Eglises, chapelles & paroisses.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

TONNEINS.

Saint-Pierre de Tonneins.

Le pouillé de Valéri porte : « In archipresbyteratu Montaldensi : Rector Sancti-Petri de Thonenx et Beate Marie de Tonenchiis. » Tous les anciens documents donnent le titre de matrice à la première de ces deux églises et celui d'annexe à la seconde. La paroisse de Saint-Blaise du Breuil, sans église, a été unie par M. Hébert à celle de Tonneins.

L'église de Saint-Pierre, située dans la ville de Tonneins-Dessus, sur la berge de la Garonne, fut démolie par les huguenots aux premiers temps de leur révolte. Les matériaux servirent aux fortifications. « Elle est toute ouverte, écrivait en 1600 Nicolas de Villars, même du côté de la rivière… quelques murailles du côté de la ville encore en pied. Le clocher qui sert de portail témoigne avoir été un fort beau temple. » Lorsque le culte catholique fut rétabli, par suite de l'Édit de Nantes, on éleva un oratoire en attendant la réparation de l'église. Cette chapelle provisoire fut rasée en 1622 avec la ville de Tonneins. Elle était rebâtie, dès 1625, sur l'emplacement de l'ancienne église dont elle est loin d'atteindre les proportions quoique considérablement agrandie en 1669. Elle est longue de sept cannes, large de trois, haute de quatre. Le sanctuaire est lambrissé.

L'église de Notre-Dame du Mercadieu fut encore plus maltraitée par les huguenots que celle de Saint-Pierre. Elle avait vingt-quatre cannes de longueur, y compris l'épaisseur des murailles, et six cannes de largeur en oeuvre, sans y comprendre les chapelles qui étaient au nombre de six, trois de chaque côté. Elle fut complètement démolie en 1562. « Pour Notre-Dame, dit Nicolas de Villars, au lieu d'icelle et des ruines, l'on a fait un portail et chemin pour rentrer à la ville, la boucherie ordinaire s'y fait dont les consuls tirent un grand émolument. » Le 27 mai 1701, un acte fut signé par la majorité des habitants nouveaux convertis pour demander la reconstruction de l'église Notre-Dame. Le comte de la Vauguyon, baron de Tonneins, offrit de supporter tous les frais et le 23 septembre suivant, Mascaron donna son autorisation. On se mit aussitôt à l'œuvre, mais les choses traînèrent en longueur et l'église ne fut achevée qu'en 1755. Elle fut livrée au culte l'année suivante. Bâtie sur ses anciens fondements, elle se compose d'un choeur et d'une vaste nef. Deux rangs de piliers supportant trois arceaux à plein cintre, courent dans toute la longueur de l'édifice.

Il y avait encore, en 1600, à l'une des portes de la ville, une chapelle dédiée à Notre-Dame, dite de Biscarret. Cette chapelle avait quelques revenus que les consuls affermaient 8 à 10 écus. Elle s'est perdue corps et biens dans la tourmente de 1622.

Les carmes s'étaient établis à Tonneins vers le XIVe siècle. Leur couvent fut démoli parles huguenots. Une partie de leur église était encore en pied en 1600. Transférés à Marmande en 1629, ils ont gardé, au Barris du Bourg de Saint-Pierre l'emplacement de leur ancien couvent qui forme un enclos de six cartonnats et certains autres biens dans la juridiction qu'ils afferment 2.000 livres.

Les religieux du Tiers-Ordre de Saint-François ou Picputiens, de la province de Saint-Elzéar en Guyenne, sont venus à Tonneins le 3 février 1686. Ils plantèrent la croix le même jour. Ils furent d'abord autorisés à prendre, pour en faire leur église, le temple que la révocation de l'Édit de Nantes venait d'enlever aux protestants. Sa nouvelle destination ne sauva pas cet édifice de la destruction à laquelle tous les temples des religionnaires avaient été voués. Les tierçaires construisirent alors leur église actuelle qui fut bénite l'an 1697. Le gardien du couvent est actuellement le P. Duffourc.

En 1689, Louis XIV établit à Tonneins les Sœurs de l'Instruction de l'École charitable du Saint-Enfant-Jésus. Elles sont chargées de diriger une école gratuite de jeunes filles. Elles n'étaient que deux au début et touchaient chacune une pension de 200 livres sur le trésor royal. Vers le milieu du siècle, elles durent s'adjoindre deux autres religieuses sans que leur dotation ait été augmentée.

Trois chapellenies sont attachées à l'église Saint-Pierre. La plus importante, dite de Gourlambeau, a été fondée par un bourgeois de Tonneins, nommé Estève Gourlambeau, dans son testament du 17 mars 1406. Les consuls de Tonneins-Dessus en sont patrons. Elle oblige à deux messes par semaine, le lundi et le vendredi. Elle valait de 4 à 500 livres en 1681. Le curé en est le titulaire.

La seconde, de saint Nicolas et saint Jacques, vulgo saint Jammes, tire ses revenus de rentes et ventes, etc. (1). Elle valait 50 livres en 1681. Le service est d'une messe tous les vendredis. L'évêque y nomme. Le titulaire actuel est Jean-Joseph de Boissonade de Sainte-Colombe, du diocèse de Condom.

La troisième est dite du Purgatoire. Elle consiste en certains biens-fonds (2), appelés du Purgaloire, qui ont été érigés en chapellenie vers 1670, sous le patronage de l'Évêque. Elle valait 150 livres en 1681. Elle oblige à une messe des morts tous les lundis. Le titulaire actuel est Pierre-Joseph Forestié, prébendicr de la cathédrale.

La dîme de tous les fruits : blé, vin, tabac, menus grains, dîmes vertes, etc… se paie au onzième. L’abbaye de Clairac prend les trois huitièmes de la grosse dîme ; le comte de La Vauguyon, aussi trois huitièmes à titre d'inféodation (3) ; le curé, le reste avec les menus grains, dîmes vertes et novales. La part de ce dernier est estimée : 1.950 livres.

Malgré les prétentions de l’abbaye de Clairac, c'est l’Évêque qui nomme, pleno jure, au bénéfice.

Sur sept à huit cents communiants qui font leurs devoirs, il y en a plus de deux mille qui ne le font pas. Pervertie de bonne heure, notamment par André Melanchton, neveu du célèbre luthérien Philippe, la ville de Tonneins fut pendant les guerres de religion l'un des principaux boulevards de l'hérésie dans le pays. S'étant révoltée pour la troisième fois en 1621, elle fut prise par les troupes de Louis XIII, brûlée et ruinée de fond en comble. Le Parlement de Bordeaux porta un arrêt qui défendait de bâtir sur son emplacement et à moins de mille pas de la Garonne. Cet arrêt n'a pas été exécuté. En même temps que leur ville, les habitants construisirent deux temples, l'un à Tonneins-Dessus près de l'église, l'autre à Tonneins-Dessous dans le cimetière catholique. Ces temples lurent interdits à la veille de la révocation de l’Édit de Nantes, puis démolis. C'est à Tonneins, le 9 décembre 1683, que les huguenots tinrent leur dernier synode. Ils abjurèrent en masse, du moins en apparence, entre les mains du curé dans les derniers jours d'août 1685. Cette conversion nécessita la reconstruction de Notre-Dame du Mercadieu. On a vainement émis la prétention de faire ériger cette église en une cure indépendante sous le faux prétexte quelle avait, avant sa destruction, un titulaire particulier. Toutefois, il n'est pas douteux que Notre-Dame du Mercadieu, plus vaste et plus centrale, ne devienne bientôt l'église principale. Le curé, aidé d'un vicaire, est tenu au service ordinaire. Le titulaire actuel est Louis Peyneau, vicaire général, qui refusera le serment et mourra pendant la Révolution.

Saint-Etienne de Gajoufet et ses annexes :

Saint-Maurice (4) et Saint-Vincent.

D'après Valéri, ces trois paroisses ne forment aussi qu'une seule et même rectorie et font partie de l'archiprêtré de Montaut. L'église de Saint-Vincent de Midillac ou de Mardillac, était située sur une éminence à trois mille pas au sud de Gajoufet. Elle est complètement démolie. Il ne reste également que des ruines de celle de Saint-Maurice. Avant 1645, la Porterie et la Sacristie, qui sont deux offices de l'église Cathédrale, étaient possédées par un seul titulaire. Vers cette époque M. Delbène, demanda à M. de Fonmartin, qui était alors pourvu des deux bénéfices, de consentir à leur désunion. Celui-ci accéda à la prière du prélat à la condition que la Porterie, qu'il se réservait, garderait tous les biens dont il était accoutumé de jouir comme sacriste et comme portier. On songea alors pour doter la Sacristie de lui unir la cure de Gajoufet. M. Delbène la donna ensuite à M. de Boissonade, qui fut depuis évêque de Bazas.

L'église est sur une éminence, auprès de quatorze ou quinze maisons. Elle est longue de dix cannes, large de trois, haute de cinq, et lambrissée (5).

La dîme des gros grains et du vin se paie au onzième, des menus grains au dix-septième. Le sacriste de la Cathédrale prend tout le revenu qui est exactement de 3.590 livres. Il y a un gleysage de trois cartonnats. C'est l'emplacement du presbytère détruit pendant les guerres de Religion.

L'Évêque nomme au bénéfice.

Il y a environ quarante-cinq communiants sur six cents paroissiens. Tout le reste est protestant. On dit la messe tous les dimanches, mais les vêpres ne se chantent qu'aux quatre fêtes annuelles et le jour du patron ; on ne fait pas les offices de la semaine sainte… Il y a ordinairement un vicaire perpétuel à portion congrue, qui réside à Tonneins. Par suite d'un arrangement personnel avec son prédécesseur, le sacriste actuel de la Cathédrale est autorisé à desservir lui-même la paroisse. Il le fait avec le titre de prieur-curé. On a déjà dit qu'il s'appelle Louis-Florentin de Faget. Il ne prêtera pas le serment, subira la déportation et sera nommé à Unet après le Concordat.

Notre-Dame de Bugassat.

Valéri place cette paroisse dans l'archiprêtré de Montaut.

L'église a été détruite pendant les guerres de religion et n'a pas été relevée. On en peut voir les restes sur une très haute éminence à une demi-lieue à l'est de Tonneins.

L'abbaye de Clairac prend toute la dîme ; le curé est à la congrue.

L'Évêque, comme vicaire général du Roi dans l'abbaye de Clairac, nomme au bénéfice.

En 1600, il n'y avait pas de catholiques, en 1699 il y en avait six, ils sont aujourd'hui cinquante sur deux cent vingt-cinq protestants. Malgré les ordonnances des évêques, confirmées par un arrêt du Parlement, prescrivant aux curés des paroisses qui n'ont pas d'église de faire le service dans l'église abbatiale de Clairac et d'y résider, le curé de Bugassat réside depuis plus de cent ans à Tonneins où il sert de vicaire et où il dit la messe le dimanche pour sa paroisse. Cependant le troupeau sans pasteur est en grand péril. Le dernier titulaire est Antoine Boisseau qui est passé à Saint-Brice de Lévignac le 21 février 1783.

Saint-Saturnin d'Unet.

Valéri place cette paroisse dans l'archiprêtré de Montaut. Il y avait au lieu de Savaroles une église prieurale qui fut détruite jusqu'aux fondements par les huguenots pendant les guerres de religion. « Il paraît encore, écrivait en 1681, Mascaron dans son verbal de visite, qu'il y a eu un bâtiment dans un espace de sept cannes de long sur quatre de large. » L'église paroissiale est située dans un vallon, au bas d'une éminence, dans le voisinage de vingt-cinq maisons. Elle est longue de seize cannes, large de trois et demie, haute de cinq et à demi voûtée. Il y a une chapelle voûtée de chaque côté, l'une dédiée à Notre-Dame, l'autre à Saint-Nicolas. Le clocher est sur la muraille du fond. Cette église est restée à moitié découverte jusqu'aux dernières années du XVIIe siècle, le service se faisait sous la partie voûtée, isolée par une cloison du reste de l'édifice.

La dîme de tous les fruits se paie au onzième. L'Évêque prend les trois quarts du blé, seigle, orge, fèves, tabac et tout le vin, sauf un tonneau qu'il cède au curé. Sa part est affermée 4.500 livres, neuf sacs d'avoine, quatre oies grasses et une paire de chapons. Le curé prend l'autre quart des gros grains avec tous les menus, dîmes vertes et carnelage. Dans le canton de Savaroles, il y a certaines terres et vignes dépendantes de l'ancien prieuré de ce nom, dont le revenu appartient, pour les trois quarts, au duc de la Vauguyon et pour l'autre quart au curé. La part de ce dernier est exactement de 3.500 livres. La chapellenie de Gourlambeau, desservie dans l'église Saint-Pierre de Tonneins, a la majeure partie de ces biens sur cette paroisse.

L'Évêque nomme au bénéfice.

A la veille de la révocation de l’Édit de Nantes, il n'y avait que vingt-cinq paroissiens catholiques sur sept cents huguenots. Ceux-ci avaient autrefois un temple desservi par un ministre et un diacre. Ce temple fut démoli par un arrêt du Conseil en date du 3 février 1673. On compte aujourd'hui trois cents communiants et neuf cents protestants. Le curé est tenu au service ordinaire. Le titulaire actuel est Clément-Joseph de Boudon qui prêtera le serment et mourra pendant la Révolution.

Saint-Georges de Rams.

Valéri place dans l'archiprêtré de Montaut la rectorie sancti Georgii de Rancio.

L'église est tout à fait isolée et champêtre sur une éminence au milieu d'une plaine. Elle a été en grande partie détruite pendant les guerres de religion.

La dîme du blé et du vin se paie au onzième, des menus grains à discrétion. Le Chapitre Saint-Étienne prend les trois quarts, le curé le quart et toutes les dîmes vertes. Le revenu de ce dernier est estimé 1.100 livres. Il n'y a pas de presbytère.

Le Chapitre Saint-Étienne nomme au bénéfice.

Sur quatre cents âmes on compte quarante-huit communiants. Le service se fait dans l'église de Saint-Pierre de Tonneins par ordonnance de Claude Joly et de Mascaron. Il consiste en une messe tous les dimanches sans vêpres. Le titulaire actuel est Bernard Ratier, futur insermenté et déporté qui sera successivement nommé à Goulard, à Dolmayrac, et chanoine honoraire après le Concordat.

Note :

1. De ce bénéfice dépendait aussi une pièce de terre de trois cartonnats, située à la Calèche, paroisse de Saint-Georges de Rams, affermée 24 livres 5 sols.

2. De ce bénéfice dépendaient : 1. Une pièce de terre labourable de trois cartonnats, située au quartier de Bourries, paroisse de Bugassat, affermée 27 livres ; 2. Une vigne de deux cartonnats, située au lieu de Bilague, affermée 14 livres ; 3. Une vigne de trois cartonnats à Bouchard, afferniée 24 livres ; 4. Une vigne de deux cartonnats au Cailleau, affermée 20 livres ; 5. Une pièce de terre de cinq lattes à Coutalé ; 6. Une vigne de deux cartonnats aux Bouvées, alfermée 14 livres ; 7. Une vigne de un cartonnat dans la paroisse de Bugassat, affermée 8 livres.

3. Les droits du comte de La Vauguyon étaient fondés : 1. Sur un accord passé au mois d'octobre 1262, entre l’abbé de Sarlat et Guillaume Ferréol plus vieux, alors seigneur de Tonneins-Dessus ; 2. Sur un hommage d'un comte de La Vauguyon à un évêque de Sarlat en date du 11 juin 1739.

4. Dans le titre octroyé en 1773, par M. de Bonnac, au titulaire actuel, il y a Saint Amans au lieu de Saint-Maurice.

5. Cette église, depuis le commencement du siècle, est affectée au culte protestant

L'Eglise d'Agen sous l'ancien régime. Pouillé historique du diocèse d'Agen pour l'année 1789 par le chanoine DURENGUES.

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