais dans tous les sens et fis tous mes efforts pour échapper à l'oisiveté de la vie de garnison. » Après des démandes réitérées, il rejoignit notre glorieuse armée d'Afrique au plus beau moment de ses exploits (1837). Présenté à La Moricière, le héros d'Afrique, par celui qui devait être un jour le maréchal Bosquet, le lieutenant de Bentzmann fut aussitôt remarqué par le brillant général et attaché par lui à son état-major. De Bentzmann se dévoua passionnément à cet homme illustre et ne le quitta que lorsque l'exil (1851) arracha à la France celui qui n'avait vécu que pour elle. Ce fut un déchirement pour ces deux coeurs qui se confondaient dans un même amour de la patrie. Nous trouvons dans les notes déjà citées : « Les années que j'ai passées près du général de La Moricière sont les plus heureuses et les plus précieuses dans les souvenirs de ma vie. Doué d'une bravoure entraînante, d'une prodigieuse intelligence et de l'âme la plus noble et la plus haute, il avait tout pour jouer un grand rôle ! Malheureusement la destinée ne l'a pas voulu et a brisé dans toute sa force celui qui aurait pu épargner d'affreux désastres à la France et porter bien haut sa gloire. »

En 1855, nous retrouvons de Bentzmann sous-chef d'état-major de l'artillerie en Crimée, sous les ordres du maréchal Pélissier. Le jeune officier déploya dans ce poste les qualités qui le signalaient depuis longtemps à l'attention de ses supérieurs. Ses services pendant cette mémorable campagne furent récompensés par le grade de lieutenant-colonel, la croix d'officier de la Légion d'honneur, l'ordre du Bain, le Medjidieh, etc., etc. – La campagne d'Italie fut la seule à laquelle de Bentzmann n'assista pas. Comme toujours il brigua le poste de combat, « mais, nous dit-il, on répondit à ma demande qu'on ne pouvait pas donner toujours au même l'occasion de se distinguer et qu'on me réservait pour le poste de sous-chef d'état-major de l'armée de l'Est qui allait se concentrer à Nancy sous les ordres du maréchal Pélissier. » Le rapide succès de nos armes en Italie rendit inutile la formation de ce corps d'armée.

Quelques mois après (1860), l'expédition dé Chine étant décidée de concert avec l'Angleterre, le commandement en chef de l'artillerie du corps expéditionnaire fut confié au colonel de Bentzmann sous les ordres du général Montauban. Notre colonel se distingua d'une façon toute particulière dans cette difficile et périlleuse campagne où l'artillerie eut presque seule à décider la victoire. A son retour en France, il fut promu général de brigade et commandeur de la Légion d'honneur en récompense de ses brillants services et la ville de Sainte-Bazeille lui fit une réception triomphale dont

les habitants garderont le souvenir. Il prit ensuite le commandement de la brigade d'artillerie de Strasbourg et, trois ans après (1864) nommé général de division, il commande l'artillerie au fort de Vincennes. C'est à ce poste que le trouvent les funestes événements de 1870. Sa santé était gravement atteinte depuis l'expédition de Chine où l'armée avait campé plusieurs mois dans les marais. Le général songeait à se retirer dans sa famille lorsque la guerre éclata. Ici nous cédons la parole à celui ( ) qui neuf ans auparavant ayant salué le retour du général triomphant devait saluer sa glorieuse dépouille, déposée dans le cimetière de Sainte-Bazeille le 13 juin 1871, au milieu du concours de la population éplorée :

« Sans doute, les campagnes d'Afrique, de Crimée et de Chine avaient fait de notre compatriote un glorieux soldat ; mais il manquait un couronnement à sa vie, et il était réservé au siège de Paris de faire de lui une victime volontaire du devoir et de l'honneur. Epuisé par une maladie mortelle, mais Un instant ranimé par l'air natal, il vint de lui-même s'enfermer dans la capitale au moment où il projetait d'aller demander au climat de l'Italie un hiver plus doux. Il y demeura d'abord sans titre officiel, dans le seul but d'être utile, jusqu'au jour où nos armées vaincues et nos provinces envahies ne laissèrent plus d'autre illusion de salut que ces fières murailles qu'on regardait alors comme un infranchissable rempart. - C'est là que, sans perspective d'avancement ou de gloire, sans obligation de service, sans espoir de vie, ou pour mieux dire, avec certitude de mort, il accepta de se renfermer, en qualité de commandant de l'artillerie de la rive gauche, rude tache égalée par sa capacité et son énergie, mais malheureusement trop lourde pour son organisation défaillante. - C'est ainsi que, par ce triste hiver, sous le froid et la neige, au milieu des difficultés et des privations d'un siège sans, exemple, il abrégea volontairement le nombre de ses jours, content de conserver au service de la patrie les derniers efforts d'un bras qui tombe, les derniers souffles d'une respiration qui s'éteint. »

Sur la feuille des états de services du général, du 15 juin 1869, nous lisons à l'article action d'éclat :

« A été cité à l'ordre de l'armée d'Afrique comme s'étant fait particulièrement remarquer dans l'expédition du 2 au 19 juillet 1841, ayant pour but d'introduire un convoi à Maskara et de moissonner autour de cette place (Rapport du général de La Moricière).

« Cité à l'ordre du corps expéditionnaire de Chine le 15 août 1860 comme s'étant fait particulièrement remarquer dans le commandement de l'artillerie à l'attaque du camp retranché à Tang-Kon (Rapport du général Montauban).

« Cité de nouveau le 19 septembre 1860 comme s'étant encore distingué dans le commandement de l'artillerie au combat de Chang-Kia-Wan (Rapport du général Montauban). »

C'est en grande partie à de Bentzmann que nous devons la rapidité de nos succès dans cette première expédition de Chine.

Il était commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur, compagnon de l'ordre du Bain d'Angleterre, décoré de l'ordre du Medjjdié, grand croix de l'ordre pontifical de Saint Grégoire-le-Grand, grand croix de l'ordre impérial de Saint Stanislas de Russie et commandeur de l'ordre impérial et royal de Léopôld d'Autriche. Il mourut célibataire.

2° Léon Jean Charles Marie, qui suit :

VII. LÉON-JEAN-CHARLES-MARIE DE BENTZMANN né le 15 novembre 1813, épousa le 31 janvier 1856, Marie Amélie Delmas de Grammont, fille de Jacques Philippe Delmas de Grammont, général de division, et de Marie Aune de Boëry. De ce mariage sont provenus :

1° Philippine Marie Louise, née le 18 novembre 1856 et mariée le 30 avril 1875 dans l'église de Saint-Thomas-d'Aquin à Paris, avec le comte Renaud Amable de Montaignac de Chauvance, fils de l'amiral marquis Louis de Montaignac de Chauvance, ancien ministre de la marine et ancien sénateur, et de Marie Sabine d'Auberville, sœur de Madame de La Moricière et fille de Marie de Moutaigut, comtesse d'Auberville, dont la mère, madame de Montaigut (7) a laissé des mémoires émouvantes sur la période révolutionnaire. - La mort moissonna après quelques mois de mariage, le 5 juin 1876, la jeune et ravissante comtesse Renaud de Montaignac, dont ou ne savait assez admirer la grâce touchante et l'angélique beauté.

2° Christian, qui suit ;

3° Théobald, né le 2 mai 1861 et marié le 4 avril 1883 avec Jeanne Elisabeth de Lestapis, fille de Henri de Lestapis et de Anna de Lestapis, cousins germains, desquels est issue Henriette Amélie Sabine, née le 30 décembre 1889.

VIII. CHRISTIAN DE BENTZMANN, né le 18 novembre 1857 et marié le 4 avril 1883 avec Clotilde Raymonde Jeanne de Brocas de Lanauze, fille du comte François de Brocas de Lanauze et de Marie Mathilde Françoise de Villespassens de Faure de Saint-Maurice. On n'a pas oublié la suprême distinction de celle qui fut Madame Christian de Bentzmann, emportée dans la tombe par une rapide et cruelle maladie, le 22 octobre 1887, à l'âge de 28 ans, laissant une fille unique :

Geneviève Marie Françoise Léonie, née le 10 avril 1884.

 

Notes :

 

1. Voir ce passeport in-extenso aux Notes et pièces justificatives n° VIII.

2. Le contrat de mariage de Pierre Gaston de Menou et d'Isabeau de Caumont fut passé devant Me Robert, not. roy., le 22 août 1716. Isabeau de Caumont est fille de noble Raymond de Caumont de Guaches issu de la maison de La Force habitant de Monségur et de Jeanne du Casta. Ledit Pierre Gaston de Menou eut de ladite de Caumont, sa première femme : 1° Bernard de Menou, marié eu 1745 à Françoise du Peyron, sa cousine ; 2° ladite Marie de Menou, alliée audit Jacques de Bentzmann ; 3° Jeanne de Menou, mariée avec Armand d'Auzaneau de Gastebois, gentilhomme périgourdiu. Il eut de son second mariage avec Marie Gergerès une fille, Françoise de Menou, mariée avec Joseph de Commarque, chevalier, seigneur de Bouys. (Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, t. 11, p. 92). 

3. Voir au chapitre vu, page 371, le certificat de civisme qui lui fut délivré par la municipalité de Sainte-Bazeille et empêcha son exécution.

4. Cet incident est relaté dans une lettre de son frère Joseph Thimothée citée plus loin.

5. Elle appartenait à une famille seigneuriale puissamment riche de la Frise hollandaise dont une branche devint protestante. Madame de Nélis à qui revenait l'immense fortune de cette branche, la refusa dans la crainte qu'elle ne se fut accrue par des dépouilles de l'église catholique. Cette fortune fit retour à l'Etat. Noble exemple d'une délicatesse bien rare !

6. Jean-François-Armand de Bentzmann de Sabla, son frère, dont il a été déjà question.

7. M. Léopold Bentéjac, maire de Sainte-Bazeille.

8. Madame de Montaigut était fille de la maréchale de Noailles qui périt sur l'échafaud à l'âge de 83 ans. Accusée par le Tribunal révolutionnaire de conspirer, la duchesse octogénaire ne répondait pas aux questions qu'on lui posait On prévint l'accusateur public qu'elle était complètemnet sourde. C'est alors qu'il dit ce mot resté célèbre : « mettez qu'elle conspirait sourdement. » Et ce jeu de mots féroce suffit pour faire tomber la tête de la maréchale. 

Histoire de la ville et de la baronnie de Sainte-Bazeille par l'abbé R.-L. ALLIS.

 

 

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