Tonneins.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

ALPHONSE LAGARDE.

NOTICE SUR LA VILLE DE TONNEINS.

Avocat, ancien magistrat, membre de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d’Agen, de le Société de l’Histoire du Protestantisme et de diverses institutions de bienfaisance.

AGEN
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE, Ve LAMY
1882



NOTICE BIOGRAPHIQUE.


M. Jean-Alphonse LAGARDE naquit à Tonneins le 3 octobre 1810. Envoyé de bonne heure au collige royal de Bordeaux, il y fit d'excellentes études classiques et fut dirigé ensuite sur Toulouse pour y faire ses études de droit. Il eut le privilège de s'asseoir sur les bancs de l'école avec des condisciples qui sont devenus depuis, les uns de brillants magistrats, les autres d'éloquents professeurs et parmi lesquels il sut conquérir de solides amitiés.

Après avoir obtenu le grade de licencié en droit, le 23 août 1833. M. Lagarde revint à Tonneins et se fit inscrire le 10 novembre suivant sur le tableau de l'ordre des avocats près le tribunal civil de Marmande ; il eut bientôt au barreau un rôle important à côté de confrères dont la réputation s'étendait au dehors, et compta parmi ses clients les familles les plus recommandables de la contrée.

Son intelligence, les connaissances solides qu'il avait su acquérir lui assurèrent la faveur de ses concitoyens qui ne tardèrent pas à le nommer conseiller municipal eu 1838, tandis que la fonction de secrétaire du consistoire protestant lui était également conférée.

M. Lagarde remplit les deux fonctions de 1838 à 1865 avec un dévouement absolu, en dépit de luttes pénibles à soutenir et de froissements à supporter. Mais son zèle et son activité n'en reçurent aucune atteinte, et il sut parcourir le chemin du devoir sans se laisser arrêter par les obstacles qu'on se plaisait à amonceler sur sa route.

Nommé, le 18 septembre 1843, suppléant de la justice de paix de Tonneins, dont le titulaire était M. Florimond Lagarde, son père, alors cloué depuis quelque temps sur un lit de douleurs, M. Alphonse Lagarde remplit ces fonctions pendant quatre années consécutives, vaquant à tous les travaux de la justice de paix jusqu'à la mort de son vénéré père. Le 28 mars 1857, sur la proposition de MM. les chefs de la Cour d'Agen, il était nommé juge de paix de Tonneins. Depuis 1853 la Société de l'histoire du protestantisme français le comptait au nombre de ses membres, et en 1872, la Société d'agriculture, sciences et arts d'Agen, le nommait son correspondant.

M. Lagarde a occupé les fonctions de juge de paix depuis 1857 jusqu'en février 1880, c'est-à-dire pendant vingt-trois années. Sa connaissance du droit, sa longue pratique des affaires, son affabilité firent de lui le type accompli du juge de paix, et s'il a rendu bien des jugements, tous frappés au coin de la plus stricte équité et d'une science juridique profonde, on peut bien dire de lui qu'il a rendu encore plus de services, cherchant à concilier les plaideurs avec une patience qui n'avait d'égale que sa bonté ; qui pourrait dire le nombre de familles qui seraient encore divisées sans ses sages conseils, le nombre de ménages qui lui doivent la paix intérieure, le nombre de contestations par lui évitées, qui auraient infailliblement amené la ruine de ceux qui les avaient soulevées !

Atteint en février 1880 par une injuste mesure que rien ne pouvait faire prévoir, M. Lagarde descendit de son siège, sans amertume dans le cœur, supportant fièrement sa disgrâce avec le calme de l'homme qui n'a rien à se reprocher et ne regrette qu'une seule chose, c'est d'être si tôt privé de faire du bien à ses concitoyens comme magistrat conciliateur.

Privé de ses fonctions de magistrat, M. Lagarde songea à ses anciens amis du barreau de Marmande et s'empressa de venir leur demander un asile ; on le reçut à bras ouverts, et ses confrères, tous plus jeunes que lui, saluèrent sa rentrée en le nommant secrétaire de l'ordre, fonction qu'il occupait encore, quand la mort est venue le ravir a l'affection des siens. Admirateur passionné de l'antiquité, il traduisait chaque matin soit une ode d'Horace, soit une lettre de Cicéron, suit un passage d'Homère ou de quelques auteurs Anglais et Allemands.

Dieu l'a rappelé à lui après une maladie aussi courte qu'inattendue sans lui avoir donné la joie et la consolation, à ses derniers moments de dire adieu à tous les membres de sa famille, qui l'entouraient à cette heure solennelle.

De nombreux amis catholiques et protestants, la Société de secours mutuels dont il était le fondateur et le président honoraire, ses chers orphelins, dont il était le père et le protecteur, sont venus rendre les derniers devoirs à cet homme de bien, mort on peut le, Aire au travail, et les membres du Conseil de l'Ordre des avocats ayant à leur tête Me Lefèvre, bâtonnier, assistaient en robe à cette triste cérémonie ; deux membres du Tribunal de Marmande, à titre officieux avaient également tenu à accompagner la dépouille mortelle de celui dont ils avaient pu apprécier les mérites et la loyauté.

Que mon cher confrère et ami Me Lefèvre me permette de rapporter ici les paroles de suprême adieu qu'il a prononcées au nom du barreau de Marmande, en sa qualité de bâtonnier et qui résument si bien la belle vie de celui dont je n'oublierai jamais les conseils et l'affection :

Messieurs,

La mort vient de frapper en pleine intelligence un des hommes qui ont le plus honoré notre barreau.

Je viens au nom de ses confrères lui adresser un dernier adieu. Alphonse Lagarde était fils d'un homme de bien, magistrat modeste et distingué qui consacrait à l'érudition les loisirs que lui laissait l'œuvre de la Justice.

De tels hommes honorent leurs fonctions : ils laissent après eux des exemples glue notre regretté confrère ne devait pas négliger.

Ses goûts, ses études, les enseignements de son père, le conduisirent au barreau, où, dès les débuts, il marqua sa place parmi les premiers.

A la mort de son père, il était tout désigné pour le remplacer comme juge de paix du canton de Tonneins.

Il ne crut pas en acceptant ces fonctions quitter tout à fait le barreau où son caractère heureux, sa courtoisie, sa loyauté, lui avaient fait autant d'amis qu'il comptait de confrères.

Il eût certainement hésité à briser des relations qu'il avait su rendre si affectueuses.

Mais il savait mieux que personne que le barreau ne considère pas comme perdus ceux de ses membres qui sont appelés aux dignités de la magistrature.

Unis par un égal respect pour la justice et la loi, magistrats et avocats ne forment qu'une grande famille.

Les magistrats victimes des fautes du pouvoir, sont heureux de se souvenir que leur place est libre dans les rangs indépendants d'un barreau toujours fier de les recevoir.

C'est ce qui devait arriver à M. Lagarde.

Pendant de longues années, il se consacra à la tâche difficile et souvent ingrate de concilier ses concitoyens et de leur assurer une impartiale justice.

Bientôt, ses rares mérites, sa connaissance des affaires, sa loyauté poussée jusqu'au scrupule lui assurèrent unie autorité et une influence incontestées. Ses jugements étaient clairs et bien motivés.

Quand, par une exception bien rare, ils étaient déférés au Tribunal les juges en appréciaient la sagesse et les confirmaient toujours.

On peut dire sans exagération, que M. Lagarde réalisait le type du juge de paix.

Ces magistrats jugent seuls, sans l'assistance de collègues, et souvent sans explications bien claires des parties.

Il leur faut la connaissance du droit que beaucoup possèdent, la science des hommes que certains acquièrent et surtout la confiance respectueuse des justiciables que commandent seuls le savoir et la vertu.

M. Lagarde avait au plus haut degré toutes ces qualités : Elles ne l'empêchèrent pas d'être victime d'une disgrâce imméritée.

Il se souvint alors du barreau où l'attendaient de vielles amitiés et de nouvelles sympathies.

Mais s'il attachait tant de prix à ce titre d'avocat, il ne songeait plus à reparaître à la barre.

Il se contentait de guider dans cette noble carrière un fils d'adoption auquel nous exprimons de fraternels regrets.

Cependant M. Lagarde ne restait pas oisif. La mort l'a surpris continuant les travaux entrepris par son père dont, par un excès de pieuse modestie, il ne voulait paraître que l'annotateur.

Certes, son œuvre est bonne et ses jours déjà nombreux ont été bien remplis.

Mais si les hommes ont conservé le souvenir de ses mérites et l'exemple de ses vertus, Dieu lui tiendra compte de sa vie toute chrétienne.

Y. Lagarde avait la foi vive, la charité entraînante.

Il faisait l'aumône de la main et du cœur.

Il donnait son temps. Il a donné sa vie tout entière, et son âme, transfigurée par la charité, recevra sans doute la récompense promise aux hommes de bonne volonté.

A la mémoire de mon cher et regretté beau-père.

Tonneins, le 1er avril 1884.

Fernand MARQUIS-SÉBIE, Avocat,

Ancien magistrat.


NOTICE SUR LA VILLE DE TONNEINS.


Dans son intéressante et savante Notice sur la ville de Marmande, publiée en 1872, M. Philippe Tamizey de Larroque, veut bien exprimer le vœu que les Recherches historiques sur la ville et les anciennes baronnies de Tonneins, publiées en 1833, par M. L.-F. Lagarde, soient rééditées et développées à l'aide des matériaux que l'auteur à laissés, et d'un travail manuscrit qu'il n'a guère cessé d'améliorer jusqu'à sa mort.

Avec une bienveillance dont je tiens à le remercier, notre savant compatriote qui me fait presque un devoir d'entreprendre cette tâche, m'y aide en mettant à ma disposition des documents recueillis par lui-même et m'y encourage en acceptant la dédicace de ma monographie. Je serais donc inexcusable de rester sourd à un appel dont je me sens très honoré.

M. Louis Florimond Pierre Lagarde, mon père, avocat, puis juge au tribunal de Marmande, plus tard notaire, et enfin juge de paix à Tonneins, avait conçu le projet de travailler à l'histoire de sa ville natale. Il fut poussé à le réaliser par la remise qu'un honorable citoyen, feu M. Laperche, docteur en médecine, lui fit, pour être déposées dans les minutes de l'étude, des anciennes coutumes de Tonneins,confirmées aux consuls, jurats et habitants de Tonneins en 1301, par Guillaume Ferréol, seigneur de Tonneins.

« Cette découverte, dit M. Lagarde dans l'introduction à ses Recherches historiques, me faisait connaître le nom des anciens seigneurs et les lois particulières de Tonneins ; elle était d'une grande importance pour l'objet que je m'étais proposé ; elle jetait un grand jour sur l'une des principales difficultés de mon entreprise. Toutefois j'avais à déterminer encore la fondation et les circonstances qui s'y rattachent ; enfin restait l'histoire de la ville avant et depuis la rédaction par écrit de la coutume.

« L'étude de ces questions m'a offert le tableau d'un fief héréditaire remontant au VIIe siècle ; un exemple d'organisation municipale comme on l'entendait dans l'origine ; le spectacle d'une ville qui, après avoir perdu jusqu'à l'existence dans les longues calamités qui ont désolé la Guienne, s'est retrouvée avec ses anciennes institutions, son ancien esprit, son ancien caractère, et à l'aide de ces secours purement moraux, s'est créée une seconde fois. »

Les Recherches historiques sur la ville et les anciennes coutumes et institutions de Tonneins, peuvent être divisées en trois parties :

1° Situation et origine de Tonneins, constitution politique et civile de la ville et de la seigneurie.

2° Evènements arrivés à Tonneins ou se rapportant à cette ville depuis sa fondation jusqu'à l'année 1453, époque où la domination des seigneurs de la maison de Ferréol passa dans la maison de Xaintrailles.

3° Evènements survenus depuis 1453.


PREMIÈRE PARTIE.


Situation, origine, constitution politique et civile de la ville et de la seigneurie de Tonneins.


Le territoire de Tonneins était compris dans la division des Gaules connue, avant la conquête, de César, sous le nom de Celtique ; et ce que nous savons de la position et des limites du royaume des Nitiobriges, ne permet pas de douter qu’il ait fait partie de ce royaume.

Après la conquête de César, le pays des Nitiobriges fut enclavé dans la seconde Aquitaine. Plus tard, il fit partie du royaume des Visigoths sous le nom d’Agenais, avec les mêmes limites, à peu près, qu’il avait eues plus anciennement. Puis il dépendit successivement du royaume d'Aquitaine, du duché d’Aquitaine, du comté de Toulouse, encore du duché d'Aquitaine, enfin de la Basse-Guienne.

Le territoire de Tonneins subit les mêmes changements. Aujourd'hui ce territoire est compris dans le deuxième arrondissement de Lot-et-Garonne. Tonneins est chef lieu d'un canton comprenant cinq communes et a une population de 8.079 âmes, d'après le recensement le plus récent.

La ville est située, sur la rive droite de la Garonne ; elle est assise sur un rocher élevé qui domine l'autre rive, et forme sur ce point l'extrémité méridionale d'une haute plaine. Le fleuve, après avoir décrit un angle à peu prés droit, à la naissance orientale de la ville, court au pied du rocher du levant au couchant, de telle sorte que Tonneins, élevé à une hauteur de quarante mètres au-dessus d'une vaste et riante plaine, offre, du côté du Midi, une exposition vraiment belle.

La longueur totale de la ville est de deux mille mètres.

Dans cette étendue ont existé deux villes closes et fortifiées, dont chacune a été le chef-lieu d'une hante baronnie : Tonneins proprement dit, ou le Grand Tonneins, ou Tonneins-Dessous, à cause de sa position en égard au cours de la Garonne, et le Petit-Tonneins ou le Bourg Saint-Pierre-de-Tonneins, ou Tonneins-Dessus.

La première Tonneins-Dessous se composait de la partie occidentale de la vile, depuis le faubourg appelle Biscarret, en remontant le fleuve jusqu'à l'ancien passage d'eau, après le château. Son enceinte formait un arc, dont le fleuve était la corde. Le bourg de Cuges, qui dépendait du Grand-Tonneins, était à la suite de cette dernière ville, toujours en remontant le fleuve ; et le quartier d’Entre-deux bourgs, à la suite du bourg de Cuges, se trouvait placé entre les deux villes et était commun entre elles.

La seconde, comprenait toute la partie orientale, à partir de l'Entre-deux bourgs. Sa figure (était, à peu près, celle d'un triangle ayant sa base du côté du Grand-Tonneins.

Cette description est d'accord avec le plan déposé à la bibliothèque nationale et avec les indications du Mercure de France (année 1621) et de l'historiographe Malingre dans son Histoire générale des guerres et mouvements arrivés dans les divers états du monde, sous le règne de Louis XIII (1).

Ces deux villes ayant été incendiées en 1622, il n'est point possible d'indiquer exactement le tracé de leurs voies et places, encore moins de décrire les édifices qu'elles renfermaient. Voici le peu qu'on sait à cet égard.

La route de Bordeaux à Toulouse traversait, comme aujourd'hui, les deux villes dans toute leur longueur. Tonneins-Dessous avait un château considérable et bien fortifié, sur le bord du fleuve, à l'extrémité Sud-Est de la ville, sur l’emplacement actuel de la place dite du château, des maisons environnantes et des terrains que le fleuve a fait disparaître. Ce château appartenait au seigneur. L'ancienne église de Tonneins-Dessous était, comme celle que l'on voit aujourd'hui, sous l'invocation de Notre-Dame-de-Mercadieu ou de Mercadil ; elle fut détruite pendant les guerres du XVIe siècle. L'église actuelle fut construite à peu près sur l'emplacement de l'autre, dans l'espace de temps qui s'écoula entre 1701 et 1755.

On voyait dans l'ancienne église le piédestal d’un autel votif dont l'origine est encore obscure. Venuti, dans ses Inscriptions antiques de la ville de Bordeaux, Saint-Amans dans ses Essais sur les antiquités de Lot-et-Garonne, et Delurbe, dans sa Chronique bordelaise, affirment que les chrétiens, à une époque inconnue, brisèrent dans l'église Notre-Dame de Tonneins, la corniche de ce monument qui fut transporté à Bordeaux dans l'édifice gallo-romain connu sons le nom de Piliers de Tutelle, et de là à Lauzun où il se trouve actuellement, dans le beau jardin du château (2).

Tonneins-Dessus avait aussi son château. L’ancienne église était sous l’invocation de Saint-Pierre. Elle fut détruite au XVIe siècle, ainsi que la seconde, qui était placée sous la même invocation et que le fleuve, à chaque crue, menaçait d’emporter comme il a fait du cimetière.

La nouvelle a été construite sur un emplacement que la Garonne ne peut atteindre ; elle porte le même vocable que les deux qui l’ont précédée.

Cette ville possédait depuis longtemps un couvent de Carmes, tandis que Tonneins-Dessous n’eut pas d’établissement monastique avant les dernières années du XVIIe siècle. A cette époque, le seigneur y fonda un couvent de Picpus et de Tierçaires de l’ordre de Saint-François.

Depuis 1622, l’une et l’autre ont été entièrement reconstruites. Elles n’en font maintenant qu’une sous le nom de Tonneins, bien que, dans son enceinte, on se serve encore des dénominations anciennes.

D’après d’anciens actes, les deux villes avaient une population d’environ quatre mille âmes.

Existait-il, dès l’époque des Nitiobriges, un établissement gaulois sur l’emplacement où Tonneins a été bâti ? L’affirmative est probable, mais la preuve n’existe pas.

Les quatre premiers siècles du moyen âge ne fournissent aucun document sur l’histoire de Tonneins ; il n’en est pas de même du cinquième.

Sous le règne d’Honorius, empereur d’Occident, au commencement du Ve siècle, Tonnatius Ferreolus, connu sous le nom de Tonnantius Ferreolus I, était préfet du prétoire des Gaules, dignité qui donnait les mêmes pouvoirs que ceux de l’Empereur lui-même, là, où elle était exercée. Il était chef de la justice, de la police, de l’administration et des finances. Elu par l’Empereur qui lui remettait une épée et le ceignait d’un bouclier, il se montrait en public sur un char doré, attelé de quatre chevaux de front, et le hérault l’acclamait Père de l’Empire.

De son mariage avec Papinianille, fille du consul Affranius Syagrius, naquit Tonnatius Ferreolus II, qui fut sénateur et préfet du prétoire des Gaules. Celui-ci épousa une fille de l’Empereur Avitus, sœur du comté Edicius et de Papinianille, femme de Sidoine Apollinaire.

Tonantius II se fit remarquer dans les événements de la fin du Ve siècle.

Il avait recueilli dans la succession de son père deux magnifiques palais, l’un appelé Trevidon, à quatre lieues de Millau, sur le bord de la petite rivière de Trévezels, l'antre appelé Prusianum, sur la rivière du Gard.

Autour de ces Palais, la famille Tonnance Ferréol se forma une souveraineté comprenant quinze villes conquises sur les Visigoths (3).

Tonnance Ferreol II eut plusieurs enfants. L’aîné, Tonnance Ferréol III, aurait épousé, disent quelques historiens, une sœur du roi Clovis Ier.

Il eut une nombreuse descendance ; l'un de ses fils, Déothaire, fonda dans le pays soumis à l'autorité de sou père, un évêché dont il fut le premier évêque et qui est indiqué clans une foule de manuscrits sous les noms d'Aridium, Arisium, Arisidum, Arisidium (4).

Les auteurs de l'Histoire générale du Languedoc disent que ce pays, appelé par Grégoire de Tours, Pagus Arisitensis, prit ensuite le nom d'Arsaqués, pays d'Arsac. Ce mot Arsac employé dans nos contrées signifie un vaste pays et, par extension, une immense chose.

La branche aînée de la maison Tonnance Ferréol se fixa dans le Nord de la France. Ansbert, duc, sénateur, maire du palais eu Aus¬trasie, en fut le chef. C'est ce qu'affirment divers historiens très accrédités ; mais cette recherche n'entre pas dans notre cadre.

La souveraineté l'Arisidium fut démembrée, et l'évêché fondé par Déothaine, supprime. D'après les auteurs de l'Histoire générale du Languedoc, les traces de cette famille se perdirent, en sorte qu’on ignore où se fixèrent les enfants de Tonnance Ferréol II et de son successeur, après qu'ils eurent quitté le pays d'Arisidium.

Quoiqu'il en soit de ces opinions, notre pays possède un document authentique commençant ainsi : Asso son las costumas, privilegis, franquesas, stabliuents et libertats que lo noble senhor Moss. En Guilhem Ferreol, senhor de Thonnenx, tant elh e sos ans ens, an usat, autregat et confermat als conseilhs, jurats et habitants delh dict loc de Thonnenx, aysi coma dejus se ensec. Et ayso fo feit l’an de nostre senhor mil CCCI.

La dispersion des enfants de Tonnance Ferréol, rapprochée des termes de la coutume désignant les ancêtres de Guillaume Ferréol comme seigneurs de Tonneins ; le rapport évident qu’il y a entre ces noms Tonnance et Tonneins Ferréol, Ferriol, Ferruol, permettent assurément de dire que Tonneins doit son origine à l’un des enfants de cette illustre maison. Après avoir transporté la fortune de ses pères dans nos riches contrées, au commencement du VIIe siècle, époque de la dispersion de la famille, il a fondé un fief héréditaire sur notre territoire et lui a donné le nom de Tonnance, porté par lui et ses ansiens, nom dont on a fait ensuite Tonenx, Thonenx, Thonnenx, comme on le voit dans les coutumes et enfin Tonneins.

L'étymologie du nom Tonneins qui se trouve dans celui de Tonnance, celle du nom de Ferréol qui se trouve dans celui de Ferréol, la rencontre de ces deux noms Tonnance et Ferréol concordant l'un avec le nom du fief, l'autre avec le nom des seigneurs qui l'ont possédé jusqu'au XVe siècle, ne semblent laisser aucun doute sur ces origines.

Quant au fait très important de l'existence de la seigneurie de Tonneins au VIIe siècle, il est facile de l'établir par des documents authentiques. Une explication préalable est toutefois nécessaire.

Tout le monde sait que l'institution des dîmes eut pour cause la piété des fidèles. C'était le dixième des fruits, qu'on donnait aux ministres des autels pour les frais du culte. Les prêtres en jouirent sans trouble jusqu'à l'invasion des Sarrasins, au VIIe siècle. Obligés de fuir devant ces envahisseurs, ils abandonnèrent les contrées où ils faisaient leur résidence. Les dîmes, devenues vacantes, tombèrent au pouvoir des seigneurs et, en raison de ce fait, furent dites inféodées (5).

Les ecclésiastiques réclamèrent leurs dîmes après que Charles Martel eut chassé les Sarrasins de l’Aquitaine, mais les seigneurs qui avaient puissamment contribué à la défaite des Sarrasins, en obtinrent la possession comme récompense de leurs services. Cette infédation fut confirmée par Charles Martel et plus tard reconnue par le concile de Latran.

La direction des idées religieuses porta plusieurs seigneurs à transiger avec le pouvoir ecclésiastique. Celui de Tonneins adopta ce parti. Il fit un accord avec l'abbé de Sarlat en 1262; l'abbé lui abandonna ses prétendus droits sur les dîmes inféodées de Cuges, Sabalaure et Lacouture, à la charge de lui en faire hommage et d'être le chevalier, le vidame et l'avoué de l'abbaye de Sarlat, titre que les barons de Tonneins-Dessous ont toujours porté depuis.

Ces dîmes étaient patrimoniales et héréditaires et, suivant une opinion généralement adoptée, remontaient au moins au VIIe siècle. Elles étaient donc ultérieures à l'invasion des Sarrazins.

Il existe un grand nombre de titres, reconnaissances, baux à ferme, établissant l'existence de ces dîmes au nom des seigneurs de Tonneins, et cela depuis un temps immémorial. Nous avons une reconnaissance de noble dame Catherine Brachet, dame de Xaintrailles, de Villeton et de Tonneins, agissant sous l'autorité de monseigneur Jehan de Stuer, son mari, comparant en son nom et avec sa procuration, nobles et puissants seigneurs Messires Antoine de Salaiqnac et Jehan de Salaignac, son père, écuyers, seigneurs de La Mothe ; cette pièce suffit pour donner une idée de l'importance qu'avaient ces actes. Elle est rédigée en latin ; je traduis littéralement :

« De son propre mouvement ainsi qu'il (le mandataire) l'a dit au nom de la dite dame Catherine, dame du dit lieu de Thonnenx, en vertu de son mandat spécial ainsi qu'il résulte des lettres de procuration susdites, a reconnu et confessé, toute fraude cessant, tenir et posséder et, des prédécesseurs seigneurs, du dit lieu de Thounenx-Dessous, avoir de toute ancienneté tenu et possédé en fief mouvant du seigneur évêque de Sarlat et de ses prédécesseurs, au nom de la dite Eglise de Sarlat comme seigneur juridictionnel, sous hommage et serment de fidélité, toute la dîme que la dite dame lève et perçoit et que de toute ancienneté ses prédécesseurs seigneurs du dit lieu de Thonnenx ont levée et perçue et ont accoutumé lever et percevoir dans la paroisse de Saint Pierre de Brunens, près le dit lieu de Thounenx, sous et avec pension annuelle de dix livres arnaudenques (6), payables annuellement au dit seigneur évêque ou à son ordre certain à la fête de Saint-André d’hyver, de laquelle pension payée pour le dit procureur fondé jusqu’au présent jour au dit seigneur évêque le dit seigneur évêque, par aimable composition, a donné quittance au dit procureur fondé, ainsi que de tous arrérages jusques au présent jour. Après quoi le dit procureur fondé a supplié et requis le dit seigneur évêque, ici présent et stipulant pour lui et ses successeurs, de vouloir bien admettre le dit procureur fondé à prêter son hommage et son serment de fidélité selon la forme dans laquelle les prédécesseurs du dit seigneur évêque, avait accoutumé à recevoir et admettre les prédécesseurs de la dite dame Catherine seigneurs du dit lieu de Thonnenx.

« Lequel dit seigneur évêque ayant, entendu la supplication et la requête susdite de la part de la dite dame de Tonneins, voulant être favorable à la dite supplication, nonobstant que la dite dame Catherine eût été obligée et tenue de venir en personne dans la dite cité de Sarlat pour y prêter son hommage et voulant à cet égard donner une marque de sa considération pour la dite dame, a consenti à recevoir le dit hommage du dit noble Jehan de Salignac, procureur fondé, mais pour cette fois seulement.

« Et alors le dit noble Jean de Salignac procureur susnommé de la dite dame Catherine et au nom de cette dernière, présent, devant le dit seigneur évêque, dans la cour et palais de Sarlat, ayant ployé le genou droit et ôté son manteau et son épée et la tête découverte, a prêté l'hommage et le dit serment de fidélité au dit seigneur évêque ici présent et stipulant et, acceptant pour lui et pour ses successeurs et pour la dite église de Sarlat. Le procureur a juré par les saintes Evangiles de Dieu dont le livre a été par lui corporellement touché, pour lui et pour les héritiers de la dite dame Catherine et dans les mains du dit seigneur évêque, acceptant pour lui et, ses successeurs et pour la dite église de Sarlat, que la dite dame Catherine sera bonne et fidèle vassale au dit seigneur évêque et à ses successeurs et à la dite église de Sarlat, et qu'elle conservera sains et entiers les droit du dit seigneur évêque et de ses successeurs et de l'église susdite de Sarlat et les droits des dîmes susdites de tout son pouvoir, de bonne foi et dans la forme et manière qu'il a accoutumée être fait par les prédécesseurs de la dite dame Catherine, seigneur du dit lieu de Tonneins-Dessus. Obligeant en vertu des pouvoirs susdits, tous les biens présents et avenir de la dite dame Catherine pour la parfaite entente et exécution des présentes.

« Lesquelles choses ainsi faites, le dit seigneur évêque a admis le dit procureur fondé au nom de la dite dame Catherine et l'a reçu à titre de vassal et à l'hommage et serment de fidélité. Il a déclaré de plus être pleinement et intégralement satisfait de la dite pension annuelle de dix livres arnauldenses jusqu'au présent jour et en a quitté jusques au présent jour ladite dame Catherine, ses héritiers.

« Il est néanmoins expressément réservé, du consentement des dites parties que s'il était découvert quelque titre duquel il résultât que la forme de l'hommage dût être différente, la dite daine Catherine et ses successeurs devraient s'y conformer et que, pareillement, le dit seigneur évêque et ses successeurs sus dits seraient tenus de recevoir et admettre la dite dame Catherine et ses successeurs, à l'hommage dans la forme et de la manière indiquée par les dits titres.

« De toutes et chacune lesquelles choses les dites parties et chacune d'elles ont demandé et requis moi notaire de leur délivrer un instrument public ou plusieurs selon qu'il leur en sera nécessaire et opportun, ce que moi notaire soussigné leur ai concédé et accordé.

« Ce fut fait dans la cité de Sarlat les an, jour, mois susdits, présents et entendant vénérables et religieux hommes pères, Pierre de Saint-Meyrals autrement Druguet, chantre et Jean de Manhonac, chanoine de la dite église de Sarlat, maître Gailhard de Langlade, prêtre recteur ou vicaire perpétuel de Sainte-Marie de Triumphac près Sarlat et Guillaume Usqui, citoyen de Sarlat, témoins à ce requis. Et moi Guillaume de Vallette, prêtre, citoyen de Sarlat, par l'autorité royale notaire public. »

Beaucoup de baux et reconnaissances pourraient être joints à la pièce que je viens de transcrire pour constater l'existence de dîmes inféodées à l'ancienne Baronnie de Tonneins depuis un temps immémorial. Il résulte de ces documents que Tonneins existait, tout au moins, au VIIe siècle.

La famille Tonnance Ferréiol était d'origine gauloise. Elle avait dès avant le Ve siècle, embrassé le christianisme. A l'époque où elle se dispersa, plusieurs de ses membres avaient rempli les fonctions de l’épiscopat. Il est donc probable que, en fondant Tonneins une seigneurie, le descendant de tant de nobles et pieux personnages y fonda en même temps l’église Notre-Dame de Mercadil.

Dans l’ancien langage le mot mercadil signifiait à la fois frontière et marchand. Tonneins était ville frontière soit par rapport à la seconde Aquitaine, soit par rapport à l’Agenais. D’un autre côté, la position de la ville sur le fleuve, et ce qu’on lit dans les coutumes relativement à son commerce permettent de croire que ses premiers habitants furent des marchands.

Les doctrines des Vaudois avaient trouvé de nombreux et fervents adeptes parmi les peuples qui habitaient nos riches plaines. Leurs chefs affectaient partout un grand mépris pour les cérémonies de l'Eglise romaine ; ils ne se découvraient pas au passage d'une proces¬sion, ils ne s'inclinaient pas devant le Saint-Sacrement. Le clergé crût dissiper ces symptômes de réforme en faisant punir ceux qui s'éloignaient ainsi de Rome. Des colonnes de croisés furent chargées de conquérir ces âmes. La colonne de l’Ouest, formée d'Aquitains placés sous la conduite de l'archevêque de Bordeaux, remonta la Garonne, enrôla dans ses rangs l'évêque de Bazas et les chevaliers des Landes. La ville de Gontaud ne put résister, elle fut à moitié brûlée. Tonneins fut soumis au pillage et à la destruction : tristes préludes de ces luttes terribles qui, sous le nom dérisoire de guerres de religion, firent couler tant de sang et amoncelèrent tant de ruines.

L'Italien Henri, homme austère et courageux, dont le nom est devenu célèbre dans l'histoire, parcourut nu-pieds, portant la main un bâton surmonté d'une croix, les contrées situées entre Bordeaux et Toulouse. Il prêchait la soumission aux Saintes-Écritures, l'abolition du jeûne en tant que méritoire devant Dieu, le salut gratuitement offert par Jésus-Christ. A la fin du XIIe siècle, l'Agenais était signalé comme le pays de l'hérésie.

Les bûchers furent en permanence des bords du Rhône aux bords du Lot. Un décret du pape Grégoire IX (1233), chargea les dominicains de punir les hérétiques, surtout dans le diocèse de Bordeaux. Des tribunaux d'inquisition furent établis à Toulouse, Albi et Cahors.

Tonneins eut beaucoup à souffrir de ces luttes.

La baronnie de Tonneins-Dessous appartenait à la maison de Ferréol ; celle de Tonneins-Dessus appartenait en 1261, à Raimond Bernard de Ronvinha, seigneur de Caumont et de Casteljaloux, qui donna à ses habitants les coutumes de cette dernière ville.

Il est hors de doute que Tonneins-Dessous et Tonneins-Dessus ont la même origine. Les raisons qui portent à attribuer à un membre de la famille de Tonnance Ferréol la fondation de Tonneins-Dessous s’appliquent à Tonneins-Dessus.

Le seigneur de Tonneins-Dessous possédait dans sa seigneurie de Tonneins-Dessus des dîmes inféodées. Cette dernière seigneurie devait foi et hommage à sa voisine. Un inventaire, dressé le 25 juillet 1753 entre le comte de Lavauguyon et les sieurs Lescun, Pouget et Baillas établit cette déclaration de foi et hommage.

La ville a toujours été divisée en deux paroisses ; Tonneins-Dessous et Tonneins-Dessus, chacune ayant son église ; Notre-Dame de Mercadil et Saint-Pierre.

De quelle manière la seigneurie de Tonneins-Dessus fut-elle détachée de l'autre seigneurie ? C'est ce qu'il est impossible, jusqu'ici, de dire positivement. Il est probable que c'est par suite d'un mariage qui aurait entraîné une division, ou d'une vente pour le voyage de la Terre-Sainte; mais ce ne sont là que des présomptions. Dès l'année 1261, chacune des seigneuries avait son territoire et ses dépendances.

La Seigneurie de Tonneins-Dessous était limitée au Nord par le ruisseau de la Torgue, au Sud par la seigneurie de Villeton, à l'Est par celle de Grateloup, de Clairac et de Tonneins-Dessus, à l'Ouest par celle de Fauillet. Elle comprenait quatre paroisses : Saint-Blaise de Breil, Saint-Germain de Rivière, Saint-Etienne de Gajoulet, Notre-Dame de Mercadil

Elle s'accrut :

1° De celle Grateloup comprenant les paroisses de Grateloup, Varès, Sainte-Marthe et Saint-Gayran ;

2° De celle de Villefranche-du-Cayran, dont le quart fut donné, le 13 juin 1340, par le roi d'Angleterre, duc de Guienne, à Guillaume Ferréol, et dont les autres trois quarts entrèrent dans la maison de Ferréol, probablement par suite de ses alliances avec la maison d’Albret (7);

3° De la baronnie de Villeton, qui appartenait auparavant à la maison de Xaintrailles ;

4° Du marquisat de Calonges, acquis dans le XVIIIe siècle par Antoine-Paul-Jacques de Quelen de Stuart de Caussade, comte de Lavauguyon ;

5° Enfin de la baronnie de Tonneins-Dessus qui, à la même époque, fut acquise du duc de La Force par le comte de Lavauguyon, et rentra ainsi dans le domaine des barons de Tonneins-Dessous.

La Baronnie de Tonneins-Dessus était bornée, au nord et à l'ouest, par celle de Tonneins-Dessous, au sud et à l'ouest, par la Garonne et par les seigneuries de Villeton et de Nicole, à l'est par celle de Clairac. Elle comprenait trois paroisses, Saint-Sernin-d'Unet, Saint-Georges-de-Rams, Saint-Pierre-de-Tonneins.

En l’année 1609, on procéda avec solennité et avec une grande exactitude à la délimitation de la Baronnie de Tonneins-Dessus.

Un conseiller du Roi, assisté du Procureur du Roi et d'un greffier commis, vinrent d'Agen, montés à cheval et prirent pied terre à Tonneins-Dessus, à l'enseigne de l'Ecu de France, Bertrand Castelz, syndic, assisté de Naudon Charlagnet, Roubbert Dupin, maître Ga¬briel Pomarède et Jehan Biscarron, consuls et autres jurats comparaissent devant eux et leur demandent de procéder à la délimitation de la juridiction, pour être déchargés de l'excessive taille qu'ils sont obligés de payer. Il est immédiatement fait droit à cette requête.

Le dénombrement de la Baronnie de Tonneins-Dessus résulte d'un aveu et reconnaissance fait, en 1663, par Henry de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne devenu baron de Tonneins-Dessus, à la suite de son mariage avec Charlotte de Caumont.

Il est question, dans cet acte, d'une vielle ville et château, le tout ruiné. Ce dénombrement fut arrêté dans trois jours de Cour, les playds tenant, par-devant Me Vital de Goulard, juge royal le plus proche de Tonneins. Il fut déposé au greffe, au bureau du domaine du roi, à Bordeaux, le 17 août 1663.

Ces points posés, je reviens à l'histoire de notre ville et à ses origines.

La maison de Tonnance de Ferréol, après avoir possédé dans les environs de Millau, ainsi que j’ai déjà dit, une souveraineté connue sous le nom d’Arisidium, vit ses membres se disperser. Les uns, sous la conduite d’Ausbert, duc et sénateur, tige de la maison de Charlemegne, s’établirent en Austrasie ; les autres fondèrent divers fiefs, soit dans le nord, soit dans le midi de la France. Les fondations de la baronnie de Tonneins donnèrent à ce fief le nom de Tonnance ou de Tonnhenx, Tonneins, conservant pour eux le nom de Ferréol ou Ferriol, sous lequel ils continuèrent à être connus et qu'ils portèrent jusqu'au quinzième siècle, époque à laquelle ce nom s'éteignit à Tonneins avec Isabelle de Ferriol, dame de Montpezat, fille et unique héritière de Jean de Ferriol, chevalier, baron de Tonneins, décédée sans enfants.

Cette illustre famille avait embrassé de bonne heure le christianisme. A l’époque où elle se dispersa, elle comptait déjà parmi ses membres des évêques et des martyrs ; indépendamment du fief de Tonneins elle fonda l'église principale de Notre Dame, qui fut appelée de Mercadil, l'église de Saint-Pierre, l'une et l'autre situées dans l'enceinte de la ville, et les autres églises paroissiales situées dans la juridiction.

La fondation de l'ancienne église Notre-Dame parait remonter au seizième siècle. L'église dut être construite en forme de basilique.

Comme toutes les églises de la contrée, Notre-Dame fut détruite par les Sarrazins. Elle fut réédifiée dans le style roman primitif : les piliers actuels, qui séparent les trois nefs, construits sur les fondements des anciens ont conservé la forme carrée sans aucun indice de colonnes engagés et supportent des arcades à plein cintre ; des pierres, trouvées dans les anciennes dépendances de l'église, représentent des figures grossièrement exécutées.

Cette église existait un 1490. C'est dans sa nef romane que, après la réunion de la Guienne à la couronne de France, les anciennes coutumes de Tonneins furent exhibées, lues et rétablies, en présence Guillaume de Stuer de Caussade, qui avait succédé à la maison de Ferréol dans la Baronnie, en présence, aussi, des consuls, jurats et habitants.

Elle fut détruite de nouveau pendant les guerres de religion du seizième siècle et enfin rétablie dans le dix-huitième, telle qu'on la voit aujourd’hui.

Cette nouvelle reconstruction s’opéra dans les circonstances suivantes :

Le 31 juillet 1701, Nicolas de Quelen de Stuart de Caussade, prince de Carency, baron de Tonneins, offrit aux consuls, jurats et habitants de Tonneins, de rebâtir à ses frais l’église Notre-Dame. La jurade accepta. Une requête présentée à l’évêque d’Agen, pour obtenir son approbation, mentionne en ces termes l'ancienne église : « Les malheurs des temps, disent les consuls, ont privé la ville d’une grande et belle église, seule capable de leur donner la commodité d’y faire leurs exercices et leurs prières, dont il ne reste que les fondements, qui se trouvent de vingt-quatre cannes de longueur, y compris l’épaisseur des murailles et de six cannes de largeur en œuvre, sans y comprendre les chapelles qui étaient au nombre de six, trois de chaque côté. »

Sur celle requête, M. de Mascaron, évêque, rendit une ordonnance favorable en date du 23 novembre 1701. La reconstruction s'effectua, mais ne fut terminée qu'en 1755.

L'église de Saint-Pierre de Tonneins, fondée en même temps que l’église Notre-Dame, était bien moins considérable que l'autre. Saccagée par les Sarrazins, elle fut reconstruite en style roman primitif. Détruite de nouveau pendant les guerres du seizième siècle, elle fut rebâtie avec les matériaux et sur l'emplacement de l'ancienne. Sa réédification fut commencée en 1669. Jusqu'en 1756, le culte se célébra dans l'église Saint-Pierre, dont l'usage fut commun aux deux paroisses.

L'église Saint-Pierre était bâtie sur une berge minée par le fleuve ; chaque hiver, quelques tombes du cimetière attenant à l'église, étaient emportées par les éboulements. En 1842, on dut procéder a la démolition de ce lieu de culte.

En 1686. M. de Lavauguyon fonda l'église des religieux du Tiers-Ordre de Saint-François, qui est devenue un temple protestant maintenant abandonné.

Résumons ce que nous avons, jusqu'ici, avancés sur l’histoire de notre ville : 1° possession à titre de fief héréditaire du territoire de Tonneins par un fils de Tonnance Ferréol ; 2° occupation de ce territoire par de nombreux habitants qui, selon ce qui sert partout pratiqué, viennent s’établir autour du château et de l’Eglise et qui se donnent des coutumes rédigées par écrit en 1301.

Les usages de l’histoire générale confirment ces assertions. « Montesquieu affirme qu’il y avait, chez les Germains, des vassaux. Les fiefs étaient des chevaux de bataille, des armes, des repas. Il y avait des vassaux parce qu’il y avait des hommes fidèles, qui étaient liés par leur parole, qui étaient engagés pour la guerre, et qui faisaient à peu près le même service que l’on fit depuis pour les fiefs.

« Je ne peux douter, ajoute Montesquieu, que dès le temps des maires du palais, la plupart des fiefs n’eussent été rendus héréditaires. » On trouve des exemples de fiefs héréditaires dès cette époque ; ainsi, le roi de France, Dagobert Ier, fit une donation à ses neveux, Boggis et Bertrand, à titre de fief héréditaire, dès l’année 637, à la condition de faire hommage de ce fief au roi de France, (Art de vérifier les dates. Chronologie des rois français de Toulouse et d’Aquitaine.)

Quant aux coutumes locales, on en trouve de nombreuses traces avant l’affranchissement des communes par Louis-le-Gros.

Les villes gauloises eurent leurs magistrats municipaux, leur sénat, leurs franchises et privilèges. Les vainqueurs, qui connaissaient par leur propre expérience l’utilité de ces institutions, les favorisèrent.

Les Francs, à leur tour, ne voulurent pas changer des usages chers aux populations envahies. Les seigneurs n’hésitèrent pas à les confirmer ; seulement, ils voulaient paraître les concéder, en faire don, les octroyer. Mably (Considérations sur l’histoire de France) appelle les coutumes « le pacte social de la ville, un contrat entre la liberté et la nécessité des temps, une transaction entre le puissant et le faible, par laquelle la puissance était limitée, la faiblesse secourue, l’esprit de cité et l’industrie encouragés. »

D’après Montesquieu, que j’ai déjà cité, les coutumes existaient dès le commencement de la première race des rois de France ; et son opinion est confirmée par des historiens qui font autorité.

Dès l’origine de la féodalité, la France était divisée en pays du domaine du Roi ou de l’obéissance le Roi et en pays de Barons ou pays hors l’obéissance le Roi. Les Rois ne pouvaient, de leur autorité, rendre des ordonnances que pour les pays de leur domaine ; ces actes étaient sans valeur dans les pays des Barons, sans le consentement de ceux-ci. Le roi de France n’aurait pas donné de franchises municipales aux communes du duché d’Aquitaine, ni le duc d’Aquitaine aux vassaux du Baron de Tonneins.

Les coutumes étaient, à la fois, un code constitutionnel pour la commune, et un code civil pour les particuliers. C’était le droit commun de la contrée.

Les Romains portèrent leurs lois dans les Gaules. Les Gaulois et même les Visigoths en reconnurent la sagesse et les adoptèrent.

Les Frances respectèrent les lois des peuples qu'ils soumettaient. Quant à eux, ils suivaient la loi salique, mais ils permirent aux Bourguignons de suivre la loi Gombette et aux Gaulois et aux Romains d'être régis par la loi Romaine qui était, dans la première race de nos rois, la loi générale. Elle fut surtout loi générale pour cette partie de la France située entre la Loire, les Pyrénées et la mer Méditerranée. Ce fut librement et de leur propre et libre choix que ces populations déclarèrent adopter la loi Romaine. L'autorité royale, loin de s'opposer à cette adoption, la sanctionna, toutefois dans les limites de son pouvoir.

Ce n'était cependant pas, pour ces peuples, une loi se rapportant à leurs origines. Avant son adoption, n'avaient-ils pas leurs usages résultant de leurs rapports sociaux, du climat, de leurs habitudes ? En auraient-ils volontiers fait le sacrifie ? De nombreux documents historiques démontrent que, tout en adoptant pour loi générale le droit romain, chaque localité, chaque ville se réserva des coutumes locales. Il faut remarquer que ces coutumes l'emportaient sur le droit Romain dans tous les points où elles lui étaient contraires ; dans certains cas, les coutumes suppléaient, au silence dei la loi.

Ces simples explications disent assez ce que dût être la coutume de Tonneins lorsqu'elle fut arrêtée entre le seigneur et les habitants, lors de la fondation de la ville.

La rédaction de la coutume est fixée à l'année 1301 ; et c'est l'acte lui-même qui le dit. Cette, époque est remarquable. Philippe-le-Bel était alors maître de l'Agenais et de presque de toute la Guienne. Il venait de confirmer les privilèges de la ville de Bordeaux. Le seigneur et les habitants de Tonneins jugèrent ce moment favorable pour transformer en coutume écrite leur coutume jusque-là de tradition et dont le souvenir, confié à la mémoire et au patriotisme des anciens habitants, s'était conservé malgré l'ignorance et les troubles de ces temps reculés.

Au surplus, elle nous est parvenue dans une forme authentique.

Ecrit sur deux peaux de parchemin, l'un des originaux était déposé dans les archives de la ville, l'autre appartenait au seigneur, C’était un véritable contrat synallagmatique. Chaque habitant avait le droit de le consulter et d’en requérir du notaire une copie authentique.

A l’avènement du nouveau seigneur, Guillaume de Stuer, les habitants l'obligeront à représenter les coutumes, et il en fut fait, en présence du Baron, des Consuls et du peuple assemblé, une lecture et une copie en bonne forme.

Les doubles déposés à l’hôtel de ville furent détruits pendant les guerres de religion. Les consuls exigèrent du nouveau seigneur, Louis de Stuer, avant la prise de possession de la seigneurie qu’il produisit une copie authentique de la coutume.

La coutume est écrite dans la langue vulgaire des habitants, telle qu'ils la parlaient 1301. II serait trop long de faire l'analyse complète de ce précieux document dont nous avons fait une copie exacte destinée à être publiée prochainement dans une revue spéciale.

Le premier septembre 1581, ayant d'entrer en possession de sa seigneurie, Louis de Caussade, baron de Tonneins, fut supplié et requis de fournir aux habitants et aux consuls représentés et conseillés par M. Claude Drême, avocat, dont le nom se retrouve dans tous les actes se rapportant à l'histoire de notre ville, une copie des coutumes et de faire le serment exigé par elles.

La coutume fait lien mention du serment réciproque que doivent prêter le seigneur aux habitants en prenant possession de la seigneurie, et les habitants au seigneur, mais elle ne donne point le texte du serment. Toutefois cette formule est reproduite dans l'acte dressé par le notaire Jehan Pomarède pour rendre aux habitants la coutume qui avait été égarée ou détruite, mais dont le seigneur possédait un exemplaire. Il s'agit des serments prêtés, en 1490, par Guillaume de Stuer et, en 1581, par Louis de Caussade.

La baronnie de Tonneins-Dessous relevait immédiatement de la couronne ducale d’Aquitaine. Après la réunion de la Guienne à la couronne de France, l'hommage appartient au Roi comme duc de Guienne. C'est dans ce sens qu'il était rendu. Le seul devoir du baron était de fournir un homme d'armes et deux archers à l'arrière-ban.

Le seigneur avait, dans sa seigneurie, tout droit de justice haute, moyenne, basse, mère, mixte impère et droit de guerre. La haute justice, comprenait toutes causes civiles, réelles, personnelles, mixtes, sans aucune limite, et les matières criminelles, y compris les causes entraînant la peine de mort. C'était la justice mère, merum imperium. La justice moyenne embrassait toutes les matières civiles et les affaires criminelles, lorsque l'amende ne dépassait pas 60 sols parisis. Elle comprenait la basse justice s'appliquant aux causes personnelles, jusqu’à la valeur de 60 sols parisis, et les simples délits dent l'amende ne dépassait pas dix sols.

Le seigneur jouissait, en outre, des droits suivants : faculté de délivrer les prisonniers ; droit aux alluvions ; droits sur les biens donnés à l'Eglise ; droits de halle, de pilori, de boucheries, de foires et marchés, d’hôpital, de château à fossés, pont-levis, tours, pavillons, girouettes, bastions, ravelins ; droits honorifiques dans les églises paroissiales de Notre-Dame-de Mercadil, de Saint-Etienne de Gajoufet, de Saint-Germain de, Rivière, de Saint-Blaise du Breil ; droits honorifiques et de fondateur dans l'église des religieux du Tiers-Ordre de Saint-François ; droits de pontonage, de péage d'eau sur toutes les marchandises passant sur le fleuve, de péage par terre, passage d'eau, bateau de poste une charge de bois par chaque habitant ayant feu et lieu à Tonneins ; l'hommage de treize seigneurs de fief.

Le baron de Tonneins avait pour principaux officiers un sénéchal et un bailli.

Le sénéchal était le lieutenant-général du seigneur cet son représentant ; le seigneur ayant cessé d'avoir un sénéchal, le bailli remplit cet office.

Dans l'origine, le bailli était chargé de la défense de la ville et de la seigneurie ; mais cette charge devint bientôt purement judiciaire, et son titre, à Tonneins, se convertit en celui de juge.

Le sénéchal et le bailli étaient à la nomination et aux gages du seigneur.

La coutume s'occupe de l'organisation et des attributions des corps municipaux.

Quatre consuls nommés pour un an gouvernaient et administraient la ville. Ils élisaient entre eux secrètement les consuls qui devaient leur succéder l'année suivante, sans que le seigneur et ses officiers eussent le droit de prendre part à cette élection.

Les consuls nouvellement élus juraient, la main sur les Evangiles, en présence du peuple assemblé, d’être bons, droits et loyaux, de défendre les intérêts du seigneur et de la ville, de maintenir les droits de tous, pauvres et riches, amis et ennemis, suivant les fors, coutumes et privilèges de la ville, de ne recevoir argent, salaire ni promesses, à raison des affaires de leur compétence.

Le peuple, à sort tour, promettait aux consuls obéissance, secret et aide.

Les consuls élisaient parmi les prud'hommes de la ville un corps de jurats qui formait leur conseil. Celui qui avait été consul ne pouvait être réélu qu’après trois ans.

Le compte des consuls était rendu devant des commissaires nommés par le corps de jurade.

Les fonctions des consuls étaient gratuites. Leurs frais de voyages, dans l'intérêt de la ville et leur costume, consistant en une robe mi-partie de rouge et de noir et un chaperon rouge, étaient à la charge de la communauté.

Les deniers appelés patrimoniaux provenaient du produit de la grande forêt dite de La Gautrenque, au nord de la ville, et du produit des boucheries.

Les murs d'enceinte, les fossés, les fortifications appartenaient aussi à la ville à titre de franc-fief, à la charge des réparations.

Les deniers appelés casuels consistaient dans le produit des amendes, des quêtes et de ce qui provenait de causes accidentelles. Ceux-ci étaient spécialement affectés au pave, aux murailles, aux fortifications ; les deniers patrimoniaux servaient à tous les services indistinctement.

Toute personne, étrangère à Tonneins pouvait s'y établir, après information sur sa moralité. La réception du bourgeois de Tonneins était ordinairement accompagnée d'un don fait à la ville par le récipiendaire. Ce don, d'abord de douze deniers, fut ensuite d'une hallebarde pour la défense commune.

Tout habitant pouvait quitter la ville pour aller résider ailleurs.

Le seigneur ne pouvait requérir ni quête, ni taille, ni logement, ni don, ni prêt, ni otages des habitants de la ville. Le mercredi de chaque semaine se tenait un marché, et, chaque année, une grande foire commençant le jour de l'Ascension et finissant le jour de la Pentecôte.

Par erreur, on avait autorisé, dans la ville de Damazan, appelée autrefois Château-Contal, une foire qui se tenait à la même époque que celle de Tonneins. Les consuls de Tonneins s'en plaignirent et le Roi d'Angleterre, réformant les lettres antérieures, écrit aux Consuls ce qui suit :

« Sciatis quod per nostras litteras quondam datas consulibus et uninersitati bastide Castri Comitalis diocesis Agenensis, super nundinis in eadem bastida tenendis faciendis diebus et temporibus quibus teneri et fieri consueverant ab antiquo apud Tonnenx, decepti quodammodo per ignorantiam facti prejudiciari nolumus in aliquo dominis et consulibus loci de Tonenx antedicti quominus nundine fiant et teneantur in eodem loco de Tonenx diebus et temporibus consuetis, nos eisdem diebus vel temporibus nolumus aliquas nundinas fieri vel teneri apud Castrum Comitale praedictum, sed aliis diebus et temporibus possint in eodem loco de Castro Comitali nundine fieri et teneri quiblls non prejudicetur dominis consulibus aut univestati loci de Tonenx supradicti. » 4 juin 1289. (Documents inédits publiés par M. Philippe Tamizey de Larroque.)


Le bailli, les consuls et un certain nombre de jurats composaient la cour de justice du baron. Ce n'était cependant qu'une juridiction en première instance ; il y avait toujours faculté d'appeler.

L'appel, avant saint louis, consistait à défier le juge à un combat par armes qui devait se terminer par le sang.

La justice se rendait an nom du seigneur, ainsi le défi aurait dû être fait au seigneur lui-même, mais, comme il y avait félonie à défier son seigneur, on appelait en champ clos les juges qui étaient les pairs des parties, et le combat judiciaire avait lieu avec eux.

Saint Louis abolit le combat judiciaire dans ses domaines et y substitua une forme d'appel qui était porté à la Cour du Seigneur immédiatement supérieur à celui dont la Cour avait rendu le jugement attaqué. On adopta peu à peu ce mode d'appel qui répondait à l'adoucissement des mœurs publiques. On trouve dans les anciennes coutumes de Bordeaux divers appels jugés par la Cour du duc de Guienne, notamment un dans l'année 1291.

La coutume de Bouglon, rédigée par écrit dans la dernière moitié du XIIIe siècle, prescrit l'appel sans combat. D’après la coutume de Tonneins, remontant, comme nous l'avons déjà dit, à l'année 1301, les bourgeois de Tonneins pouvaient refuser le combat. On doit donc regarder comme certain que, à l'époque où la coutume de Tonneins fut rédigée par écrit, la pratique des appels sans combat commençait à prévaloir.

J’ai dit que l'appel institué par Saint Louis était toujours porté de la Cour qui avait rendu le jugement à la Cour du seigneur immédiatement supérieur et auquel était dû l'hommage ; il suivait l'hommage immédiat. Ainsi, l'appel des jugements rendus par la Cour d'un seigneur qui faisait hommage au seigneur de Tonneins était porté à la Cour du baron de Tonneins ; l'appel des jugements rendus par celui-ci était porté à la Cour du duc de Guienne, ou pour les dîmes inféodées à la Cour de l'évêque de Sarlat ; enfin, l'appel des jugements de la Cour du duc de Guienne se portait à la Cour du roi de France.

Après que la Guienne eut été réunie à la couronne, les appels des jugements rendus par la Cour du seigneur de Tonneins furent portés directement au parlement de Bordeaux.

Une chose d'une importance capitale m'a particulièrement frappé dans l'examen de nos vieilles coutumes : c'est le respect profond que nos pères avaient pour le serment ; à chaque page, on trouve mention de serments déférés pour trancher des questions souvent importantes.

Ainsi, les discussions qui pouvaient s'élever entre le seigneur et les habitants se terminaient par le serment déféré non pas au seigneur, mais à l'adversaire du seigneur, qui était crû sur son serment. Il y a beaucoup à apprendre dans l'étude sérieuse de notre vieux droit coutumier: Combien de préjugés admis avec trop de légèreté, et, sur la foi d'auteurs dominés par un esprit de parti, tombent devant un examen attentif et impartial de notre ancien droit !


DEUXIÈME PARTIE.

HISTOIRE DE LA VILLE DE TONNEINS.

1ère période.

Depuis la fondation de la ville jusqu'à l'année 1453.


L'histoire de Tonneins, depuis sa fondation jusqu'au XIIIe siècle, ne peut être retracée, faute de documents. Cette ville subit le sort de l'Aquitaine.

Dagobert Ier, roi de France donna, eu 637, à ses neveux Boggis et Bertrand, l'Aquitaine à titre de duché héréditaire à charge d'hommage à la couronne de France. A cette époque doit se rattacher la fondation de Tonneins.

En 768, le dernier duc d'Aquitaine, Waiffre, de race Mérovingienne, est dépossédé par Pépin le Bref.

Des guerres continuelles entre les descendants des ducs d'Aquitaine, de race Mérovingienne, et les chefs de cette même race, les courses incessantes des sarrasins et des Normands, furent, sans doute, la cause de grands ravages clans la contrée de Tonneins.

Sanche Mittarra, descendant des ducs d'Aquitaine, de race Mérovingienne, rétablit, en 872, le duché de Gascogne. En 1070, Gui Geoffroi, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, s'empara, à son tour, du duché de Gascogne.

Louis VII, roi de France, épouse, en 1137, la duchesse Eléonore, fille et héritière de Guillaume le jeune, duc d'Aquitaine, et reçoit en dot le duché d'Aquitaine. En 1152, Eléonore divorce et se marie bientôt après avec Henri, comte d'Anjou, devenu roi d'Angleterre, sous les nom d'Henri II, et par suite duc d'Aquitaine.

Richard II, roi d'Angleterre, donne, en l'année 1196, l'Agenais à Jeanne, sa sœur, qui l’apporte en mariage à Raymond VI, comte de Toulouse. Une lutte terrible agita bientôt l'Agenais. Raymond VI, dont la cause fut mêlée à celle des Albigeois, devint l’objet de violentes attaques de la part des croisés qui s’élevèrent en masse, du sein même de l’Agenais, contre le comte.

Les Albigeois avaient des rapports avec quelques-uns de leurs amis de l’Agenais. L’italien Henri, dont nous avons déjà parlé, parcourut les contrées situées entre Bordeaux et Toulouse, prêchant partout des doctrines qui avaient de nombreux points de ressemblance avec les croyances des Vaudois. L’Agenais était signalé comme le pays de l’hérésie. Les croisés s’attachèrent à combattre ces novateurs. Des luttes sanglantes s’en suivirent. Tonneins et Gontaud furent, en 1209, ravagés par les croisés. Le missionnaire Henri fut arrêté, et mourut dans les fers.

En 1270, l'Agenais fait retour à la couronne d'Angleterre par la mort, sans enfants, du comte et de la comtesse de Toulouse.

Les annales du XIIIe siècle offrent plusieurs fois le nom de Guillaume Ferriol, aïeul de ce Guillaume qui fit rédiger par écrit la Coutume.

En 1239, il se rend garant d'un traité entre Gaston de Gontaud et Hélie Rudel, seigneur de Bergerac.

En 1242, il fait partie avec cinq hommes d'armes, de l'armée anglaise qui fut défaite par saint Louis, à Taillebourg, et se porte, avec plusieurs autres barons du comte de Toulouse, garant d'un traité entre le roi d'Angleterre et le comte de Toulouse.

En 1250, il est présent à un hommage rendu par Amanieu d'Albret, à Gaston de Béarn.

En 1254, on le voit exécuteur testamentaire d'Hélie Rudel, troisième de ce nom, seigneur de Bergerac.

Dans le même siècle, en l'année 1261, les nouveaux barons de Tonneins-Dessus, Raymond-Bernard de Rovinha et Eyméric de Rovinha, donnèrent aux habitants de cette ville les Coutumes de Casteljaloux.

Cette même année, Guillaume Ferriol fit une transaction avec les moines de l'abbaye de Granselve, diocèse de Toulouse, probablement au sujet de droits que pouvait avoir Guillaume Ferriol, sur l'ancien pays d'Arsac.

L'année suivante, Guillaume Ferriol souscrit unie transaction avec l’abbé de Sarlat, au sujet des dîmes inféodées de Sabalause et de Lacouture. Nous avons déjà parlé de ces dîmes inféodées, en recherchant l'époque de la fondation de Tonneins-Dessus.

Guillaume Ferriol survécut peu de temps à cette transaction ; il eut pour successeur Etienne son fils, qui prit part eu 1293, à la guerre entre Philippe-le-Bel et Edouard Ier.

A Etienne Ferriol succéda Guillaume, qui fit rédiger par écrit la Coutume.

De 1301 à 1312, survint la mort de Guillaume Ferriol.

Étienne Ferriol, son successeur, fut nommé sénéchal d'Aquitaine par lettres patentes d’Edouard II, datées du 28 octobre 1312. Ce personnage distingué fut chargé de missions importantes : notamment de recevoir le serment de fidélité des maires, jurats et habitants de Bordeaux ; de prendre la défense de Marguerite, comtesse de Foix et vicomtesse de Béarn, contre les officiers du roi de France ; de faire informer sur la demande que faisait Bertrand de Goth, neveu du Pape Clément V, d’être mis en possession de la haute et basse justice dans les villes de Portez et l'Arbenatz.

Étienne Ferriol ne jouit cependant pas longtemps de la confiance du roi d'Angleterre. Sa commission de Sénéchal lui fui retirée en 1313, mais il reçut, deux ans après, ampliation d'une circulaire du monarque Anglais aux barons de Guienne, circulaire dont le but véritable était d'entretenir les barons de Guienne dans leurs bonnes dispositions pour la cause Anglaise. La suscription portait : Etienne Ferriol, chevalier, seigneur en partie de Tonneins.

Les lacunes, qui existaient dans la Coutume de Casteljaloux donnée aux habitants de Tonneins-Dessus, en 1261, obligèrent ces derniers à recourir, en 1317, à leur seigneur pour obtenir des dispositions supplémentaires qui leur furent accordées.

En 1324, la guerre éclata entre la France et l'Angleterre au sujet du château de Montpezat, en Agenais ; elle prit fin par un traité de paix du 31 mai 1325.

Pendant la durée des hostilités, Tonneins et ses environs furent occupés par les troupes du roi de France. Le plus grand nombre des seigneurs du pays avaient pris parti pour la cause française, ainsi que le prouvent les lettres de rémission qui leur furent expédiées plus lard an nom du roi d'Angleterre. Parmi les barons qui bénéficièrent de cette mesure, se trouve Bernard de Rovinha, conseigneur de Tonneins. Le nom du baron de Tonneins-Dessous n'y figure pas. C'était alors Etienne Ferriol, fils du sénéchal d'Aquitaine, qui épousa, en 1327, Dauphine de Gontaud, fille de Gaston de Gontaud et de Comtesse de Luzechz.

En l'année 1340, Edouard III donna à Guillaume-Raimond de Caumont Tonneins-Dessus avec le droit de haute et basse justice. Le roi avait probablement acquis ou plutôt confisqué cette seigneurie pour la faire passer à Guillaume-Raimond.

On trouve de nombreuses preuves de ce système de donations et de confiscations alternatives, adopté par les rois d'Angleterre, et qu'Edouard III porta jusqu’à l'excès. Il parait que les seigneurs de Tonneins en profitèrent comme les autres barons de Guienne.

Par suite du titre de roi de. France qu’Edouard prenait, il ordonna que tous les appels des sentences des juges d'Aquitaine, qui étaient portées devant le monarque français comme suzerain, lui fussent déférées à l'avenir.

Sous le règne d'Edouard III, l'autorité anglaise prit, en Guienne, une importance qu'elle n'avait jamais eue. Les esprits étant déjà bien disposés en sa faveur, le roi d'Angleterre publia contre Philippe de Valois un manifeste exposant, avec une grande habileté, tous les droits qu'il prétendait avoir. Ces moyens lui réussirent, il rattacha à sa cause les barons et les villes de Guienne, si bien qu'il n'était pas dans le duché de Guienne un seigneur ou une ville qui ne fut entièrement dévoué à sa cause.

Edouard III envoya dans le duché de Guienne le prince de Galles, son fils, avec le titre de lieutenant-général de ses armées. Le 21 septembre 1355, le prince de Galles, surnommé le prince Noir, prêta serment en qualité de lieutenant-général en Guienne, dans l'église Saint-André de Bordeaux.

Il apporta dans la mission que lui donna son père, un zèle, une activité, un courage qu'on ne pourrait, sans injustice, s'empêcher de reconnaître. Il ravagea tout le Languedoc jusqu'aux portes de Narbonne, et revint à Bordeaux chargé d'un riche butin. Il entreprit ensuite, à la tête de 12.000 hommes, dont 9.000 Aquitains et 3.000 Anglais, d'aller au secours de son oncle, le duc de Lancastre, qui était vivement pressé, en Normandie, par le roi de France. Le roi Jean convoqua tous les vassaux de la couronne et marcha au devant du prince de Galles ; il l'atteignit prés de Poitiers. Malgré la disproportion de ses forces, le prince comprit que la fuite l'aurait complètement perdu et décida de tenter le sort d'une bataille.

Cependant des négociations eurent lieu : le roi de France voulait exiger que le prince de Galles se rendit prisonnier avec cent des principaux de son armée. Le prince répondit qu'il ne se rendrait que, lorsque ses armes ne seraient plus en état de le défendre. L’attaque fut ordonnée pour le lendemain matin.

Ce fut le 19 septembre 1356 que fut livrée cette célèbre bataille de Maupertuis, si funeste à la France.

Le premier corps des Français, commandé par le duc d’Orléans, frère du roi, entre dans les défilés qui conduisaient au camp du prince de Galles. Les Anglais, cachés derrière des haies, accablent de flèches les chevaux et les hommes, et en font un carnage épouvantable. Ceux qui s'échappèrent s'étant avancés vers l'ennemi, l'un des deux maréchaux de France qui étaient à leur tête fut tué et l'autre fait prisonnier. Privés de leurs chefs, les Français se replièrent vers le corps commandé par le Dauphin, mais avec une telle précipitation et une si grande frayeur qu'ils jetèrent partout l'épouvante. Le Dauphin, l'un de ses frères et, par suite, la troupe prirent la fuite. Le prince de Galles, suivant le conseil de ses généraux, laissa les fuyards pour s'attacher au troisième corps de l'armée française commandé par le roi. Celui-ci, vivement attaqué, fait bonne contenance et donne avec calme ses ordres. Les Français firent des prodiges de valeur. A peine âgé de treize ans, le plus jeune des fils du roi, Philippe, était à côté de son père, le couvrait de son corps et parait les coups qu'on lui portait. Le connétable et le duc de Bourbon tombèrent aux pieds du roi. Le jeune Philippe fut blessé. De tous côtés on criait au roi de se rendre ; il ne répondait qu'en redoublant ses coups. Une hache à la main, il écartait tous ceux qui cherchaient à l'approcher ; les courroies de son casque se délièrent, il tomba, reçut deux blessures au visage et fut mis dans l'impossibilité de résister. Aussitôt Henri Morbec, chevalier artésien, s'approcha de lui et le pressa de nouveau de se rendre. Le roi demanda le prince de Galles. Il n'est pas ici, lui dit Morbec, mais rendez-vous à moi et je vous mènerai à lui. Le roi tira son gantelet et, le donnant à Morbec, il lui dit : Je me rends à vous.

Le prince de Galles ignorait le sort du roi. Il envoya le comte de Warwick pour en avoir des nouvelles ; celui-ci rencontra le noble prisonnier allant à pied au milieu d'une troupe de gens d'armes qui l’avaient enlevé à Morbec et qui se le disputaient ; plusieurs même étaient d’avis de le tuer. Le comte leur ordonna de se retirer, mit pied à terre, aborda le roi avec respect et le conduisit à la tente du prince de Galles. Le prince s’avança vers le roi, le pria d’entrer dans son pavillon et lui offrit des rafraîchissements. Le soir, il donna un grand repas à tous les seigneurs qui avaient été faits prisonniers, et voulut lui-même servir le roi. Conduit à Bordeaux où il arriva vers la fin de septembre, le roi fut logé à l’archevêché dans un appartement voisin de celui du prince de Galles.

Le 23 mars 1357, une trêve fut conclue à Bordeaux pour deux ans. De part et d’autres, on nomma des députés gardiens de la trêve, chargés de punir tous ceux qui enfreindraient le traité et de réparer tous les attentats qui seraient commis pendant ces deux années.

Pour la contrée de l’Agenais, ces députés étaient :

- Le sénéchal,
- Jourdain de l’Isle,
- Bertrand de La Mothe,
- Le seigneur de La Barthe,
- Gérard de Geslin,
- Le sire de Caumont,
- Amanieu de Fossat,
- Bernard de Rovinha,
- Guillaume Ferriol,
- Le sire de Thouars, sénéchal.

L’intérêt majeur que ces événements présentaient pour notre histoire locale, la part considérable que prenaient dans ces grandes luttes les deux seigneurs de Tonneins, Guillaume Ferriol et Bernard de Rovinha, nous serviront d’excuse auprès du lecteur pour cette longue excursion dans le domaine de l’histoire générale.

Le prince anglais reçut de son père la Guienne et en prit possession à compter de la donation faite à Londres le 19 juillet 1362. Il traita avec hauteur ces Aquitains qui avaient été les instruments de sa gloire militaire, les accabla d’humiliations, augmenta leurs impôts, dont l’un fut établi sous le nom de fouage.

Un cri général d'indignation se fit entendre : le sire d'Albret, le comte d'Armagnac, Guillaume Ferriol et plusieurs autres présentèrent, sous forme d'un appel, une requête au roi de France, dans laquelle ils se plaignaient avec amertume de la tyrannie du prince de Galles et réclamaient hautement le secours du roi de France.

Charles V reçut cet appel et fit citer le vainqueur de Maupertuis devant la Cour des pairs de France, qui, par un arrêt solennel de l'année 1370, prononça la confiscation du duché de Guienne.

Cette mesure fut suivie d'une déclaration de guerre de la part de Charles V. Duglesclin entra dans l'Agenais. Tonneins et le plus grand nombre des villes de France lui ouvrirent leurs portes, et il ne resta bientôt plus au prince que Bordeaux et Bayonne.

Cette situation, fort compliquée, jetait dans un grand embarras plusieurs seigneurs d'Aquitaine. Jean de Ferriol, seigneur de Tonneins-Dessous, en 1400, persista dans son attachement à la cause française.

Pendant les années suivantes, les prétentions des rois d'Angleterre à la couronne de France furent sur le point de se réaliser par la conquête.

Dans ces déplorables conjonctures, le Dauphin, depuis Charles VII, errait dans les états de son père, appuyé sur le sentiment national qui se faisait jour de toutes parts, et activement secondé par le courage des Dunois, des Lahire, des Xaintrailles et de quelques autres guerriers qui s'étaient attachés à sa fortune, ou plutôt à la fortune de la France.

Cependant, Jean de Ferriol et le sire d'Albret se trouvaient encore envers le roi d'Angleterre dans la position où les avait placés l'appel de 1367 ; mais l'entrée à Paris du monarque anglais, le traité de Troyes, les approches de la mort de Charles VI ébranlèrent leurs résolutions ; ils se soumirent au roi d'Angleterre.

Le traité qui fut souscrit à cette occasion par Jean de Saint-Jean, maire de Bordeaux, chargé des pouvoirs du roi d'Angleterre, et Jean de Ferriol, chevalier, seigneur de Tonneins, tant pour lui que pour Charles et François d'Albret, est rapporta en entier par Rymer, dans deux actes passés au château de Rouen le 16 janvier 1421.

Les principales conventions du traité furent, de la part des seigneurs Aquitains, la renonciation à l'appel, la promesse de fidélité et d'hommage, et, de la part du roi d'Angleterre, la remise et l'abolition, en faveur des soigneurs d'Albret et de Jean de Ferriol, de toutes choses faites par eux et leurs pères depuis l'appel contre le monarque anglais, la promesse de les faire profiter des mêmes droits dont leurs ancêtres avaient joui avant l’appel, l'obligation de leur rendre les lieux qui avaient été confisqués à leur préjudice, et qui n'auraient pas été donnés à d'autres.

Le premier de ces actes est suivi de la liste des proches parents et alliés de Charles-François d'Albret ayant intérêt au traité. Le nom de Jean de Ferriol figure en tête de cette liste.

Charles VI étant mort, les affaires changèrent de face. Sous le nouveau roi, les Anglais, chassés des provinces septentrionales de la France, le furent aussi de la Guienne où, pendant de longues années de guerres et de luttes terribles, nos campagnes avaient été ravagées, nos villes prises et reprises.

Dans l'intervalle de 1421 à 1450, Jean de Ferriol avait cessé de vivre. Isabelle de Ferriol, dame de Montpezat, sa fille et son héritière, n'avait point d'enfants. Elle vendit sa seigneurie de Tonneins-Dessous à Amanieu de Madaillan, surnommé le baron, seigneur Aquitain, dévoué au roi d'Angleterre. Amanieu étant tombé entre les mains du roi de France, ce monarque retint en dépôt la seigneurie pour la remettre à qui il serait ordonné par le Parlement de Toulouse dans le ressort duquel était annexé l'Agenais.

Alors s'engagea devant ce Parlement un procès entre Isabelle de Ferriol, les héritiers d'Amanieu de Madaillan et le Procureur général, sur la question de savoir à qui demeurerait la baronnie de Tonneins.

Le procès se poursuivait, lorsque le roi Charles VII donna les lettres patentes suivantes :

« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à nos amis et féaux conseillers les gens de notre cour de Parlement à Toulouse, salut et dilection. Comme à l'occasion de certains procès qu'on dit être pendants puis aucun temps en ça en notre dite Cour de Parlement, pour raison de la terre et seigneurie de Tonneins sur la rivière de Garonne, entre aucuns prétendans y avoir droit, ladite terre, et seigneurie ait été, ainsi que naguère avons entendu, mise en notre main pour la conservation du droit de qui il appartiendra en définitive, pour laquelle terre et seigneurie de Tonneins, qui est en pays de frontière, traiter et gouverner sous notre dite main pendant ledit procès qui, comme il est vraisemblable, pourra prendre longs trais en notre cour, soit besoin et nécessité y commettre et établir personne notable à nous sure et stable, vu la situation dudit pays, pour ce est-il que, ce considéré et que notre amé et féal conseiller et premier écuyer de corps Poton, sire de Xaintrailles, s'en va présentement, par notre ordonnance et commandement, en notre pays de Guienne sur la frontière de nos ennemis, et que par lui, qui est du pays, icelle terre et seigneurie sera plus surement et mieux traitée et gouvernée que par autre, vous mandons, commandons et bien expressément enjoignons que incontinent et sans délai vous bailliez ou faites réaument et de fait bailler et délivrer la garde, gouvernement et administration des dites terre et seigneurie de Tonneins audit sieur de Xaintrailles, lequel, en tant que mestier seroit, nous avons à ce commis et ordonné, commettons et ordonnons par ces dites présentes durant ledit procès et jusques à ce que par nous ou notre dite cour de Parlement autrement en soit ordonné, sans préjudice toutes fois dudit procès et du droit des parties. Et à ce faire et à obéir audit de Xaintrailles es choses touchant lesdits gouvernement et administration contraignez ou faites contraindre tous ceux qu'il appartiendra par toutes voies en tel cals requises, en déchargeant desdits garde, gouvernement et administration desdites terre et seigneurie de Tonneins, tous ceux qui par ci-devant y auroient été vu seroient commis, lesquels nous en voulons être otés et déchargés nonobstant le dit procès pendant en notre dite Cour, à quoi ne voulons quant à ce avoir aucun égard, pourvu que le dit sire de Xaintrailles sera tenu rendre compte de ce qu'il aura reçu ou fera recevoir des fruits et revenus desdites terre et seigneurie durant le temps qu'il en aura le gouvernement et administration pour les bailler ou faire bailler quand temps sera, à qui il devront appartenir, de ce faire nous donnons pouvoir. Mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et sujets que à vous et vos commis et députés soit diligemment en ce faisant obéi et entendu.

« Donné à Tours le dernier jour de mars l'an de grâce mil cccc cinquante et de notre règne le 29e. - Par le roi, vous présent. - Chaligant, signé. »

Poton de Xaintrailles présenta requête au Parlement de Toulouse pour voir entériner lesdites lettres patentes, ce qui fut fait, et, par suite, il fut mis en possession de la seigneurie. Néanmoins, le procès continua.

Isabelle de Ferriol mourut. Les procédures prirent fin par la vente que firent les héritiers d'Isabelle de Ferriol et les héritiers d'Amanieu de Madaillan à Poton de Xaintrailles de tous leurs droits sur la baronnie de Tonneins. Cette vente, dans les circonstances où se trouvaient les parties et vu le procès que le Parlement de Toulouse avait à juger, n'était pas sans difficultés et il fallut des lettres patentes du roi pour autoriser Poton de Xaintrailles à réaliser cette acquisition.

Le Parlement de Toulouse dut intervenir pour que la vente puisse s'effectuer valablement.

Le contrat de vente, sous la date du 27 septembre 1452, passé par-devant Etienne de Saint-Etienne, notaire à Caumont et Jean Monnevotellus, son collègue, investit définitivement Poton de Xaintrailles de la baronnie de Tonneins-Dessous.

Ainsi prit fin dans cette seigneurie l'ancienne autorité de la maison de Ferriol, pour faire place à celle de Peton de Xaintrailles et de ses successeurs.

La vie de cet illustre guerrier appartient à l'histoire de notre cité et il vaut la peine de nous arrêter quelques instants pour apprendre à la connaître.

Fort-Sanche de Xaintrailles, seigneur dudit lieu, d'Ambrus et de Villeton, fils et petit fils de Bertrand de Xaintrailles, épousa, vers l'an 1380, Edie de Roqueys, issue d'une maison noble de l'Entre-deux-mers (Titres de la maison de Bruet, à Tonneins) et probablement sœur de Raymond de Roqueys qui fut archevêque de Bordeaux en 1380.

De ce mariage naquirent :

1° Jean de Xaintrailles l’aîné ;
2° Béatrix de Xaintrailles ;
3° Thalise de Xaintrailles, qui épousa noble homme, Laurent de Bruet, alors habitant de Marmande et qui s'établit à Tonneins ;
4° Jean dit Poton de Xaintrailles, celui dont nous avons particulièrement à nous occuper.

Par son testament, daté du château de Villeton le 10 janvier 1411, Fort-Sanche de Xaintrailles, après avoir fait plusieurs legs pieux et ordonné sa sépulture dans l'église du couvent des frères mineurs, au Mas-d'Agenais, disposa de ses biens entre ses deux fils, institua Jean, son fils aîné, son héritier dans les seigneuries de Xaintrailles et d’Ambrus, légua à Poton la seigneurie de Villeton.

La position sociale et l'inclination de Poton de Xaintrailles le porteront de bonne heure sur les champs de bataille. Son caractère noble et hardi, un sentiment profond d'honneur et de patriotisme lui firent épouser la cause du Dauphin alors que cette cause semblait désespérée. Il n'avait pour toute fortune que la baronnie de Villeton, qu'il venait de recueillir dans la succession de son père ; mais, riche d’émulation, de dévouement, de courage, il entra, vers 1417, au service du prince, alors errant et proscrit. Il trouva un ami dans la personne du roi de France dont il partageait la noble ambition et les hautes qualités.

En 1418, Poton de Xaintrailles, fort jeune encore, fit la premier essai de sa valeur. Il défendait avec La Hire, dont il était le compatriote et l'émule, la ville de Couci. La garnison, obligée de se retirer, par suite de la trahison d'une femme qui avait livré la place au duc de Bourgogne, les choisit l'un et l'autre pour ses chefs, et ceux-ci vengèrent cet affront en attaquant à la tête de quarante lances et mettant en fuite, le seigneur de Longueval, qui commandait quatre cents hommes d'armes.

Trop confiant en ces inspirations, Xaintrailles entreprit une expédition en Normandie avec le maréchal de Boussac, qui l'abandonna bientôt. Réduit à ses propres forces, il fut obligé de se rendre à Talbot. Le général anglais se souvint du noble exemple que lui avait donné son prisonnier et lui rendit la liberté. Le berger Guillaume fut retenu et chargé de chaînes par les Anglais qui, malgré les vives instances de Xaintrailles, ne consentirent pas à lui donner la liberté.

Après plusieurs faits d'armes remarquables, Xaintrailles assista à l'entrée du roi dans Paris et reçut du monarque de nombreux témoignages de confiance.

En 1450, il fut employé dans la guerre de Guienne. Il signa, en qualité de commissaire du roi, le traité de capitulation de Bordeaux, le 2 juin 1451 et assista à l'entrée du comte de Dunois dans cette ville.

Par lettres patentes du 20 juin 1451, le roi lui donna la ville et la seigneurie de Saint-Macaire.

Le comte d’Armagnac, Jean V, lui céda la vicomté de Brulhois, qui formait un petit état sur la rive gauche de la Garonne et qui s'étendait d’Auvillars à Port-Sainte-Marie.

En 1453, le roi le créa Sénéchal de Limousin.

Après le décès du maréchal de Jaloignes, en 1454, il devint maréchal de France.

Le roi lui confia bientôt après le gouvernement de Bordeaux. Il établit sa résidence dans le Château-Trompette, construit par ordre de Charles VII. C'est là qu'il mourut le 7 octobre 1461. Il fut enseveli, selon sa volonté, à Nérac, dans l'église des Cordeliers.

Voici les titres que prenait Poton de Xaintrailles :

Noble, puissant et magnifique seigneur Poton de Xaintrailles, sire de Xaintrailles, vicomte de Brulhois, baron de Tonneins, Grateloup, Villeton, Lagruère, Galapian, Ganat, Empanat ; seigneur de Saint-Macaire, Vally, Mery-ez-Bois, Menestral-sur-Sandre, Roquevs, Puyavan, Hauterive, Ambrus, Caubeyres, le Grézet ; avoué de Sarlat ; premier Maréchal et grand Ecuyer de France ; Chambellan et capitaine des gens-d'armes du roi ; Gouverneur de Guienne et de Berry.

Vers 1436, il avait épousé Catherine Brachet de Vendôme, dame de Salignac en Limousin, fille de Jean, seigneur de Pérusse et de Montagne, et de Marie de Vendosme ; il n'eut point d'enfants.

Par son testament, fait à Bordeaux le 11 août 1461, Poton de Xaintrailles avait légué entre autres choses à Catherine Brachet les seigneuries de Tonneins et de Grateloup.

Ces détails font assez connaître la valeur et le caractère de l'homme illustre qui posséda la baronnie de Tonneins-Dessus.

Quelques jours après, ils s'emparèrent de la ville de Crespy dont ils firent une place d'armes. Ils y furent assiégés par le duc ce Bourgogne à la tête de forces supérieures. Obligés de céder au nombre, ils obtinrent du moins une capitulation honorable.

Un an après, Poton, fait prisonnier dans une rencontre près d'Abbeville, fut rendit à la liberté par l'abandon que fit le Dauphin de la ville de Saint-Riquier.

En 1423, il fit preuve de courage et d'adresse dans un combat singulier, en présence du duc de Bourgogne.

Cette même année, il se trouva à la bataille de Crevant, où il fut fait prisonnier pour la deuxième fois. Racheté aussitôt, il escalada les villes de Ham et de Guise. La première fut reprise et la seconde investie. Poton, qui commandait dans celle-ci, sortit pour aller chercher da secours et fut fait encore prisonnier. Il se trouva néanmoins en 1424, à la bataille de Verneuil et à la prise de Bruine-le-Comte.

En 1428, il était enfermé dans Orléans qu'il défendait contre les Anglais et les Bourguignons. Il fut blessé le 21 octobre dans une sortie.

Poton de Xaintrailles rejoignit lie roi Charles VII à Chinon, pour lui rendre compte de l'état de la place. De là il se rendit à Selles, à Issoudun et à Bourges. Il revint ensuite à Orléans, où, plus d'une fois, il força les quartiers de l'armée ennemie pour introduire des convois. Il y fut joint par Jeanne-d'Arc qu'il accompagna dans toutes ses sorties. Il concourut à la levée du siège et au recouvrement des villes d'Yenville, Fargeau, Beaugency et autres.

Ces derniers évènements avaient changé la fortune de la France. Les armées Anglaises et Bourguignonnes pliaient sur tous les points. Talbot, étonné des succès de Charles VII, délibérait s'il continuerait à tenir la campagne, lorsqu'il fut rencontré près de Patay par l’avant-garde française commandée, par le maréchal de Boussac, La Hire, Xaintrailles et Jeanne-d'Arc. La bataille était inévitable. Les Anglais furent taillés en pièces ; Talbot se rendit à Xaintrailles, qui paya son tribut d'estime, à un ennemi malheureux mais plein de valeur, en obtenant la liberté du prisonnier sans rançon.

Cette victoire fut suivie du sacre du roi de France, à Reims.

Xaintrailles assista à la cérémonie du sacre. Le roi le nomma peu de jours après son premier écuyer du corps et maître de son écurie.

En 1430, à la tête de trois cents hommes et en la compagnie de Jeanne d’Arc, il attaqua et défit une troupe bourguignonne.

Cette même année, il se jeta, avec Jeanne-d'Arc, dans la place de Compiègne assiégée par les Anglais et les Bourguignons Pendant ce siège, Jeanne-d’Arc tomba dans les mains des Anglais. Xaintrailles continua à défendre la place et fit lever le siège.

Bientôt après, il gagna la bataille de Germigny.

Xaintrailles, cédant à l'enthousiasme du moment, avait à sa suite un berger nommé Guillaume qui se disait inspiré.

2ème période.

De l’année 1453 jusqu'à notre époque.


L’expulsion des Anglais avait délivré l’Agenais du fléau de la guerre. Un seigneur que ses exploits et sa valeur personnelle avaient grandi, que ses richesses rendaient indépendant, que la faveur royale recommandait, déjà investi d’une baronnie voisine, garantissait a Tonneins protection et prospérité et associait les habitants à l'éclat de sa gloire et de sa grandeur.

A la vérité, le caractère d’un guerrier tel que Poton de Xaintrailles pouvait inspirer aux habitants de cette ville quelques craintes pour le maintien de leurs franchises ; mais en avaient-ils mieux joui au milieu des troubles passés ? Le seigneur de Tonneins n’était-il pas l’un des plus fermes soutiens du trône de France ? N’y aurait-il pas eu ingratitude et peut-être témérité à lui rappeler la coutume ? On s’accommoda pour le moment de ce que la situation présente offrait de bon, sans trop s'occuper de ce que l’on souhaitait de mieux.

Ainsi se passèrent les quelques années pendant lesquelles Polon de Xaintrailles jouit de la baronnie de Tonneins-Dessous. Il mourut en 1641 ; Catherine Brachet se mit en possession de cette baronnie et, deux ans après, du consentement du Roi Louis XI, elle se maria avec Jean de Stuer, sire de la Barde, vicomte de Ribérac, premier baron de la Manche.

Diverses transactions réglèrent les droits des prétendants à la succession de Xaintrailles et attribuèrent définitivement à Catherine

Brachet la propriété de la Baronnie de Tonneins-Dessous, Celle-ci mourut en 1490, ainsi que Jean de Stuer, son mari, sans laisser de postérité.

Le 9 août de cette même année, Catherine Brachet avait fait un testament par lequel elle instituait pour son héritier universel Guillaume de Stuer, seigneur de Saint-Maigrin, Conseiller d'Etat et chambellan ordinaire du roi, sénéchal et gouverneur de Saintonge, son parent.

Lorsque Guillaume de Stuer se présenta aux consuls est aux habitants de Tonneins pour prendre possession de sa seigneurie, les circonstances n’étaient plus les mêmes qu’à l'avènement de Xaintrailles. Les consuls voulant restaurer les coutumes, revendiquèrent, pour les habitants et pour eaux, la plénitude de leurs droits. Ils rappelèrent que, dès les temps les plus anciens, les seigneurs de Tonneins avaient arrêté avec les habitants certaines coutumes et octroyé certains droits municipaux. Sous les derniers seigneurs, ces conventions étaient tombées en désuétude, mais l'acte écrit existait dans les archives de la ville ; et voici d'après eux ce qu'il portait : toute personne venant à la seigneurie de Tonneins était tenue de prêter aux habitants le serment de les observer ; les habitants devaient ensuite prêter au soigneur le serment de fidélité ; les coutumes devaient entre lues publiquement, on devait dresser un procès-verbal constatant cette lecture, les serments réciproques, et contenant la transcription littérale et authentique des coutumes.

Guillaume de Stuer consentit à remplir toutes ces obligations.

En conséquence, une assemblée générale composée du seigneur, des consuls et des principaux habitants de la ville de Tonneins-Dessous fut tenue, le 9 décembre 1490, dans l'église de Notre-Dame de Mercadil. Dans le procès-verbal de cette assemblée, on trouve un grand nombre de noms propres qui sont encore portés par des habitants de Tonneins.

Jean de Drulha, consul des habitants, donna lecture des coutumes qui furent reconnues par le seigneur et par tous les assistants pour être les lois, coutumes et droits municipaux de Tonneins, après quoi les serments réciproques furent prononcés, avec les formes ci-après.

Le seigneur toucha de ses deux mains les Saintes Evangiles, le missel et la croix placés sur l'autel, puis il lit le serment.

Les consuls prêtèrent ensuite leur serment, l'un après l'autre, au nom des habitants, sur le missel et sur la croix, dans les mains du seigneur.

Le même jour, Guillaume de Curtibus, notaire public et greffier de la Cour du sénéchal d'Agenais, assisté de Me Pierre Drinotus, notaire de Tonneins, dressa l'acte de prestation desdits serments. A la suite se trouve la copie des coutumes.

Guillaume de Stuer, après ces préalables, entra en possession de la seigneurie de Tonneins-Dessous. Il épousa, quelques temps après, Catherine de Caussade ; il en eut un fils. François de Stuer, dit de Caussade, qui fut baron de Tonneins-Dessous, et dont, la postérité continua à posséder cette baronnie.

Les deux villes de Tonneins avaient, comme nous l'avons déjà dit, une origine commune. Avant la séparation en deux communautés distinctes, la coutume de Tonneins-Dessous, de l'année 1301, régissait aussi le bourg Saint-Pierre-de-Tonneins.

Après la séparation, les nouveaux seigneurs du bourg Saint-Pierre donnèrent aux habitants de cette communauté les coutumes de Casteljaloux, qui parurent incomplètes et ne s'adaptaient pas bien aux mœurs et aux habitudes locales. Diverses circonstances déterminèrent les habitants du bourg à demander des dispositions supplémentaires. Deux nouveaux articles, ainsi que nous l'avons déjà dit, furent plus tard ajoutés à leur coutume donnée, en 1261. En 1475, nouvelle demande : les habitants de Saint-Pierre envoient une députation à Casteljaloux et obtiennent deux autres articles.

La plupart de ces dispositions morcelées, incohérentes, étant tombées en désuétude au commencement du XVIe siècle, avaient été remplacées par l'arbitraire des seigneurs. Les habitants de Tonneins-Dessus se plaignirent de celle situation ; mais, pour toute réponse, le seigneur, François de Caumont, les traita de rebelles et les menaça de leur retirer absolument la coutume. Le refus était par trop humiliant est la situation ne pouvait pas se perpétuer : une transaction intervint le 9 mai 1502. Le seigneur, les consuls, les habitants se réunirent dans l'église Saint-Pierre. Les principaux sujets de litige furent réglés, et les coutures de Casteljaloux remises en vigueur.

C'est ainsi qu'à des époques rapprochées, les habitants des deux villes de Tonneins furent confirmés dans la possession de leurs coutumes ; on voit avec quelle différence :

Tonneins-Dessous, doté d'un corps complet de droit politique et municipal, tombé en désuétude pendant les guerres, profite de la première occasion qui lui est offerte pour remettre ce code en vigueur et le serment est absolument refusé au premier seigneur de la maison de Stuer jusqu'a ce qu'il ait juré, le premier, de maintenir les coutumes et les nouveaux articles impérieusement demandés par les habitants.

Tonneins-Dessus n'a pas la même vie politique et municipale. Le despotisme de ses barons la tient sous le joug, la ville veut faire entendre de légitimes plaintes, on la menace de lui enlever ses dernières franchises, elle est obligée de céder. Le malaise qu’éprouvaient les habitants donne lieu dans la suite à de fréquentes contestations entre eux et leurs seigneurs. Ce n'est pas que Tonneins-Dessous n’eût souvent à lutter pour se soustraire à des usurpations plus ou moins manifestes, mais, on le voit, les deux villes soutenaient des intérêts d'une nature différente : Tonneins-Dessus réclamait des libertés et des droits que Tonneins-Dessus possédait et que ses habitants avaient à cœur à conserver.

Guillaume de Stuer mourut eu 1529. François de Stuer dit de Caussade, son fils, lui succéda.

Le nouveau seigneur se refusant à prêter le serment, les consuls prirent vigoureusement en mains les intérêts de la ville et demandèrent que la coutume fût exécutée. Ils portèrent la question devant le Parlement de Bordeaux qui, par arrêt du 12 janvier 1530, ordonna que la coutume fût observée et condamna le seigneur à faire le serment. La cour délégua un commissaire pour assister à la prestation qui eut lieu le 29 janvier 1530.

Des évènements plus graves vont fixer l'attention.

La Réformation s'était introduite en France et gagnait du terrain. L'Agenais l'accueillit avec enthousiasme. Un neveu de Melanchthon vint à Tonneins ouvrir une école et prêcher la Réforme. Quelques historiens soutiennent que le grand réformateur Melanchthon vint lui-même, mais ce point n'est pas établi. Le baron de Tonneins–Dessus et les habitants, en grand nombre, embrassèrent la nouvelle doctrine. Le seigneur de Tonneins-Dessous, François de Stuer, conserva sa croyance.

Ces nouvelles idées rencontrèrent de nombreux et puissants contradicteurs. Blaise de Montluc accepta la mission de sévir contre ceux qui embrassaient la Réforme et chacun sait comment il s’y employa. Les persécutions, renouvelées de celles qui avaient décimé les Albigeois, firent couler le sang des confesseurs de la Réforme. Tonneins fut accablé de contributions, de passages de troupes, de logements de gens de guerre. En l’année 1559, Charles de Courcy, seigneur de Burie, avait été nommé lieutenant pour le Roi de France en Guienne. M. de Burie n’avait pas l’ardeur de Blaise de Montluc, il aurait peut-être réussi à apaiser les troubles et à rétablir l'ordre mais l’impétuosité de son collaborateur ne s'arrangeait pas des mesures conciliantes et la lutte était devenue terrible. Il était impossible de résister plus longtemps ; les consuls, jurats et habitants non seulement de Thonens, mais de Grateloup et Villeton, toutes terres du seigneur de Thonens demandèrent à Burie de recevoir leur soumission. Voici l'acte qui fut dressé à cette occasion le 27 janvier 1560 (8).

« Les consuls, juratz, mamans, habitans des jurisdictions de Thonens, Grateloup, Villeton, terres du seigneur de Thonens, déclairent à vous, Monseigneur de Burye, lieutenant pour le Roy notre Sire, en absence du Roy de Navarre, qu'ils sont très humbles et très obéissans subjects et serviteurs du Roy notre Sire et de vous comme tenant son lieu, prestz à exposer pour le service du dict seigneur et vostre, leurs vies, corps et biens, et pour montrer de leur foy et obéissance les dicts consuls, ensemble les juratz qui sont du corps de la ville, se offrent de mectre les armes qu'ils ont en tel lieu qu'il vous plaira ordonner, et quant aux habitans de la ville et jurisdiction qui ne sont consuls, juratz ne ayant aulcune charge de république, les dicts consuls feront donc diligence de rendre leurs armes, et s'ils en font refuz de avertir le Roy notre sire ou à vous, notre dict seigneur, comme son lieutenant en absance du Roy de Navarre au présent pays de Guienne, et parce que vous, estant sur les lieux, en passant pour venir en la présente ville et cité d'Agen, les officiers n'auraient lors communiqué, aux dicts manans et habitans pour savoir leur volonté, vous feust promis que icelle semaine vous en viendoict faire rapport en la dicte présente ville, ce que ont faict aujourd’huy en votre logis, vingt septiesme du présent moys de janvier, les manans et habitans du dict Thonens par la personne de maistre Pierre Treilhard, scindic et consul des dicts manans et habitans du dict Thonens, les manans et habitans du dit Grateloup par la personne de Jourdain Macault, consul du dict Grateloup, les dicts habitans de Villelon par la personne de Jehan de Vysmes et Bernard de Laforre, consul et jurat du dict Villeton, lesquelz vous ont très humblement supplié vouloir remonstrer au Roy, leur prince souverain, que si ausdictes jurisdictions y a eu quelques insultes et forfaictz, que ce n'a esté par les gens de bien des dictes jurisdictions qui en sont grandement desplaisanz, pour raison desquelz tant les officiers que consulz des dictes jurisdictions ont envoyé et informé tout incontinent les dictes informations tant en la cour souveraine de Parlement de Bordeaulx, que en la cour présidialle d’Agennoys, par devant lesquels les dictes informations sont, et affin que les dicts habitans, et chescun d'eux pourtans et ayans armes obeyssans à ycelles rendu en tel lieu qu'il vous plaira commander, vous supplient très humblement les dictz consuls, manans et habitans leur octroyer vos lettres au cas requises en foy de quoy les dicts scindic et consuls et juratz ont signé le présent de leur main. »

Treilhard, consul de Thonens ; - de Lacoste, consul de Grateloup ; - Jean de Vismes, consul de Villeton ; - B. de Lafore.

Les consuls et habitants de la baronnie de Caumont jurèrent, ce même jour, obéissance et fidélité au Roi dans les mains de M. de Burie, et s'engagèrent à déposer leurs armes dans le château.

Ces rétractations avaient été arrachées par force aux disciples de la Réformation. Un conseiller au Parlement avait été envoyé à Agen et avait exercé des poursuites contre plusieurs membres de la nouvelle société religieuse, parmi lesquels se trouvait le célèbre Scaliger. En se défendant, il prit aussi la cause de ses co-accusés et obtint un acquittement complet.

La ville étant accablée de dépenses par suite des persécutions, les consuls durent vendre, en 1563, l’Hôtel-de-Ville et les poids publics, et, en 1568, une partie des fossés. Cette dernière vente fut précédée d’une transaction entre les consuls et le seigneur. Ce dernier reçut une somme d'argent pour prix de sa renonciation aux droits qu’il prétendait avoir sur ces fossés. Cette transaction fut faite le 25 octobre 1568 par Mes Pomarède et Fazas, notaires ; les contractants étalent, d'une part, François de Stuer et, d'autre part les consuls Pierre Eveillard, Georges Castan, Micheau et Georges Escoutet, le syndic Pierre Boix, et les jurats Serres, Jean Dupuy, Jean Pomarède, Guillemot de Saint-Blancard, Jacques Dupin, Jean Dupin, François Conti, Géraud Rivière, Guilleri Castaing et Pierre Ardant.

Les évènements de la guerre amenèrent à Tonneins, en cette même année 1568, Jeanne d’Albret, reine de Navarre, conduisant avec elle, le jeune prince, qui fut depuis lors Henri IV, et la princesse Catherine. Pendant son séjour à Tonneins, elle reçut M. de Lamothe-Fénelon, en envoyé de la cour de France, qui la pressa vivement de quitter la défense des réformés, afin d'éviter sa ruine et celle de son royaume.

L'historien Olhagaray, à qui ces faits sont empruntés, ajoute que cette grande reine ne put être ébranlée dans ses résolutions, qu'elle s'en prit avec beaucoup de soupirs à ceux qui conseillaient le Roi d'extirper, sous le masque de la religion, du tout en tout la maison de Bourbon, de laquelle Monsieur le prince, son fils, était le premier, son principal jeton, accusa les tyranniques cruautés exercées sur ceux de la religion et menaça enfin le roi qui endurait ces choses, de la colère de Dieu.

Après deux jours de séjour à Tonneins, où la reine attendit le sieur de Fonterailles, sénéchal d'Armagnac, qui conduisait une corvette de cavalerie, et le sieur de Montamat, son frère, qui amenait un régiment d'infanterie, cette princesse, presque sous le canon et à trois doigts du nez, du sieur de Montluc, qui dressait ses troupes à Villeneuve-d'Agen, sortit de Tonneins, prit la route du Périgord et alla s'enfermer dans Bergerac. C'est de là qu'elle écrivit au roi Charles IX, le 16 septembre, cette lettre énergique dans laquelle elle proteste que les armes ne sont dans ses mains et dans celles des réformés que pour ces trois choses : Empêcher qu’on ne les rase de dessus la terre, servir le roi, conserver les princes de son sang.

De Bergerac, la reine se rendit à Cognac et puis à La Rochelle.

Les protestants jouissaient, en plusieurs endroits, d'une sécurité qui ne fut pas de longue durée. L’épouvantable massacre de la Saint-Barthélemy habilement préparé, quoiqu'en aient dit certains historiens, désireux de dégager leur cause de celle terrible solidarité, remplit la France de deuil et d'effroi. Henri, devenu roi de Navarre par la mort de Jeanne d'Albret, fut préservé de l'assassinat pour tomber dans la captivité, mais il rompit bientôt ses fers et revit ses braves Gascons en armes auprès de son berceau ; des villes dévouées et fortes, grâce aux franchises municipales dont elles n'avaient cessé de profiter, mirent à sa disposition leurs hommes et leurs biens.

Montluc était à Montauban au moment de la Saint-Barthélemy. La défaite d’une partie de ses troupes l'obligeait à se tenir sur la défensive.

Le vieux maréchal venait de mourir, lorsque Henri repris les hostilités dans la Guienne. Tonneins resta toujours attaché à la cause du roi de Navarre. La ville qui avait été ouverte à Jeanne d'Albret, le fut toujours à son fils.

Le maréchal de Biron, commandant l'armée de la Ligue, occupait Marmande. Henri établit son quartier-général à Tonneins. De là, il dirigeait souvent des escarmouches contre l'armée de Biron. Les chroniqueurs en rapportent une qui fit beaucoup de bruit dans la contrée, et que j'ai racontée dans ma chronique des Eglises réformées de l'Agenais.

François de Stuer de Caussade était mort, laissant dieux fils. Paul, comte de Saint-Maigrin, et Louis. Le premier fut assassiné le 21 juillet 1578, au moment où il sortait du Louvre ; le second se trouva, de droit, appelé à la baronnie de Tonneins. Il avait épousé Diane Descars, fille unique et héritière de Jean de Pérusse-Descars, comte de La Vauguyon, prince de Carency. Ce mariage apporta dans la maison de Stuer les litres et les biens de la maison de La Vauguyon-Carency.

Ici se présente un fait qui prouve combien les habitants de Tonneins étaient attachés à leurs coutumes et franchises municipales, comme aussi aux droits civils que les coutumes leur reconnaissaient. Louis de Stuer de Caussade se présente pour prendre possession de la Seigneurie. Mais, au nom de leurs mandants, les conseils exposent que le contrat contenant les anciennes coutumes de Tonneins s'était perdu et égaré à cause de l'injure du temps et par le moyen des guerres civiles intervenues dans le pays, et qu'ils étaient avertis que le dit Seigneur avait recouvré et tenait devers soi le dit contrat. En conséquence, ils prient Louis de Caussade de le faire exhiber, d'en faire donner lecture publiquement et de le remettre à la ville. Leur réclamation est admise. Les coutumes furent publiquement lues, les consuls en firent prendre une copie authentique par deux notaires de la ville et les serments furent réciproquement prêtés sur la place publique de Tonneins-Dessous.

C'est ainsi que Louis de Caussade fut installé dans sa baronnie de Tonneins le 1er septembre 1581. Dans cette installation, le seigneur était assisté de M. Bernard de Dular, juge ordinaire de Tonneins, Grateloup et Villeton, son conseil, et les consuls de Me Claude Drême, avocat, leur conseil.

Le roi de Navarre continua la guerre. Tonneins le vit souvent dans ses murs ; les habitants le traitaient comme un des leurs. Voici un article de dépense qui a pris place dans un compte-rendu par les consuls en 1582.

« Le 21e jour du mois de septembre 1582, le Roi de Navarre passant en cette ville, venant de la chasse du côté de Verteuil, manda qu'on lui fit tenir des choynes deurs (petits pains), chez le logis de Grison, pour faire collation, ce que les comptables firent et lui en apportèrent pour deux sols, lesquels demandent leur être alloués. » En marge, on lit : « Passé pour ladite somme de deux sols. »

Pendant ces guerres si opiniâtres qui désolaient la contrée, un chroniqueur rapporte que le gouverneur de Clairac, Baron d'Arros, vint harceler Bernard du Bouzet, sieur de Roquépine, qui tenait garnison à Tonneins, et chercha à l'attirer dans une embuscade. Roquépine et Poudenas, son frère, sortirent brusquement avec des cavaliers et feignirent de tourner le dos à la vue de l'ennemi. Ce stratagème leur réussit. Les gens de Clairac furent presque tous tués ou faits prisonniers avant d'être portée de l'embuscade.

Après le traité de Nemours, Henri III croyant le Roi de Navarre sans ressources, se proposait de l'accabler complètement sauf à se défaire ensuite du duc de Guise. Il exhorta sa sœur, Marguerite de Valois, femme du Roi de Navarre, à se déclarer contre son époux. La princesse habitait Nérac, elle en sortit sous prétexte d'un pèlerinage et vint se mettre à la tète d'une petite armée que Lignerac, son nouvel amant, avait levée par ses ordres. Elle se présenta devant Tonneins mais fut repoussée par les habitants. Le roi de Navarre poursuivit cette troupe, l'atteignit et la dispersa.

Bientôt après, Henri de Navarre quitta, pour ne plus le revoir, un pays si souvent témoin de sa brillante valeur et dans lequel il avait laissé des souvenirs si chers. Il porta ses armes victorieuses sous les murs de Paris et devint roi de France.

Pendant l'occupation de Tonneins par le roi de Navarre et ses troupes, il y avait eu une sorte d'émigration de la part de ceux qui considéraient ces faits de guerre comme un attentat contre la royauté. Le maréchal de Matignon ayant repris possession de Tonneins au nom de Henri III, invita les habitants à rentrer en paix dans leurs maisons et à ne pas souffrir de nouveaux troubles.

Le maréchal avait mis une garnison dans le château, mais Louis de Caussade la fit congédier et s'y établit. Un acte fut passé devant Eveillard, notaire à Tonneins, le 25 septembre 1587, entre dame Diane d’Escars, femme du sieur de Saint-Maigrin à qui Matignon avait remis le château, et les habitants de Tonneins, pour donner à ceux-ci le droit de reprendre leurs maisons.

A cette époque, la Baronnie de Tonneins-Dessous était possédée par Louis Stuer de Caussade et celle de Tonneins-Dessus par Jacques Nompar de Caumont, marquis de Laforce.

Le seigneur de Tonneins-Dessus était à Paris à l'époque du massacre de la Saint-Barthélemy. François de Caumont, sou père, était couché entre ses deux fils au moment du massacre. Le père et le fils aîné furent poignardés, mais Jacques Nompar, bien que grièvement blessé, eut la présence d'esprit de contrefaire le mort et échappa à cette boucherie. Ce souvenir terrible excita son ressentiment coutre les assassins et en fit l’un des plus intrépides défenseurs du parti protestant. Nous le verrons lutter avec bravoure et persévérance pendant les guerres dites de religion, sous Louis XIII.

Quant à Louis de Caussade et ses successeurs, ils restèrent fermement attachés au parti catholique.

Le marquis de Laforce exerça la plus grande influence sur la population des deux villes et Louis de Caussade perdit complètement la sienne ; c'est ce qui détermina probablement Henri IV à nommer gouverneur du château de Tonneins Jacques de Bruet, seigneur de Lagarde, sous la seule autorité du gouverneur de la Province.

Le règne de Henri IV fut pour Tonneins une époque de paix et de bonheur. Les maux de la guerre furent réparés, on créa des établissements utiles. Une partie des fortifications furent rétablies. Les habitants se plaignaient de ce que leurs impositions étaient excessives. Le seigneur fit procéder à une exacte délimitation de la seigneu¬rie de Tonneins-Dessus.

Jacques de Bruet avait épousé Thalèze de Xaintrailles ; il exerça plusieurs fois le consulat et était mestre de camp d'un régiment de cinq compagnies. Il fut nommé gouverneur de Tonneins le 10 novembre 1604. Cette famille était alors protestante et ne devint catholique, comme tant d’autres de nos contrées, que lors de la révocation de l’édit de Nantes.

Après la mort de Louis de Caussade, Jacques de Stuer de Caussade, comte La Vauguyon, son fils, lui succéda ; il avait épousé, en 1667, Marie de Roquelaure. Il ne fut plus désigné, après sa prise de possession de la Baronnie, que sous le nom de comte de La Vauguyon.

En 1602, le marquis de Laforce, seigneur de Tonneins-Dessus, obtint du Roi l’établissement de deux foires à Tonneins-Dessus.

L'année 1610 mit fin à l’état de calme dont jouissait Tonneins : Henri IV mourut.

A la douleur qu'éprouvèrent les habitants de Tonneins, vinrent se joindre des craintes trop fondées. Un roi de neuf ans, privé des conseils de Sully et livré aux mortels ennemis de son père, l'alliance avec l'Espagne, la défense faite aux protestants de tenir leurs assemblées, la retraite des princes, tout présageait de nouveaux troubles.

Le départ du prince de Condé de la Cour au commencement de l'année 1614, fut un sujet de vives alarmes. A cette époque, les consuls étaient : Naudon, Charlaguet, Chienne Chirol, Pierre de Lathané et Jean Drême.

Un courrier du prince, porteur d'une dépêche pour le premier consul de Tonneins-Dessus, arriva aux portes de la ville dans la nuit qui précéda le 20 mars. Introduit chez le magistrat, il remit sa dépêche. Le consul se hâta d'assembler le corps de jurade et lui soumit la dépêche encore scellée. Serait-elle ouverte ou la remettrait-on immédiatement au maréchal de Roquelaure, gouverneur de la province ? L'assemblée examina longtemps ces questions et adopta enfin un moyen terme. La dépêche fut transmise au comte de La Vauguyon qui se chargea d'en rendre compte M. de Roquelaure et la rendit aux consuls.

Cette circonstance donna lieu à une discussion entre M. de Lagarde, gouverneur, et les consuls; le gouverneur représenta qu'il était responsable de la conservation de la ville, qu'il devait donc en avoir les clefs ; il en réclama la remise immédiate. Les consuls répondirent que, de tout temps et ancienneté, voire même de mémoire perdue, ils étaient en possession de la garde des clefs de la ville, qui leur étaient remises après leur serment, qu’ils les tenaient, non de M. le gouverneur, mais de leurs prédécesseurs ; que au surplus, ils s'en rapportaient au corps de la jurade. La décision fut favorable aux consuls. Ils furent maintenus en possession des clefs, et le gouverneur fut prié de ne plus parler de cette affaire.

La marche des événements appela l'attention sur le mauvais état des fortifications de la ville, et l'on entreprit de les réparer.

Le calme revint à la suite du traité de Sainte-Ménéhould.

Au moment même de la signature du traité, on se préparait à recevoir à Tonneins les députés du vingt-unième synode national des Eglises réformées de France.

Le synode s'ouvrit à Tonneins le 2 mai 1614. Jean Gigord, pasteur et professeur de théologie à Montpellier, en fut le modérateur, Jean Gardisi fut élu modérateur adjoint, André Rivet et Denis Maltret secrétaires.

Jean Gigord était connu dans les églises de la reforme par sa conférence avec le père Cotton, de la compagnie des Jésuites. Forcé d'entendre un sermon du révérend père dans une salle du palais de Fontainebleau, Jean Gigord fut introduit ensuite dans un cabinet pour conférer avec le prédicateur. La discussion roula sur la cène, elle fut longue et fort vive. Comme il arrive toujours dans ces luttes, les deux conférenciers trouvèrent des admirateurs. Le premier chirurgien du roi, Martel, de Castres, fit un grand éloge de Jean Gigord.

Le roi avait autorisé une seconde conférence pour le lendemain, chez le duc de Sully, en présence de dix catholiques et de dix protestants ; il retira cette autorisation.

Le synode de Tonneins, on le voit, était présidé par un pasteur d'une grande distinction.

Pour la première fois, l’assemblée déclara se réunir sous la permission du roi.

Quoiqu'on en ait dit, il est certain, d'après les documents les plus positifs, que celle grande assemblée de 1614 limita ses travaux à l'objet même de sa réunion, le culte de l'Eglise réformée, la discipline, l'enseignement, la sûreté et la prospérité des Églises.

On a pris pour un sujet politique les plaintes que firent entendre quelques pasteurs sur ce que les places de sûreté n’étaient pas entretenues ainsi que le prescrivait l’Edit, mais l’Etat n’avait-il pas confié aux protestants des places de sûreté pour qu’ils veillassent eux-mêmes à leur défense ? Pour que leurs intérêts religieux se trouvassent d’accord avec ce que voulait l’Etat, qui tenait à ce que rien ne troublât la paix intérieure ? Le synode mit, au contraire, une grande réserve dans ses décisions. Il ne voulut point, par exemple, sans en référer à l’autorité civile, prendre connaissance d’une lettre qui arriva d’Angleterre au moment de la tenue du synode. Il se trouva que cette lettre ne traitait absolument que de sujets religieux.

On s’occupa beaucoup de l'enseignement et de la création des collèges.

Le synode invita les pasteurs et les fidèles à combattre un écrit du jésuite Suarès soutenant que la vie, les états, l'autorité des rois dépendaient de l’autorité du pape. Il s’occupa très sérieusement d'un projet d'union entre toutes les églises de la réformation. La discussion en fit adopter un sur de très larges bases. Chaque église, était chargée de régler, comme elle l'entendait, la discipline et les cérémonies du culte ; les églises ne devaient ni se juger ni se condamner l'une l'autre.

La confession de foi, les catéchismes, les formulaires de prières et la discipline des églises réformées furent maintenus.

L'assemblée se sépara le 3 juin, après renouvelé le serment d'union.

Pendant la tenue du synode, le duc de Rohan devait présider, à Tonneins même, une réunion de députés des divers conseils provinciaux convoquée pour étudier les questions qui touchaient à la situation politiques des réformés. Ce projet ne put pas se réaliser.

Au commencement de l'année 1615, sous le consulat de Bernard de Feytis, docteur en médecine, Robert Dupin, Gabriel Pomarède et Pierre Fazas. M. de Lagarde fut député à lune grande assemblée qui se tint à Grenoble, pour traiter de la sûreté et des intérêts communs des réformés de France. Cette assemblée fut transférée à Nîmes et puis à La Rochelle où elle acquit un haut degré d’influence.

Les Consuls reçurent, dans le moi de juillet suivant, l'ordre de M. de Gourgues, président au Parlement de Bordeaux, de faire transporter à Bordeaux des provisions pour les gens et les chevaux de la suite du roi, qui se rendait dans cette dernière ville à l'occasion de son mariage. Cet ordre fut publié et exécuté par les soins des consuls.

Bientôt après, Roquelaure invita les consuls à faire garder la ville à cause des mouvements qui se manifestaient.

Le 26 août de cette année, le serment d'union des églises réformées fut solennellement prêté à Tonneins dans une assemblée générale des habitants, tenue au Temple :

Voici le texte du serment :

« Nous, soussignés, ayant ci-devant expérimenté et reconnu par témoignage très évident, combien l'union et concorde est nécessaire entre tous les membres des églises de ce royaume, et qu'elles ne peuvent longuement subsister sans une bonne et étroite conservation mutuelle des unes avec les autres, et pour cette cause, désirant ôter à l'avenir toutes semences de division et particularités entre les dites églises, pour prendre les justes moyens de leurs légitimes et nécessaires défenses et les opposer quand besoin sera aux efforts et violences des ennemis desdites églises, avons, pour le bien, conservation et sûreté d'icelles, pour le service de Sa Majesté, bien de l'état et affermissement de la paix et tranquillité publique, ce continuant les traités d'union de toutes les églises réformées dudit royaume ci-devant faits et arrêtés entre les dites églises par leurs députés sous la protection et obéissance de Sa Majesté, comme dit est, renouvelé et en tant que de besoin, renouvelons et confirmons par ces présentes la dite union ; promettons et jurons devant Dieu de demeurer inséparablement unis et conjoints sous la très humble subjection du roi, que nous reconnaissons nous avoir été donné du ciel, le souverain empire de Dieu demeurant toujours en son entier, et ce non seulement en doctrine et discipline ecclésiastique, conforme à la confession de foi générale des dites églises, arrêtée en synodes nationaux, mais aussi en tous devoirs et offices de charité publique et particulière et en tout ce qui dépend de la mutuelle conservation, aide, support et assistance des dites églises les unes avec les autres, et même d'observer toutes les résolutions et règlements des assemblées générales pour le bien et service du roi, repos de l’état, et spécialement pour la manutention des dites églises. Promettons en outre garder soigneusement et conserver les places dont la garde nous a été commise en suite des brevets du dernier jour d'avril 1598 et autres brevets, déclarations et concessions faites sur ce sujet en faveur des dites églises et pour les sûretés d’icelles sous l’autorité et l’obéissance de Sa Majesté, le tout, sous peine d’être déclarés indignes du gouvernement et garde des dites places et de toutes charges et dignités, comme déserteurs de l’union des dites Eglises et d’encourir comme tels toutes censures et peines ordonnés par les assemblées ecclésiastiques et politiques. »

Ce serment fut prêté et signé par le gouverneur, par les consuls, au nom de tous les habitants, et par le pasteur, au nom du consistoire.

Les mécontents cherchaient à soulever le peuple contre l’autorité royale. Des soldats parcouraient les campagnes et ravageaient la contrée. Pour un grand nombre, les luttes religieuses n’étaient qu’un prétexte de désordre.

Il fallait cependant prendre des mesures et sauvegarder les droits et les intérêts de tous. Une grande assemblée eut lieu dans ce but, le 20 septembre 1615.

Les consuls firent un exposé de la situation : pour exécuter les volontés du roi, ils avaient fait tous leurs efforts pour garder la ville et pour empêcher qu’elle ne fût envahie par les ennemis du repos public ; mais, craignant de la voir prise par des gens de guerre qui rôdaient dans le pays, ils demandaient qu’on s’occupât, sans retard, de mettre les fortifications en état de défense ; ils priaient tous les membres de l’assemblée de demeurer inséparablement unis sous l’obéissance de Sa Majesté et manutention des églises réformées ; à cet effet, le gouverneur et les consuls entendaient contribuer selon leurs facultés, espérant que les habitants joindraient leurs efforts à ceux de leurs chefs en se soumettant à une contribution prélevée par telles personnes que l’assemblée désignerait.

Les propositions du gouverneur et des consuls furent acceptées à l’unanimité. La cotisation fut payée et versée dans les mains des commissaires ; on traita avec des ouvriers qui mirent immédiatement la main à l’œuvre.

Les consuls de Clairac avertirent ceux de Tonneins qu’un corps de quatre cents hommes réunis sur la rive gauche de la Garonne, menaçait la ville. Il fallait donc hâter le travail des fortifications.

Tonneins-Dessus partageait ces préoccupations ; ses habitants avaient obtenu de Tonneins-Dessous des arbres destinés à faire des palissades à leurs portes.

La présence du duc de Rohan et du duc de Bouillon à Sainte-Foy était la véritable cause de ces mouvements et de ces appréhensions. Placés à la tête des mécontents, ils avaient acquis une telle influence que le plus grand nombre des gentilshommes du pays s'étaient joints à eux. M. de Lagarde, gouverneur de Tonneins-Dessous, appelé à Sainte-Foy par M. de Rohan, voulait avoir l'adhésion de la jurade. Il y eut dans ce corps une vive opposition. Après une longue délibération, le voyage du gouverneur fut résolu.

M. de Pécharnault, exempt des gardes du corps du roi, fut prié de prendre le commandement de la ville en l'absence du gouverneur. A peine installé, il vint annoncer à la jurade l'arrivée du duc de Rohan à Tonneins. Malgré le danger auquel elle s'exposait, la jurade décida d'aller au-devant du duc et de lui faire un accueil sympathique.

M. de Rohan venait avec l'intention d'empêcher la jurade de se rendre à Bordeaux pour complimenter le roi.

La situation était de plus en plus tendue : de cette abstention à la révolte il n'y avait pas loin.

Le duc comprit cependant que la jurade ne voulait pas rompre si ouvertement avec l'autorité royale ; il demanda alors qu'on voulût bien renvoyer le voyage à neuf jours ; on lui en accorda quatre. M. de Lagarde, gouverneur, fut autorisé à installer, sous sa responsabilité personnelle, une garnison en ville.

Le délai expiré, la députation, pour aller à Bordeaux complimenter le roi fut nommée. Elle devait assurer le roi de l'entière fidélité, obéissance et très humble service que tous les habitants lui devaient et dans lesquels ils voulaient confirmer toute leur vie, de tout leur pouvoir et puissance, demeurant néanmoins en l'union des églises réformées (Délibération du corps de jurade, du 19 octobre 1615).

Le duc de Rohan, toujours obstiné, fit des démarches pour empêcher ou retarder le départ de la députation. Les circonstances lui vinrent en aide : Les députés n'étaient pas d'accord, deux d'entre eux manifestèrent de la répugnance pour accomplir leur mandat, les deux autres voulaient partir aussitôt. Pendant ces tiraillements, les consuls d'Agen proposèrent à leurs collègues de Tonneins de réunir les députations des deux villes. Les députés de Tonneins ne répondirent pas clairement à cette proposition. Le duc de Rohan réussit ; la députation ne se rendit pas à Bordeaux.

L’agitation allait croissant. Le parti des mécontents recrutait les habitants des campagnes. Tonneins recevait et protégeait ceux qui résistaient à l’insurrection. L’attitude des habitants changeait à chaque nouvelle assemblée du corps de jurade. Tantôt la ville était louée de sa fidélité au Roi, tantôt elle était menacée d’un siège.

Le travail des fortifications continuait avec l'assentiment public : les uns y voyaient un avantage pour garder la ville sans l’autorité du Roi, les autres, au contraire, un moyen de la remettre plus sûrement aux mécontents.

Les choses restèrent en cet étal jusqu’à l'année 1618.

La coutume laissait dans l'ombre certains détails d'administration municipale, ce qui en rendait souvent l'application difficile. Les consuls demandèrent au Parlement de Bordeaux les dispositions réglementaires qui manquaient à la coutume et le Parlement rendit un arrêt qu'il est utile de reproduire :

« Entre Antoine Ducros, Guilhem Dade, David Théophile Castels, Pierre Desclaux, Paul Vigouroux, capitaine, tant, eux que Jérémie Tournier, Arnauld Chirol, Me Jean Biscarron, syndic des consuls de Tonneins, Me Bernard Feytis, Etienne Chirol, Pierre Peytault, Gabriel Pomarède, Pierre de Lathané, Claude Dessins. Me Jean Drême et Pierre Fazas, appelant de certaine sentence arbitrale et demandant l'entérinement de certaine requête, et autrement ledit Biscarron défendeur en exécution, d'une part. Et Pierre de Ferron écuyer, sieur de Beaupuy syndic, nommé et élu par aucuns des habitans de la ville de Tonneins, Jacques de Bruet sieur de Lagarde, gouverneur dudit Tonneins, Jean de Lathané, exempt des gardes du corps du Roi, Me Pierre Bernardin, avocat en la Cour, et Alexandre de Larrard appelés et défendeurs, et lesdits sieurs de Lagarde, Salomon Dupin, Etienne Gendreau et Jean Méric, défendeurs aux dites exécutions et demandeurs aussi en exécution de la Cour. Vu le procès sentence arbitrale d'où vient l'appel et pièces mentionnées au vû d'icelle du 10e de juin 1617, lettres de relief d'appel et exploits obtenus par lesdits appelants des 24 et 25 juin 1617, arrêt à corriger sur ledit appel du 11 décembre dudit an, requête du sieur de Ferron de l’entérinement de laquelle est question, commission et exploits du 12 et 15 août dudit an, arrêt à mettre pièces par devers la Cour du 11 décembre 1617, dires et corrigés desdites parties, enquête produite par ledit sieur de Ferron du 12 août 1605, information par lui produite faite de l'autorité de la Chambre de l'édit de Nérac du 3 mai audit an, décret de prise de corps obtenu et un exploit des 6 mai et 26 juin audit an 1617, contrat de compromis du 21 mai audit an, attestation produite par lesdits appelans faite devant le juge ordinaire de Tonneins du 12 février 1618, requête des appelans démonstrative du 9 dudit mois et an, autre requête des appelés contenant réponse du 22 dudit mois et an, acte de déclaration du 18 dudit mois de février 1618, extrait des comptes qui restent à rendre avec un livre des coutumes et privilèges de la ville de Tonneins et autres pièces et productions des parties avec les requêtes à dire et produire contenant appointement en droit.

« Dit a été que la Cour a mis et met l'appel et ce dont a été appelé, au néant et a ordonné et ordonne :

« Que les gages du Ministre de Tonneins seront pris cotisés et levés sur tous les habitans de la ville et juridiction dudit Tonneins faisant profession de la Religion prétendue Réformée en la forme accoutumée et non sur le revenu du bois de la Gautrenque ni autres deniers communs ou domaniaux de ladite ville, à la charge que, en l'Assemblée, qui se fera pour la susdite imposition et cotisation, un chacun desdits habitans y pourra assister pour y représenter son intérêt. Et sera la taille qui se paye au Roi pour raison dudit bois prise sur le revenu d'icelui.

« Et ordonne la susdite Cour que le corps et conseil de ladite ville et communauté dudit Tonneins demeurera composé, comme il était anciennement, de quatre conseils, et jurats au nombre desquels seront réunis les dits Lathané exempt des gardes du corps du Roi et Lacueilhe.

« Auxquels ladite Cour enjoint, lorsqu'ils procéderont à l'élection des consuls, d'élire des personnes les plus qualifiées de ladite ville et juridiction.

« Et ne pourront être déchus lesdits Jurats que pour cause infamante.

« Lesquels consuls et jurats, pour pouvoir aux affaires qui se présenteront, s’assembleront les jours accoutumés au son de la cloche dans la maison commune de ladite ville et non ailleurs, et chacun d’eux pourra proposer ce qu’il avisera d’être bon pour le service du Roi ou autres affaires concernant le bien de leur communauté.

« Et ne pourra être rien résolu ni arrêté ez dites assemblées que, pour le moins, les deux tiers desdits consuls et jurats ne soient présent et opinants, et à ces fins ladite Cour leur enjoint d’assister en toutes Assemblées ordinaires ou extraordinaires qui se feront en ladite maison commune, à peine d’être exclus de l’entrée d’icelles sauf en cas de légitime empêchement.

« Et les résolutions prises en icelles seront écrites dans un livre et signées tant du consul qui aura présidé que du greffier d’icelle sans qu’elles puissent être révoquées que avec juste cause et pareil nombre de consuls et jurats qu’elles auront été faites.

« Lequel greffier sera pris du corps desdits jurats et exercera sa charge pendant un an, sauf de la continuer plus longtemps s’il est trouvé bon.

« Faisant inhibitions et défenses auxdits consuls et jurats de faire aucunes Assemblées extraordinaires contre la forme observée de tout temps et ancienneté en la ville, à peine de dix mille livres et autre plus grande s’il y échéoit.

« Et lorsqu’il faudra élire un nouveau syndic y sera pourvu d’une personne suffisante et capable qui sera nommée et prise par lesdits consuls et jurats en ladite ville et jurisdiction, laquelle ne pourra prendre gages, journées ni location, aussi jouira seulement de l’exemption des tailles pendant son années et en outre sera payé de la défense qu’il aura faite lorsqu’il travaillera pour la communauté sous la ville, laquelle lui sera taxée par lesdits consuls et jurats eu égard à sa qualité.

« Lequel syndic aura entrée en toutes les Assemblées pour y proposer ce qu’il jugera être utile pour le service du roi et bien de ladite communauté.

« Lequel ne pourra être continué après son année expirée.

« Et nul ne sera élu consul ou syndic qu’il ne soit natif de la ville ou jurisdiction de Tonneins ou domicilié en icelle dix ans avant ladite élection.

« Un desdits consuls, tel que les autre consuls et jurats voudront, fera la recette et dépense de l’administration du revenu des deniers communs, lequel fera ladite charge sans aucun gage.

« Et tant lui que les autres consuls seront tenus dans un mois après leurs charges finies, rendre bon et fidèle compte de leur administration par-devant les officiers du Seigneur du lie, en faisant les proclamations accoutumées.

« Comme pareillement les consuls, qui ont été en charge depuis les dix dernières années rendront compte en présence du syndic.

« Et ne pourront par ci-après ceux qui auront été consuls ou auront administré les biens de ladite communauté être admis dans la ville à aucune charge que au préalable ils n'aient rendu compte et payé le reliquat s’il s’en trouve.

« Et aux fins que les titres de la maison commune puissent être conservés, ledit syndic sera tenu de faire remettre tous lesdits titres et papiers ensemble les comptes rendus et qui se rendront ci-après dans un coffre à deux clefs, desquelles l'un desdits consuls aura l'une et ledit syndic l’autre.

« En ce qui concerne les écrits respectivement prétendus par les parties, ladite Cour a mis et met icelles parties hors de cour et de procès, leur fait inhibitions et défenses de se méfaire ni médire et enjoint ladite cour à toutes parties de garder le présent règlement aux peines susdites, sans dépens et pour cause.

« Dit aux parties à Bordeaux, en Parlement le dernier jour de Mars 1618. Signé : de Pontac. - MM. Dafils, président ; Gouffecteau, rapporteur. Epices 35 écus. Sur les deniers de la communauté.

Cet arrêt fut transcrit sur les registres des actes de jurade par Me Sylvestre, notaire royal, syndic de la ville de Tonneins. On trouve sur ledit registre la mention suivante :

« Par moi, notaire royal, soussigné et syndic de ladite ville de Thonenx l'année mil six cent dix-huit la présente copie d'arrêt a été écrite sur son propre original sans y avoir rien ajouté ni diminué. Lequel original a été remis dans le coffre de la ville à Tonneins, le dix-huitième septembre mil six cent dix huit. - Signé : Silvestre, notaire royal et syndic. »

Pierre Fazas fut nommé secrétaire. Les jurats furent imités à prendre régulièrement part aux assemblées du corps de ville fixées au mardi de chaque semaine, sans préjudice des assemblées extraordinaires. Tous les habitants furent requis de remettre les papiers appartenant à la ville qu’ils pouvaient détenir. Les jutais, après en avoir fait l’inventaire, devaient les renfermer dans un coffre.

Le 19 août, on décida que, dans les affaires soumises à l’assemblée des jurats, ceux-ci opineraient chacun à leur tour, sans confusion, et que celui qui interromprait et opinerait avant son tour, paierait une amende au profit des pauvres.

Pendant l’année de leur magistrature, les consuls étaient dispensés de payer la taille au roi. Aucune autre coutume locale ne contient une telle disposition.

Le passage du duc de Mayenne, à Tonneins fut annoncé pour le 14 septembre. On se prépara à le recevoir avec tous les honneurs qui lui étaient dus comme lieutenant-général pour le roi de la province de Guienne.

Un acte public de cette époque rapporte officiellement ce passage :

« Le quatorzième septembre mil six cent dix-huit, Monseigneur le duc de Mayenne fit son entrée en la présente ville de Tonneins, étant gouverneur pour le roi et premier consul de ladite ville, noble Jacques die Bruet, écuyer, sieur de Lagarde, et Messieurs Jean de La Barrière, M. Pierre Desclaux et Pierre Monjau, second, troisième et quatrième consuls, par lesquels le dit seigneur fut reçu en la forme suivante, savoir : Que le dit sieur de Lagarde, en qualité de gouverneur, accompagné de cent chevaux, alla au-devant de lui jusqu'à Fauguerolles, entre Marmande et Tonneins et apis l'avoir salué et offert ce qui dépendait de sa charge pour le service du roi et du dit seigneur, il l'accompagna dans la dite ville, et, sur le chemin entre la ville et la maison de Beaupuy, appartenant au sieur de Ferron, il fut reçu par les gens de pied que le dit sieur de Lagarde avait fait assembler en armes en un bataillon composé de sept cents hommes bien armés de piques et mousquets, et après que le dit seigneur les eut vus au dit bataillon, il désira les voir défiler. Ainsi ils passèrent tous en ordre par-devant lui et vinrent se rendre en haie dans la ville d'un côté et de l'autre de la Grand-Rue. Et comme le dit seigneur s'approchait de la dite ville, les consuls, avec les livrées, accompagnés des jurats, lui vinrent au-devant, et le dit sieur de La Barrière, second consul, lui parla, et tant au nom du dit sieur de Lagarde que du reste des consuls et du corps de ville, lui présenta les clefs de la dite ville. Cela fait, le dit seigneur passa dans la dite ville, au milieu des haies des gens de pied, et s'en alla coucher à Aiguillon, où le dit sieur de Lagarde l’accompagna. » Signé : Lagarde et Fazas, jurat et secrétaire.

Henri de Lorraine, duc de Mayenne et d'Aiguillon, avait été nommé gouverneur de la province de Guienne par lettres patentes de Paris le 18 mai 1618, par suite de la démission du prince de Condé. Il fut reçu au Parlement de Bordeaux, le 9 juillet suivant, et fut tué d'un coup de mousquet dans l’oeil gauche au siège de Montauban, le 16 septembre 1621. II était fils de Charles, duc de Mayenne.

Dès cette année 1618, époque du passage du duc à Tonneins Jean de Lathané, exempt des gardes du corps du roi, Etienne Chirol, Jean Drême, Corbeyran Goumois étaient consuls ; Hélie Dubenquet, syndic.

L'année 1619 vit recommencer les troubles. Une lettre du duc de Mayenne apprit que des troubles se manifestaient dans la contrée et que des troupes se réunissaient dans le château de Prayssas.

Le 26 février, une compagnie d'élite du duc traversa la Garonne à Tonneins.

Le départ de la reine mère du château de Blois, son entrée à Angoulême, où elle avait été reçue par le duc d'Epernon, furent la cause de ce commencement d'agitation.

Le duc recommanda de faire bonne garde et d'empêcher les enrôlements au service des mécontents. Le 2 avril, passant en bateau devant la ville, il renouvela ses ordres.

Grâce à ces précautions, Tonneins ne cessa pas de rester sous l'autorité du roi.

Le reste de cette année fut occupé par des procédures entre les consuls de Tonneins-Dessous et ceux de Tonneins-Dessus. La ville de Tonneins-Dessous avait une poste d'eau qui partait chaque dimanche pour Bordeaux. Les consuls de Tonneins-Dessus établirent une concurrence aux mêmes jour et heure. Etait-ce pour ceux de Tonneins-Dessous un droit exclusif, un privilège ? La jurade le pensait, elle protesta, signifia des actes ; tout fut inutile, la poste passait avec une remarquable régularité. Les consuls et les jurats de Tonneins-Dessous ne s'arrêtèrent pas à des actes de procédure ; le trois juin, ils se rendirent en corps sur le port appelé encore quai de la Barre et firent amener la poste de Tonneins-Dessus au moment où elle passait ; ils s'emparèrent des marchandises qu'ils emmagasinèrent et saisirent le patron qu'ils firent conduire en prison.

Ce coup d’état fut suivi d’un long procès par devant le Parlement de Bordeaux ; les deux villes dépensèrent beaucoup d’argent, mais en définitive, les choses restèrent en l’état.

Des événements plus graves se préparaient et occupaient plus vivement les esprits. L’année 1620 fut agitée et l’on pouvait déjà prévoir de grandes catastrophes.

L'assemblée de La Rochelle avait été remplacée celle de Nîmes et de, Grenoble. Toutes les affaires des Eglises réformées étaient dans ses mains, et elle les dirigeait avec une autorité et une vigueur qui inquiétaient l’autorité royale. C’étai un Etat dans l’Etat, et le gouvernement le voyait avec peine. Les reformés de France les plus autorisés n'approuvèrent pas que l'assemblée de La Rochelle s'arrogeât des pouvoirs aussi étendus. Les uns refusèrent d'en faire partie, d'autres ne voulurent pas accepter ses résolutions. Le pouvoir qui ne connaissait pas assez la situation des esprits et qui était souvent mal conseiller, hésitait et manquait de volonté. Des deux côtés se trouvaient des hommes violents et fanatiques. Les dangers étaient, de part et d'autre, singulièrement exagérés. Quelques protestants se plaignaient de l'autorité royale et se considéraient comme menacés d'une ruine prochaine. D’un autre côté, le Roi était poussé à des actes de violence, parce qu'on soutenait que les réformés tendaient à faire passer la couronne sur la tête d'un prince étranger. Telles étaient les préoccupations de cette époque, reproduites dans tous les mémoires du temps, notamment dans le Mercure de France, si intéressant, si bon à consulter pour se rendre compte de la situation des esprits.

La guerre civile, avec toutes ses injustes préventions, avec toutes ses horreurs, apparaissait terrible, inévitable.

L'assemblée de La Rochelle avait divisé la France protestante en plusieurs cercles. Celui qui comprenait la Basse-Guienne (la Guienne et la Gascogne), était placé sous le commandement du marquis de La Force, baron de Tonneins-Dessus, le même qui avait échappé au massacre de la Saint-Barthélemy. Les villes de sûreté de ce cercle étaient entr'autres, Sainte-Foy, Clairac, Tonneins.

Louis XIII se mit à la tête des troupes destinées à combattre le mouvement des reformés. Il se rendit dans la Basse-Guienne, accompagné de personnages considérables, du connétable de Luynes, du garde-des-sceaux du Vair.

Déjà le duc de Mayenne avait réduit plusieurs villes du duché d’Albret. Le Roi s'avançait vers l'Agenais ; Castillon, Sainte-Foy, Bergerac lui ouvrirent leurs portes. Dans cette dernière ville, la commission envoyée par la ville de Tonneins fut reçue par Louis XIII et lui donna l’assurance que le gouverneur n’entendait pas résister à l’autorité royale et qu’il était prêt à rendre la ville.

Certain qu’il pouvait compter sur Tonneins, le Roi en fit le centre de ses opérations militaires et se disposa, sans délai, à réduire Clairac et les autres villes de l’Agenais qui résistaient encore. Il partit de Bergerac le 16 juillet, coucha à Saint-Barthélemy le 18. Son projet était de séjourner à Saint-Barthélemy pour faire passer devant lui son artillerie, mais la majorité du Conseil fut d’avis de marcher en avant. Le 19 juillet, jour de lundi, l’armée se mit en marche, elle fut surprise à Hautevignes par un violent orage. Les ruisseaux du Tolzat et de la Torgue débordèrent, les chemins furent remplis d’eau, il fallut camper et attendre que les eaux se fussent retirées.

Le lendemain, le garde-des-sceaux prit les devants avec le comte de Schomberg et deux compagnies de la garde, et arriva à Tonneins quelques heures avant le Roi qui, disent les chroniqueurs, avait couru de grands dangers au passage du Tolzat. Ils rapportèrent aussi que M. Vair fut fort blâmé d’avoir fait entrer le roi dans une ville qui avait donné des gages aux insurgés.

Les fortifications des deux villes furent conservées, le Roi étant décidé à établir à Tonneins son centre d’opération pour faire la guerre en Guienne.

La Garonne était le seul moyen de transport et de communication ; il n'y avait ni ponts ni routes latérales. Le passage du fleuve devant Tonneins était le meilleur, le plus fréquenté, le plus sûr, notamment pour les villes de sûreté de la rive gauche, aussi, ces villes s'empressèrent-elles de faire leur soumission, sauf Clairac et Montauban.

Le Roi soumit à son Conseil la question de savoir laquelle de ces deux villes serait assiégée la première ; on se détermina pour Clairac.

Le 23 Juillet, commença le siège de Clairac. Le même jour, M. de Termes, maréchal de camp, frère du duc de Bellegarde, fut blessé sous les murs de la ville assiégée. Transporté à Tonneins, il mourut le lendemain.

La ville de Clairac ne pouvait pas tenir longtemps devant une armée. Elle résista cependant avec énergie et les assiégés firent des prodiges de valeur, mais elle dut céder au nombre et fit sa soumission le 5 août.

Ce siège avait coûté cher aux assiégeants. M. du Vair contracta une maladie qui l’enleva avant la reddition de la ville, le 3 août. Il avait été, comme M. de Termes transporté à Tonneins. Son corps fut inhumé à Paris (9).

Le Roi se rendit à Agen le 10 août et de là à Montauban qu’il assiégea. Cette entreprise ne fut pas heureuse pour les troupes royales. Il fallut abandonner ce siège. L’armée prit sa revanche en assiégeant la petite ville Monheurt, qui résista aux troupes royales pendant trois jours. Le connétable de Luynes fut blessé devant Monheurt et transporté au château de Longueville où il mourut (10).

Le Roi dissémina son armée dans les diverses places de la contrée afin de contenir Sainte-Foy, seule ville de l’Agenais qui eût repris les armes ; il laissa le commandement de ses troupes, au duc d’Elbœuf.

L’année 1622 commença sous des auspices peu favorables au maintien de la paix.

Suivant une décision de l'assemblée de La Rochelle, le marquis de La Force commandait les places de sûreté des Eglises réformées de la rive droite de la Garonne. M. de Favas, celles de la rive gauche.

L'action du marquis de La Force s'exerçait principalement sur Tonneins, où il soutenait avec énergie et intelligence la cause de la réformation religieuse.

Le duc de Mayenne, lieutenant général en Guienne, qui avait joui d'une très grande influence dans la contrée et qu'on appelait d'un nom qui dépeint si bien son caractère, le bon seigneur, avait été tué au siège de Montauban. Son successeur avait remis sa charge, en sorte que la Guienne était sans chef, ce qui laissait libre cours aux idées nouvelles. D'un autre côté, l'assemblée de La Rochelle gagnait sans cesse en autorité et profitait, pour attirer les populations à sa cause, de l'irritation que causaient le séjour de l'armée royale, les frais et les désagréments de toute sorte qu'il fallait subir pour l'entretien des garnisons.

On avait vu Monheurt, une petite ville résister pendant trois jours à toute une armée, Montauban obliger le Roi à lever le singe saris avoir remporté le moindre avantage. Toutes ces circonstances encourageaient à la résistance ; aussi Sainte-Foy s'était-il soulevé. Tonneins. Clairac et les villes où se trouvaient des amis de la réforme n'étaient plus retenues et exprimaient hautement leur désir d'être débarrassées des troupes royales.

Le marquis de La Force, au commencement de cette année 1622, prit Monflanquin. Le marquis de Lusignan, l'un des chefs les plus distingués de l'armée protestante, s'empara de Clairac.

Le siège de Montravel retenait en Périgord le duc d'Elbœuf, général en chef de l'armée royale. Le moment était favorable pour agir. Le marquis de La Force voulut en profiter.

Les troupes que le Roi avait alors en garnison pour garder Tonneins ne s'élevaient pas à plus de cinq cents hommes commandés par le comte de La Vauguyon et par M. de Dondas. Ces forces occupaient le château de la ville basse.

A la tête de deux mille fantassins et de trois cents cavaliers, le marquis de La Force entra, sans coup férir, dans Tonneins-Dessous, Il assiégea le château qui se rendit à discrétion. Le comte de La Vauguyon et le sieur de Dondas furent faits prisonniers de guerre et envoyés à Sainte-Foy ; la garnison fut passée au fil de l’épée.

Tonneins-Dessus et Tonneins-Dessous ne reconnurent plus d’autre autorité que celle de l’assemblée de La Rochelle. M. de La Force y laissa une garnison de quinze cent hommes sous le commandement du marquis de Monpouillan, son fils, et du vicomte de Castets, gendre de M. de Favas, et conduisit le reste de ses troupes dans les localités environnantes, où il se tint en observation.

Le duc d’Elbœuf et le maréchal de Thémines, ayant appris ces événements, partirent aussitôt pour s’opposer à M. de La Force. Ils donnèrent à toutes les troupes rendez-vous à Fauillet et bientôt furent assemblées sous les murs de Tonneins-Dessous et du bourg de Cuges, douze mille hommes de l’armée royale.

Dès le commencement de ces tristes luttes, le comte de La Vauguyon, seigneur de Tonneins-Dessous, avait négligé la défense de la ville. Réduite à ses seules ressources, la population n’avait pas tenu ses fortifications en état ni préparé ses munitions, en sorte qu’elle n’était pas capable de résister à une armée relativement nombreuse. Tonneins-Dessous, au contraire, constamment soutenu par le marquis de La Force, possédait tout ce qui était nécessaire pour soutenir une attaque régulièrement conduite. Sa situation même rendait plus difficiles les opérations de siège.

Attaqués par le maréchal de Thémines, à la tête des régiments de Picardie, Chappes, Beaumont, Villeroy, par le duc d’Elbœuf, pour le bourg de Cuges, avec les régiments de Piémont, La Suze, la douze, Grignan, Flein, Bourdeilles et Château, Tonneins-Dessous et le bourg de Cuges furent emportés dès le premier jour.

Ce dénouement d’ailleurs prévu, était la conséquence nécessaire de l’état des localités assiégées. Les habitants de Tonneins-Dessous se réfugièrent à Tonneins-Dessus qui fut occupé bien vite par le marquis de Monpouillan, le vicomte de Castets, la garnison et tous les hommes capables de porter les armes. Le siège fut continué sur ce point.

Etabli à Tonneins-Dessous avec son armée, le duc d’Elbœuf creusa des tranchées, mit ses canons en batterie pour ouvrir une brèche.

De La Force ne restait pas inactif. Il s’avança avec ses troupes sous les murs de Tonneins-Dessus, s’y retrancha, établit plusieurs barricades sur la butte d’un moulin à vent au nord-est et près de Tonneins-Dessus du côté de Clairac. Cette entreprise hardie, en face des assiégeants, aidait puissamment les assiégés et leur permettait d’opérer de fréquentes diversions.

Le duc d’Elbœuf voyant tout le mal que lui causait cette petite troupe dans une si bonne position, résolut de la disperser et d’attaquer en même temps la ville en donnant l’assaut par une brèche qu’il avait réussi à pratiquer au nord de Tonneins-Dessus. Les régiments de Piémont et de Picardie lancés contre la ville furent repoussés avec perte. Le duc d’Elbœuf se porta lui-même, à la tête de douze cents fantassins, de cinq cents cavaliers appuyés par deux pièces de canon, vers les positions occupées par La Force. Celui-ci, du haut de ses retranchements, accabla les ennemis, puis, abandonnant tout à coup ses positions, il se fit poursuivre jusque sous les murs de Clairac où il rentra se félicitant d’avoir fait diversion aux opérations du siège et donné de la confiance aux assiégés.

Ce double fait d'armes eut lieu le 20 mars, jour des Rameaux. Voici comment le duc d'Elbœuf l'apprécia dans une lettre qu'il adressa le lendemain au parlement de Bordeaux :

« Messieurs, je dois, vous honorant comme je fais, raison et avis de ce qui se passa hier, jour des Rameaux, au combat que je fis contre les ennemis, afin que vous receviez la part que vous méritez au progrès des armes du roi. L'action fut telle que je pris la cornette de M. de la Force, et il lui fut tué trois ou quatre cents hommes de pied et pris force prisonniers, gentilshommes et autres, outre un drapeau de gens de pied et le moulin qu'ils avaient si bien fortifié. Si ledit sieur de La Force ne se fût retiré comme il fit, s'étant sauvé à Clairac avec le sieur Théobon, je vous assure qu'il eût été mon prisonnier. J'espère avoir bientôt raison de ce lieu assiégé dont je vous donnerai des nouvelles, vous suppliant de me donner des vôtres et de me croire parfaitement, Messieurs, votre bien humble et affectionné serviteur, Elbœuf. »

Il arriva souvent, pendant ce siège, que M. de La Force conduisit ses troupes jusques sous les murs de la ville pour venir au secours de son fils, M. de Monpouillan, et harceler les assiégeants.

Le siège traînait en longueur, le Parlement s'en plaignait et le duc d'Elbœuf ne pouvant arriver aucun résultat résolut de ne plus tenter l'attaque et de réduire la ville par fa famine. Tonneins était mal approvisionné, cette tactique semblait assurer un prompt succès. Mais, de La Force avait compris la gravité du péril ; il s'était emparé de la petite ville de Granges et y avait saisi une quantité très considérable de blé et de farine ; il fit armer plusieurs bateaux, les chargea de provisions et les fit diriger sur Tonneins. Le Parlement de Bordeaux, informé de cette tentative, envoya des bateaux sous la conduite de trois chevaliers de Malte pour s'emparer des barques et des vivres. Leur entreprise échoua ; les provisions entrèrent dans Tonneins-Dessus, qui fut ainsi, ravitaillé pour deux mois.

Par de fréquentes escarmouches, le duc de La Force tentait de diviser l'armée royale. Il réussit même à tourner la ville et à occuper la campagne au nord de Tonneins. Il rangea ses troupes en bataille, sous les murs de Tonneins-Dessous. Le duc d’Elbœuf se porta aussitôt sur ce point et le duc de Monpouillan, profitant de cette diversion, fit une vigoureuse sortie contre les tranchés des assaillants, et força les troupes royales à abandonner leurs positions. Ce fut alors un sauve-qui-peut général. Les divers marchands qui suivaient l'armée royale se réfugièrent dans les villes voisines et répandirent le bruit que le siège était levé.

Le duc d'Elbœuf, que cette résistance décourageait, entama des pourparlers : il exigeait que les assiégés se rendissent à discrétion. Ceux-ci répondirent qu'ils étaient décidés à mourir plutôt que de subir une humiliation, d’autant moins méritée, que leurs armes avaient été deux fois victorieuses pendant ces longues luttes.

Tous les efforts des assiégeants se concentrèrent du côté d'une fortification formant une demi-lune à l'angle nord-ouest de la ville. Cet ouvrage qui n'était pas établi selon les règles de l'art, fut emporté le 18 avril. Le marquis de Monpouillan, qui avait reçu une forte blessure à la tête, tomba aux mains des troupes royales. Au moment où les assiégeants célébraient leur victoire, six cents hommes sortirent en bon ordre de la place, reprirent les fortifications et forcèrent les assiégeants à leur remettre M. de Monpouillan. Dans cette affaire, l'armée royale perdit l'un de ses officiers les plus distingués, M. de la Rienville, maréchal de camp. Il fut enterré dans l'église du Mas où l'on peut lire son épitaphe.

Le duc d’Elbœuf dirigea ses efforts contre le bastion oriental de Tonneins-Dessus déjà fortement entamé et l'emporta dans une charge vigoureuse ; mais ayant appris que six cents hommes, de troupes fraîches avaient été introduites dans la ville la nuit précédente, il crut prudent de ne pas s’avancer davantage.

Ce nouveau renfort avait rendu la confiance aux assiégés. Le 27 avril, après avoir bien étudié la situation et concentré les troupes, ils exécutèrent une grande sortie, reprirent le bastion, culbutèrent les corps de garde des assiégeants, puis l’armée, et balayèrent les tranchées.

Le duc d’Elbœuf, surpris par la vigoureuse offensive des assiégés, courait au-devant de ses soldats effrayés et cherchait à les ramener au combat : « Quoi, messieurs, s’écria-t-il, les ennemis nous auront chassés et auront repris en une nuit ce que nous n’avons pu gagner qu’avec tant de temps, et nous ne pourrons pas faire en un jour ce qu’ils ont fait en une nuit ! Pour moi, je suis résolu de mourir ou de les chasser aussi vite qu’ils nous ont chassés, et je ne veux pas attendre pour le faire plus de temps qu’il n’y en a jusqu’à midi. Je ne doute point que tout le monde ne me suive, puisque tout le monde y est engagé d’honneur comme moi et aurait honte de survivre à un tel affront. Ainsi, je n’ai point d’autres ordres à donner, sinon qu’à midi chacun aille droit à son poste pour l’emporter ou y mourir ! »

 

A la puissante voix d’un chef aussi vaillant, les troupes royales se rallièrent, les tranchées furent rétablies, les postes requis, avant la fin du jour, comme l’avait prescrit le duc d’Elbœuf.

Cependant, le marquis de La Force avait rassemblé un corps de huit cents hommes de pied et quatre cent chevaux et, d’accord avec les assiégés, se préparait à une nouvelle tentative pour faire lever le siège. Le duc d’Elbœuf l’apprit ; il reçut un renfort de six cents hommes, ce qui portait ses troupes à environ onze mille hommes. M. de La Force, bien qu’il fût informé de cette circonstance, n’abandonna pas son projet.

A la fin du mois d’avril, vers neuf heures du soir, il partit de Clairac et se dirigea vers les hauteurs de Mont-Caubet, et, suivant la cime des coteaux, il s’arrêta dans la forêt de Gautrenque où il fit halte. Il arriva, au point du jour, à l’entrée de Tonneins-Dessus, à une portée de mousquet du camp du duc d’Elbœuf. Il voulait attirer l’armée royale hors de ses retranchements et donner aux assiégés le moyen d’opérer une sortie. Ce projet réussi, le duc d’Elbœuf marcha, avec une compagnie de cavaliers contre M. de La Force, qui de retirait lentement, faisant toujours feu sur les poursuivants. L’armée royale s’y laissa prendre, elle arriva ainsi près du bois de la Gautrenque où M. de La Force avait opéré sa retraite en bon ordre.

Les assiégés qui surveillaient ces mouvements, feignirent une sortie vers Clairac pour y attirer les troupes qui étaient restées dans le camp ; bientôt, réunissant leurs forces, ils se dirigèrent vers le bastion tant de fois pris et repris, renversèrent tous les obstacles, se jetèrent sur les tranchées occupées par quelques compagnies des régiments de Piémont et de Picardie, tuèrent ou mirent en fuite les soldats, détruisirent les ouvrages, brûlèrent les affûts de trois pièces d’artillerie, jetèrent deux de ces pièces dans le fossé de la ville et une autre dans la Garonne, s’emparèrent de tout ce qu’ils trouvèrent dans le camp. Enhardis par ce succès, ils osèrent pénétrer dans Tonneins-Dessous et jusque dans le logement du duc d’Elbœuf, laissant partout des traces de leur vengeance.

Après ce coup de main, les assiégés rentrèrent en bon ordre dans Tonneins-Dessus, se préparant plus que jamais à la résistance.

La peste et la famine faisaient d’affreux ravages dans la ville, mais d’un autre côté, les expéditions fréquentes de M. de La Force qui pénétrait sous les murs mêmes de Tonneins, les sorties souvent heureuses de la garnison produisait un grand découragement dans l’armée royale. Le roi s’en prenait au duc d’Elbœuf de la longueur d’un siège qu’il croyait d’abord devoir durer seulement quelques jours. Il menaçait le duc de lui envoyer M. le Prince avec des troupes fraîches et de lui enlever l’honneur du triomphe.

Les chefs des deux camps ennemis furent forcément amenés à s’entendre. Le duc d’Elbœuf finit par se désister de ses premières prétentions ; le 4 mai 1622, il signa avec le marquis de Monpouillan et le vicomte de Castets les articles de la capitulation arrêtés en ces termes :

1° Que les assiégés demanderaient pardon général de ce qu’ils avaient entrepris contre le service du roi ;

2° Qu’ils jureraient et promettraient et protesteraient sous peine de la vie de ne porter de six mois les armes contre le service de S. M., pour quelque cause et prétexte que ce fût ;

3° Que moyennant les choses et protestations ci-dessus, ils sortiraient de la place de Tonneins avec les armes et bagages, la mèche éteinte ;

4° Qu’ils laisseraient en la dite place tous les canons qu’ils y avaient trouvés, avec toutes les munitions de guerre qui y étaient, sans en distraire ni en emporter aucune ;

5° Qu’il leur serait pourvu de bâteaux ou chariots pour emmener leurs malades par eau ou par terre, et iceux conduits en assurance es lieux où ils se voudraient retirer, ou bien iceux être pansés s’ils voulaient demeurer sur les lieux ;

6° Qu’il leur serait fourni des sauf conduits et passe-ports pour se retirer où bon leur semblerait.

Cette capitulation fut exécutée, mais ce qui honore la mémoire des deux chefs des troupes assiégées, c’est, qu’ils moururent tous les deux trois jours après le traité, des suites de leurs blessures aggravées par la maladie qui faisait tant de victimes. Leurs corps transportés d'abord dans l'église de Bugassat, furent inhumés à Clairac.

Monsieur le Prince arrivait avec quatre mille hommes pour remplacer le duc d’Elbœuf, il apprit à Bordeaux la capitulation et la retraite de la garnison de Tonneins à Clairac et à Sainte-Foi.

Le siège avait duré prés de trois mois, puis un traité avait été conclu ; tout cela fut considéré comme un affront aux armes du Roi, il fallait finir d'une manière plus éclatante : la ruine des deux villes fut résolue.

Trois mois après la capitulation, le duc d'Elbœuf fit mettre le feu aux deux villes qui furent réduites en cendres. Un poète de Tonneins qui écrivait en latin a laissé à sa ville natale un adieu qui mérite de rester dans nos archives. J'ai trouvé cette pièce dans un recueil de poésies de Jean Costebadie, à la bibliothèque nationale et je l'ai très exactement transcrite.

THOMENSIUM - EPIGRAMMA XXXI.

Patria fusa solo, rapidis populata que fammis,
Nil igitur, nisi quod voluit ignis, eris !
Debueras populis meliora exempla futuris,
Lentius et funus dehuit ire tuum.
Viderat et nuper peregrinus et incola : sed non
Credidit ille oculis, credidit este malis.
Tanta ruina tua est, oculis non creditur ! ipsi
Credere vix poterunt qui potuere pati.
Ut vidi, interii : mihi patria nostra dedisti
Vitam unam, luctus funera mille dabit
(11).

La guerre civile dévastait la France, il fallait y mettre un terme.

Dès le 16 février de cette année, le grand et vénérable Du Plessis-Mornay, étranger à ces mouvements, avait écrit au roi cette lettre qui ne saurait être trop connue et trop reproduite :

« Sire, autrefois V. M. a eu pour agréable et même m’a commandé de lui, parler de ses sujets de la religion. Je suis si peu, et l’affaire si grand, que je crains que V. M. ne me l’impute en présomption. C’est pourquoi, ne m’osant conjoindre à ceux qui vous demandent la paix pour eux, je me tiens obligé de la requérir en toute humilité pour vous-même et par votre seule bonté de laquelle ils ayent, après Dieu, à reconnaître leur être et leur bien être. Je pense voir V. M. comme un bon père ému en ses entrailles pour la leur donner. Ils ne peuvent aussi ignorer le besoin de la requérir de V. M. avec toutes sortes de soumissions qui expédient le passé et protestent de toute obéissance à l'avenir. Si, jusques ici, Sire, ils ne l'ont fait de si bonne grâce qu'il eût été à désirer, V. M. veuille considérer la peur qu’on leur a donnée que leur ruine fût absolument résolue, qui leur a fait tenir pour justes bons moyens de s'en garantir, leur a fermé les yeux aux bienséances et devoirs pour ne les arrêter que sur leurs nécessités, tous prêts néanmoins, aussitôt qu'il aura plu V. M. de leur montrer un visage serein, de, courir à ses pieds à deux genoux et répandre leur sang pour son service. J'ai dit, Sire, que j'ose vous en supplier très humblement pour vous-même, parce que c'est votre maison qui brûle de tous côtés ; ce sont partout vos hommes qui se perdent, votre sang qui s'espand, votre justice qui s'épuise, vos triomphes qui tournent en funérailles ; et quand ces desseins auront réussi au-delà de l'imagination, il ne vous en restera que des déserts et des ruines. Permettez, Sire, qu'un ancien serviteur vous ramentoine en quels périls ils ont autrefois assisté ce grand Henri, votre père, et par quantes années ; et que ces services passés tiennent quelque lieu en leur compte en déduction des mécontentements que V. M. peut avoir reçu. La principale négociation, Sire, gît par devers vous seul qui saura juger équitablement quelles sûretés leur sont nécessaires pour les garantir des animosités de leurs malveillants qui n'ont que trop paru en ces dernières années. Et quand ils n'auraient pas eu l'avis ni la hardiesse de les demander à V. M., il est de sa bonté naturelle et de son affection paternelle de leur accorder d'elle-même ; c'est-à-dire de capituler proprement avec sa justice, en quoi reluira son autorité toute entière. Et peut-être ne manquera-t-elle pas d’occasion en peu de temps en laquelle elle puisse en employer de toute qualité et éprouver à bon escient et leur courage et leur fidélité tout ensemble. Je ploye ici le genouil devant V. M. et lui requiers pardon de ma hardiesse, suppliant sue le Créateur, Sire, qu’il me doint voir V. M. paisible au dedans et glorieuse au dehors, pour mourir en cette inviolable qualité de votre, etc. »

Ainsi les Réformés ne cessaient de demander la paix. Le roi le savait et cette lettre si digne était faite pour le toucher. Le 19 octobre 1622, il fit publier une déclaration qui maintenait en partie les dispositions de l'édit de Nantes et ordonna que toutes personnes de quelque qualité et conditions qu’elles fussent seraient rétablies en leurs biens, charges, honneurs et dignités ; mais en même temps que toutes nouvelles fortifications seraient rasées.

Les prud'hommes des deux villes de Tonneins ne se découragèrent pas, ils s'assemblèrent, pour ainsi parler, sur les ruines encore fumantes de leurs maisons. C'était vers la fin de l'année 1622 ; ils firent revivre les institutions municipales qui leur étaient si chères et nommèrent les consuls de l'année suivante.

Les consuls et les jurais avaient pensé que la déclaration du 19 octobre emportait, pour chaque habitant, le droit de rechercher l'emplacement de sa maison pour la reconstruire. Ils se disposaient à agir en conséquence, lorsqu'une décision du roi défendit de rétablir la ville à une distance moindre de cinq cents pas du fleuve.

Jean-Olivier Dussault, avocat général au Parlement de Bordeaux, se transporta à Tonneins pour délimiter les cinq cents pas en dedans desquels on ne pouvait pas bâtir.

Le roi avait institué une Commission chargée de vieller à ce que les conditions de la reconstruction fussent exactement observées. Les habitants, par l'organe de leurs consuls, demandèrent qu'on les autorisât à bâtir sur l'emplacement même de leurs maisons détruites. La chose tramant en longueur, les plus pressés et les plus hardis n'attendirent pas les décisions de la Commission et reconstruisirent leurs demeures. Les consuls fermèrent les yeux jusqu'à ce que ces faits eussent été dénoncés au Parlement de Bordeaux.

Le 11 août 1623, le Parlement rendit un arrêt qui chargea M. Dussault « de faire et parfaire le procès à ceux qui construisaient et bâtissaient des maisons ez environs de Tonneins. »

Dussault se rendit à Tonneins. Il n'est pas sans intérêt de constater d’après des pièces authentiques le soin jaloux que les habitants mettaient à reconstruire sur leurs anciennes possessions, leur persistance à réclamer ce qu’ils considéraient comme un droit, leur désintéressement : en vain leur faisait-on des offres pour reconstruire ailleurs, au nord de la ville. Sans doute la Garonne, avec ses constantes érosions, avec ses inondations terribles, s’est chargée de démontrer la sagesse des prescriptions de l’autorité, mais ce sentiment si naturel de conserver des propriétés qui leur étaient chères et parce que c’était leur patrimoine et parce qu’ils avaient énergiquement lutté pour les défendre, ce sentiment n’est-il pas éminemment respectable ?

Laissons parler Dussault :

« Aujourd’hui samedi, 16e du mois de septembre 1623, nous Jean Olivier Dussault, conseiller du roi en son conseil d’Etat et privé et son avocat général en sa cour de parlement de Bordeaux, commissaire député par le roi aux démolitions des villes et châteaux de Caumont et Fronsac, et aussi commissaire député par la dite Cour pour faire et parfaire le procès aux contrevenants qui ont rebâti ou bâti de nouveau des maisons dans les ruines de Tonneins-Dessus et Dessous et dans les cinq cents pas prohibé par le roi être rebâties près de la rivière de Garonne par nous bornés et limités au mois de janvier dernier aux consuls de dit Tonneins par le commandement de S. M. ayant ci-devant de la cour un arrêt du 11e du mois d’août dernier contenant que la Cour nous a commis et député pour faire et parfaire le procès à ceux qui construisent et bâtissent des maisons à Tonneins et ez environs dudit lieu, ensemble aux voleurs qui sont ez dits lieux, voyant que nous avions avancé de démolir la plus grande part du dit château de Caumont et partie des maisons de la dite ville à cause de laquelle démolition nous n’avions pu désemparer du dit lieu de Caumont parce que les propriétaires des maisons bâties en icelle qui font la plus grande partie, profession de la religion prétendue réformée, quoiqu’ils eussent reçu argent par notre ordonnance, ne voulaient démolir leurs dites maisons si nous nous fussions transportés à Fronsac comme nous avions une fois délibéré d’y aller, nous aurions pris résolution pendant que la dernière tour du dit château se sappait et que les maçons et charpentiers par nous employés continuaient le dit travail avec les manœuvres par nous convoqués, nous aurions, dis-je, résout d'aller faire un tour au dit Tonneins pour faire au vrai notre procès-verbal des bâtiments refaits au dit lieu et du nom de ceux qui se sont logés dans les dits bâtiments sans congé ni permission du roi. Et avant de partir du dit Caumont - dès le jour précédent 15e du présent mois de septembre, nous aurions envoyé par Lalement sergent royal du présent lieu de Caumont un mandement notre pour assigner à cejourd'hui devant nous heure de huit du matin les consuls du dit Tonneins-Dessus et Dessous pour nous rendre raison desdites contraventions et leur faire entendre notre commission et en outre nous informer par eux des noms desdits contrevenants. Et ce jourd'hui sixième du dit mois, étant en compagnie du sieur du Saillan, du sieur d'Orgueil, secrétaire de la chambre du roi et maître Jean Couderc, juge du prieur du Mas et consul de ladite ville, maître N. de Laroche, notre substitut en icelle et de deux autres habitants du dit lieu du Mas et d'un religieux Carme nommé frère Jean Fiton et de notre greffier et de nos serviteurs domestiques et de douze soldats du Mas et un sergent pour les conduire et de vingt maçons, deux charpentiers, douze manœuvres et de Antoine Bernard maître architecte de Bordeaux, nous sommes acheminés au dit lieu de Tonneins où nous sommes arrivés, environ les huit heures du matin et où étants, après avoir passé la rivière de Garonne, avons trouvé grand nombre de gens assemblés au dit marché du dit Tonneins Dessous, à quatre-vingts pas environ près du bord de ladite rivière et en nombre de près de trois cents personnes, tant hommes que femmes, et tous les hommes portant leurs épées sous leur bras. Et soudain à l'abord ont comparu devant nous Daniel Michellet, consul de Tonneins-Dessous accompagné de maître Jean Beaupuy, lieutenant du juge de la dite juridiction de Tonneins-Dessous et plusieurs autres habitants du dit lieu à nous inconnus qui nous ont salué, et leur ayant fait lire au haut du dit Tonneins, notre commission contenue au dit arrêt, nous leur avons remontré le tort qu'ils avaient eu de laisser ainsi rebâtir les habitants dans les ruines du dit lieu et hors icelui sans le congé et permission du roi, contre les inhibitions à eux par nous faites de la par de S. M. de se rebâtir dans les cinq cents pas près de la dite rivière que leur avions bornés et limités dans le mois de janvier dernier, lesquelles inhibitions ils ne pouvaient ignorer, tant parce que nous avions posé les dites bornes des dits cinq cents pas par le commandement de S. M. en la présence de partie des dits consuls et, des dits habitants et en défaut de partie des autres consuls absents et nous avions depuis notifié verbalement et encore par écrit aux dits consuls les dites inhibitions et plantement des dites bornes. Et partant que les dits consuls pour endurer telles constructions sans dire mot semblaient les autoriser et se rendaient coupables d’icelles, dont la Cour irritée contre eux nous aurait commis et renvoyé au dit lieu pour faire le procès tant à eux que autres habitants contrevenants aux dites inhibitions et que nous voulions voir à la ville les dites maisons rebâties et savoir le nom de ceux qui s’étaient rebâtis, et qu’à ces fins nous leur enjoignions de nous suivre : quoique le dit Michellet nous ait répondu au commencement que personne n’avait rebâti dans les dictes ruines et nous étant avancés dans icelles, avons trouvé dans le lieu ci-devant, le bourg de Cuges, dépendant de Tonneins-Dessous, plus de quinze maisons et choppes ou huttes faites partie de bois et bardés, composé de foin et argile, partie en terre et argile et briques couvertes de tuiles et nous étant approchés es dites choppes, il en est sorti quantité de pauvres femmes, et filles et d'enfants, mal habitués, se jetant à genoux, criant miséricorde et pleurant avec cris et lamentations effroyables, disant qu'elles ne sauraient où se retirer si nous leur faisions rompre les susdites huttes et choppes parce qu’elles étaient veuves et n'avaient aucun lieu pour se rebâtir ; ce que voyant et reconnaissant que c'était un jeu joué par l'industrie et artifice dudit Michellet et autres habitants riches dudit Tonneins qui invitaient lesdites femmes à crier et hurler, ou pour émouvoir le peuple à sédition contre nous à ce bruit, ce qu'il eussent fait si n'eussions été bien accompagnés ou pour nous faire lâcher prise et nous émouvoir à commisération, nous avons dit à ce peuple que nous étions là de la part du Roi et de la Cour pour leurs témérités et contraventions, pour leur faire justice et non miséricorde, laquelle ils ne méritaient étant si souvent réfractaires aux volontés et commandements du Roi et prenant plaisir d'irriter Sa Majesté par leur opiniâtreté et endurcissement au mal, au lieu de l'apaiser par leur obéissance, qu’ils se retirassent chacun en leurs huttes et choppes et que nous les irions visiter toutes et savoir leurs noms sur chacune d'icelles ; et nous y étant acheminés, nous avons trouvé quinze familles dans les ruines de Tonneins-Dessus et Tonneins-Dessous, savoir : les nommés Anne Peytault, Judith Lansade, Marie Chopin, Anne Micheau, Jeanne et Suzanne Mensac, ses filles, Anne de Lafosse, Jean Méric et des gens assez moyennés sur les bastions dudit Tonneins-Dessous, Jean Jurqueyt et Jean Boucherie avouant leurs maisons au sieur de Lagarde, lequel s’est trouvé présent et nous a soutenu lesdites maisons de Boucherie et Jurqueyt être siennes lui appartenaient jaçait que depuis lesdits Jurqueyt et Boucherie nous ayant confessé le contraire et que lesdites maisons étaient à eux seuls. Et passant vers Tonneins-Dessus, avons trouvé les choppes de Jeanne Husbie, Dauphine Baillarguet, Jeanne de Barre, Marie Blandine, et passant plus avant vers l’église des religieux carmes, avons trouvé un homme assez moyenne avoir déjà bâti une maison passable sur la contrescarpe du bastion environnant ladite église, lequel bastion avons fait ci-devant raser et combler, et en outre Guillaumette Rodies et Florette Salles, toutes lesdites femmes soi-disant veuves, pauvres et misérables, et leur ayant demandé à tous pourquoi ils s'étaient rebâtis sans congé et permission du Roi ou de la Cour, il nous ont répondu n'avoir de place ailleurs pour se rebâtir et que personne ne leur en voulait donner. Et ayant trouvé audit Tonneins-Dessus, maître Barbe consul avec Paul Fazat arpenteur et autres habitants, leur avons fait pareille lecture dudit arrêt par notre greffier, et fait mêmes reproches et remontrances qu'audit Michellet consul de Tonneins-Dessus, et l'ayant blâmé de ce qu'il ne faisait trouver lieu pour retirer ledit peuple au-delà des bornes desdits cinq cents pas à lui ci devant montrées et par nous plantées en sa présence, il nous a enfin dit que s'il nous plaisait d'aller prés du ruisseau qui était au-dessus dudit Tonneins où était anciennement un moulin, il nous y mènerait et nous montrerait quelque lieu prés d'une fontaine où le peuple se pourrait bâtir, ce que nous lui avons accordé faire. Après quoi nous ayons mis lesdits maçons en besogne aux environs de l'église des religieux carmes. Cependant nous avons enjoint auxdits femmes et hommes qui se sont rebâtis dans lesdites ruines de descendre promptement leurs tuiles et charpentes autrement que nous les ferions démolir par lesdits soldats et manœuvres au retour de ladite église des carmes, laquelle nous ayant commandement exprès du Roi verbalement à nous fait par deux fois par S. M. de faire démolir, nous blâmant S. M. lorsque nous l'allâmes saluer à Fontainebleau en avril dernier et lui rendre compte des commis¬sions qu'il avait plu à S. M. nous donner, de ce que nous avions laissé ladite église en pied et que nous ne l'avions pas faite démolir. Et ayant fait commencer de saper ladite église par le bout d'en bas, et par un côté, du consentement dudit père Fiton, lequel nous avions disposé à nous laisser faire ladite démolition étant avec nous à Caumont, et lequel ayant charge de son provincial pour obéir à la volonté du Roi, a consenti à ladite démolition de ladite église et de la petite maison qu'ils avaient rebâtie audit Tonneins-Dessus depuis le siège et reddition de la ville, à cause de quoi nous lui avons accordé la somme de trois cents livres sur le bon plaisir du roi pour leur indemnité, nous sommes retourné sur nos pas vers lesdites huttes et choppes desdites femmes et ayant fait poser à terre les mousquets à portée desdits soldats et commandé à iceux de rompre la muraille d’une choppe de Marie Blandin qu’elle avait commencée à couvrir de rams, ce qui fut fait soudain et ensuite commandé auxdits soldats de descendre la tuile de deux choppes appartenants aux dites Dauphine Baillarguet et Jeanne Burie sans rien rompre, comme ils eurent mis les tuiles à terre et qu'ils commençaient à moutonner les murailles, lors lesd. Michelet et Barbe consuls et ledit Beaupuy lieutenant du juge de Tonneins-Dessous nous prièrent de patienter et que dans le lendemain ils feraient mettre tout à bas et nous prièrent et firent prier par ledit sieur du Saillan et autres de notre suite de laisser faire lesdits habitants et qu'ils obéiraient. Comme de fait, voyant que chacune desdites femmes commençait à descendre son tuile de crainte qu'allassions par toutes les autres choppes comme nous avions commencé, nous fîmes retirer lesdits soldats et enjoignîmes auxdits consuls de faire obéir le peule dans lundy prochain, à peine de nous en répondre et de faire faire nous-mêmes ladite démolition en notre présence, ce qu'ils nous promirent de faire. A cause de quoi nous enjoignîmes audit Barbe, consul de Tonneins, de nous mener voir ledit ruisseau pour voir la situation de ladite Fontaine et ruisseau et du fond qu'il voulait nous montrer. Et nous y ayant mené, nous jugeâmes ladite fontaine être trop proche dudit bastion et être à 70 pas au-deçà des bornes desdits 500 pas près ladite rivière et que se rebâtissant près ladite fontaine, ils s'approcheraient fort près des bastions ruinés. A cause de quoi nous passâmes plus avant et trouvâmes un champ proche de l'une des bornes par nous posées au bout desdits 500 pas entre un grand chemin allant dudit Tonneins à Gontaud et ledit ruisseau, lequel nous avons jugé le plus propre à bâtir, ledit peuple et les plus pauvres desdits habitants tant pour le lavement de leur linge que pour leur issue et être éloignés comme il faut de ladite rivière et médiocrement de ladite fontaine, en lieu plénier et hors de soupçon, qui nous a donné sujet de demander le nom du propriétaire dudit champ audit Barbe consul, et nous ayant été dit qu’il s’appelait Bazats, notaire royal, nous avons enjoint audit Barbe de nous le faire venir parler, mais ayant été dit qu'il demeurait à une lieue de Tonneins, nous lui avons donné charge de nous le faire venir parler audit Caumont le lendemain, jour de dimanche, et nous étant enquis de la valeur dudit journal de terre, il nous a été dit qu’il valu audit lieu cent écus avant le siège et que ledit champ était noble. A cause de quoi nous avons lors dit audit Barbe et audit peuple, que sous le bon plaisir du roi, nous bazarderions d'acheter audit lieu un journal de terre et en baillerions cinquante écus pour y loger le menu peuple et les pauvres seulement, à quoi ledit Barbe et les dits pauvres se sont accordés et nous en ont remercié. Et soudain ayant trouvé ledit Bazats dans quelque maison prochaine comme nous en retournions vers les deux bastions et sur le bord de la rivière pour prendre le nom desdits habitants qui se sont rebâtis du côté de Clairac et d'Aiguillon le long du chemin venant de la Gautrenque à Gontaud, joignant lesdits bastions ruinés et encore, sur le bord de la rivière que nous avons trouvés être en nombre de trente quatre familles, savoir est près lad.rivière : Salomon Ducasse, Abraham Chopy, Jean Borderie, boucher, Jacques Roudier, pêcheur, Jean Fourestier, dit de Baye, Jean Oignon, Jean Brugier, Guiraud Guérin, Amand Villiers, Philip Roudier, pêcheur, Jean Berglas, Pierre Petit, Marie Guérin, Bernard Tornillon, Jean Roudier, cordier, Jean Crestian. Et sur ledit chemin joignant lesdits bastions, Jean Rigades, Jean Granval, Isabeau et Jeanne Crestian, Jeannette Mendouze, Judith Castéra, Jeanne Desmons, Jean Jugla, Pierre Tibaudeau, Toynette Dulan, veuve Pierre Samaruc, Pierre Brettes, Jean Mizeau, Olivier Lacombe. Jean Miqueau, Anne Teste, Jean Coudroy et Simon Bonneteau. Ils trous ont fait présenter ledit Bazats, notaire, auquel ayant fait présenter cent cinquante livres dudit journal de sa terre, il nous a dit lui avoir coûté cent écus le journal, et enfin lui ayant, au dernier mot, dit qu'il l'aurait çue lesdites cent cinquante livres dudit journal ; nous lui avons donné charge de nous venir trouver le lendemain audit Caumont, où nous contracterions avec lui s'il voulait pour accommoder ledit peuple, ce qu'il nous a promis pourvu que lui baillassions au moins deux cents livres dudit journal, ce que nous lui avons refusé. Enfin il nous a promis venir nous trouver le lendemain, et cependant ledit Barbe nous ayant demandé place audit journal pour les riches et moyennés dudit lieu de Tonneins, nous lui avons refusé et dit que nous n'entendions gratifier dudit journal de terre que les pauvres seulement, parce que les riches avaient moyen de s'en passer et se rebâtir ailleurs. Et parce qu'il était prés de trois heures après-midy, nous avons repassé ladite rivière et sommes allés dîner et prendre notre repas avec toute notre compagnie en la maison de Jean Laperche, dit Perchot, hosto catholique qui est vis-à-vis dudit Tonneins pour être plus assurés. Ayant assigné ledit Michelet audit Tonneins-Dessous à l’heure de relevée pour aller visiter les autres maisons qui ont été rebâties sur le chemin de Marmande et hors des bastions ruinés de Tonneins-Dessous.

« Et avenant l'heure de quatre heures après-midy pardevant nous commissaire susdit, ayant repassé ladite rivière accompagné des susdits, avons été voir et visiter les maisons rebâties hors les bastions de Tonneins-Dessous, le long du chemin de Marmande, et y avons trouvé vingt familles et entre antres des gens du Mas et de Marmande qui sont assez moyennés et tiennent des locataires dans lesdites maisons à eux appartenantes qu'ils ont fait bâtir sur ledit chemin de Marmande, n'étant distantes que de quatre vingts pas ou environ du bord de la rivière ainsi que l'avons jugé à vue d'œil et prenant les noms par écrit, avons trouvés savoir est : les nommés Abraham Cousin, Thomy Pillet, Jean Fourcade, vis-à-vis des bastions et sur la contre escarpe d'iceux, et sur ledit chemin de Marmande, Marthe Baudry, femme de François, dit Sabre de Marmande, absents, ledit M Jean Beaupuy, lieutenant du juge de Tonneins-Dessous, Jean Drême, notaire royal, Jean Tiradou qui est un insigne voleur, diffamé et tenu pour vil dans le pays qu'avons trouvé absent, et en sa choppe, avons trouvé Isabeau Monneau, sa femme, plus Roulles Lousteaut et Jean Bonneteau locataires, Marie Rouger, Daniel Nadau, marchand, du Mas, absent, mais, en son lieu, Anne, Massas et Isabeau Larroche, ses locataires, Pierre Colisson, chirurgien, Jean Séré de Gontaud, absent, et en sa maison Marie Bouyer, locataire et hôtesse, François de Bach, maréchal, de Fauillet et François de Pillet, son locataire, les hoirs feu Jean Brauthe, maître de la poste et Marie Pélissier, leur locataire, Pierrre Bretonneau, brassier. Et leur ayant enjoint de se retirer dudit chemin et d'aller bâtir ou delà de la seconde, troisième et quatrième bornes desdits cinq cents pas par nous plantées en janvier dernier sur lesquelles avons à l'instant mené ledit Michellet et tout, ledit peuple, ils nous ont répondu n'avoir ni place ni lieu pour se rebâtir ailleurs que là où ils avaient refait leurs maisons. Et ayant enjoint audit Michellet de nous nommer et écrire les noms des héritages au delà desdites bornes et que nous leur achèterions audit lieu un autre journal de terre pour y rebâtir les pauvres seulement comme nous avons offert à ceux de Tonneins-Dessus; ledit Michellet nous a dit ne pouvoir savoir et que dans le lendemain il s'en ennayerait et en parlerait à sa communauté et qu'il nous en rendrait toute réponse dans lundy matin, 18 du présent mois et nous viendrait trouver à Caumont, l’heure étant tarde, nous nous sommes retirés sur le soir dudit j. et avons remis lesdits Michellet et Barbe consuls audit jour de lundi matin, dix-huitième du mois sur ledit lieu de Tonneins les ayant assignés devant nous auxdits jour et lieu sur les huit heures du matin. »

Le 17 septembre 1623, le notaire Bazals vend à M. Dussault un journal de terre moyennant cent cinq francs pour être affecté à la construction de maisons pour les pauvres de Tonneins-Dessus.

Pour Tonneins-Dessous, ce fut plus difficile. Les consuls Michellet et Desclaux assistés du jurat Villotes déclarent protester contre les opérations du délégué du Parlement, affirmant que le Roi a promis de laisser remettre les lieux dans l'état où ils étaient avant les mouvements, qu'il a nommé des commissaires pour s'occuper de ces questions et qu'ils n'acceptent nullement pour la communauté de Tonneins le don que M. Dussault prétend leur faire d'un journal de terrain. Cette protestation, rédigée par écrit, indigne le conseiller délégué du Parlement qui témoigne tout son mécontentement et déclare aux représentants de Tonneins-Dessous qu'il les considère comme se mettant en opposition avec la volonté du Roi et comme continuant leur révolte.

M. Dussault interroge alors le sieur Romefort, procureur d'office, et lui demande s'il a ordre de M. le duc de Lavauguyon de se joindre aux consuls. M. Romefort dit que, représentant le duc de Lavauguyon, il a cru devoir agir dans son intérêt, parce que les maisons démolies et qu'il s'agit de reconstruire lui doivent rente et qu'il doit ainsi veiller à ce que la reconstruction ait lieu.

Cette résistance n'a-t-elle pas quelque chose de remarquable après les malheurs et la ruine de cette ville ? Les consuls défendent avec courage les habitants ruinés. M. Dussault trouve que les travaux qu'on avait promis de faire pour démolir les échoppes reconstruites au milieu des ruines, ne se font pas assez promptement, il ordonne aux maçons et charpentiers venus du Mas d'y travailler.

Une vive opposition se manifeste. Le délégué assigne les délinquants, MM. Beaupuy, lieutenant, Michel et Desclaux, consuls, et Villotte, jurat, à comparaître en personne, à huitaine, en la Cour.

Le consul de Tonneins-Dessus, chargé de diviser entre les habitants pauvres de Tonneins-Dessus la terre achetée pour qu’ils y établissent leurs échoppes, dresse un procès-verbal constatant que quarante ont refusé ces propositions et que trois seulement ont accepté.

Les habitants de Tonneins-Dessous, réunis dans le Temple de Fauillet, déclarent qu'ils en référent à l'autorité du Roi et des Commissaires par lui nommés, tout en respectant néanmoins l'autorité du Parlement.

Le duc de Laforce adressa aussi à M. Dussault, et par ce dernier au parlement de Bordeaux, une lettre par laquelle il suppliait le délégué du Parlement de ménager les habitants de Tonneins, accablés de tant de maux.

Ces mesures arrêtèrent M. Dussault. Les constructions furent reprises sur leur ancien emplacement, sans qu'aucune poursuite fût exercée contre les habitants.

Cette lutte avec le parlement, en 1623, au sujet du rétablissement des maisons incendiées prouve, peut-être plus que la résistance armée, l'énergie et le courage de cette vaillante population.

Les persécutions et les troubles qui agitèrent les villes de la contrée pendant la minorité de Louis XIV durent nécessairement perdre de leur violence dates les communautés dont on avait détruit les fortifications et les moyens de défense. Travailler à extirper les racines de la Réformation religieuse, telle était la mission que s'était donnée le pouvoir, et il l'accomplissait par les plus rigoureux moyens. Les protestants ne pouvaient plus espérer de conserver les garanties que les Edits de pacification leur avaient données. Le grand Roi et ses conseillers ne voulaient pas qu'il restât un seul protestant en France, et tout était bon pour arriver à ce résultat. Aussi voit-on, dans les actes municipaux, les consuls, pour conserver leurs titres, passer d'une année à l'autre au catholicisme, et, il est peu de nos grandes familles de l'Agenais qui aient résisté à cette pression.

Tonneins dut quelque adoucissement à ces maux à la protection puissante du maréchal de Turenne, qui devint, en 1653, baron de Tonneins-Dessus, par son mariage avec Anne Nompar de Caumont, fille d'Armand, duc de La Force, maréchal de France. Jean Révérend de Bougy, lieutenant général des armées du Roi, qui épousa Marguerite de Chaussade, unique héritière de la baronnie de Calonges, usa souvent de son influence au profit des habitants de Tonneins.

Jean-François Labat de Vivens, chevalier de Malte, capitaine d'une Compagnie de chevau-légers au régiment de Créquy, nommé commandant de la ville de Clairac, en 1652, rendit aussi de grands services au pays par son courage, sa fermeté et l'esprit de modération qu'il apporta dans les diverses missions dont il fut chargé en Guienne pendant les troubles.

Les villes de Tonneins étaient représentées, à cette époque, par des hommes à la fois intelligents et honorables qui firent tous leurs efforts pour la défense de leurs concitoyens. Les temps étaient difficiles ; partout la lutte et une lutte à outrance. C'est un devoir pieux de rappeler les noms des hommes qui méritèrent bien de leurs concitoyens : Le corps de jurade de Tonneins-Dessous se composait de MM. Claude Drême, avocat au Parlement, Daniel Desclaux, aussi avocat au Parlement, Pierre Desclaux, juge royal de Mouheurt, Daniel Ducasse, docteur en médecine, Raimond Roumat, Moïse Drême, Jean Nadeau, Jean Laperche, Gabriel Pomarède, Pierre de Laguo, Théophile Cassets, Jean Monnereau, Daniel Tournier, Gédéon Bouchard, Pierre Vigneau, Pierre Colisson, Pierre Lannes. Jean Goumois, Pierre Rogat, Pierre Ducasse, Jean Laperche puîné, Moïse Pélissier, Jean Tournier, Pierre de Beaupuy, Pierre Vergnes, Jacob Monnereau, Jean Sourdes. Jean Escoubès, Etienne Maresquères.

Le corps municipal de Tonneins-Dessus se composait de MM. Charles de Lajaunie, Jacques de Larroque, Salomon Farges de Tridon, Jean Farges de Tridon, Abraham Hébrard, Pierre Bourrillon, Salomon Bourrillon, Moïse Bourrillon, Pierre Crugut, Joseph Havard, Mathieu Farges, Salomon Ducasse, Pierre Duprat, Jean Marches, Jean Laperche jeune, Daniel Signac, Sallelles, de Labat, Glory, Jazas, de Lassale, de Massac, Bareyre, Pierre Gondes, David Gondes, Regnault de Lagrange. Ce dernier était au service en dualité de cornette au régiment de Clérambeau.

Cette population ruinée par la guerre, par l'incendie, travaillait courageusement à réparer ces désastres. L'agriculture et l'industrie lui en offrirent les moyens. Elle se livra surtout à la culture et à la fabrication du tabac, à la culture du chanvre et aux travaux de filature de cette précieuse plante (12).

Fin 1758, après la réunion de la baronnie de Tonneins-Dessus et du marquisat de Calonges à la baronnie de Tonneins-Dessous, Antoine-Paul-Jacques de Quelen de Stuer de Caussade, comte de Lavauguyon, fit ériger Tonneins en duchés-pairie, sous le titre de duché-pairie de Lavauguyon. Il est très probable que, à cette époque, qui coïncide avec, la reconstruction de l'église de Notre-Dame de Mercadieu, la cure de cette paroisse fut érigée en archiprêtré.

En 1771, des débordements fréquents de la Garonne, entretenant toute l'année une grande humidité dans nos plaines et de mauvaises émanations jusque sur les coteaux voisins, attirèrent sur la contrée de Tonneins des maladies épidémiques tellement graves, tellement meurtrières, qu'elles reçurent le nom de peste de Tonneins. Le mal empirait de jour en jour ; des familles succombèrent à ce terrible fléau. Rien de plus cruel qu'une épidémie s'abattant sur une ville. On dirait qu'un souffle terrible sort de gouffres inconnus et abat, avec une irrésistible puissance les populations comme les gerbes sous la faux du moissonneur. Vainement recherche-t-on les causes, on voit les effets épouvantables et le mal va toujours grandissant, défiant les efforts de la science. L'épouvante paralyse les cœurs les mieux trempés. Les populations croient à de mystérieux sortilèges et s'affolent bientôt sous l'empire de la terreur.

Deux médecins de Tonneins, MM. Laperche père et Laperche fils, après avoir, à l'aide des ressources locales, combattu cette épidémie, se virent à bout de voies et prirent le parti de se faire solliciteurs pour avoir des remèdes et des secours. J'ai trouvé aux archives de Guienne des pièces de l'année 1771 qui nous révèlent l'intensité du fléau. On nous permettra de les faire passer en partie sous les yeux de nos lecteurs. Elles nous feront connaître les souffrances que nos aïeux endurèrent et nous permettront de rendre hommage aux deux médecins qui se dévouèrent pour secourir leurs concitoyens décimés par le mal et au digne curé Peyneau qui n’hésita pas à se faire pour la première fois solliciteur afin de sauver quelques malades.

« La jurisdiction de Tonneins, écrivait M. Laperche, au ministre, le 24 octobre 1771, affligée depuis plusieurs années par des fléaux continuels et successifs, causés par les inondations de la rivière, voyait tous les ans s’évanouir l’espérance des plus belles récoltes, et le laboureur ainsi frustré dans son attente pouvait à peine fournir à son nécessaire absolu et joignait très mal les deux bouts dans l’année. Mais aujourd’hui, en proie à une épidémie longue et meurtrière, réduits à la misère, à la dernière extrémité, manquant de tout, abandonné de tout le monde, le peuple va périr cet hiver nécessairement, et le Ministre, touché de la calamité publique, ne prend des dispositions… Un deuil règne dans toute cette contrée, il n'est point de famille parmi les gens du peuple qui n'ait perdu plusieurs personnes, et ne se, voie en même de périr entièrement… Témoins tous les jours de ces misères, le cœur navré de ne pouvoir, vu la modicité de nos fortunes, secourir ces pauvres gens, nous leur donnons bien nos soins, il faut des hommes et par conséquent le droit de les attendre de vous, mais ces soins leur sont inutiles, l'essentiel manque ; point de remèdes pour combattre la maladie, point de nourriture pour soutenir les forces abattues.

« Nous voyons tous les jours, dans des familles nombreuses, huit ou dix personnes étendues sur un tas de paille, obligées de s'entre-aider elles-mêmes, ne pouvant espérer de secours des voisins qui gémissent dans le même état, pâles, bouffies, défigurées, la mort peinte sur les lèves, la désirant même.

« Les registres mortuaires de la seule paroisse d'Unet contiennent, depuis deux mois, plus de cent personnes, celles de Bugassat, Saint-Georges, Saint-Pierre de Tonneins, dans la même proportion et dans ce nombre encore, ne sont pas compris les morts de la religion prétendue réformée.

« Cette épidémie qui dévaste totalement cette jurisdiction ne semblait point être dangereuse dans le principe, et nous pouvons même dire, fondés soir l'expérience de tous les jours, qu'elle n'est devenue si meurtrière que par la misère affreuse dans laquelle vit le peuple, par la crédulité, le fanatisme et la superstition. – Ce n'étaient dans le principe et même encore lorsqu'elle attaque quelqu'un que des fièvres intermittentes tantôt régulières, tantôt anormales dont les premiers accès étaient presque toujours accompagnés de symptômes fâcheux, mais cette épidémie ne résistait pas aux remèdes lorsqu'elle était attaquée méthodiquement et que les malades étaient soignés et pourvus de tout ce qui leur était nécessaire. Les gens aisés s'en sont très bien relevés, le quinquina et avec lui quelques remèdes délayans, apéritifs et fébrifuges suffisaient après les remèdes généraux, el, la maladie n'était point de durée, mais le peuple, surtout le peuple des campagnes, aveuglé, par une crédulité préjudiciable, voyant la régularité de ces fièvres, était fort tranquille, se contentant souvent de quelques amulettes inutiles ; se faisait de lui-même souvent des remèdes terribles qui rendaient la maladie fâcheuse et plus rebelle, d'autres couraient en foule et de très loin chez des gens qui prétendaient guérir ces fièvres par des moyens dont ils faisaient des secrets, mais la maladie, ayant pris racine, a délabré totalement le tempérament de ces pauvres gens, on les voit presque toujours tomber dans des obstructions des viscères, dans l'anazarque, l'hydropisie, le marasme qui les consume entièrement et en peu de temps, d'autres sont emportés par des flux dyssentéréiques. »

Le digne abbé Peyneau, curé de Tonneins depuis 1757, joignit ses instances à celles de MM. Laperche père et fils, pour obtenir des secours.

A la fin de novembre 1771, il écrivit à l'intendant :

« Me voilà enfin en état de cesser toutes mes importunités auprès de votre grandeur. Je m'en réjouis véritablement. Je suis d'un état où l'on ose tout pour les pauvres, dit-on. Il faut que je ne sache pas mon métier. J'avoue de bonne foi que je n'ose rien. Depuis douze ans que je conduis la paroisse de Tonneins, j'ai vu bien des mauvaises années et je n'avais encore, importuné personne. Il a fallu une calamité telle que nous l'éprouvons depuis quatre mois, pour me forcer de crier au secours. Peut-être même dois-je me reprocher devant Dieu et devant les hommes d'avoir trop tardé de le faire. »

Cette simple et bonne lettre qui en dit plus, dans son touchant laconisme que beaucoup de grandes phrases, est suivie, d'une lettre adressée aussi a l'intendant, par MM. Laperche, le 20 décembre 1771. Les malades vont mieux, pas de nouveaux cas. La lettre se termine ainsi : « que ne vous doit-il pas ce peuple dont la majeure partie aurait nécessairement péri sans les secours efficaces que votre grandeur a répandus avec générosité ! »

Les archives de la période révolutionnaire ressemblent, au fond, sauf des incidents quelquefois graves, quelquefois plaisants, aux archives de toute autre époque. Ce sont des réparations à voter, des projets à étudier, des fonds à faire rentrer. Sous ce dernier chef, on en use avec une grande liberté, les citoyens appelés riches sont taxés souvent avec un sans gène par trop révoltant. La marche générale des archives municipales n’est troublée que par des accusations se reproduisant fréquemment contre des hommes qu’on avait d'abord encensés et soutenus.

En l'an III, l'un des magistrats municipaux qui avait exercé le plus d’influence est envoyé en prison, à Agen, lui qui en avait fait incarcérer tant d'autres. Il est bientôt après exclu de ces sociétés populaires qu'il avait le plus contribué à créer. En l'an IV, l'Administration municipale donne à ce même magistrat sommation d'abandonner une maison dont il s'est emparé sans titre.

Dans une lettre du 5 fructidor an V au Ministre de la police générale, la municipalité de Tonneins se plaint des exagérations, des accusations incessantes du citoyen Jouan le Jeune qui voudrait avoir le mérite d'être persécuté et qui veut contribuer pour sa part à donner au Gouvernement des tableaux infidèles de la situation intérieure pour lui arracher des mesures que redoute la tranquillité publique. Il est accusé de faire l'office de persécuteur, de voir partout des royalistes dont il faut se débarrasser. C'est à cette susceptibilité ombrageuse qu'est due sans doute la fausse supposition que la population de Tonneins avait voté le retour des Bourbons, et c'est ce qui a fait tromper l'auteur de l'histoire de France que nous, nous avons eu occasion de citer.

En dehors du dépôt des archives locales, on a bien voulu nous communiquer divers documents, notamment une lettre du représentant du peuple Alex. Yzabeau an citoyen Jouan le Jeune, lettre qui nous parait résumer cette époque passablement tourmentée et qui se termine par ces mots significatifs : « Répare les fautes et tu pourras encore être utile à la patrie. »

Cet ancien magistrat municipal, malgré ses fautes, et ses erreurs, avait cependant de nombreux et chauds amis, et, dès l'an II, une prière signée par plusieurs citoyens très estimés à Tonneins lui adresse des félicitations et lui donne les témoignages d'estime et d'amitié.

Nous croyons devoir terminer les annales anciennes de Tonneins par quelques notes rapides sur les évènements qui se passèrent dans cette ville depuis 1789 jusqu'à nos jours (13).

La reconstitution de l'autorité, la détermination des droits et des devoirs de chacun par nos lois modernes font cesser les luttes, les violences, les exactions qui agitaient les petites villes. Tonneins traversa la période de la première République sans trop d'agitation, sans trop de troubles. Les guerres du premier Empire appelèrent sur les champs de bataille des habitants de notre cité lui se distinguèrent par leur courage.

L'un des faits les plus saillants des premières années de notre siècle est certainement la fondation à Tonneins clans le local qui est occupé aujourd'hui par l'hospice, d'une bonne école secondaire qui a rendu de grands services à notre population et d'où sont sortis des hommes qui se sont distingués dans la magistrature, dans le barreau et dans la médecine. Il est regrettable, à plusieurs égards, que cette institution n’ait pas été maintenue.

L'acquisition à très bon compte le la grande et belle maison qui appartenait autrefois à l'honorable famille de Luppé et qui était appelée le château, avec le champ qui en dépendait, sous l’administration intelligente le M. G. de la Bruyère, ancien maire et conseiller général, a doté Tonneins d’un hôtel de Mairie très convenable et de belles promenades publiques qui font honneur à notre cité.

La ville a hésité longtemps à s'imposer des sacrifices pour se défendre contre les corrosions incessantes du fleure. Il fut fait cependant, sous de règne de Louis-Philippe, un commencement de travaux pour garantir Tonneins-Dessus, la partie de la ville qui était le plus exposée à la violence des courants.

Plus tard, un homme d'initiative et de résolution, M. le Préfet Féart, dont il est juste de garder le souvenir à Tonneins, prit en mains la cause de notre ville et obtint l'établissement d'un quai en pierres en prolongement de celui qui garantissait l'extrémité orientale de la berge et défendant toute la ville depuis Tonneins-Dessus. Qu'il nous soit permis de rappeler comme preuve de reconnaissance que, dans une séance du Conseil municipal, nous demandâmes et obtînmes par les suffrages unanimes du Conseil, que ce quai d'un si grand intérêt pour notre ville, fut appelé quai Féart. Soyons reconnaissants !

Après bien des difficultés, des luttes et des travaux soutenus avec un dévouement et une énergie dont la ville doit tenir compte, l'honorable M. le docteur Desclaux vit ses projets se réaliser et s'élever les murs de cette nouvelle manufacture des tabacs dont la création est en partie son œuvre.

Vingt-trois années d'études et de projets ont permis d'élever sur le boulevard de la Gardolle un temple protestant dû aux secours de l'Etat, aux allocations de la commune et pour une grande partie aux souscriptions d'un grand nombre de membres de l'Eglise. Une partie de la population protestante s'y réunit, une autre partie attachée a l'orthodoxie et à son ancienne liturgie célèbre le culte dans une vaste salle dépendant de l'établissement des jeunes protestants disséminés. Ces protestants ne demandant rien à l'Etat et à la commune pour les frais de leur culte et l'absence de ces ressources financières ne les empêche pas de rester à l’église réformée nationale.

Telles sont les fondations d’un intérêt général d’être signalées ici et que je crois devoir rappeler.

Avant de terminer cette monographie, il m’a paru juste de consacrer quelques pages à ceux de nos compatriotes qui ont enrichi de leurs travaux notre littérature locale. Déjà dans ma chronique des églises réformées de l’Agenais, j’ai parlé de J. Costebadie (Costabadius) qui vivait à l’époque de l’incendie de Tonneins, en 1622. J’ai rapporté plus haut les vers de notre compatriote sur ce grand désastre. Costebadie mérite de figurer le premier dans cette galerie. J’ai eu quelque peine à trouver l’ouvrage à la bibliothèque nationale, je ne crois pas qu’il existe dans d’autres bibliothèques publiques. Si jamais Tonneins possédait une bibliothèque sérieuse, ne conviendrait-il pas de faire soigneusement copier ce petit opuscule, ce qui ne pourrait être fort coûteux et de le placer, l’un des premiers, dans les rayons de cette collection ?

L’infatigable et heureux chercheur, M. Tamizey de Larroque, à qui je dois tant d’intéressantes communications, a publié des lettres inédites de Jacques de Coras, poète, qui a composé quelques ouvrages peu connus et diversement appréciés. Coras a été poète à Tonneins, mais il n’appartient pas à notre ville. Il est né à Toulouse, en 1630. Je n’ai trouvé son nom dans aucun registre de consistoire, de synode ou de baptême. N’aurait-il pas été nommé Conrad ? On sait qu’à cette époque les noms propres subissaient souvent d’étranges transformations. Dans ces registres, on trouve Rigoutier pour Riccotier, Masson pour Lemasson, Costa ou Dacosta pour Decosta.

Conrad figure sur les registres de l’église de Tonneins en 1661 jusqu’en 1665 ou 1666 (précisément à l’époque où l’on place Coras) en même temps que J. Decosta qui publia un sermon dédié au baron de Calonges.

M. Jean Castéra est né le 16 juillet 1749, et a fait ses premières études au collège de Cadillac, où il eut pour condisciples des élèves qui devinrent des hommes illustres, Romain de Seize, Garat, dont l’amitié lui fut toujours précieuse.

Parti jeune encore, à peine âgé de seize ans, pour l’Amérique, il y fut capitaine de dragons, ainsi que le prouve son brevet signé de Bellecombe. Il eut, dans ce pays, les meilleures relations et y fut très estimé. Après avoir visité diverses contrées du Nouveau-Monde, il revint à Paris et se consacra tout entier aux études littéraires et scientifiques qui firent à la fois le charme de sa vie et la source des honorables distinctions qui vinrent, pour ainsi dire s’imposer à lui. Le gouvernement le chargea de diverses missions importantes en Suède et en Danemark. M. Castéra conçut en ce pays le plan de son remarquable ouvrage sur Catherine II.

Mis en relation avec Buffon, il devint son ami et fut désigné par le célèbre naturaliste à Bougainville comme le littérateur qui pouvait le lieux traduire son grand voyage. Mme Cottin que nous pouvons considérer comme de Tonneins, bien qu’elle n’y soit pas née, était en relation avec M. Castéra.

Porté en tête d’une liste de trois candidats pour l’académie française, il fut éliminé parce que, menacé de cécité, il avait refusé de faire le voyage d’Egypte. Il avait déjà reçu d’hommes éminents des lettres de félicitations, tant sa nomination paraissait assurée.

Cet échec auquel il était loin de s’attendre le détermina à rentrer dans son pays où, dans le calme de la retraite, il se livra à ses études favorites. M. de Saint-Amans l’engagea à accepter le titre de membre non résident de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Agen ; il accepta avec reconnaissance cette distinction.

M. Castéra élevé à la dignité de membre de la légion d'honneur, mourut dans son château d'Artigues, près Tonneinss, en 1838. Il est représenté dans la contrée par Mme de Laffore née Castéra, sa fille, veuve de M. de Bourrousse de Laffore, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Jean Jacquelin Timoléon de Bourrousse de Laffore, ancien adjoint au maire d’Agen, par Mme Elisabeth Ida de Bourrousse de Laffore, épouse de M. Alphonse de Lartigue, enfants issus du mariage de M. et Mme de Bourrousse de Laffore, d'Artigues.

L'histoire de Catherine II, impératrice de Russie, en 7 vol. in-8° ; Précis de l'histoire de la Chine, 1 vol. in-8° ; une notion de la vie de Golormithe et quelques essais de littérature, 1 vol. in-18 ; divers articles de critique philosophique et littéraire, publiés dans le Mercure ; une ode à Louis XVI qui fut très remarquée ; un volume de poésies ; des odes sur divers sujets ; un grand nombre de traductions d'ouvrages anglais, notamment de voyages des plus savants explorateurs : attestent les aptitudes, le goût littéraire et l'activité de M. J. Castéra.

M. Jules Patissié, poète distingué, a passé toute sa vie à Tonneins, où il est décédé le 2 août 1857. Ses odes, épîtres et poésies diverses ont été publiées par les soins pieux de Mme Larrieu, née Patissié, sa fille. Ce recueil renferme des pièces couronnées par l'académie d'Agen et par l'académie des jeux floraux. On peut se procurer ce volume chez les libraires de Tonneins. L'auteur de la notice biographique qui précède les odes, raconte l’épreuve cruelle qu’eu à subir notre poète atteint, à soixante quatre ans, de la cataracte. Rendu à la lumière par les soins habiles de deux médecins, ses amis, il chanta son retour a l'existence dans une ode qui est, aux yeux des connaisseurs, son plus beau titre littéraire.

M. E. G. Arbanère, membre de l'institut de France, de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Agen, est né le 4 juin 1782. Il lit ses études à Sorèze, collège qui jouissait alors d'une grande réputation.

M. Arbanère a publié plusieurs ouvrages fort estimés, le Tableau des Pyrénées françaises, en 2 volumes in-8°, travail remarquable, plein de renseignements sûrs et de descriptions intéressantes, un roman et quelques œuvres légères.

Les études de l'histoire universelle comprenant l'Asie et la Grèce, en 2 volumes in-8°. - Rome, en 4 volumes in-8° - Le Moyen-Age, Temps modernes, en 2 volumes in 8, furent les principaux ouvrages de M. Arbanère. Ces travaux de longue haleine et d’une incontestable mérite valurent à son auteur la décoration de la Légion d'honneur ; ils ont été analysés avec soin et avec une consciencieuse exactitude, par M. J. B. Lespiaut, de Nérac.

M. E. G. Arbanère est décédé à Tonneins, le 8 mars 1858.

M. Louis-Florimond-Pierre Lagarde, né le 13 septembre 1784, à Tonneins, où il est décédé le 20 mars 1857, a été membre correspondant du ministère de l'instruction publique pour les travaux historiques. Il a écrit et publié plusieurs notices qui sont encore très demandées et ses recherches sur la ville et les Baronnies de Tonneins, dont cette monographie n'est, en réalité, qu'une nouvelle édition augmentée. Le 15 juin 1856, M. Lagarde reçut la décoration de la Légion d'honneur. Il avait été successivement avocat, puis juge au tribunal civil de Marmande, notaire et enfin juge de paix à Tonneins, siège où il désirait vivement me voir le remplacer. Ses vœux se réalisèrent : peu de jours après son décès, j'occupai ce poste où il avait fait tant de bien et où je me suis efforcé de marcher sur ses traces pendant 23 années.

On ne m’en voudra pas de rappeler ici les noms de deux poètes qui ont acquis une juste célébrité et dont quelques vers délicieux s'appliquent directement à Tonneins, je veux parler d’abord de notre illustre Jasmin qui a composé pour Tonneins et dit, pour la première fois, à Tonneins, l'une de ses plus belles poésies, La Caritat dont je conserve avec soin le manuscrit, tracé à la hâte, dans mon cabinet, par notre poète. La Caritat se trouve dans toutes les éditions des Papillottos, je n'en reproduirai ici que quelques vers qui me semblent d'une grande beauté :

L'hôme crido à-tengut : Bou-Diou ! que l’hôme ès gran !
Bou-Diou ! qu'és pitchounet, al countrâri ! qu'aprengue
Que s'a d'engin, l'engin n'es res sans la bountat ;
Sans la bountat aci, pas de grandou que tengue !
Soul, l'hôme piétadous, quan fay la caritat,

Que se sarre, que se rescounde,
Tout en nou fan que ço que diou,
Es gran ! aoutan grau que lou mounde
Presque gran coumo lou Boun-Diou !

Et la grandou de Diou nou luzis empenâdo
Qu'en fan la caritat, dambé soun soureillet
D'uno calourôdo
De soun halenâdo
A la terro aymâdo,
L'hiber, quan a fret ;
Ou d'une plejâdo
De sa foun sacrâdo,
L'estiou, quan a set

Que l'hôme fasque atal ; y'a de penos cruèlos
Que se sarron pertout, entremièy dios parets ;
Qu'anguen las derrouca dins lous crarnbots estrets ;
Et qu'aulot de counta lous astres, las estélos,
Que counten aci bais lou noumbre des paourets !

Et puis du célèbre Pradel qui a chanté en vers pleins d'esprit le Tabac de Tonneins. Les œuvres de Pradel n'ayant pas été, que je sache, recueillies et éditée, je demande la permission de consigner ici cette jolie composition qu'il ne faut pas laisser perdre :

Le Tabac de Tonneins.

Sur ma lyre gastronomique
D’Agen j'ai chanté les pruneaux,
De Niort la sature angélique
Et l'excellent vin de Bordeaux.
J'ai fêté les truffes exquises
Qu'on trouve aux champs Périgourdins,
Enfin voilà ma muse aux prises
Avec le tabac de Tonneins !

En manquant de nez comme on pêche !
De la table, les inventeurs
Ont orné l'Amour d'une flèche
Pour lui soumettre tous les cœurs.
Mais, dans le siècle des conquêtes,
Ils auraient placé dans ses mains,
Pour mieux tourner toutes les têtes,
Une carotte de Tonneins.

Du tabac faisant mon idole
Et lui consacrant tous mes soins,
Je n'aime pas le Monopole
Qui fait qu'on en fabrique moins.
Epuisant la plaine féconde
Dont l'heureux sol l'offre aux humains,
Je voudrais, moi, voir tout le monde
Râper du tabac de Tonneins.

Le sort, contraire à la nature,
Sans un généreux protecteur,
Vous ôtait la manufacture
Qui de ces murs soutient l'honneur.
Amis ! Plus d'avenir sinistre,
Car le pays, grâce aux destins,
Doit tout attendre d'un ministre,
Qui prend du tabac de Tonneins.

Il est aux bords de la Garonne
Un ombrage délicieux.
Savez-vous pourquoi l'on donne
Le nom de Plaisir à ces lieux !
La beauté, parfois y soupire,
L'amour y sourit aux humains…
Non, messieurs, c’est qu’on y respire,
L'odeur du tabac de Tonneins !

On dit que l'eau de l'Hippocrène
Allume un feu toujours nouveau,
D'un poète échauffe la veine…
Mais l'eau monta-t-elle, au cerveau,
Ah ! Savez-vous pourquoi Voltaire
Fit tant de vers brillants, divins ?
Il puisait dans sa tabatière
L'esprit du tabac de Tonneins.

En se formant par les voyages
Chez quelque peuple hospitalier,
Si ma muse obtient pour hommage
Une couronne de laurier,
Je sais et ne cache à personne
Qu'on remplirait mieux mes dessins
En lui tressant une couronne
Avec du tabac de Tonneins.

Je ne parle pas des auteurs contemporains, il en est qui ont obtenu d'honorables distinctions, mais il ne convient pas de citer, dans un travail historique, les auteurs vivants. Ceux qui répandront plus lard cette monographie, trouveront d'utiles matériaux qu'ils sauront bien mettre à profit pour l'honneur de notre chère cité.

Introduction aux Coutumes de Tonneins.

L'étude de nos anciennes coutumes paraît au premier abord, bien aride, mais à mesure qu'on avance dans ce travail, combien de préjugés, de fausses idées sur le droit coutumier tombent devant la réalité !

La science du droit ne s'est pas formée tout d'une pièce, mais peu à peu, à mesure que la civilisation a progressé. La France était régie, comme le dit Montesquieu, par des coutumes non écrites, et les usages particuliers de chaque seigneurie formaient le droit civil.

Il n'est pas contesté que notre Code civil, l’une des gloires de notre patrie, trouve son origine et ses titres non seulement dans le droit romain, mais aussi dans le droit coutumier. Nos pères tenaient à ces institutions basées sur un long usage, ils y tenaient tellement qu'il était souvent admis, on pays où étaient appliqués et le droit romain et les coutumes, que, si celles-ci étaient en opposition avec le droit romain, la coutume devait prévaloir.

Il faut voir avec quelle solennité, avec quelle respectueuse attention les coutumes étaient reconnues et consacrées par les populations ! Il ne s'agissait pas là du caprice d'un seigneur ou de sa mauvaise volonté. A Tonneins même, dans une seigneurie relativement peu importante, le seigneur ne pouvait pas prendre possession de sa seigneurie sans reconnaître la coutume comme le contrat constitutif de ses droits sans doute, mais aussi de ses obligations et de ses devoirs envers la population. Le seigneur jurait le premier d'observer le pacte social, la population ou ses représentants juraient aussi de s'y conformer exactement sous peine d'amendes déterminées d'avance et qui ne restaient jamais à l'arbitraire du seigneur ou de ses baillis.

Bien de plus solennel que la publication des coutumes de Bordeaux devant la noblesse, le clergé et le tiers-état. Sans doute, on n'était pas arrivé aux magnifiques travaux que nos Codes français ont fait sortir de l'ancienne jurisprudence et de l'ancien droit, mais toutes les grandes questions avaient été savamment étudiées par les jurisconsultes les plus autorisés.

Le Roi avait mandé de faire lire, publier et arrêter les coutumes de la ville et cité de Bordeaux et de la sénéchaussée de Guienne. Le premier président du Parlement fit appeler, dans ce but, les ecclésiastiques les plus distingués qui avaient fait du droit canon une étude approfondie.

Assistèrent aussi à cette assemblée, soit par eux-mêmes, soit par de savants mandataires, Maître Jean André. Jean de Turchon conseils de divers seigneurs et nobles.

Le tiers-état se trouvait largement représenté dans cette grande assemblée. Libourne, Saint-Émilion, Saint-Macaire, Blaye, Bourg, Rions, Cadillac, Fronsac, Lesparre, députèrent plusieurs célèbres jurisconsultes.

Les articles des coutumes furent corrigés, diminués, augmentés. Le texte en fut lu et publié le 23 juillet 1521 et jours suivants. Quelques articles sur lesquels les trois ordres n'avaient pas été parfaitement d'accord, furent du consentement de tous, confiés au Parlement qui termina ces différents.

Il fut dressé procès-verbal de ces solennelles assises, et les coutumes du pays Bordelais furent définitivement arrêtées. Elles ont été consultées et suivies en plusieurs articles de nos Codes.

Je ne veux certes pas comparer cet important travail à la rédaction de nos coutumes locales, mais les coutumes de Tonneins formaient déjà depuis longtemps le droit écrit de notre ville, lorsque en 1521, les coutumes de Bordeaux reçurent leur continuation et leur souveraine autorité.

Cette étude m'a paru bien digne d'une sérieuse attention. Sans doute, nos mœurs modernes n'ont pas admis tout ce que ces monuments de notre vieille législation laissaient passer comme vieux abus, mais sur ce point même, si nous regardons autour de nous, si nous ouvrons nos annales judiciaires, combien de faits honteux n'aurons-nous pas à reprocher à notre époque ! Combien de seigneurs aux petits pieds ne renchérissent-ils pas sur les mœurs d'autres temps.

En revanche, quelle autorité respectable la coutume ne puisait-elle pas dans le for intérieur ! La décision du procès était fréquemment livrée à la bonne foi. Ainsi, le sort de la contestation dépendait très souvent du serinent déféré par la coutume à l'adversaire du seigneur. Voilà une preuve de grande confiance en la publique bonne foi, que nos législateurs modernes n'ont pas cherché à faire revivre et qui permet de regretter, sur ce point, les mœurs à la fois simples et graves de nos ancêtres.

Les coutumes de Bordeaux publiées en 1768 attribuaient aussi une grande autorité au serment. Il se prêtait selon certaines formules dans les édifices consacrés au culte et souvent suivant le lieu où la contestation s'était produite. Ainsi, la contestation était-elle née en dehors de la ville, fora la villa, le serment se prêtait sur le fort Saint-Seurin.

Il y avait un moyen à la fois très expéditif et peu coûteux d'obtenir le paiement d'une dette. Après deux ou trois sommations faites par le créancier à son débiteur, si celui-ci reconnaissait la dette ou qu'elle fût manifestement prouvée, le créancier était mis en possession des biens ou le juge les prenait sous séquestre. Les biens étaient ensuite vendus et les créanciers s'en distribuaient le prix devant le juge. Croit-on que le créancier et le débiteur aient beaucoup gagné à l’établissement des longues et ruineuses formalités qui out remplacé cette simple coutume ?

A l'époque où les coutumes de Tonneins furent confiées à l'écriture, en 1301, les contestations pouvaient être résolues par le contrat judiciaire. Personne n'était forcé d'accepter ce mode de jugement et l'on voit déjà que le contrat judiciaire tendait à disparaître. On trouve dans la coutume la description des règles auxquelles la lutte était soumise.

Par une ordonnance de 1260, Saint-Louis abolit le contrat judiciaire, mais seulement dans les tribunaux de ses domaines, non dans les cours des Barons, car il fallait user de ménagements avec les seigneurs qui avaient le privilège de garder en leurs cours les affaires qui y étaient nées.

Il y avait, disent les anciens auteurs cités par Montesquieu, deux manières de juger, l'une suivant l'établissement, le Roi (le domaine du Roi) et l'autre suivant l'ancienne coutume. Les seigneurs pouvaient choisir entre l'une ou l'autre.

Cette innovation ne fut que très lentement adoptée dans les cours des seigneurs et il a fallu de terribles révolutions pour en arriver à notre droit moderne.

 

Notes :

 

(1) - Les corrosions successives exercées par le fleuve ont fait rentrer du côté de la ville la ligne droite qu’on remarque dans les plus anciens plans.

(2) - M. Ad. Magen, dans une note de son édition des Essais historiques et critiques d’Argenton, abréviés par Labrunie (Dissertation sur les Nitiobriges, p. 36, 37), donne les raisons qui portent à admettre que l’autel en question, arrivé à Lauzun par une série d’émigrations, n’est qu’un transfuge de Bordeaux où il ornait le temple consacré à la divinité tutélaire de cette ville.

(3) - Pour ces détails, voir Moreri, Dubouchet, Grégoire de Tours.

(4) - Voir un mémoire de M. de Mandajors, Histoire de l’académie des inscriptions et belles lettres, t. V, p. 336, 343.

(5) - Boucher d’Argis, Code rural.

(6) - La livre arnauldense dont se servit le mandataire de noble dame Catherine Brachet avait cours bien avant 1300, car, elle est mentionnée dans les coutumes de Tonneins, coutumes tracées par écrits en 1301, mais qui existaient antérieurement, ainsi que le prouve le texte même de la coutume.
« Asso son las costumas, privilegis, franquesas, establimentz e libertatz que lo noble senhor Moss. En Guilhem Ferriol, senhor de Thonnenx, tant el e sos ansiens, an usat, etc. »
Cette monnaie, qui était de billon, circulait en Guienne ; elle était d'un usage général à l'époque où furent rédigées les coutumes de Tonneins. D'après M. l’abbé Argenton, l'un des hommes qui ont le mieux étudié les antiquités de l'Agenais, le nom de notre monnaie était emprunté à Arnaud de Boville, évêque d'Agen au XIe siècle. Il fallait tailler pour la monnaie arnaudenque 250 deniers par marcs tandis qu'il n'en fallait que 220 pour la monnaie tournoise.
Art. 93 de la coutume de Tonneins-Dessous : « Si nulh homme ny nulha fenna en vendre ny en crompar mesurava a autra mesura que no fos mercada de la merca de la vila de Thonenx, ab que en aquera fos leial e bona, lo senhor y deu avev V. S. darnaldens de gatge. »
Toutes les amendes, tous les prix des tarifs pour droits quelconques sont ainsi fixés en monnaie arnaudenque.
Bien que Tonneins-Dessous et Tonneins-Dessus eussent des coutumes différentes, il y avait de fréquents rapports entre ces deux localités et, dans les transactions de tous les jours, on devait trouver peu commode d'avoir deux sortes de monnaies. Tonneins-Dessus, en effet, qui avait reçu du seigneur la coutume de Casteljaloux, employait une monnaie qui se fabriquait à Morlaas dans l'ancien palais des vicomtes de Béarn. Elle est plusieurs fois mentionnées clans la coutume et fut en usage dans le Béarn jusqu'au règne d'Henri IV. - Les espèces des Etats voisins n'avaient aucun cours en Béarn.
Cette monnaie, portait d'un côté l'empreinte d'une tête avec ces mots à l'entour :
Gasto vic et dom Bearn,
Et au bas : honor fuec Morlan
Sur le revers était une, main tenant une épée, avec les armes de Béarn et en exergue Gratia Dei sum id quod sum. Les livres de Béarn se nommaient livres Morlanes. Le sou Morlan était la vingtième partie de la livre. Le quart du sou se nommait ardit, liard. Celui-ci se subdivisait en petites pièces nommées Baquettes, petites vaches. Le mot ardit s'est conservé dans notre patois, bien que cette monnaie ne soit plus, depuis longtemps, en usage. On dit d'un enfant polisson « nous baou pas un ardit. »

(7) - Rôles gascons. Recueil de Rymer.

(8) - Documents inédits publiés par M. Tamizey de Larroque. Rec. des trav. de la Société d’Agr., Sc. et Arts, 2e série, t. IV, p. 239.

(9) - M. du Vair était l’un des plus illustres magistrats de cette époque. On a publié son testament dans lequel il exprima « son profond regret de voir que la réformation de l’Eglise de Dieu et l’édification de ses peuples étaient empêchées par l’avarice et l’ambition de ceux qui avaient le plus d’obligation à les promouvoir. Il priait sa divine bonté de leur toucher vivement et efficacement le cœur pour cet effet. » (Mercure de France, année 1621).

(10) - A la prise de Monheurt, se rattache un fait que nous ne pouvons point passer sous silence. Un grand nombre d’habitants de Monheurt, femmes, vieillards, enfants s’étaient réfugiés à Tonneins et s’y croyaient en sûreté. Or, voici, sans aucun commentaire, le ban que fit publier à son de tambour le comte de Lavauguyon, seigneur de Tonneins ; il enjoignait à tous ceux de Monheurt qui s’étaient retirés à Tonneins chez leurs parents et amis, hommes, femmes, petits enfants, malades, sains, et non seulement les habitants de Monheurt, mais aussi tous ceux qui avaient été dans Monheurt au siège, eussent à vuider dans vingt-quatre heures à peine de la vie en cas qu’ils y fussent trouvés. (Biblioth7que nationale, lettre d’un gentilhomme de Guienne, escrite à un sien amy, 12 janvier 1622.) Communication de M. Tamizey de Larroque.

(11) - Le même poète a chanté le château de Ferron et on trouve aussi dans le recueil des poésies de Costebadie des épîtres adressées à diverses personnes.

(12) - Les circonstances n’étaient plus les mêmes en ce qui concerne la conservation, de la fabrication du tabac à Tonneins, je ne reproduirai pas ici un travail que M. Louis-Florimond Lagarde consacra à la défense des intérêts de notre population ouvrière. Ce travail fut trouvé remarquable et très concluant. Soumis par un ancien maire de Tonneins, M. Gabriel Arbanère, délégué par la ville auprès de l’Administration supérieure, aux autorités compétentes, il contribua pour beaucoup à conserver à notre industrieuse population la Manufacture des Tabacs. On peut lire, d'ailleurs, ce mémoire dans les Recherches historiques sur Tonneins, publiées en 18331.
La culture du chanvre et l'industrie de la corderie occupaient beaucoup de bras à la campagne et à la ville, En habile industriel, M. Dubernet, avait créé, a Tonneins, des établissements parfaitement conçus que maintint sa veuve, mais qui furent bien compromis après la mort de celle-ci.
On trouve dans une lettre de M. Lavau de Gayon, subdélégué de Marmande, à l'Intendant, datée de Marmande, le 26 août 1768, un éloge bien mérité des travaux, de l'intelligence supérieure et de l'active persévérance de Mme Dubernet. Elle est décédée depuis quinze jours et « la perte de cette femme est irréparable, disait le subdélégué. » Elle avait donné la plus grande activité au commerce et à la culture du chanvre. On présume, ajoute M. Lavau de Gayon, que la mort de cette darne causera la perte de ces établissements. Cette lettre se termine, par une instante demande de protection.
Déjà, en janvier 1768, les parents de Mme Dubernet avaient demandé que ces établissements fussent reconnus comme manufacture royale.
La culture du chanvre est une des principales branches de notre agriculture locale ; elle a beaucoup perdu depuis quelques années. Notre ancienne Société de statistique dont j'ai eu l'honneur d'être Président et lauréat a pu constater d'année en année, la diminution de la culture du chanvre. Cependant il est vrai de dire que si nos chanvres n'ont pas la finesse, la souplesse de ceux de la Loire, en revanche ils sont plus forts, plus solides et donnent aux cordages de la marine qui les employait beaucoup plus autrefois une résistance très grande.
Les fabriques de cordages, de ficelles ont, de leur côté, considérablement souffert de la concurrence des grands établissements de filature de chanvre d'Angers, de Nantes et d'autres fabriques mécaniques.
La manufacture des tabacs occupe un grand nombre de femmes dont les maris ont de la peine à gagner leur vie. Les chefs de ce bel établissement verraient avec plaisir se fonder une grande fabrique qui pût donner du travail aux hommes et augmenter ainsi le bien-être de nos familles. Nous sommes persuadé que les honorables officiers supérieurs de notre manufacture des tabacs prêteraient, avec dévoûment, le concours de leurs lumières et de leur expérience à une réunion qui prendrait la belle mission de doter notre ville d'un vaste établissement de filature, et de donner en même temps à la culture du chanvre un débouché sûr et facile.
La mise en œuvre de ce projet, que nous avons étudié pendant si longtemps, serait, à notre sens, d'un grand secours à notre population.

(13) - J'avais terminé mon travail lorsque le fils de l'un des hommes qui ont rendu le plus de services, Tonneins M. Fauré, a bien voulu me communiquer un passage d'un ouvrage intitulé : « Histoire de la Révolution française 1789-1799, par Théos Barrau. » Voici textuellement le passage (page 382). « C'était trois semaines après l'expulsion des Girondins. L'examen et la discussion des divers articles dans les assemblées primaires durèrent plus durs mois. Toutes acceptèrent la Constitution : seule la ville de Tonneins la repoussa et demanda la royauté de Louis XVII, et, chose inouïe, ne fut pas inquiétée par ce vote. »
J'ai vainement cherché cette déclaration de l'Assemblée primaire. On m'a bien communiqué des documents constatant qu'il y a eu, à cette même époque, des luttes à Tonneins, que diverses personnes ont été signalées à l’animadversion publique, mais je n'ai pu découvrir la résolution d'une assemblée primaire votant pour le retour de la monarchie.

 

 

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