Eglises, chapelles & paroisses.
C.H.G.H.47

Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

Photos Catherine Bonhomme.

ESCASSEFORT.

Sainte-Martiane d'Escassefort et son annexe : Sain-Avit.

On lit dans le pouillé de Valéri : « In archipresbyteratu Vesalmensi : Prior Descassefort, rector ejusdem et Santi Avicti. » Le prieuré, de l'ordre de saint Benoît, dépend de l’abbaye de La Sauve, au diocèse de Bordeaux. « Les seigneurs d'Escassefort renoncèrent en 1096, entre les mains de Anselme Sanche, abbé de La Sauve et successeur de Saint-Gérard au droit de patronage de l'église de leur seigneurie, et des dîmes de toute la paroisse, dont ils jouissaient, comme ils confessent, injusment et par une très mauvaise coutume qui s'était glissée parmi les séculiers, de posséder les dîmes ecclésiastiques et de les laisser comme des héritages à leurs enfants (1).

« Du temps d'Audebert (2), un seigneur, Falquel de Gardère, effrayé des anathèmes fulminés par plusieurs conciles contre les possesseurs des biens ecclésiastiques avait remis à l'abbé de la Sauve l'église de Saint-Avit. Les deux prêtres qui y exerçaient le saint ministère, se refusèrent à reconnaître la juridiction de l'abbé et du prieur d'Escassefort, se mirent sous la protection des chanoines de Saint-Vincent du Mas et leur persuadèrent de faire valoir, en leur nom, des droits à la propriété de Saint-Avit. Les choses en étaient là lorsque Raymond (3), saisi de cette affaire, se transporta sur les lieux, tint dans Agen deux assemblées du Chapitre et des religieux et mit fin au différend en confirmant à ceux-ci les églises de Saint-Avit, de Prignac (4) et de Saint-Symphorien de Leu (5). Ces églises sont énumérées parmi les vingt et une du diocèse d'Agen dont le même Raymond confirma la possession à l'abbaye de la Sauve, vers 11440, ainsi que dans la bulle du Pape Célestin III expédiée, vers 1197, pour confirmer les droits et les possessions de cette abbaye (6).

« Actifs contre les progrès de l'hérésie (7), les religieux de la Sauve construisirent en Agenais et confièrent à la garde d'une société de chevaliers le château d'Escassefort. Les seigneurs de ce lieu engagèrent vivement l'abbé Geoffroy II à établir un centre de défense contre les attaques des hérétiques qui combattaient nos dogmes par la doctrine et par l'épée. L'abbé craignant pour la discipline des prieurés de l'Agenais le tumulte des armes, résista longtemps à toutes les instances et quitta ce monde avant de les avoir satisfaites. Ce fut seulement vers 1231, que le château au moins terminé près de l'église d'Escassefort, Guillaume Amanieu, vicomte de Vesone, Étienne et Anier de Caumont, Raymond de Bouelon, Pierre de Goniaud, Sanche Garsie et Guillaume de Clairac convinrent avec l'abbé Grimoald, 1° qu'ils feraient bâtir une muraille du côté de l'orient, qui prendrait depuis l'église jusqu'à l'extrémité du château, afin qu'il fût entièrement séparé du cloître et qu'ils n'y eussent aucune entrée ; 2° que les religieux pourraient sortir de leur maison et y rentrer quand bon leur semblerait sans aucun danger ; 3° que les chevaliers ne leur apporteraient aucun obstacle ni trouble dans la levée de leurs revenus et en particulier de ceux qu'ils tiraient du marché ; 4° qu'ils donneraient libre passage à ceux qui viendraient au prieuré ou s'en retireraient et qu'ils les assisteraient contre tous ceux qui leur feraient quelque injure ; 5° qu'ils n'en exigeraient rien non plus que des religieux pour quelque cause que ce pût être (8) ».

Cette citation donne quelque idée de l'importance au Moyen-Age du prieuré d'Escassefort. Il tomba en pleine décadence pendant l'occupation anglaise (9). Relevé vers 1463 avec les églises qui en dépendaient, il reçut le dernier coup pendant les troubles de l'hérésie calviniste (10). Est-ce pour rendre hommage à sa grandeur évanouie que l'on donna son nom vers 1600 à l'un des douze archiprêtrés qui furent alors créés ?

L'église d'Escassefort a été consacrée par Jean Valéri, évêque de Carles et vicaire général d'Agen, le 13 octobre 1549. Profanée pendant les guerres de religion, elle a été réconciliée par Nicolas de Villars qui, le 30 avril 1603, consacra le maître-autel en l'honneur de sainte Martiane ; l'autel du côté de l'Épître, en l'honneur de saint Côme et de saint Damien ; celui du côté de l'Évangile, en l'honneur de saint Georges et de sainte Anne. Elle est longue de seize cannes, large de dix, haute de douze. Elle n'est pas voûtée. Un beau clocher.

Celle de Saint-Avit est longue de dix cannes, large de trois, haute de cinq et n'est pas voûtée.

Dans les deux paroisses la dîme de tous les fruits se paie au treizième. A la matrice l'abbé de la Sauve prend les trois quarts de la grosse dîme, le curé le quart et tous les menus grains. La part de l'abbé a été affermée en 1784 au prieur de Saint-Nicolas-lès-Angers. Le curé est seul décimateur à l'annexe et son revenu total est exactement de 4.137 livres. Il y a à Saint-Avit un petit presbytère.

L'abbé de la Sauve nomme au bénéfice.

On compte quatre cent cinquante communiants ta la matrice et trois cents à l'annexe. Outre le curé, l'abbé de la Sauve paie deux cordeliers de Marmande pour dire une première messe à Escassefort et pour desservir Saint-Avit. Le titulaire actuel est Pierre Bayle, futur constitutionnel ardent qui ne sera pas employé après le Concordat.

Note :

1. Chartul. maj. fol. 182. – Histoire de la Grande Sauve, par l'abbé Cirot de La Ville, tome II, p. 7.

2. Aldebert (1118-1128) 29e évêque d'Agen (Cat. de l’Ordo).

3. Raymond-Bernard du Fossat (1128-1149), successeur d'Aldebert (Ibid.)

4. Saint-Étienne de Prignac, annexe de Saint-Pierre de Londres avant la Révolution.

5. Cette paroisse n'existe pas, au moins sous ce nom-là, dans aucun de nos anciens pouillés.

6. Charta Raimundi. Aginn. ep. – Chartul. min., 93. – Gall. Christ. 2 Instrum. 430. – Cirot de la Ville, op. cit. page 57 et suiv.

7. Cette hérésie, renouvelée du manichéisme, attaquait surtout le saint sacrifice de la messe, la communion et l'aumône…

8. Hist. de la Grande Sauve, par l'abbé Cirot de la Ville, t. II, p.238 et suiv.

9. Cirot de la Ville, op. cit. t. II, p. 283 et suiv.

10. En 1603 Nicolas de Viliars écrivait dans ses Mémoires : « Il y a la place de la maison du prieur où durant les troubles on y jeta un grand couvert pour y retirer les paysans et y avait-on fait quelques estableries mêmes pour pourceaux dont il en restait encore que l'on commande d'ôter. »

L'Eglise d'Agen sous l'ancien régime. Pouillé historique du diocèse d'Agen pour l'année 1789 par le chanoine DURENGUES.

Photos de Catherine Bonhomme.

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