Sos.
C.H.G.H.47
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JEAN-FRANÇOIS SAMAZEUILH.

MONOGRAPHIE DE SOS.

I.

Située dans l'arrondissement de Nérac (département de Lot-et-Garonne) au confluent de la Gélise et de la Gueyze, qui coulent à ses pieds, l'une au sud, l'autre à l'ouest, trônant enfin sur tout le pays, à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville de Sos n'occupe pas, dans l'histoire, une place moins élevée que dans le monde physique ; car ce fut certainement le chef-lieu des anciens Sotiates, l'oppidum Sotiatum des commentaires de J. César. Nous nous sommes suffisamment expliqués, depuis longues années (Nérac et Pau, p. 155), sur l'origine de cette ville, et c'est à elle que nous appliquons, sans aucune hésitation, le passage suivant des Commentaires :

II.

A peu près à cette époque (l’an 56 avant J.-C), P. Crassus était arrivé en Aquitaine... Songeant qu'il aurait à faire la guerre dans les mêmes lieux où, peu d'années auparavant, le lieutenant L. Valerius Preconinus avait été défait et tué, et d'où le proconsul L. Manilius Nepos avait été chassé après avoir perdu ses bagages, il crut qu'il ne pouvait déployer trop d'activité et de précautions. Il pourvut aux vivres, rassembla des auxiliaires et de la cavalerie, appela près de lui les plus braves de Toulouse, de Carcassonne, de Narbonne, pays dépendants de la Province romaine et voisins de l'Aquitaine, et mena son armée sur la terre des Sotiates ( ). A la nouvelle de son arrivée, les Sotiates rassemblent des troupes nombreuses, surtout de la cavalerie, leur principale force, et attaquent notre armée dans sa marche. Le combat commence par la cavalerie : les nôtres les repoussent et les poursuivent ; alors l'infanterie des ennemis, placée en embuscade dans un vallon, paraît tout à coup ; ils attaquent nos soldats épars et recommencent le combat.

« Il fut long et opiniâtre : les Sotiates, fiers de leurs anciennes victoires, croyaient que le salut de l’Aquitaine dépendait de leur valeur. Nos soldats voulaient montrer ce qu'ils pouvaient faire sous la conduite d'un jeune chef, en l'absence du général et sans l'aide des autres légions. Enfin, les ennemis, couverts de blessures, prirent la fuite. On en fit un grand carnage. Crassus, sans s'arrêter, mit le siège devant la capitale des Sotiates. Leur vive résistance l'obligea d'employer les mantelets et les tours. Ils faisaient de fréquentes sorties ou pratiquaient des mines sous nos tranchées, car ils sont habiles à ces ouvrages, leur pays étant plein de mines d'airain qu'ils exploitent ( ). Mais leurs efforts échouèrent contre l'activité de nos soldats. Ils députèrent vers Crassus et offrirent de se rendre : sur son ordre, ils livrèrent leurs armes.

« Tandis que tous les nôtres étaient attentifs à l'exécution de ce traité, d'un autre côté de la ville parut le général en chef Adcantuannus, avec six cents hommes dévoués à sa personne, de ceux qu'ils appellent Solduriens. Telle est la condition de ces braves : ils jouissent de tous les biens de la vie avec ceux auxquels ils se sont consacrés par les liens de l’amitié ; si leur chef périt de mort violente, ils n'hésitent pas à partager son sort ou à se tuer eux-mêmes ; et, de mémoire d'homme, il n'est pas arrivé qu'aucun de ceux qui s'étaient dévoués à la fortune d'un chef refusât de mourir après lui. C'est avec cette escorte qu'Adcantuannus faisait une sortie. Des cris s'élevèrent sur cette partie du rempart : on courut aux armes ; le combat fut sanglant ; Adcantuannus, repoussé dans la ville, obtint cependant de Crassus les mêmes conditions que les autres Sotiates.

« Après avoir reçu les armes et les otages, Crassus marcha sur les terres des Vocates et des Tarusates ( )... »

III.

Convertis au christianisme, durant l'occupation romaine, par saint Sernin, évêque de Toulouse, les Sotiates passèrent aux mains des Goths qui durent leur communiquer l’arianisme, dont ces derniers peuples se trouvaient infectés, et dont les Francs, vainqueurs des Goths, vers l’an 508, épurèrent l’Aquitaine, avec le zèle particulier à de nouveaux convertis.

IV.

Sos, vers la fin du VIe siècle, subit le joug des Vascons, peuples qui, des Pyrénées ibériennes, s'abattirent sur la vieille Aquitaine et finirent par lui imposer leur nom.

Vers l’an 724, cette ville de Sos se vit outragée par les Maures d’Abdérame ( ) ; et, plus tard, c'est-à-dire vers l'an 844, les Normands, dans l'une de leurs courses dévastatrices, se portèrent de Bazas sur Sos, en suivant sans doute l'ancienne voie qu'indique l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem de 333. C'est en vain que les Sotiates leur opposèrent le même courage que leurs pères avaient déployé contre les Romains. Ils furent vaincus, passés au fil de l'épée, et leur ville brûlée.

V.

Du Xe au XIe siècle, nous revoyons la ville de Sos relevée de ses ruines, chef-lieu d'un archiprêtré du diocèse d'Auch avec un chapitre, et vassale de l'archevêque, chef féodal ou seigneur, en même temps que métropolitain.

Comme, dans les questions de la nature de celles que nous allons soulever, ce sont les anciennes circonscriptions religieuses qu'il est de règle de consulter, nous nous demandons si nous devons voir, dans l'enceinte de cet archiprêtré, tout le territoire qu'occupèrent les Sotiates.

Nous posons d'abord en fait : 1° que l’ancien diocèse d'Agen, y compris la partie distraite pour la création du diocèse de Condom, nous représente le pays des Nitiobriges, comme l'archevêché d’Auch, avec ses suffragants, correspondait à l'ancienne Aquitaine ou Novempopulanie ; 2° que le pays des Nitiobriges et la vieille Aquitaine étaient limitrophes ; et 3° que Crassus traversa le pays des Nitiobriges pour atteindre immédiatement et non médiatement les Sotiates ; d'où la conséquence qu'où finit, de ce côté, l’Agenais, devait commencer le territoire des Sotiates. Or c'est bien ce qu'il en était de l'archiprêtré de Sos au regard de l’Agenais. Mais la limite entre ces deux pays, où la placer ?...

Les coutumes de Montréal, en Condomois, constatent que cette dernière ville fut bâtie à l'extrémité de l’Agenais (V. Hist. de l'Agenais, t. 1, p. 7). C'est donc la vallée de l’Auzoue qu'il faut reconnaître comme limite, en ces lieux, entre l’Agenais et l’Aquitaine. Mais ce serait une erreur de croire que l’Auzoue continuât jusqu'à la Gélise à servir de ligne divisoire entre ces deux contrées, sans quoi l'ancienne paroisse de Poudenas, celle de Louspeyrous et celle d'Arbussan auraient appartenu à l’Aquitaine et non à l’Agenais, tandis que les documents se multiplient pour établir le contraire. Nous ne ferons faute de les signaler :

Guilhaume de Podenas reconnut, en 1287, tenir du roi d'Angleterre, comme seigneur d'Agenais, la moitié du château de Podenas et de ses dépendances. « Recognovit se tenere a domino Agenezii medietatem castri de Podanas et medietatem pertinentiarum suarum » (Archives historiques de la Gironde, t. 1, p. 557) ;

Bertrand de Sos fournit pareille reconnaissance au même prince, à raison des héritages et biens qu'il possédait dans les paroisses « de Medecino, de Sieuza, de Gazaligrando, de Podanas, de Arbussano et de Andirano » (Ibid., p. 48) ;

Pierre de Marthoret reconnut tenir, de son côté, du seigneur d'Agenais certains fiefs situés dans les paroisses « Sancti Stephani de Podanas, de Arbussano, Delspeyroux, Delginestar, Delcroza, de Andirano et de Sozaco prope Espienx » (Ibid.) ;

Enfin, ces mêmes Archives de la Gironde contiennent aussi une reconnaissance de Brunet de Rivals, bourgeois de Mézin, du chef de sa femme et d'Othon de Sorbe, son pupille, à raison de fiefs situés dans les paroisses de Saint-Jean de Podenas, de Mézin, d’Arbussan, Delspeyroux, etc.

D'un autre côté, le répertoire de Lacapère, dressé, en 1604, ainsi qu'un pouillé de 1648, que nous avons transcrit dans les notes sur la carte de l'arrondissement de Condom, placent Saint-Etienne de Poudenas dans le diocèse et archiprêtré de Condom.

A la vérité, la carte de l'ancien diocèse d'Auch, si nous en jugeons par une copie manuscrite qu'un homme honorable a bien voulu nous en fournir, place dans l’archiprêtré de Sos une paroisse dite Poudensan, laquelle, vu sa position, dans cette carte sur le prolongement de la ligne de Sos à Levèze, et vu également les distances, ne peut être, que la paroisse de Poudenas, si l'on considère, d'ailleurs, qu'il n'existe, dans, cette contrée, ni ancienne paroisse, ni annexe, ni même une ancienne chapelle du nom de Poudensan. Maïs cette indication de Poudenas, comme ayant dépendu de la vieille Aquitaine ou Gascogne, nous paraît une erreur évidente en face des autorités que nous venons de signaler. – Pour ce qui est des paroisses d'Arbussan et de Louspeyrous, la carte du diocèse d’Auch les laisse dans le diocèse de Condom.

Quant aux autres voisins de l'archiprêtré de Sos ou des Sotiates, nous savons que Crassus, vainqueur de ceux-ci, marcha contre les Vocates ou Bazadais, et les Tarusates, peuples du Tursan, dont Aire était la capitale. Or, l’archiprêtré de Sos touchait au diocèse de Bazas vers les confins du diocèse d’Aire. En outre, à l’Est se trouvait l'archiprêtré de Barbotan, du diocèse d'Auch, et séparant l'archiprêtré de Sos du diocèse d'Aire. Sous ce premier point de vue, les paroisses orientales de cet archiprêtré, savoir : Lubon, Arcs, Baudignan, Rimbez, Saint-Marlin-le-Vieux, Saint-Pé d'homi mort, Saint-Simon, Deroux et Labarrère, et les paroisses occidentales, savoir : Boussès, Baudiet, Saint-Pau, Meylan, Gueyze, Sos, Saint-Martin, Levèze, Peyriac, Cajo et Torrebren (Boussès, placée à l'extrémité septentrionale, et Labarrère à l'extrémité méridionale) représenteraient tout le territoire des anciens Sotiates, formant aujourd'hui les communes de Boussés, de Meylan, de Gueyze, de Sos, de Sainte-Maure et de Saint-Pé-Saint-Simon, dans le département de Lot-et-Garonne ; de Labarrère et de Torrebren, dans le département du Gers ; et de Lubon, d’Arcs, de Rimbez et de Baudignan, dans le département des Landes.

Mais nous ne serions pas éloigné de croire, sous un second point de vue, que l'archiprêtré de Barbotan (dénomination relativement moderne), nous représente également une partie des terres des Sotiates. La grande bataille qui valut à la ville à Aire le nom de Vicus Julii, s'étant donnée dans le Tursan, Crassus n'y serait parvenu, pour la livrer, qu'après avoir traversé le territoire qui forma, depuis, l'archiprêtré de Barbotan, lequel aurait été aux Elusates, sinon aux Sotiates. Or, les Commentaires de J. César ne parlent pas des Elusates, en racontant le départ de Sos par Crassus ; et puis, les Elusates ne se soumirent aux Romains qu'à la suite de la bataille ci-dessus.

VI.

Le 8 août 1579, l'archevêque d'Auch vendit pour 5.000 écus, à messire Guy du Faur de Pibrac, la seigneurie de Sos, laquelle Pibrac rétrocéda, deux jours après, à Henri d'Albret, roi de Navarre. Ainsi la ville de Sos n'appartenait pas à ce prince lorsqu'il fut fait prisonnier, avec François Ier, à la funeste bataille de Pavie, et voilà pourquoi c'est pour contribuer à la rançon du roi de France et non du roi de Navarre, que la ville de Sos vendit les orgues de son église, tandis que, par exemple, la ville de Casteljaloux contribuait, de son côté, à la rançon de Henri d'Albret, lequel n'eut pas à la payer, s'étant évadé de sa prison.

VII.

Survinrent les guerres de religion. Mais il ne nous est parvenu aucun détail positif sur le rôle qu'y put jouer la ville de Sos. Nous savons seulement que pour soustraire ses officiers municipaux aux vexations des gens de guerre, on y fit disparaître en lieu sûr et secret les listes et élections consulaires, ce qu'à tort, croyons-nous, M. de Villeneuve, dans sa Notice sur Nérac, reporte à l'époque des guerres contre les Anglais. Si ces derniers prirent le château de Levèze, fait au moins problématique ( ), rien n'autorise à penser que la ville de Sos eut à souffrir de ces hostilités.

C'est ainsi, du reste, qu'au Mas-d'Agenais le sieur Dufour, jurat, prit soin du livre des coutumes pendant le sac et pillage de cette ville, en 1654, durant les guerres de la Fronde.

Au surplus, ce château de Levèze fut l'un des derniers refuges des ligueurs. Le capitaine Fabas, gouverneur de Casteljaloux et du duché d'Albret, ayant avec lui les régiments de Laroche, de Panjas et de Manciet, ainsi que deux compagnies tirées de Clairac et trois compagnies de Nérac, l'assiégea, sur le capitaine rigueur Santo, au mois d'avril 1595. Mais les ligueurs Lau, Montespan et Monluc, petit-fils du maréchal Biaise de Monluc, lui en firent lever le siège, secondés par les grandes pluies qu'il fit, et le poursuivirent jusqu'à Barbaste où ils lui prirent de 30 à 36, chevaux d'attelage… Mais le capitaine Santo ayant été pris dans Laterrade, le château de Levèze se rendit aux troupes royales, le 9 novembre 1594 (V. la chronique Ms. du sieur de Pérès, contemporain de ces faits, possédée par M. le conseiller Le Sueur de Pérès). A la mort de Henri IV, survenue le 14 mai 1610 ( ), il se fit quelques assemblées de religionnaires aux environs de Sos ; mais ces mouvements n'aboutirent pas (Voir la lettre des consuls de Nérac à M. Dutour, leur chargé d'affaires à Paris, du 28 mai 1610, dont nous avons rappelé le texte dans l’Histoire de l’Agenais, du Condomois et du Bazadais, t. 2, p. 321).

VIII.

Le duché d'Albret étant passé, le 2 mai 1641, à titre d'engagement, dans' les mains du prince Henri de Condé, père de l'illustre vainqueur de Rocroi ( ), celui-ci entraîna l’Albret dans sa querelle avec Mazarin, et ce fut la cause, pour toutes nos contrées, de maux sans nombre, dont nous avons fourni, dans la Monographie de Casteljaloux, un tableau détaillé, lequel doit s'appliquer également, du moins en grande partie, à la ville de Sos comme aux pays qui l'avoisinent. Une délibération de cette dernière commune, sous la date du 22 mars 1652 ( ), constate, entre autres faits, que, dans les paroisses de Boulogne et de Sainte-Maure, les gens de guerre emportaient les grains, brûlaient les granges, blessaient les hommes, femmes et filles, et avaient réduit ces deux paroisses à de telles extrémités que les habitants les avaient désertées. Le rédacteur de ce procès-verbal y avait aussi accusé ces mêmes soldats de violer les filles. Mais ces mots s'y trouvent raturés, bien que lisibles, de sorte que l'on ne peut affirmer que ce triste pays eût subi ce dernier outrage. Seulement, voici un fait qui rendrait l'autre vraisemblable : on voit, par des documents de même nature, que les gens de guerre logés dans la ville de Sos, malgré les lourdes sommes, que cette commune ne cessait de payer pour en obtenir des exemptions aussitôt violées qu'accordées, s'y conduisaient si fort en brigands, que l'on autorisa les habitants à la déserter aussi, et que si les pères de famille en faisaient sortir leurs filles, il serait permis à chacun d'emporter un lit tant seulement, sans aucune espèce de grains ( ).

En même temps, les réquisitions, soit en nature, soit en argent, pleuvaient sur cette ville. Nous citerons, entre autres, celle de deux cents livres que Sos, Torrebren et Labastide-d'Armagnac eurent à payer par jour, durant le siège du château de Nérac par les troupes royales, en mars 1652. La ville de Sos députa un sr de Raffis au comte d'Harcourt pour faire fixer sa part, d'après la taille, dans cette contribution. Mais M. de Raffis n'osa se mettre en route sans escorte pour Gondrin, où était d'Harcourt, et la part de Sos fut appréciée provisoirement à 55 liv. par jour. Puis, ne manquèrent pas de s'abattre sur la ville de Sos, comme sur nombre d'autres du duché d'Albret, ces terribles filles de la guerre, la famine et la peste ! — Les archives de la ville de Casteljaloux renferment des documents desquels il résulte que la peste avait déjà désolé Sos et Nérac, en mai 1632.

Pour rédimer la ville de Sos de tant de maux, sa part dans l'indemnité qu'accorda la maison de Condé aux contrées victimes de sa querelle avec Mazarin fut de 2.100 livres.

IX.

Il nous reste à parler de la destruction du château de Sos, ainsi que de quelques troubles qui se produisirent dans cette ville, soit au sujet des élections consulaires, soit au sujet de l'exercice de la religion prétendue réformée.

Les faits qui amenèrent la destruction du château de Sos remontent aux années 1620 et 1621.

Les ducs d'Albret, rois de Navarre, y tenaient un gouverneur. On voit, par exemple, dans les comptes conservés aux archives de Pau, qu'en 1581, c'est un sieur Jean de Labourdaizière, valet de chambre de Henri, roi de Navarre (plus tard Henri IV), qui se trouvait revêtu de cette charge. Jeannet Dubousquet commandait dans le château de Sos en 1593 et 1594 (mêmes archives). En 1620, l'Albret réuni à la couronne de France depuis et par l'avènement de Henri IV, qui tenait ce duché de sa mère Jeanne d'Albret, et qui l'avait constitué en dot à Catherine de Bourbon, sa sœur, en la mariant avec le duc de Ba ; l’Albret, disons-nous, revenu au domaine royal par la mort de cette princesse, n'était pas encore passé, à titre d'engagement, dans la maison de Condé. Un sr de Losse, seigneur de Pontdaurat, y commandait à son tour, et les abus qu'il commit, dans l'exercice de cette charge, donnèrent lieu aux plaintes des Sotiates, ainsi qu'à des poursuites durant lesquelles le château de Sos fut mis en séquestre dans les mains des seigneurs de Lamothe-Gondrin et de Fourcés. Mais ces derniers commirent la faute d'y laisser le châtelain inculpé, si bien que les vexations continuèrent, et que force fut aux habitants de s'enfuir de la ville et de recourir au maréchal de Roquelaure, lieutenant général en Guienne ; Roquelaure chargea Molère, vice-sénéchal d'Agenais et de Gascogne, de rétablir les consuls, jurats et habitants de Sos dans leur ville, comme dans leurs droits et privilèges ; et, plus tard, à la suite d'une information faite à ce sujet, un arrêt du conseil rendu, devant Montauban, le 4 septembre 1622, prononça la suppression du gouvernement de Sos et ordonna la démolition du château aux frais de la ville. Cette démolition mit à découvert des souterrains par lesquels il est des Sotiates qui pensent qu'Adcantuan opéra sa dernière sortie contre les Romains à la tête de ses six cents dévoués.

X.

Nous venons de parler des consuls, des jurats, des droits et des privilèges de la ville de Sos. Par malheur, la perte de ses coutumes ne nous en permet pas rémunération. Mais l'on y a conservé quelques registres de délibérations, où nous allons puiser des détails sur son organisation municipale.

Cette commune ou communauté (ce dernier terme était alors le plus en usage) se trouvait administrée par quatre consuls, sous l'assistance ou contrôle d'un conseil de jurats, c'est-à-dire de membres assermentés. Les consuls étaient élus, le 1er janvier de chaque année, sur une liste de tous ceux qui avaient été consuls ou qui étaient pour l'être, dernière classe d'éligibles, sur laquelle nos documents ne fournissent ni plus de précision ni plus de clarté. Cette liste était remise, par les consuls sortants de charge, aux consuls qui les avaient précédés dans ces mêmes fonctions et qui opéraient l'élection nouvelle, c'est-à-dire que, par exemple, les consuls de 1638 furent les électeurs des consuls de 1640. Ces électeurs prêtaient le serment, entre les mains du juge ou bailli de Sos ( ), de bien et fidèlement procéder à l’élection des consuls le mieux qu'il leur serait possible sans faveur ni support de personne. A leur tour, les nouveaux consuls promettaient sous serment, devant le même magistrat, de bien et fidèlement exercer leur charge, servir le roi et le public ( ). Ces consuls une fois élus et leur serment prêté, ce qui valait installation, l'assemblée, composée de ces derniers, du juge ou bailli, du procureur du roi, des deux notaires de Sos et des autres jurats, élisait leur secrétaire et deux syndics, l’un de l'hôpital, l'autre de la police. Il nous semble que le valet de ville n'était qu'au choix des consuls. – Nous noterons ici que les étrangers ne pouvaient se retirer à Sos que sur une autorisation des jurats et sous serment aux mains des consuls de servir le roi et le public, le mieux qu'il leur serait possible.

C'est également aux consuls qu'appartenait le choix, après examen, du régent chargé de l'instruction des jeunes Sotiates. Mais ce dernier privilège leur fut disputé par le chapitre, sans doute parce que les gages de cet instituteur communal se prenaient, du moins en partie, sur le revenu de ce corps religieux. Il y eut, à ce sujet, au parlement de Toulouse, entré les consuls et le chapitre de Sos, un procès dont les archives de cette ville ne nous ont pas révélé l'issue.

XI.

Dès le règne de Louis XIII, les ducs d'Albret ou leurs agents se mirent à saper les privilèges municipaux, notamment les systèmes d'élections consulaires établis dans les diverses communes de ce duché. C'est là un point que nous avons pris le soin de développer dans la Monographie de Casteljaloux, la plus riche des villes de l’Albret en documents historiques. La pénurie des archives de Sos va restreindre singulièrement nos explications sur ce même sujet.

À partir du gouvernement en Guienne du due d'Epernon, au lieu d'une élection directe, ou, pour ainsi dire, d'un seul degré, il ne s'agit plus que d'une élection de candidats au consulat, deux pour chaque rang ; encore le seigneur ne se considérait-il pas comme obligé de se renfermer dans l'élection ou plutôt dans la proposition qui lui était adressée. Par exemple, en 1651, le chevalier de Rivière, gouverneur de l’Albret pour le prince de Condé, n'eut aucun égard à la liste consulaire qui lui fut envoyée de Sos, et, sur les remonstrances que M. Laroche, procureur du roi dans cette ville, fut chargé de lui soumettre, le chevalier de Rivière maintint ses choix, disant que c'étaient de plus honnêtes gens que le sr Laroche lui-même. Les jurats députèrent alors auprès du gouverneur de l’Albret un sr de Tartas, l'un des électeurs consulaires, et ce même magistrat, pour le supplier humblement de vouloir donner pour premier consul un homme d'affaires, attendu qu'il n'y en avait aucun de moins versé en la pratique pour instruire une procédure criminelle ( ), au cas qu'il arrivât quelques excès dans la ville, les consuls étant juges criminels ; outre que la communauté était accablée d'affaires et avait deux ou trois procès sur les bras.

Sur quoi, M. de Rivière remit le choix des quatre consuls au corps de ville.

Dans les quatre années qui suivirent 1651, ce furent, paraît-il, les électeurs consulaires qui procédèrent à l'élection. Nous savons déjà que le contrat d'échange de l’Albret contre Sedan et Raucourt est du 20 mars 1651. Lorsque cet acte reçut son exécution, le nouveau duc d'Albret, Godefroy-Maurice de la Tour-d'Auvergne, se trouvait sous la tutelle à Eléonore de Berg, sa mère ( ), et cette princesse donna le gouvernement de l'Albret, le 18 mars 1654, à M. de Morin, baron du Sendat, lequel, à la date du 30 décembre 1656, manda au corps de ville de Sos de lui envoyer la liste des consuls de l'année 1657 pour qu'il en fît le choix, selon l'intention de la duchesse de Bouillon.

Des députés furent aussitôt chargés d'aller prier M. de Morin de leur laisser l'ancien mode d'élection, et de les maintenir dans leurs privilèges. M. de Morin répondit que telle était la volonté de sa maîtresse ; mais un sr Dubernet, électeur consulaire, d'accord avec l'un de ses collègues, s'en alla remettre au gouverneur de l'Albret, dans Nérac, une liste de quatre consuls sur laquelle il s'était inscrit le premier, prétendant qu'il avait pour cela la voix de deux autres électeurs, ce qui, avec son propre suffrage, lui constituait la majorité. Mais à cette nouvelle, le corps de ville protesta contre cette surprise, et il semble résulter, en effet, des débats postérieurs, que le sr Dubernet n'avait obtenu qu'un suffrage, outre le sien. Ce fut une grosse affaire. Mais M. de Morin y mit un terme, en ordonnant que, pour cette fois, les élections consulaires seraient confiées au corps de ville en entier.

XII.

Ceci se passait durant les premières années du règne de Louis XIV. Sur la fin de ce règne, la pénurie du trésor de l'Etat ayant donné heu, pour y remédier, à la création d'offices vénaux multipliés, les derniers restes d'un régime municipal libre et indépendant disparurent dans cet abîme, et ne reparurent qu'aux approches de la première de nos révolutions, après toutefois un semblant de réhabilitation sous Louis XV.

XIII.

Aux agitations que nous venons de signaler à Sos, au sujet des élections consulaires, s'étaient jointes des discussions relatives à l'exercice de la religion prétendue réformée.

Au mois d'avril 1647, l'archidiacre de Sos agissant tant en son nom qu'en celui du syndic de MM. du chapitre et des habitants catholiques, obtint de l'intendant de Guienne une ordonnance portant prohibition de l’exercice de cette religion dans la ville et maison commune de Sos. (Nous reproduisons ici le texte môme des délibérations prises dans cette occasion.) Le ministre et autres faisant profession de la religion prétendue réformée, notifièrent, dès le 21 du même mois d'avril, une assignation aux consuls, syndic du chapitre et habitants catholiques, pour voir rétracter cette ordonnance ; et, le lendemain, une délibération du corps des jurats, désavouant la requête présentée à l'intendant de Guienne au nom des habitants catholiques, et reconnaissant le droit de ceux de la religion prétendue réformée d'exercer leur culte dans la maison commue, comme ils faisaient auparavant, ainsi que le bail qui avait été fait par la communauté, pour l'enterrement de leurs morts, donna pouvoir aux consuls Renvoyer à comparaître à ladite assignation, pour faire faire ledit désaveu, comme n'ayant intention de plaider.

Il paraît que le chapitre de Sos se retourna pour lors devers le duc d’Epernon, et ce gouverneur de la province de Guienne ayant rendu une décision favorable au chapitre de Sos, les religionnaires se pourvurent, contre cette décision, aux conseils du roi ; c'est ce qui résulte de ces lignes extraites d'une délibération du corps de cette ville, à la date du 30 juin 1648 :

« Comme aussi ledit sieur Albespeyre, consul faisant tant pour lui que pour tous les habitants faisant profession de la religion, prétendue réformée, parlant aux srs Branens, Dumoulin, consuls…, leur a représenté comme ils ont procès aux conseils du roi, contre M. Devauls, archidiacre, et contre le chapitre de la présente ville, pour raison de l'exercice de ladite religion, supposans beaucoup de choses contre eux… Lesquels consuls, syndic et jurats ont dit et déclaré d'une commune voix et accord, être certain et véritable avoir vu assemblés publiquement, le jour de dimanche, les habitants faisant profession de la religion prétendue réformée, dans la maison de Joseph Robert, pour y faire leurs exercices pieux, ladite année 1634, jusques environ le mois de novembre 1643 ; et depuis ledit temps, ils l'ont vu faire aussi publiquement, dans la présente maison commune, comme ils le faisaient auparavant ; et, en passant dans la rue, leur avoir ouï chanter leurs psaumes, tant dans la maison dudit Robert que dans la présente maison commune, jusques au mois de février dernier (1648), qu'ils furent interdits par ordonnance de monseigneur le duc d'Epernon »

Nous n'avons pas trouvé dans les archives de Sos quel fut le résultat de ce véritable acte de notoriété. – On sait que la révocation de l’édit de Nantes est du 22 octobre 1685.

XIV.

Le consul Albespeyre, dont il est question ci-dessus, était de la religion prétendue réformée, et nous en prenons occasion de rappeler ce qui s'exécuta, dans l’Albret, et par conséquent aussi à Sos, au sujet des élections de consuls de cette religion.

Avant Louis XIII, et surtout depuis l'édit de Nantes, le consulat, dans les diverses communes de l'Albret, était mi-partie catholique et mi-partie protestant. Mais à la suite de la rébellion de Nérac, un arrêt du parlement de Bordeaux ordonna qu'il n'y aurait plus qu'un consul de la religion prétendue réformée, qui serait le second. Enfin, trois ans avant la révocation de l'édit de Nantes, le conseil d'Etat prononça, par arrêt du 24 août 1682, l'exclusion des charges consulaires ainsi que des conseils de jurats, contre tous faisant profession de cette religion, et ce, tant de la ville de Nérac, capitale du duché d'Albret, que dans les autres villes et lieux dudit duché.

XV.

Nous voici parvenus à une époque où la personnalité des villes de l'Albret s'efface et où nous croyons qu'il convient de terminer la modeste monographie que nous avons consacrée à la ville de Sos, par le tableau de ce que fut cette commune et de qu'elle est de nos jours.

Au mois d'octobre 1686, le receveur de l'élection d'Astarac, dont les Sotiates se trouvaient les redevables, ayant adressé diverses questions aux consuls et jurats de Sos, ils y répondirent, en ces termes, dans une délibération prise le 20 du même mois d'octobre :

« Au regard de la justice, il est attesté que les officiers, pendant même l'engagement de M. le prince (de Condé), exerçaient la justice, sous le nom du roi, sous le titre de bailliage, et pourvus par Sa Majesté ; et, depuis le décès desdits officiers, qui fut en l'année 1653, les postulants ont exercé ladite justice sous le nom du roi, même pendant l'échange, et depuis sept à huit ans, M. le duc de Bouillon a pourvu et commis lesdits officiers. »

Passant ensuite au chapitre de Sos, « il est attesté qu'il y a six chanoines, y compris l'archiprêtre, quatre grands prébendiers, deux petits, six chapelains et un archidiacre, n'y ayant pas de monastère de religieux ni religieuses. »

« Et pour le regard du domaine de la présente ville, qu'il a été toujours possédé par le roi, jusques au temps de l'engagement fait du duché d'Albert par le roi à M. le prince de Condé, vers l'année 1642 ou 43 ( ), auquel ledit seigneur prince entra en jouissance du domaine de Sos, sans que pourtant ladite ville de Sos soit une bastille du duché d'Albret, lequel est tout ressortissant du parlement de Guienne, et ledit Sos est, au contraire, ressortissant du parlement de Tholose ; après lequel engagement, ladite duché d'Albret ayant été bailhée en propriété et en échange, vers l'année 1652 ou 53, au duc de Bouillon, il a, depuis, joui le domaine de Sos ( ). »

XVI.

Le bailliage de Sos, dont il vient d'être question, avait-il le même ressort que l'archiprêtre ? – Nous ne le pensons pas ; et voici quels sont les motifs qui nous portent à le décider ainsi :

Dans les lettres patentes de l'érection de l'Albret en duché, on voit que ce duché comprenait déjà la vicomte de Boulogne, la seigneurie de Sainte-Maure et Torrebren, lesquels pays, qui se trouvaient dans l'archiprêtre de Sos, furent attribués, par cette érection, au siège principal du sénéchal d'Albret, séant à Nérac. Or, ces lettres patentes furent données à Saint-Germain en Laye, au mois de décembre, l'an de grâce 1556, et la seigneurie de Sos n'y figure pas, n'ayant été cédée par l'archevêque d'Auch à Pibrac, et par Pibrac à Henri d'Albret, qu'au mois d'août 1579. — De plus, devenu possesseur du duché d'Albret, le prince de Condé, par contrat du dernier de juin 1645, donna la vicomte de Boulogne, Sainte-Maure et Torrebren, à Raymond de Lupiac, seigneur de Montcassin et capitaine général des chasses, dans la province de Guienne, en échange de la baronnie de Durance, que Raymond de Lupiac déclara tenir de Frontenac, écuyer de Henri IV, qui poussa la familiarité avec ce dernier jusqu'à partager son lit avec lui, et qui gratifia peut-être ce favori de cette baronnie comprise dans l'Albret dès les lettres patentes de 1556. — D'un autre côté, cette baronnie se composait des paroisses de Boussés, de Durance, de Pompiey et de Tillet.

Ces documents établissent, ce nous semble, que la seigneurie et le bailliage de Sos ne comprenaient ni la vicomté de Boulogne représentée aujourd'hui par la commune de Saint-Pé-Saint-Simon, ni la seigneurie de Sainte-Maure, autrement dit les paroisses de Peyriac et de Cajo, ni Torrebren, ni Boussés. Nous sommes en doute au sujet des anciennes paroisses de Derouy et de Labarrère séparées par la paroisse de Torrebren, de toutes les autres paroisses de l'archiprêtre de Sos ( ).

XVII.

Les décrets des 15 janvier, 16 et 26 février 1790, ayant divisé la France en départements, les départements en districts, et les districts en cantons, la ville de Sos fut le chef-lieu de l'un des cantons qui composaient le district de Nérac ; puis l'organisation judiciaire du 16 août 1790 établissant un tribunal au chef-lieu de chaque district, le canton de Sos devint justiciable du tribunal de Nérac ; et c'est là que se portèrent les appels de sa justice de paix. Mais les articles 3 et 5 de la Constitution publiée le 1er vendémiaire an IV remplacèrent la division des départements en districts par celle en cantons, et des cantons en communes. D'un autre côté, l'article 216 de cette même Constitution n'ayant conservé qu'un tribunal civil par département, le canton de Sos devint justiciable du tribunal séant à Agen, chef-lieu du département de Lot-et-Garonne.

Enfin, lors de la révolution du 18 brumaire an VIII, l'article 1er de la constitution consulaire du 22 frimaire, même année, distribua le territoire de la République française en départements et arrondissements communaux, et l'article 61, ayant créé des tribunaux de première instance et d'appel, dont la loi déterminerait l'organisation, la compétence et le territoire formant le ressort de chacun, il fut établi un tribunal civil au chef-lieu de chaque arrondissement, et Nérac, à ce titre, reçut le sien et plus tard un tribunal de commerce. Mais à cette époque le nombre des cantons fut considérablement réduit, et celui de Sos ayant été réuni à celui de Mézin, la ville de Sos ne resta plus que le chef-lieu d'une commune circonscrite pendant plusieurs années, à peu près, dans l'ancienne enceinte de ses murailles, car l'annexion à son territoire de celui des communes de Saint-Martin et de Levèze n'a eu heu qu'en vertu d'une ordonnance royale du 24 juin 1840. Ainsi le chef-lieu d'un ancien archiprêtré composé de dix-neuf paroisses n'est plus qu'une succursale, ayant pour annexes les deux églises de Gueyze et de Levèze. Au lieu d'un chapitre où l'on comptait seize, chanoines, prébendiers ou chapelains, outre un archidiacre, Sos ne possède plus qu'une maison d'éducation pour les jeunes filles, tenue par des sœurs de la Présentation de Tours, et, à la place du régent que nommaient les consuls et que salariait le chapitre, une école communale (primaire-élémentaire) reçoit les élèves des communes de Gueyze et de Sos.

Il y a à Sos une perception dont se trouvent redevables Gueyze, Meylan, Sainte-Maure, Saint-Pé-Saint-Simon, Poudenas et Sos. Le bureau de la poste aux lettres de Sos dessert Sos, Gueyze, Meylan, Saint-Pé-Saint-Simon et Sainte-Maure.

XVIII.

Le recensement de 1851 porte la population de la commune, de Sos à 1.372 habitants, et celui de 1861 à 1.346, dont 885 agglomérés, et dont aussi 648 du sexe masculin et 698 du sexe féminin, tous catholiques, hormis un protestant.

D'après le cadastre qui y fut dressé, en 1835, la superficie de cette commune est de 1.429 hectares, 71 ares, 05 centiares,

Dont 559 h. 30 ar. 67 cent, en terres et joualles ;
107 h. 43 ar. 40 cent, en prés ;
123 h. 17 ar. 20 cent, en vignes ;
44 h. 42 ar. 82 cent, en pâtures ;
9 h. 07 ar. 71 cent, en jardins ;
7 h. 66 ar. 34 cent, en superficie de propriétés bâties ;
203 h. 35 ar. 59 cent, en bois, taillis, futaies et pins ;
308 h. 94 ar. 20 cent, en bois à liège ou surrèdes ;
31 h. 38 ar. 63 cent, en friches, bruyères, ajoncs ;
1 h. 29 ar. en viviers, étangs ;
4 ar. 20 cent, en oseraies ;
40 ar. 65 cent, en églises et cimetières ;
28 h. 06 ar. 40 cent, en chemins, places publiques ;
4 h. 77 ar. 11 cent, en rivières et ruisseaux ;
38 ar. 15 cent, en cornières, halles, hôtel-de-ville et fontaines.

XIX.

Duquel territoire les principales productions consistent en blés, froments et seigles ; maïs, orges et avoines ; panis, millets, légumes et menus grains ; chanvres, lins et laines ; pommes de terre et betteraves ; fruits divers et vins convertis, presque partout, en eaux-de-vie ; foins et fourrages ; bestiaux de grosse et menue corne, chevaux, ânes, mulets et cochons ; poissons de rivière et d'étangs ou viviers ; force gibiers consistant principalement en lièvres, lapins, bécasses, bécassines, poules d'eau, canards sauvages, perdrix, cailles, ortolans, oiseaux de vendanges, grives, merles, alouettes, ramiers et palombes (la volaille y est d'une qualité supérieure) ; la même commune produit des truffes et beaucoup de champignons comestibles ; des miels, cires et résines, du liège et des écorces ; du bois de chauffage et de construction…

XX.

Ces productions si multipliées et si diverses, la position de Sos si favorable aux échanges entre l'Armagnac, les Landes et la vallée de la Garonne, la route départementale n° 5 d'Agen à Mont-de-Marsan, par Nérac, Mézin, Gabarret et Saint-Justin ; le chemin de grande communication n° 9, de Barbaste au Gers, lequel traverse la ville de Sos ; le chemin de grande communication de Sos à Eauze ; le chemin de grande communication de Sos à Montréal ; le chemin d'intérêt commun n° 95 de Sos à Fourcés ; le chemin de petite communication qui se détache près de Sos du chemin de Barbaste au Gers, et va se souder dans la commune de Lubon (Landes) à la route nationale n° 133, de Périgueux en Espagne, tout concourt à rendre fort populeux et fructueux les marchés et les foires qui se tiennent à Sos, savoir : les marchés chaque mardi de l'année, et les foires, quinze jours avant le carnaval, le lundi des Rameaux, le mardi avant Pentecôte, le lundi après la Saint-Louis, le mardi avant la Toussaint et le 1er mardi de décembre. Aussi le nombre des patentables, au sein d'une population qui n'atteignait pas 900 habitants, en 1861, s'y élevait à 105, parmi lesquels on remarquait des fabricants de bouchons, des fabricants de liqueurs, des fabricants de toiles, des marchands de grains, des marchands quincaillers et autres fort multipliés, et de nombreux corps d'état. La ville de Nérac et autres localités vont s'y approvisionner de gibier et de volaille, que l'on envoie jusqu'à Bordeaux.

XXI.

On peut donc affirmer que le commerce et l'industrie dédommagent la ville de Sos de la perte du rang qu'elle occupait parmi les villes historiques de la vieille Gascogne. Cette ancienne importance ne se révèle plus même par des ruines. Son château fut détruit, il y a un siècle et demi, ses murailles et ses portes ont disparu, et quant à son église, son défaut de caractère mérite d'autant moins une mention de notre part que l'on est en train d'en édifier une nouvelle plus digne de cette ville par son site, par son style et par son étendue.

 

Notes :

 

Les Nitiobriges (ou Agenais) étant amis du peuple romain dès cette époque, et se trouvant à cheval sur la Garonne, Crassus dut traverser leur territoire, pour marcher contre les Sotiates. En aval, les Vocates (ou Bazadais), peuples puissants de l’Aquitaine, lui auraient disputé le passage de la Garonne, et d'ailleurs Crassus ne marcha contre eux qu'à la suite de sa victoire sur les Sotiates. En amont des Nitiobriges, les Romains se seraient heurtés aux Garites, aux Lactorates, aux Elusates, peuples aquitains, qui ne cédèrent aux Romains qu'ultérieurement. Crassus dût traverser le fleuve à Aiguillon, et remonter la vallée de la Baise, puis celle de la Gélise, et nous ne serions pas éloigné de croire qu'il suivit, à cet effet, la ligne que rappela, depuis, la voie romaine, dite Ténarèze, et conduisant des rives de la Garonne à Sos et par-delà.

Ici le traducteur a substitué les Sotiates aux Aquitains. César a dit : « Cunir culis ad aggerem vineasque actis, cujus rei longé sunt peritissimi Aquitani, propterea quod multis locis apud eos aerariae secturae sunt. »

J. César, Commentaires sur la guerre des Gaules, t. III, c. 20-23.

Le nom de la commune de Sainte-Maure rappelle sans doute cette invasion, et le faubourg des Capots, aux portes de Sos, a conservé jusqu'à nos jours le nom dont furent flétris les fuyards, traînards ou prisonniers appartenant à cette armée.

On lit dans les Chroniques de Froissart, t II, p. 199, édition Buchon, qu'en 1345, les Anglais, sous Derby, s'emparèrent du château de la Liève. D'après une note de l'éditeur, ce serait peut-être Levèze au diocèse de Condom. D'abord, comme nous l'avons fait observer (Histoire de l'Agenais…), nous ne connaissons pas Levèxe, dans le Condomois, mais bien dans le diocèse d’Auch, archiprêtré de Sos ; et si l'on veut prendre la peine (disons mieux, le plaisir) de relire dans Froissart cette marche du comte Derby, l'on trouvera fort étrange son détour par Levèze et l'on approuvera la forme dubitative, que Buchon a cru devoir donner à son interprétation.

D'après M. Henri Ribadieu (Campagnes du comte Derby en Guienne), la Liève, c'est Lalinde, en Périgord (Recueil des actes de l'Académie de Bordeaux, 1863, p. 349, en note).

On ne put croire d'abord, dans nos contrées, que ce crime eut été commis par un Français ; on lit, en effet, dans une délibération des jurats de Casteljaloux du 19 mai 1610 : « … Par lesd. srs consuls a esté proposé la triste et déplorable nouvelle qui court et qui nous a esté mandée par le seigneur de Fabas, notre gouverneur de l'assassinat et meurtre de nostre roy, par un Espaignol. »

Les habitants de l’Albret, pour décider le prince de Condé à faire l'acquisition de ce duché, lui offrirent une somme de cent mille livres. Telle fut l'origine du don gratuit dont il est souvent question dans les délibérations du corps de ville de Sos. En considération de ce don gratuit, les habitants de l’Albret obtinrent une exemption du logement des gens de guerre. Le don se paya ; mais les logements ne s'en effectuèrent pas moins.

0n verra plus loin que, par contrat d'échange du 20 mars 1651, l'Albret fut acquis par le duc de Bouillon ; mais il fallut compter avec le prince, qui garda son gage pendant quelque temps encore, si bien que, même en 1652, ses ordres portaient : « Le prince de Condé, prince du sang, pair et grand maître de France, duc d'Enghien, Chasteauroux, Montmorency, Albret et Fronsac, gouverneur et lieutenant général pour le roy en ses provinces de Guienne et Berry, généralissime des armées de Sa Majesté. »

Pour l'intelligence de ceci, nous rappelons que, durant ces grands désordres, il avait été pris à Casteljaloux des arrêtés qui punissaient d'une forte amende ceux qui désertaient la ville et le bien public, pour ne point participer aux grandes foules que l'on avait à supporter. Le 1er août 1650 un des consuls, ayant voulu faire enlever quelques meubles de sa maison, le peuple se souleva et s'opposa au départ des charrettes. (Monographie de la ville de Casteljaloux.)

On verra plus loin les officiers du bailliage de Sos.

Voir tome XII, page 35 de cette revue.

C'est Frédéric-Maurice de la Tour-d'Auvergne, père de ce Godefroi-Maurice, qui passa, avec Louis XIV, le contrat du 20 mars 1651. Dans des années postérieures, on voit MM. de Lamoignon et de Mesmes, qualifiés de tuteurs honoraires du duc de Bouillon, se mêler, à ce titre, dans l’Albret, des élections consulaires.

Malgré l'ambiguïté de cette phrase, il est évident que ce reproche d'inexpérience pour les affaires s'adressait au premier consul qu'avait donné le chevalier de Rivière.

Cet engagement est du 2 mai 1641. Voir plus haut, page 43.

N'y a-t-il pas contradiction entre ce qui est dit ici et la délibération du 22 mars 1652, où les mêmes jurats pour participer à une exemption de logement de gens de guerre accordée par le comte d'Harcourt, en faveur de la ville de Nérac et des bastilles en dépendant, alléguèrent que Sos dépendait de Nérac.

Dans une délibération du 15 février 1652, les jurats de Sos, pour se défendre d'une contribution de 60 litres par jour, alléguèrent que Sos n'avait nulle jurisdiction que simplement l'enclos des murailles et le vol du chapon, et de contenance que 1212 cartelades (298 hect. 52) ou places de maisons. Mais le mot jurisdiction était alors pris parfois pour commune ; et un bailliage, souvent tribunal d'appaux, comme à Laplume et à Casteljaloux, comprenait dans son ressort plusieurs communes ou jurisdictions. Ceci ne nous paraît donc pas un argument positif.

 

 

 

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