Eglises, chapelles & paroisses.
C.H.G.H.47
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VILLEFRANCHE-DU-QUEYRAN.

Saint-Sabin.

Cette église, à mon avis, appartient à l'ordre roman primordial, qui se fait remarquer depuis l'expulsion des Romains de la Gaule jusqu'au Xe siècle.

On sait sans doute que le mélange du goût des barbares pendant les IVe et Ve siècles, dénatura l'architecture romaine et constitua celle à laquelle on donne le nom de Roman Primordial ; de même que la langue des barbares mêlée à celle des Romains, constitua, dans ce même temps, ce que l'on a nommé le roman.

II.

Le roman secondaire date du XIe siècle ; les constructions de cette époque furent vastes et grandes, les tours qui n'avaient été adoptées que pour placer des cloches devinrent un objet d'ornement ; on leur donna beaucoup de hauteur et de légèreté ; on les multiplia dans le même édifice, etc., etc. (Dict. usuel des artistes.)

III.

Petite, comme les églises primitives, cette église ne ressemble guère qu'à une chapelle ; elle est oblongue et terminée circulairement à l'est ; les fenêtres étroites, à parois épaisses, arrondies en plein cintre.

IV.

Saint-Sabin dut être l'ouvrage de plusieurs années, car il est certain que le chœur est de construction antérieure à la nef et qu'il dut d'abord servir au culte, en attendant la fin de la construction ; ou bien il ne fut autre chose, ce chœur, que ce qu'on nommait abside, espace circulaire où siégeaient les magistrats et où, par suite, le clergé célébra les offices et les saints mystères.

V.

Sous les dalles de cette abside se trouve une maçonnerie que le présume être la croupe d'une voûte, ou pour mieux dire d'une crypte. Voici ce que nous entendons par le mot crypte : les premiers chrétiens ayant d'abord tenu leurs assemblées dans des lieux souterrains, (par exemple les catacombes à Rome) oui bâtit, par imitation, des cryptes ou églises souterraines, sous celles du rez-de-chaussée.

VI.

Il serait à désirer, nous dirons même essentiel, qu'on fît des fouilles sous ce rez-de-chaussée ; car si elles nous faisaient découvrir une crypte, comme je présume, nous pourrions alors positivement dire que cette église remonte au IVe ou Ve siècle, et qu'elle fut une des premières églises bâties dans la Gaule Aquitanique. (Aquitaine première.)

VII.

Autour du chœur se trouvent, pratiqués dans l'épaisseur de la muraille, douze arceaux en plein cintre. Le parement vertical extérieur de ces arceaux est formé par des demi-colonnes d'ordre roman ; nous appelons demi-colonnes celles qui sont adossées au mur, c'est-à-dire qui ne se détachent pas entièrement dans le vide à cylindre plein. Le fût est d'une égale grosseur de bas en haut ; leurs chapiteaux sont ornés de moulures nattées, d'entrelacs, de guillochis, d'animaux singuliers, espèces de griffons, de chimères, de têtes quelconques grotesques, etc. Ils ne supportent précisément pas, comme tant d'autres de ce genre, des obscénités ; mais on reconnaît sur l'un d'eux les corps d'un homme et d'une femme nus auprès d'un arbre qu'un serpent enlace. Je regarde cette sculpture comme la vraie représentation d'Adam et d'Eve auprès de l'arbre de la science du bien et du mal.

VIII.

Les sculptures qui manquent, comme toutes celles de ce genre par les proportions, sont cependant la plupart remarquables. Le ciseau est habile, dirons-nous, là même où n'est point observée la proportion géométrique, ou pour mieux dire les proportions naturelles à tout dessin d'ornement.

IX.

Enfin les deux grandes colonnes, presque à cylindre plein, dont les chapiteaux tout romans sont dans le goût de ceux des colonnes formant parement aux arceaux dont nous venons de parler et entrecolonnement dans le chœur, terminent l'abside ou partie circulaire. Vues les premières, en entrant, elles ont été placées sur les deux côtés du chœur comme les plus imposants soutiens d'un arc de triomphe.

X.

A une retraite d'un mètre huit centimètres de ces deux colonnes s'élèvent parallèles les murs de la nef; l'église de forme oblongue, se termine par une porte fort insignifiante à ogive fort écrasée. Je n'omettrai point de dire que, sur le milieu de la retraite précitée, se trouvent, sur les deux côtés, à droite et à gauche, deux colonnes tronquées. Le temps a-t-il détruit leurs chapiteaux ? N'ont-elles jamais été terminées ? Nous laissons cette question à résoudre.

 

Détails d’une partie de l’intérieur de l’église Saint-Sabin, pour servir à l’intelligence de la loi qui règne dans l’ensemble de cette enceinte.

 

Sur l'une des deux grandes colonnes déjà mentionnées nous voyons, sculptés, un cheval portant une personne, des personnages suivant le cheval et venant à sa rencontre. Serait-ce la fuite en Egypte, l'entrée triomphante à Jérusalem, ou toute autre chose enfin ? Encore à trouver grande colonne à l'entrée du chœur (voir le paragraphe 9 pour les détails de son chapiteau.)

Premier arceau à gauche, en entrant.

Arceau de distinction, sur la gauche, en entrant dans le chœur, puisque c'est le seul, dont le cintre soit orné d'espèces de triangles terminés chacun au sommet par une petite circonférence.

Ce premier chapiteau représente une femme qu'un monstre, dont la forme est méconnaissable, saisit de sa griffe à la partie supérieure de la tête ; la femme d'une main, cherche à s'en débarrasser. Sur un angle de ce même chapiteau, un monstre, dont les parties du corps se confondent avec le corps du premier, tient suspendue par le crâne, entre ses dents, une autre petite femme grossièrement sculptée. A l'angle saillant de la corniche du même chapiteau se voit un personnage qui se déchire la bouche de ses mains.

Chapiteau de la seconde colonne à gauche, en entrant.

Sur ce chapiteau sont sculptés deux animaux, espèces de baudets ou pourceaux (leur forme est des plus équivoques), portant chacun un individu. Ces deux animaux viennent à la rencontre d'un personnage qui occupe le milieu dudit chapiteau. A son costume on croit reconnaître une femme. Entre elle et l'animal qui est à sa droite on dirait voir une mitre.

Chapiteau de la troisième colonne à gauche, en entrant.

Chapiteau simplement orné de palmettes ; on a voulu sans doute imiter les feuilles d'acanthe.

Chapiteau de la quatrième colonne à gauche, en entrant.

Sur ce chapiteau sont des oiseaux qui entrelacent leurs cols.

Nous ne dirons rien sur la fenêtre de gauche en entrant ; sa forme et ses ornements sont assez prononcés pour qu'on reconnaisse facilement ce qu'elle représente, et le genre tout roman auquel elle appartient. Les quatre fenêtres qui se trouvent dans le chœur sont dans ce goût et de même genre d'architecture ; mais les chapiteaux qui soutiennent leurs cintres sont divers quant aux ornements.

Les douze arceaux qui entourent le chœur sont tous semblables ; ils ne varient également que dans le détail des ornements du chapiteau.

Au fond du chœur s'élève un autel en pierre, grossièrement construit ; il n'a été bâti qu'après coup, car il masque une des treize colonnes de l'enceinte ; il est adossé à cette colonne et occupe la moitié de deux arceaux tant à droite qu'à gauche.

Sur le chapiteau de cette treizième colonne on croit reconnaître l'adoration des mages, les personnages sont d'un travail vraiment délicat, mais les proportions ne sont nullement observées : il est dommage que ce chapiteau soit des plus mutilés.

Nous bornerons là notre rapport de détails ; le reste n'offrirait d'ailleurs qu'obscurité et monotonie dans un compte-rendu.

Mosaïque © 1844 par Casimir Berguès-Lagarde.

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