Saint-Martin-de-Curton.
C.H.G.H.47
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CASIMIR BERGUÈS-LAGARDE.

ESSAIS HISTORIQUE SUR SAINT-MARTIN DE CURTON.

Avant-propos ().

C'est à M. Lapouyade, Président du Tribunal civil de La Réole, membre correspondant de l'Académie des Sciences, belles lettres et arts de Bordeaux, membre de la commission des monuments historiques de la Gironde, que nous empruntons ces quelques lignes d'avant-propos.

Nous lui dédions aussi ces faibles esquisses historiques avec d'autant plus de plaisir, de droit et d'empressement, qu'il fut le premier à nous rappeler que Jean de Chabannes, grand sénéchal de Guienne, mourut au château de Curton, en avril 1540. (Voir les pièces justificatives renvoyées à la fin de cet opuscule.) Des obstacles et des préjugés que l’on rencontre dans l’étude de l’archéologie.

Il fut un temps où, dans le monde élégant, le titre d'antiquaire était synonyme de fou ou de maniaque. Je n'oserais pas même assurer que, dans le ressort de certains parlements, il n'eût pas été facile à d'avides héritiers présomptifs de faire interdire, comme prodigue, un parent qui aurait aimé et acheté des antiques. Quelque avocat malin aurait pu prendre pour épigraphe de son plaidoyer ces vers d'Horace :

Insanit veteres statuas Damasippus emendo :

Integer est mentis Damasippi creditor ? Esto.

 Damasippe est fou d'acheter des antiques ; mais celui qui les vend à crédit à Damasippe est-il plus sage que lui ? En France le ridicule tue, a-t-on dit, et le ridicule n'est pas un des moindres obstacles pour arrêter un jeune homme modeste et timide.

Des hommes d'esprit, des académiciens mêmes, ont écrit sur les amateurs d'antiquités des absurdités choquantes. Entre autres écrivains je citerai l'auteur de l'Hermite de la Chaussée-d'Antin (). En parlant d'une visite au cabinet des médailles de la Bibliothèque du Roi, il raconte une vive discussion qui se serait, élevée entre deux antiquaires à l'occasion d'une petite médaille en bronze, que l'un prétendait être un Tibère et l'autre un empereur romain dont le nom m'échappe ; quand un Espagnol serait venu les mettre d'accord en leur disant que c'était un maravédis. Assurément la plaisanterie a pu égayer beaucoup de lecteurs ; cependant un membre de l'Académie française ne devrait-il pas titre aussi circonspect que qui que ce soit ? Est-il plus excusable de parler de ce qu'il ne connaît pas (surtout pour le tourner en ridicule) que ne le serait tout autre ignorant ? Quoi ! un maravédis monnaie très-mince, monnaie qui doit porter l'écusson des Espagnes, où se trouvent des fleurs de lys, pourra faire supposer à des antiquaires qu'une telle monnaie est une médaille de Tibère ou de tout autre empereur du haut empire, dont les plus petites médailles ont, pour le moins, quatre fois plus d'épaisseur que le maravédis ! Il ignorait donc aussi que l'archéologue le plus novice ne saurait confondre le vernis antique de la médaille avec le vert-de-gris de cette monnaie espagnole ; certes aucun antiquaire ne se laisserait prendre à de pareils contes ; mais que le livre dont il s'agit vienne à tomber entre les mains de certains lecteurs, il leur fera plus d'impression que et, que l'on pourrait dire pour le réfuter. Il est plus difficile, en tou­tes choses, de détruire une prévention que de faire naître un préjugé.

Que des esprits plus ou moins élevés, des poètes, des lit­térateurs et des savants, se soient divertis aux dépens des antiquaires sans mérite, des collecteurs inintelligents, je le conçois. L'on s'est amusé des médecins, des avocats, des philosophes, pourquoi ne se serait-on pas égayé aux dépens des antiquaires ? A ce sujet l'on me permettra quelques cita­tions prises parmi nos littérateurs les plus distingués.

 La Bruyère définit ainsi le numismate :

 « … Un troisième que vous allez voir, vous parle des curieux, ses confrères, et surtout de Diognète. Je l'admire, dit-il, mais je le comprends moins que jamais. Pensez-vous qu'il cherche à s'instruire par les médailles, et qu'il les regarde comme des preuves parlantes de certains faits, et des monuments fixes et indubitables de l'ancienne histoire ? Rien moins. Vous croyez peut-être que toute la peine qu'il se donne pour recouvrer une tête vient du plaisir qu'il se fait de ne voir pas une suite d'empereurs interrompue ? C'est encore moins. Diognète sait d'une médaille le fruste, le flou, et la fleur de coin ; il a une tablette dont toutes les places sont garnies à l'exception d'une seule ; ce vide lui blesse la vue, et c'est précisément, et à la lettre, pour le remplir qu'il emploie son bien et sa vie. »

Le même auteur caractérise ainsi l'érudit :

 Hermagoras ne sait pas qui est roi de Hongrie ; il s'étonne de n'entendre faire aucune mention du roi de Bohême : ne lui parlez pas des guerres de Flandre et de Hollande, dispensez-le du moins de vous répondre ; il confond les temps ; il ignore quand elles ont commencé, quand elles ont fini : combats, sièges, tout lui est nouveau. Mais il est instruit de la guerre des géants, il en raconte les progrès et les moindres détails, rien ne lui est échappé.

Delille, dans son poème de la conversation, dépeint ainsi certains antiquaires :

« … Puis viennent les extraits des poudreux antiquaires ;

Les temples, les tombeaux, les urnes cinéraires ;

Puis il vous mène au mont Capitolin,

Au Quirinal, à l'Esquilin.

Au temple de la paix, au vaste colysée,

Compte les chapiteaux de sa masse brisée ;

Vous dit par quels heureux hasards

Il vient de découvrir un vieux camp des Césars

Las des antiquités et romaines et grecques ;

Des Latins, des Gaulois, des Volsques, et des Eques,

J'arrive enfin, quoique un peu tard,

A nos aïeux les Francs, à leurs premiers évêques.

Menacé de subir les annales d'un czar,

D'un Soudan ou d'un hospodar,

Je maudis les bibliothèques,

Et suis près d'excuser l'incendiaire Omar… 

Marmontel, dans ses Contes moraux, décrit à peu près ainsi le cabinet d'un prétendu connaisseur :

« On voyait du parquet au plafond des rangs de livres pitto­resquement renversés. Un modèle de bas-relief en cire posait sur un chevalet à côté d'un télescope sur son affût. L'embarras que l'on éprouvait à marcher parmi des in-folios, des rouleaux d'estampes, des cartes de géographie, des tablettes, de médailles, causait au connaisseur un plaisir extrême. Il ne négligeait pas d'assurer à ses visiteurs que le désordre apparent de son cabinet ne régnait pas ainsi dans sa tette où tout venait se classer comme dans des tiroirs. Il voulait marier sa nièce à un antiquaire, M. de Lexergue, qui, pour compliment lui répétait sans cesse, qu'elle avait le profil de l'impératrice Poppée ; à quoi la jolie nièce répondait qu'elle n'était pas une médaille. »

Ces plaisanteries, si elles atteignaient leur but, ne produiraient pas un grand mal, puisqu'elles ne frapperaient que le faux savoir. Sous un autre point de vue, la lecture, bien comprise, des divers passages que je viens de citer, démontre toute l'importance que leurs auteurs attribuaient aux recherches archéologiques lorsqu'elles étaient faites par des hommes instruits et prudents.

Mais bien des gens, instruits d'ailleurs, ont apporté, comme ils apportent encore, de graves obstacles au dévelop­pement des études archéologiques. Il n'est pas facile de leur faire comprendre que l'on peut être un habile médecin, un littérateur agréable, un avocat éloquent, un ingénieur distingué, un agriculteur de mérite, et tout à la fois un déraisonneur, quand on veut parler de ce que l'on ne connaît pas. Le grand argument des gens du monde est de vous dire ; mais ce n'est pas un sot celui qui a dit que votre érudition et votre imagination vous faisaient voir ce que vous vouliez sur vos médailles : ce sont des jurisconsultes profonds, des médecins de beaucoup de talent, qui n'avancent rien légèrement. Qu'importe, répondrai-je ? Le Digeste, Cujas, Merlin, Dalloz et Sirey, ou bien Hippocrate, Galien, Bichat, Richerand, Boye, leur ont-ils appris l'astronomie, la géologie, et la minéralogie ? Non, sans doute. Supposons que le médecin ou l'avocat vienne soutenir que parce qu'on aura trouvé dans un champ un chapiteau de colonne, l'on ne saurait en conclure que ce fragment ait fait partie d'un temple païen. Je répondrai encore que si ce chapi­teau a été découvert par des ouvriers occupés à creuser un sol ancien, que s'il a deux mètres de diamètre, que s'il est largement traité, que s'il appartient par sa corbeille de feuilles d'acanthe à l'ordre corinthien, je ne dois pas commencer par croire que quelque plaisant se soit amusé à le placer là tout, exprès pour mystifier quelque antiquaire. Si les mêmes fouilles viennent à faire découvrir des médailles, des poteries, des briques, des fragments de mosaïques, tout cela, aura-t-il été enfoui pour me tromper ? Admettons même que le chapiteau dont je viens de parler soit, l'unique objet découvert ; si j'ai la moindre idée des proportions architectoniques, croirai-je que ce chapiteau appartenait à une petite colonne ? Autant vaudrait soutenir qu'une main de géant faisait partie d'un corps de nain. Si ce chapiteau faisait partie d'une grande colonne, était-ce une colonne triomphale ? Etait-ce l'une de celles qui appartenaient à un temple ou à tout autre édifice ? Un tel édifice appartenait-il à une simple bourgade ? Non, sans doute. Mais si plus tard l'on m'apporte des fragments d'inscriptions ; si en les rapprochant je parviens à lire ces mots : Templum... Jovi optimo, maximo sacrum, etc. ; si encore l'on m'apporte une grande quantité de médailles trouvées aux mêmes lieux ; si l'itinéraire d'Antonin vient à mon secours, ne serai-je pas en droit de supposer, jusqu'à plus amples renseignements, que j'ai reconnu le sol d'une ville ancienne, soumise à la domination romaine ? Et serai-je un pur idéologue pour l'avoir annoncé ?

Disons que, pour l'archéologue éclairé, un fragment d'architecture, des débris de poterie, des compartiments de mosaïques, et tous autres objets analogues, sont ce que seraient les restes d'ossements fossiles pour celui qui possèderait la méthode du célèbre Cuvier. Voltaire, en voulant se moquer de tout, qu'a-t-il prouvé quand il a prétendu que les coquilles fossiles trouvées sur des lieux élevés y avaient été portées par des pèlerins ? Quand le docteur Gall a écrit dans sa phrénologie que tôt ou tard, on arriverait à noter les tons d'un tableau comme on note une symphonie, le docteur a eu raison d'ajouter qu'il n'était pas connaisseur en peinture, et on aurait pu lui répondre qu'il perdait même de vue qu'il y avait des mosaïques.

Enfin, pour forcer les incrédules et les plus ignorants à penser, je leur dirai : vous ne comprenez pas que l'on puisse ramasser avec tant de soins le moindre fragment d'antiquité pour arriver à des découvertes historiques, et, cependant vous ne doutez pas que le plus léger débris d’armure, de vêtement, de fer, de bois, ou de tout autre objet, ne puisse conduire souvent la justice à la découverte de la vérité.

Des dents, des os d'éléphant, ont été tout récemment découverts à Hure, dans la Gironde ; voulez-vous que je croie, dans l'état où se trouvent ces débris fossiles, que quelque plaisant les y avait cachés ?

Si des artistes sont parvenus à mystifier quelques antiquaires, en cachant dans la terre des débris de bas-reliefs ou de statues de leur façon ; si d'autres ont contrefait des médailles et leur ont donné un vernis trompeur ; si des lapidaires sont parvenus à façonner des haches, des flèches, des couteaux, des javelots en silex, et à les vendre comme de véritables instruments gaulois, cela prouve-t-il quelque chose contre la science ? N'arrive-t-il pas tous les jours que des copies des tableaux des grands maîtres sont vendues pour des originaux à des demi-connaisseurs, et que de faux titres et de faux billets de banque aident à tromper les hommes les plus défiants et les plus expérimentés ?... Cela prouve simplement qu'il y a partout des gens dont les fripons ou les plaisants abusent, et voilà tout.

Je ne saurais trop le répéter : rendez-vous familier l'exercice du dessin ; voyez le plus de collections que vous le pourrez ; consultez souvent les anciens archéologues, et les brocanteurs vous tromperont plus difficilement.

Mais si l'archéologue doit être un homme d'érudition, il doit avoir aussi beaucoup de circonspection ; il doit constater, avec la plus grande exactitude tout ce qu'il pourra découvrir d'intéressant. Marcher d'abord terre à terre, du connu à l'inconnu ; ne hasarder une conjecture qu'en disant qu'il est porté à penser, à croire, etc., etc. Et s'il est doué du don d'être poète, s'il se sent le talent d'écrire, comme certains romanciers, que toujours ses écrits fassent apercevoir au lecteur que ce n'est qu'après avoir payé son tribut à la science qu'il s'est hasardé dans les champs de l'imagination. Autrement, il s'expose à tomber dans l'invraisemblance, dans le ridicule, à bâtir de véritables châteaux en Espagne ; et si la critique vient le frapper à propos, il aura sans le vouloir, porté pour le commun des hommes un coup terrible à l'archéologie.

C'est l'ignorance et l'indifférence des personnes placées par leur état ou par leur fortune à la tête des populations des petites villes et des communes rurales, qui causent aux archéologues des obstacles et des désappointements de toute sorte. Il arrive souvent à ceux-ci d'être surveillés, mal accueillis, surtout par les habitants des campagnes qui les prennent pour des employés du cadastre ; car dans leur étroite sphère, tout dessin est un plan destiné à un débat judiciaire, ou à l'augmentation de l'impôt. Pour ma part, je me suis toujours empressé de les calmer en leur montrant mes croquis et en leur expliquant le but de mon travail. Il faut reconnaître que MM. les curés, et MM. les maires peuvent faire et font beaucoup pour faciliter les recherches des archéologues. Tout fait espérer qu'à l'aide de leur concours les esprits les plus obstinés se familiariseront avec les recherches archéologiques.

Grâce aux puissantes exhortations de nos pieux et savants prélats, grâce aux leçons d'archéologie chrétienne qui font partie de l'enseignement religieux clans plusieurs séminaires, l'archéologie s'établira sur des bases durables, et désormais l'on verra, à l'aide d'intelligentes restaurations, disparaître des édifices du moyen âge ces badigeons, ces peintures grossières, qui les déparent et les salissent communément. Es­pérons aussi que le bon vouloir de l'administration supérieure continuera à porter ses fruits mais il y a, sous ce rapport, beaucoup plus à faire qu'on ne le pense. Il ne suffit pas d'établir de nombreux correspondants, aussi haut placés qu'ils soient, si ceux-ci ne peuvent ou ne veulent se rendre utiles. Il ne suffit pas de signaler ceux qui se dévouent il faut encore pouvoir leur dire qu'ils font partie d'une compagnie dont chaque membre paye sa part de la dette commune.

La destruction ou la mutilation des monuments historiques est une plaie qui frappe tous les pays et qui s'attache aux monuments de toutes les époques. L'amateur des arts s'indigne dans Alexandrie, a dit Volney, de voir scier les colonnes des palais pour en faire des meules de moulin.

L'insouciance des Turcs a fait plus de tort aux arts que la lime du temps. « Ils ne se donnent pas la peine, dit M. Castellan dans ses Lettres sur la Morée, de tailler des pierres, ils démolissent de superbes édifices antiques et se servent des matériaux pour construire des baraques. J'ai vu (continue le même écrivain) les ruines d'un temple de la plus riche architecture, des blocs de granit, des marbres précieux, des bas-reliefs et des ornements du plus beau fini, servir à construire une digue grossière, qui détournait les eaux d'un ruisseau, pour faire tourner les roues d'un misérable moulin en bois. Ailleurs, ce sont des colonnes de tous ordres, arrachées à divers monuments pour servir de soutien au comble d'une écurie. Ici c'est un autel qu'on a creusé en forme de mortier, qui sert à dépouiller le grain de son enveloppe, un tombeau antique, dont on a brisé le fond, formera la margelle d'un puits, et un autre servira d'auge où les troupeaux viendront s'abreuver ; une statue qui, par sa masse, ne peut être déplacée, sera défigurée par les coups de lance des fanatiques sectateurs du Koran, qui proscrit toute représentation humaine. L'on trouvera dans un atelier de sculpteur, ou plutôt d'un barbare fabriquant de tombeaux, des marbres dont il s'efforce d'effacer les inscriptions précieuses pour l'histoire de l'antiquité, et cela pour y substituer l'épitaphe d'un obscur descendant de Mahomet. On ne peut faire un pas sans gémir de voir dénaturer ces restes vénérables, et disparaître en un instant le témoignage de tant de siècles de gloire. »

Après avoir transcrit ce beau passage des lettres de M. Castellan, ajoutons que ce que les Turcs font encore, bien d'au­tres l'ont fait avant eux, sans parler des iconoclastes et des pertes irréparables qu'ils ont causées. Disons aussi combien de dégradations et de destructions se sont opérées et ont encore lieu sous nos yeux. Combien d'édifices précieux ont été transformés en magasins, en étables ignobles, comme l'ancienne église romane d'Aubiac, près de Verdelais ; en fabriques de plomb, comme la grande et majestueuse tour de Pey-Berlan, à Bordeaux, etc., etc.

Déplorons avec tous les amis des arts un tel état de choses. Espérons qu'il disparaîtra peu à peu de nos contrées.

Avant-scène historique, topographique et religieuse, sur l'Église et la commune de Saint-Martin-de-Curton, arrondissement de Nérac, département de Lot-et-Garonne - Origine des populations.

 

La Gaule transalpine, ou au-delà des Alpes, par rapport aux Romains, était bornée à l'Ouest par l'Océan, à l'Est par le Rhin et les Alpes, au midi par la mer Méditerranée et les Pyrénées ; elle avait plus d'étendue que le royaume actuel de France, car elle comprenait la Belgique, la Suisse, la Savoie, etc., etc.

Au temps de César elle fut divisée en trois : Belgique au Nord, Celtique au milieu, Aquitaine au Sud.

Cette dernière étant le théâtre sur lequel se passent les faits dont nous aurons à parler, il est essentiel, je crois, d'entrer dans quelques développements topographiques. 

1ère Aquitaine. 

Dans cette province étaient les Bituriges Cubi (ou Bérichons) (la dénomination de Cubi s'est encore conservée dans Cubzac, St.-André de Cubzac) ; les Lemovices (ou Limousins et la Marche) ; les Arverni (ou Auvergnats et Bour­bonnais) ; les Vellavi (ou habitants du Vellai). Les Gabali ou habitants du Gévaudan), les Ruteni (ou habitants du Rouergue et du territoire d'Alby) ; et les Cadurci, (ou habitants du Quercy).

L'Aquitaine 1re répondait donc aux départements suivants : Cher, Indre, Creuse, Haute-Vienne, Corrèze, Puy-de-Dôme, Cantal, Allier, Lot-et-Garonne, Aveyron, Lozère. 

2e Aquitaine.

Cette province était à l'Ouest de la précédente et au Nord de la Novempopulanie s'étendant le long de l'Océan jusqu'à la Loire. Elle renfermait six peuples, savoir : Les Pictonnes (habitants du Poitou et d'une petite portion de l'Angoumois) ; les Méduli (habitants du Médoc) ; les Bituriges Vivisci (ou habitants de tout le Bordelais) ; les Pétrocorii (les habitants du Périgord), et enfin les Nitiobriges (habitants de l'Agenais). César, dans ses commentaires, nous a transmis le nom de deux rois qui avaient gouverné ce peuple (les Agenais) ; c'étaient Ollovicon et Teutomatus. Teutomatus qui à la tête de 5.000 hommes levés dans ses états et d'un corps de cavaliers Aquitains, marcha contre les Romains qui faisaient le siège d'Alise, Alesia, aujourd'hui Bourg-Sainte-Reine, dans l'Auxois, subdivision de la Bourgogne.

La seconde Aquitaine répondait aux départements suivants : Vendée, Vienne, Deux-Sèvres, Charente et Charente-Inférieure, Lot et Gironde. 

3e Aquitaine, appelée plus ordinairement Novempopulanie.

Je crois devoir donner ici plus de détails ; la nature de mon sujet m'en fait, comme on le verra plus tard, une obligation.

Cette province avait reçu ce nom de ce que d'abord elle renfermait neuf peuples principaux. Dans la suite on en compta jusqu'à treize : c'étaient les Boii (habitants des Landes) ; les Vasates (habitants du Bazadais) ; les Sotiates (habitants du Condomois) ; les Elusates et les Ausci (habitants de l'Armagnac et du Val-de-Magnoac) ; les Lactorates (habitants de la Lomagne) ; les Tornates (diocésains de Tarbes) ; les Convenae (les pays appelés Nécouzan et Comminges) ; les Consorani (habitants du Couzeran) ; les Bigerrones (habitants du Bigorre) ; les Aquitani proprement dits (dans le Bigorre et le Béarn) ; les Cocosates (Coussiots, en partie dans les Landes), les Trabelli (dans la Gascogne, la terre du Labour, la Basse-Navarre).

Cette province répondait aux départements des Hautes et Basses-Pyrénées, des Landes et du Gers.

 Toute la Gaule enfin fut soumise par Jules-César à la domination romaine, 52 ans avant Jésus-Christ.

Récit et événements. 

César parcourait en vainqueur cette Gaule, qu'il nous dit lui-même divisée en trois parties : « Gallia est omnis divisa in partes tres, quorum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appelantur, etc. , etc.... » - Les villes se rendaient à ses ordres, les peuples se courbaient sous le joug de ce hardi conquérant. Les aigles impériales flottaient sur tous les remparts, et la paix et le bonheur fuyaient à l'approche de ses légions invincibles. Repoussé par les habitants de nos contrées malgré les prestiges de sa gloire, César chargea son lieutenant Crassus de faire la conquête de l'Aquitaine, de soumettre les Bazadais, etc., etc.

Crassus se hâte d'exécuter les ordres de son maître ; il quitte l'Anjou, où il avait ses quartiers d'hiver, et pénètre dans l'Aquitaine, près de Sos dans l'Agenais. (O’Re...)

Le siège est mis devant Bazas ; le combat est long, opiniâtre, incertain ; la victoire toutefois couronne les armes des Romains devant cette ville, non moins que dans l'Aquitaine, et cette province à son tour subit la tripartition de 1re, 2e, 3e Aquitaine, comme nous venons de l'indiquer.

C'est à cette 3e Aquitaine, et mieux Novempopulanie, qu'appartenait réellement, comme comprise dans le Bazadais, la petite portion de terre sur laquelle s'éleva, 12 siècles plus tard environ, la paroisse de Saint-Martin-de-Curton, unique objet, unique but de notre travail.

L'homme dont les jours passent si rapidement me semble, dirait-on, rappelé à la vie, lorsque remontant le cours des âges, il retrouve le berceau glorieux de ses ancêtres que cet amour sacré de la patrie, cette noble habitude d'indépendance portait à se mesurer avec les plus intrépides guerriers, pour la défense des lieux qui devaient nous voir naître, et dans lesquels aujourd'hui reposent nos plus chères affections, nos plus douces espérances.

Mais n'anticipons pas. Posons seulement avant tout et sans autre préambule, que César païen préparait aveuglément le christianisme.

Cependant quelques siècles plus tard des torrents dévastateurs vont inonder les Gaules. Les Alains, les Suèves, les Vandales, les Goths, enfin les Huns ravagent successivement dans leurs courses vagabondes les contrées méridio­nales de l'Europe. Genseric, à la tête d'un parti des Huns, pose le siège devant Bazas. Les habitants de la Novempopulanie virent avec effroi ces mille hordes de barbares qui, poussés par quelque décret mystérieux du ciel, doivent s'em­parer de la dépouille de l'Empire romain et s'asseoir sur ses ruines.

Je n'entrerai ici dans aucun détail sur les catastrophes et les événements divers causés par ce déluge de peuples. De tels faits appartiennent à l'histoire générale, et j'ai hâte d'arriver à l'époque du moyen-âge. Mais avant tout, et pour déterminer l'établissement du christianisme dans les Gaules, je dirai, en empruntant les paroles d'un auteur distingué : « Quand le vent eut emporté la poussière qu'avait soulevée la marche des armées, quand la fumée des villes incendiées fut remontée aux cieux, et que les vapeurs qui s'élevaient de tant de champs de bataille furent retombées sur la terre en rosée féconde, que l'oeil enfin put distinguer quelque chose au milieu de cet immense chaos, les peuples nouveaux se pressèrent, à l'entour de quelques vieillards qui tenaient d'une main l'évangile et de l'autre la croix. »

Ces vieillards c'étaient les pères de l'Église de France : c'étaient les Saint-Martin, de Tours ; les Saint-Martial, de Limoges ; les Saint-Hilaire, les Fortunat, de Poitiers ; les Saint-Rémy, etc., etc.

Dans le Ve siècle, la Gaule fut envahie par les Francs, les Bourguignons, les Visigoths, et forma le royaume de France, sous Clovis 1er, 481. Ici commence le berceau de notre monarchie dont je n'ai point à parler.

Je laisse encore, comme trop étranger à mon sujet, l'invasion des Sarrasins, sous Abdérame, leur chef, 732, quand son armée, roulant comme une avalanche du haut des Pyrénées jusques dans le Languedoc, porte ses ravages jusqu'au-delà de la Garonne et s'empare de Bordeaux. J'avancerai tout simplement que la victoire remportée par nos ancêtres sur les Maures ou Sarrazins, entre Tours et Poitiers, sauva la chrétienté du fanatisme des Musulmans, et que, dès lors, Karl fut surnommé le Martel, parce qu'il avait, comme un marteau, broyé les infidèles.

De 853 à 885, une nouvelle tempête assaillit bientôt la France, sous les faibles successeurs de Charlemagne. Le génie de ce grand prince dormait dans sa tombe au temps de Charles-le-Chauve. Cette grande âme, toutefois, parut s'émouvoir un instant pour animer de ses feux le vaillant comte de Paris, Eudes, sous la conduite duquel et de l'évêque Goslin, qui prouva que le même front pouvait porter dignement la mitre et le casque, des guerriers inébranlables à leur poste présentèrent un rempart de lances hérissées aux farouches normands qui voulaient piller la ville. Mais d'un autre côté, le héros (Charlemagne), dédaignant de recon­naître son sang dans une race dégénérée, dans un fantôme de roi, détourne les yeux de dessus le monarque. Le cœur manque à Charles-le-Gros quand il se décide à marcher sur Paris, et il achète, par yen traité honteux, le salut de la capitale.

Charles est déposé, 888.

« Dès ce jour, peut-être, la féodalité commence à pousser dans le sol français des racines vivaces et multipliées qui la rendent plus forte que la monarchie. Dès ce jour les Normands cessent, si nous en exceptons le fameux Rollon, de trouver dans la France une proie facile. - Ainsi, par des coups imprévus dont la Providence seule connaît le secret, le bien naquit de l'excès du mal et l'Europe fut enfin sauvée de la barbarie. Sans doute la féodalité entraîna de grands maux en annulant l'autorité royale, en absorbant, dans ses grands fiefs toutes les propriétés libres, en rendant de grands vassaux indépendants, en enveloppant toute la nation dans un grand réseau, dont quelques seigneurs tenaient les fils, sans contrôle ; mais ce régime s'épura encore, il créa une monarchie nationale ; produisit la chevalerie et fut brisé à son tour lorsque les peuples furent mûrs pour la liberté, et les rois pour exercer une autorité protectrice. » (Clausolles Précis de l'Histoire de France.)

Avant 1789, la France était divisée en 32 provinces ou gouvernements de grandeur inégale et qui avaient des lois, des coutumes, des privilèges. La paroisse de Saint-Martin-de-Curton dont nous allons essayer d'esquisser l'histoire, malgré le dénuement absolu dans lequel nous sommes de vieux documents, de livres escripts à la main, de chroniques, de cartulaires, de légendaires, de Chartres, etc. était comprise autrefois, ainsi que je l'ai déjà dit, dans cette belle contrée désignée sous le nom d'Aquitaine ou de Guienne. Il n'est pas hors de propos, je crois, de donner ici un résumé succinct des phases politiques et civiles de cette province, à partir seulement du XIIe siècle, époque à laquelle la nuit des temps semble se dissiper devant nous pour éclai­rer notre marche et donner à nos conjectures toute l'appa­rence de la réalité.

Guienne.

 Lorsque s'établit en France le gouvernement féodal, il y eut un duché de Gascogne, compris entre les Pyrénées, la Garonne et l'Océan, et un duché d'Aquitaine, compris entre l'Océan, la Garonne et la Loire ; mais l'an 1070, les deux duchés de Gascogne et d'Aquitaine furent réunis dans la même main et ne formèrent plus qu'une seule et même principauté. Eléonore, ou plutôt Aliénor d'Aquitaine, que le roi Louis VII fit monter sur son trône, pour la répudier ensuite, alla porter en 1154 sa main et ses états à l'héritier des rois d'Angleterre, ducs de Normandie, qu'elle rendit ainsi plus puissants en France que les rois de France eux-mêmes. C'est vers ce temps-là que commença à s'introduire le nom de Guienne, et l'on dit dès lors indistinctement duché de Guienne ou d'Aquitaine. Alors aussi commença cette longue rivalité entre les rois de France et les rois d'Angleterre, ducs de Normandie et de Guienne. Les hostilités éclatèrent dès le règne de Louis VII, mais sans qu'il y eut de part et d'autre aucun avantage réel. Il en fut autrement sous le successeur de Louis VII ; Philippe-Auguste, qui, à la faveur d'un arrêt de la Cour des pairs, s'empara, comme on sait, du duché de Normandie. Henri d'Angleterre, duc de Guienne, fit sommer Louis VIII, successeur de Philippe, de lui rendre son duché : celui-ci, pour toute réponse, le somma à son tour de délaisser, comme il y avait été condamné par les pairs, les autres provinces qu'il tenait en France ; puis, se portant sur la Guienne, il conquit tout le pays jusqu'à la Garonne. La province épouvantée fut, au moment de passer tout entière sous la domination française. Toutefois, pour terminer tout différend , Louis IX rendit au roi d'Angleterre, par traité de 1259, tous les pays conquis, à condition que ce roi rende hommage-lige aux rois de France et qu'il renoncerait aux droits qu'il pouvait avoir sur la Normandie, le Maine, l'Anjou et la Touraine. Il y eût encore des guerres sous Philippe-le-Bel et ses troupes envahirent la Guienne où il ne resta qu'un petit nombre de villes au pouvoir des rois d'Angleterre ; mais on fit encore la paix et les Anglais rentrèrent de nouveau en possession de tout le duché. Les guerres se renouvelèrent encore au temps de Charles VI, et ce prince s'empara encore de tous les pays, excepté de Bordeaux.

Mais c'est surtout lorsque Philippe de Valois fut monté sur le trône de France, à l'exclusion d'Edouard III, roi d'Angleterre, qui y prétendait par sa mère, que commença cette série de guerres qui faillit plus d'une fois donner la couronne de France aux rois d'Angleterre. Ce n'est pas le cas de rappeler ici les résultats désastreux de ces guerres, en général si fatales à nos armes. Ou cognait les malheureuses batailles de Crécy et de Poitiers on sait qu'à la suite de cette dernière, le roi Jean prisonnier des Anglais, fut obligé de signer ce fameux traité de Brétiny, qui les rendit possesseurs d'une grande partie de la France. Par ce traité, conclu en 1360, le roi Edouard III dut posséder les provinces cédées en toute souveraineté, c'est-à-dire qu'il dut être aussi indépendant dans ces provinces que le roi de France lui-même l'était dans son royaume. Le duché de Guienne ne devait donc plus relever de la couronne. Edouard érigea en 1362 le duché de Guienne en principauté, en faveur du prince de Galles. Les pays dénommés dans l'acte sont le Poitou, la Saintonge, l'Agenais, le Périgord, le Limousin, le Quercy, le Bigorre, la terre de Jaure, l'Angoumois, le Rouergue, les villes de Dax et de Saint-Sever et tout ce que renferme la Guienne et la Gascogne.

L'administration du prince de Galles mécontenta les seigneurs de Guienne, qui portèrent leurs plaintes au roi de France Charles VI. Quoique, depuis le traité de Brétigny, le prince de Galles ne relevât plus du roi de France, et ne lui eût fait aucun hommage, on trouva que les Anglais n'avaient pas observé plusieurs des articles du traité, et on ne se crut pas lié à leur égard. On reçut l'appel des seigneurs ; on conclut avec eux un traité secret ; les lettres d'appel furent signifiées à Edouard, et alors commença la guerre qui mit pendant longtemps encore les forces de France aux prises avec celles d'Angleterre ; et qui conduisit par degré les Anglais jusque sous les murs d'Orléans ; mais là s'arrêtèrent leurs victoires ; dès lors, leurs affaires déclinèrent rapidement. Les généraux de Charles VII entrèrent dans la Guienne, et s'emparèrent, l'an 1451, des châteaux forts de Blaye, de Bourg et de Fronsac, assiégèrent et prirent Bor­deaux. Les Anglais, l'année suivante, tentèrent de regagner le terrain perdu ; ils rentrèrent dans Bordeaux, mais, vaincus à la bataille de Castillon, l'an 1453, ils furent chassés de toute la province, et même de toute la France, où ils ne conservèrent que Calais. - Dès lors, il n'est plus question de la Guienne que comme gouvernement militaire. - Un édit de François 1er, du 6 mai 1545, nous montre que le royaume était alors partagé en neuf grands gouvernements généraux, au nombre desquels figure celui de Guienne. Cette province, la plus importante peut-être du royaume, eut toujours des gouverneurs illustres. Tel fut, en 1534, Henri d'Albret, roi de Navarre ; tel fut Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père d'Henri IV ; Henri de Bourbon son neveu, qui fut gouverneur et amiral de Guienne, en 1562. Le gouvernement de cette province passa, en 1570, à Honorat de Savoie, marquis de Vallars. Henri de Bourbon, prince de Condé, premier prince de sang et premier pair de France, la gouverna en 1668. Au moment de la révolution, ce gouvernement comprenait la Guienne propre ou Bordelais, le Bazadais, le Périgord, le Quercy, le Rouergue et l'Agenais, qui étaient pays de Guienne ; les Landes, la Chalosse, le Condomois, l'Armagnac, le Bigorre, le Comminges, le Conserans, le Labour et le vicomté de Soule, qui étaient pays de Gascogne ; il avait Bordeaux pour chef-lieu. - Sous le rapport de l'administration financière, le gouvernement de Guienne et de Gascogne se divisait en deux généralités : généralité d'Auch pour la Gascogne, et généralité de Bordeaux pour la Guienne. La généralité de Guienne compre­nait dix élections, savoir : Bordeaux, Lesparre, Libourne, Fronsac, Bourg, Blaye, Agen, Condom, Bazas et Périgueux, etc., etc. (J. Guad...) Mais revenons à notre objet principal, Saint-Martin de Curton, que l'étendue de ce ré­cit nous a fait un instant perdre de vue.

Conjectures sur son origine.

Quelle fut l'origine de cette église ? Nous l'ignorons. Nous faisons cependant remonter son existence au XIIe siècle. Son architecture est là pour témoigner de son âge. Fut-elle comme tant d'autres églises de cette époque un ex-voto pour quelque bienfait public ou privé ? Fut-elle un tribut à Dieu d'hommages et de reconnaissance de la part des seigneurs, des sujets qui servirent la cause anglaise ou restèrent fidèles à la France ? Aurait-elle été la chapelle de quelque château­fort, bâti sur le plateau qu'elle domine, de quelque château dont les fondations seraient depuis des siècles ensevelies sous un sable muet, comme l'est demeurée jusqu'à nos jours l'arène qui recouvrait les mosaïques remarquables de Pompogne, situées au midi, à deux heures environ de Saint-Martin ; ou bien encore aurait-elle été l'œuvre de quelque ordre religieux et militaire, comme semblait l'indiquer la double invocation sous laquelle elle est placée de Saint-Blaize et de Saint-Martin. Essayons, à l'appui de cette dernière présomption, une esquisse rapide sur la vie de ces deux vénérables apôtres, dont l'un, saint Martin, avait ceint l'épée avant de prendre le cilice, et dont l'autre, saint Blaise, fut le patron d'un ordre militaire.

De saint Martin.

Je crois que l’on ne se rendra jamais bien compte de l'effet que dût produire la première apparition des dog­mes chrétiens. L'école philosophique, si remarquable sous certains points, incrédule à la lecture des vieux livres des premiers croyants, a préféré nier plutôt que d'examiner qu'elles pouvaient aire les causes simples et naturelles des miracles. Sans doute, Dieu quelquefois a pu donner à la main des fidèles une puissance surhumaine ; sans doute il a pu dire à la nature : obéis à la voix qui te parle en mon nom. Mais la plupart des miracles viennent d'une autre source. L'idée de fraternité et d'émancipation, voilà quelle fut la baguette magique des premiers chrétiens. « Avec elle, ils apaisaient les hordes du Nord ; avec elle, ils fondaient au sein d'une vieille société, une société nouvelle ; avec elle, ils montraient au plus humble l'avenir, en lui disant : marche et espère. » - Quelques saints parmi ceux qui furent remplis de la pensée divine, désespérèrent, peut-être, de pouvoir agir d'une manière victorieuse, ou peut-être, par une humble crainte, craignirent-ils d'être entraînés ou souillés par le contact du monde. Saint Martin sut mêler à la solitude les devoirs d'une piété plus ardente et plus charitable. Il naquit vers l'an 316, dans la Pannonie, à Sabaric (maintenant Szombathély), d'une famille idolâtre, qui vint se fixer à Pavie. Le père de saint Martin était tribun militaire. Son fils avait à peine quinze ans lorsqu'un édit de l'empereur Constance l'obligea de prendre les armes. Catéchumène depuis cinq années, le jeune soldat sut résister aux habitudes dépravées de la vie des camps. Les soldats de l'Empire au moment de sa chute, n'étaient plus ces graves et sévères légions qui eussent si bien compris, il me semble, les enseignements de notre morale religieuse. Les défenseurs de Rome, ivres de vices et de débauches, n'avaient plus le droit de s'appeler les soldats des Scipion, des Fabricius, des Camille. La tente n'était plus l'asile des vertus guerrières ; elle était devenue le réceptacle de la suprême corruption. - La vue de honteuses orgies n'atteignit pas l'âme du catéchumène. Toujours pieux et tourmenté d'une ardente piété, il donnait sa solde aux pauvres, ne vivait que du plus strict nécessaire, se désolait quand il n'avait plus de moyens de consoler la misère et le besoin. Un jour qu'il ne possédait plus rien, on sait qu'il donna la moitié de son manteau à un pauvre. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut couvert, de ce fragment de manteau si généreusement donné. Heureux l'homme qui re­çoit un pareil honneur ! Heureuse la religion qui peut s'appuyer sur de si nobles miracles. Saint Martin, lavé par les eaux du baptême, renonça bientôt à la milice pour se retirer auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers, qu'il quitta pour aller revoir la Pannonie, sa terre natale. Là, il eut la joie de convertir sa mère à la religion du Christ. Il allait rejoindre saint Hilaire, lorsqu'il apprit l'exil du saint, évêque. Saint Martin s'arrêta donc à Milan, d'où, en 360, il repartit pour Poitiers pour revoir saint Hilaire, rappelé dans son diocèse. Une fois arrivé à Poitiers, déjà réputé saint, par les chrétiens, témoins de ses nombreux miracles ; il vivait dans la solitude en un lieu appelé Locociagum (Ligugé), à deux lieues de la résidence d'Hilaire. On tira Martin de sa retraite pour le placer sur le siège de Tours, en 374. Il dut quitter les nombreux disciples qui s'étaient réunis autour de lui, prendre ses sandales et se ceindre les reins pour une vie plus active. Toutefois, amant passionné de la vie solitaire, il ne voulut point y renoncer tout à fait. Il bâtit près de Tours, entre la Loire et une roche escarpée, le célèbre monastère de Marmoutier, la plus ancienne abbaye de France. Là, en­touré de quatre-vingts ermites, il interrogeait en priant le Dieu des Chrétiens qui semblait parler par sa bouche. La nature obéissait à sa voix ; les Gentils se prosternaient devant ses miracles, admiraient ses moeurs simples et pures et finissaient, par se convertir en entendant la voix de l'évêque prêcher les hautes doctrines d'une religion d'amour et de charité. Honoré d'abord de l'amitié de Valentinien, il se rendit, en 383, à Trèves, où le Tyran Maxime l'avait appelé. La courageuse hardiesse de l'évêque ne blessa pas l'ombrageuse susceptibilité de César. Martin se servit de son crédit auprès de ce prince pour obtenir la grâce des Priscillianistes, poursuivis par les évêques d'Espagne. Cette pieuse tolérance, compagne ordinaire de la charité, doit placer le fondateur de Marmoutier au rang des hommes qui, pleins de la pensée du maître, voulaient des conversions et non des Martyres. Revenu dans son diocèse, saint Martin se préparait à reprendre sa vie de méditation et de charité lorsqu'il mourut à Candé (), le 11 novembre 400. Apôtre de la Touraine et d'une partie de la France, saint Martin a vu de toutes parts s'élever des autels en son honneur. L'humanité ne peut qu'approuver un culte qui s'adresse à un homme sanctifié dont la vie fut une longue suite d'actes de tolérance et de charité. Fortunat, disciple de l'évêque, a écrit sa biographie : elle est curieuse autant qu'instructive.

Blaise.

 Saint Blaise fut évêque de Sébaste, en Arménie, du temps de l'empereur Dioclétien. Il souffrit le martyre sous Licinius (30 février 320), sous le gouverneur Agricola, et eut les côtes déchirées avec des peignes de fer ; d'où les cardeurs l'ont pris pour leur patron. - L'ordre de Saint-Blaise est un ordre militaire que les rois d'Arménie, d'autres disent de Palestine, établirent à l'honneur de ce saint, comme étant le patron de leur royaume. Cet ordre était composé d'ecclésiastiques et de laïcs ; l'emploi de ces derniers était de s'opposer à main armée aux hérétiques, et les premiers devaient faire l'office divin et prêcher la foi. La marque de cet ordre était une croix rouge, au milieu de laquelle était une image de saint Blaise. Ils la portaient sur une robe de laine blanche toute simple. On ignore l'époque de la création de cet ordre ; on croit seulement qu'elle eut lieu en même temps que celle des Templiers et des Hospitaliers. Les profès de l'ordre de Saint-Blaise faisaient voeu de défendre la religion catholique et l'Eglise romaine, et leur règle était celle de saint. Basile.

Aux conjectures que je viens d'exposer sur l'origine de Saint-Martin-de-Curton, je crois devoir ajouter ici en première ligne celles qu'établit tout naturellement, l'époque anglo-française.

 

SAINT-MARTIN–DE-CURTON. 

Département de Lot-et-Garonne. Arrondissement de Nérac. 

A Monseigneur Jean-Aimé de Levezou de Vesins, évêque d'Agen, 

Cazimir Bergues-Lagarde, membre de la Société d'Archéologie Française, pour la conservation et la description des monuments historiques.

Monseigneur,

Après avoir complété de mon mieux les notes que M. le curé de Saint-Martin-de-Curton vous avait fournies sur son église, d'après votre questionnaire, je me suis occupé de faire quelques recherches sur l'origine probable de cet édifice, ou pour mieux dire, passez-moi l'expression, d'esquisser une page de roman historique.

 Et le nom de Curton est merveilleusement venu à mon aide.

 Regin-Hel ou Regin-Hal de Curton, nous disent les chroniques du siècle, compta parmi les premiers seigneurs qui embrassèrent la cause anglaise, et qui signa comme témoin l'accord conclu, en 1174, entre le roi d'Angleterre, Henri II, l'époux d'Aliénor et ses fils révoltés (car Eléonore, jalouse, par contrecoup, disons-le à sa honte, de plusieurs dames de la cour, ne rendit pas, d'une certaine manière, Henri II plus heureux que Louis VII ; elle jeta le trouble dans la famille royale, et souleva même les enfants contre le père.) Mais revenons à notre sujet.

Les plus belles provinces de la France sont désormais, pour bien des jours, la proie du Léopard avide, et les sei­gneurs de Curton, que je veux bien ne pas nommer traîtres et félons, veulent occuper, à quel prix que ce soit, le pre­mier rang parmi les barons de Guienne.

Etre les ministres, les instruments de l'Angleterre dans ses prétentions à l'envahissement du royaume de France, avoir des hommes d'armes à leur disposition et au moyen desquels les Curton soient chargés de la défense du pays d'entre deux mers (arrondissement de Libourne), c'est contenter leur orgueil, satisfaire à leur ambition.

Ils ont atteint leur but, leur désir de domination est rempli, et le monarque anglais, sanctionnant leur puissance, écrira au sénéchal de Guienne de faire compter au sire de Curton 475 livres pour solde de lui et de ses cinquante gens d'armes ()… (1381) 

La maison des Curton est, dès ce jour, une des plus hautes et des plus puissantes maisons de Guienne. Elle a ses tours, sa forteresse, son château aux salles voûtées en ogives, aux murailles de dix pieds d'épaisseur, aux fenêtres étroites et hautes, dans le pays d'entre deux mers. Elle a ses vassaux, ses sujets.

Ces derniers (une portion) veulent élever, vers le midi de la province, un temple au Seigneur Dieu ; ils veulent le dédier à saint Martin dont le nom rappelle dans les Gaules une sainteté incomparable : saint Martin avait ressuscité des morts, rendu la vue à plusieurs aveugles, chassé les diables des corps possédés, et cette grâce lui fut donnée, comme dit saint Ambroise, pour avoir couvert Jésus-Christ de son manteau sous la figure d'un pauvre.

Les Curton cèdent un emplacement, et l'église s'élève, mais il y a interruption. Or, les travaux s'exécutent à diverses époques ; 1° le chœur est terminé (ordre roman) ; 2° la nef se prolonge (style ogival) ; la voûte reste inachevée, ou bien, plus tard, peut-être, une portion s'écroule de vétusté, pour être relevée et continuée dans le même style ; mais, il faut le dire, avec plus de grâce, de légèreté.

L'œuvre achevée, le nom du sire concédant et autorisant, uni à celui du glorieux saint, forme désormais cette alliance inséparable de mots : Saint-Martin-de-Curton, comme on avait dit auparavant : Sainte-Geneviève-de-Paris, Sainte-Geneviève-de-Brabant.

Dans ces siècles où la foi vive et pure animait les chrétiens, il n'était pas rare de voir les grands de la terre se mettre sous la protection spéciale, immédiate des hommes éminemment pieux et réputés saints.

Plus d'une fois la France, volant aux combats, alla, nous le savons, prendre l'oriflamme, gage de la victoire, sur les autels de Saint-Denys. Pourquoi s'étonner alors qu'un descendant des Curton n'ait aussi voulu se placer sous l'égide immortelle et particulière du grand saint Martin. D'ailleurs, la renommée qui se rattache, par ce seul fait, au nom des sires de Curton, ne vaut-elle pas cet éclat éphémère que ses aïeux avaient brigué jadis, par leur peu de patriotisme, auprès des perfides Anglais.

Que votre grandeur daigne recevoir l'assurance du plus profond respect de votre très-humble et très-obéissant ser­viteur, 

C. Bergues-Lagarde,

Membre de la Commission Diocésaine. 

D'après les présomptions que nous venons d'émettre sur la fondation et l'érection de cette église, il est, à mon avis, facile de comprendre que cette commune doit son nom et, de nos jours, sa petite importance, comme municipalité, aumonument gothique dont elle fut dotée il y a bientôt huit siècles.

Assise aux limites Nord-Ouest de l'arrondissement de Nérac, département de Lot-et-Garonne, formé, comme nous l'avons dit, de l'Agenais et de partie de la Guienne, cette commune, dont la population n'est que de 759 habitants, offre néanmoins une superficie de 4.112 hectares 4 ares 61 centiares () depuis que le territoire d'Eulies, avec ses vacants, est encore venu considérablement l'accroître, malgré le désir si prononcé qu'avait Eulies de conserver sa primauté, ou pour mieux dire son indépendance : s'administrer elle-même.

Ier.

La commune de Saint-Martin se déroule à nos yeux sous deux points de vue pittoresques :

Le ruisseau de Coboue, dont le cours sinueux se dessine à travers les prairies par des bouquets d'aunes qu'interrom­pent tour à tour le peuplier majestueux, le chêne séculaire et le saule argenté, sépare la plaine aride, monotone et sablonneuse (échappée des Landes) du terrefort qu'embellissent des moissons magnifiques, des vergers délicieux, des vignes abondantes. A la droite du cours d'eau, la forêt silencieuse, quelques bordes isolées, la nature expirante, le désert à l'horizon ; à sa gauche, au contraire, ainsi que je l'ai déjà dit, des campagnes plantureuses, une culture soignée, des terrains agréablement et diversement accidentés.

Saint-Martin, comme on le voit, ne touche aux Landes que par un point extrême vers le couchant. Ainsi donc cette commune ne saurait être regardée comme une fille dégénérée de notre beau département.

IIe.

Les sites d'où l'on peut au loin promener ses regards sur cette lande, qui nous déploie sans réserve sa pitoyable et son attristante nudité, sont ceux de Saurine et de Monthuron et les collines boisées de Beauvion, de l'Estrade, de la Côte­du-Cerf, dans le terrefort, laissent apercevoir du haut de leurs sommets des campagnes agencées de toutes les productions du règne végétal, dans un bassin que bornent, au levant, les versants de la Bastide, de La Réunion et de Casteljaloux.

IIIe.

La section de Saurine voit surgir de son territoire une onde ferrugineuse plus répandue dans nos landes qu'on ne saurait le croire. Il ne manque à cette belle fontaine qu'un regard bienveillant, qu'une attention particulière, qu'une analyse rigoureuse de la part des savants chimistes pour la classer au rang des eaux minérales de Cours et de Casteljaloux. Quoiqu'il en soit de ses propriétés méconnues, cette source ne coule pas en pure perte ; elle forme le petit ruisseau de Meyrac, sur lequel s'élèvent bruyants et confortables plusieurs petits moulins qui réveillent son cours et vivifient le paysage.

IVe. 

Saint-Martin comptait autrefois sur son sol un grand nombre de chaufours et partant de briqueteries. On ignore les motifs qui ont détourné les habitants de ce genre d'industrie, auquel la nature des carrières du lieu dit au Castagnéra, et la qualité des terres argileuses d'une portion de notre commune, sans parler encore du combustible, en masse, qu'elle possède, semblait naturellement les porter, par les conditions les plus favorables, à cette fabrication.

Il était curieux de voir, au 3 février de chaque année, jour de saint Blaise, le nombre d'ouvriers sur la grève qui venaient traiter des conditions avec les maîtres de ces usines, car l'année finissait et commençait, tout à la fois, pour ces manouvriers au jour de la fête du saint patron.

Ve.

Cette commune, je dois le dire en dernière analyse, ne nous présente pas une population mouvante, nomade, pour ainsi dire, comme celle d'une grande partie des communes des Landes, composée de métayers, de résiniers, je veux dire des gens employés à extraire la résine des pins et à la préparer ; elle renferme, au contraire, bon nombre de riches propriétaires cultivant de leurs propres mains l'héritage de leurs ancêtres. Noble et utile occupation que celle de l'agriculture, appelée par Sully l'une des mamelles de l'Etat. 

Les habitants de cette commune marchent avec le progrès ; ils sont loin de dédaigner l'impulsion donnée de nos jours aux travaux agricoles. Possesseurs, en général, de vastes pâturages, leur premier soin est d'élever beaucoup de bétail afin d'obtenir les engrais indispensables à toute bonne exploitation. Rien ne saurait égaler leur constante application, leur active vigilance à se procurer les plus belles races bovines. Vous les verriez parcourir tout le Bazadais, se rendre dans les localités où l'espèce est la plus renommée ; et là, ne reculant devant aucune difficulté pécuniaire, faire un choix des plus profitables pour les opérations de leurs fermes et pour l'ornement habitué de leurs étables.

Il n'est pas rare de trouver dans cette commune un grand nombre de familles eaux mœurs encore patriarcales ; plusieurs d'entre elles comptent au moment présent 300 ans au moins d'existence ; c'est ce qu'il est facile de vérifier en ouvrant les anciens registres déposés dans les archives de l'église. Les familles, que représentent de nos jours les Mourlan, les Labardin, les Labarrère, les Carcin, les Pébérau, les Bridon, etc. (), fournirent autrefois des syndics et des jurats à la commune de Saint-Martin.

 Franches d'ambition, des générations successives ont vu, depuis trois siècles, s'écouler des jours heureux sous le toit paternel ; puissent les enfants de notre âge goûter, comme leurs devanciers, les douceurs d'une vie tranquille et régulière !

Trop heureux le mortel dont l'activité sage

Agrandit lentement un modique héritage,

Et ne surmonte enfin sa médiocrité

Qu'à force d'industrie et de sobriété.

Il garde sans remords ce qu'il gagna sans crime.

Sa fortune est durable autant que légitime ;

Elle passe aux neveux du fortuné vieillard.

Tandis que les enfants du crime et du hasard,

Ces hommes sans pitié que les pleurs endurcissent

Et que les maux publics en un jour enrichissent,

Dépouillés tout à coup d'un éclat, passager.

Ne sortent du néant que pour s'y replonger,

Semblables aux torrents dont la fange et les ondes

Ravageaient avec bruit les campagnes fécondes,

Et qui formés soudain, mais plus vite écoulés,

Se perdent dans les champs qu'ils avaient désolés.

Depuis la promulgation du Code civil, monument immortel de la législation française, œuvre admirable qui jaillit, en grande partie, du génie le plus puissant qui ait apparu au monde, j'ai nommé Napoléon, on voit figurer à Saint-Martin, au rang de maire et d'adjoint, les personnes dont je vais citer les noms :

MM.

Lanouelle.

MM.

Constans, père

 

Vigneau.

 

Campagne.

 

Bourriague.

 

Bridon.

 

Carcin.

 

Lafargue.

 

Ragot.

 

Bridon.

 

Labalengue.

 

Bridon.

 

Pouget.

 

Constans, fils.

 

Labé.

 

Barrère.


Monuments sur la commune ou dans les environs, châteaux, tours ;

description monumentale de l'église.

Les voies romaines étendirent et entrecroisèrent leurs rayons au solide ciment sur toute la surface de l'Aquitaine et de la Novempopulanie. Deux lignes indiquées dans les itinéraires romains se dirigeaient de la capitale des Ausci, Climbéris ou Augusta-Ausciorum, Auch, sur celle des Tolosates, Toulouse.

L'une marquée sur l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, monument du IVe siècle, indique les distances itinéraires par mutations, pour l'usage des gens à pied ; dans l'autre, dont la table Théodozienne nous a révélé l'existence ou du moins l'antiquité, les distances ou mesures itinéraires sont divisées en mansions ou gîte d'étape des soldats et des personnes attachées au gouvernement et voyageant pour son service, à cheval ou dans des chars, lesquelles y trouvaient à coucher et des relais frais en vertu des diplomates () dont elles étaient porteuses ; c'est ce qui m'a fait dire, au sujet de la mosaïque découverte à Pompogne, que j'augurais que cette dernière n'était autre chose que le pavé d'un petit palais ou château fortifié (si l'on veut), résidence d'un chef militaire dans une station telle que Hure, dans la Gironde, Le Mas, Lot-et-Garonne , et que cette station était là pour protéger quelque itinéraire de Burdigala Bordeaux à Climberis Auch, etc. ou mieux, le point principal de quelque embranchement qui se rattachait à la grande voie romaine de Burdigala Bordeaux à la première Narbonnaise dont j'ai cité les étapes à la page 89 de mon 2e cahier mosaïque, etc.

 

Détails de l'intérieur de l'église de Saint-Martin-de-Curton, pour servir à l'intelligence de la loi architectonique, régnant dans l'ensemble de cette enceinte.

 

ÉGLISE DE SAINT-MARTIN-DE-CURTON.

Le chœur par une disposition toute particulière ne se trouve point en face du milieu de la nef ().

La ligne de faite, grand axe de l'ellipse, ou pour mieux dire de l'hémicycle, menée perpendiculairement à la base du portail donnerait à peu près les ¾ de l'aire de la nef vers le couchant.

Le chœur est de style roman simple ; l'entrée de ce sanctuaire est étroite et formée par deux colonnes demi-cylindriques, l'une à droite, en entrant, surmontée d'un chapiteau assez insignifiant sur lequel sont sculptées des palmettes informes couronnées d'une torsade imitant une corde ; l'autre à gauche, ornée, en son chapiteau de boules appendantes à des espèces de modillons, surmontés eux-mêmes de morceaux de pierre saillante, taillés en forme d'étoiles.

Ces deux colonnes supportent un arc brisé, ou ogive écrasée de très-mauvais goût.

Le tore inférieur qui rattache la base de ces deux colonnes au socle qui les soutient est à empalement, expliquons ce dernier mot :

1° Les empalements indiquent presque toujours la seconde partie du XIIe siècle, ou la première du XIIIe. Ils sont généralement au nombre de quatre.

2° Les types d'empalements sont variés ; ils sont formés le plus souvent de feuilles enroulées ; nous en avons vu, à Coutures des landes, qui représentent des pommes de pin ; il y en a qui représentent encore un pied d'homme chaulé d'un soulier pointu. A Saint-Martin l'on reconnaît des figures humaines frustes.

La voûte ogivale de cette église est lourde et affaissée sur des nervures matérielles et trop multipliées ; leurs arêtes sont dégradées, leur prolongement est tronqué en bien des endroits par l'effet du temps et des réparations auxquelles elles ont été soumises.

Ces nervures s'élèvent du tronc de colonne à demi-engagées, et, vont aboutir à un centre, espèce de rosace ou pierre circulaire ou bouton décoré de rinceau.

Voilà pour la première partie de la voûte adjacente au chœur.

Vers le milieu, au contraire, quatre nervures seulement aboutissent à un point pareil à celui que nous venons de décrire. Les nervures qui devraient être intermédiaires d'après la première construction, sont tronquées à partir du fût ; mais il est mieux de dire supprimées par l'architecte réparateur auquel l'économie architectonique, le goût et l'intelligence en firent sans doute une règle.

De là par conséquent trois époques différentes, mais simplement deux ordres d'architecture caractéristique savoir :

1° roman ; 2° ogival ; 3° ogival aussi, et suivant le même abaissement, la même dépression de la voûte, mais dégagé, délié, simplifié par la connaissance de l'art de construire.

Le balustre de la tribune se trouve enfin sous une immense ogive plus élancée, partant des deux murs latéraux de l'église, mais bien décrite. Elle est du même âge que la dernière partie de la voûte que je viens de décrire.

L'embrasure du portail est presque étroite ; la partie supérieure de cette ouverture est trilobée, c'est-à-dire tréflée.

L'ensemble de cette église annonce une époque reculée. Je ne crains point de faire remonter sa fondation au XIIe siècle.

Il est facile de voir qu'elle ne fut pas l'ouvrage d'un jour, ni celui d'une bourgade ; alors, infailliblement pauvre et dépourvue de lumières, vérité qui viendrait grandement à l'appui de nos présomptions sur les soins et l'intervention des sires de Curton, à favoriser l'érection de ce monument.

 

Mes investigations sur le château féodal qui a pu exister à St.-Martin-de-Curton.

 

A Monsieur le Président Lapouyade. 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

S'il est permis de comparer les petites choses aux grandes (parvis componere magna), je vous dirai qu'à l'imitation de Froissard (), qui va chercher l'histoire sur les grands chemins et l'apprend des chevaliers et des abbés qu'il rencontre et avec lesquels il chevauche ; j'ai couru, moi, jeudi dernier (février 18-16), 4 ou 5 heures également, monté sur une haquenée, pour apprendre des doyens d'âge et de M. le M. le curé du lieu, s'il n'avait pas existé dans cette commune un château féodal ! - La tradition est unanime sur ce point :

Il a existé ; et le propriétaire du champ sur lequel se tenait autrefois debout le monument du moyen âge, m'a accompagné sur les lieux pour que je pusse les explorer à loisir.

« Sur un vaste plateau que décorent actuellement de verdoyantes céréales, vous découvrez des myriades de fragments, de briques, de moellons, de mortiers, etc., etc., qui seuls ont résisté, survécu à l'action du temps ou de la pioche impitoyable. Le site de l'antique castel était très-avantageux ; il a de plus, ce château, si je ne me trompe, dominé la voie romaine ou camin Gallian de Burdigala, Bordeaux, à Elusa, Eause, et se trouvait très-rapproché du point inter­médiaire tres arbores, les trois chênes, commune de Syllas, caput sylvarurn, canton de Grignols, Gironde.

Telle est la destinée des ouvrages de l'homme ! A côté de ce château fort régnait probablement, il y a 10 à 12 siècles, une zone immense de ruines romaines, comme aujourd'hui, en suivant toujours l'échelle de dégradation, les maisons du hameau voisin construites (chose qu'on nous affirme) avec le débris du vieux manoir, voient épars et méconnaissables à leur pied, les faibles restes des murailles qui conviaient dans leur enceinte maints pages et varlets, moultes gentes et nobles damoiselles, maints beaux sires et vaillants chevaliers.

Depuis deux générations, au moins, on n'a su découvrir aucune fondation, aucun indice de plan, de forme, de murs de ronde, etc., etc. ; mais, je le répète, tous les anciens du village s'accordent pour affirmer un fait d'existence passée, lequel fait se révèle, ainsi que j'ai exprimé par les menus débris des matériaux de construction.

Une chose des plus simples et des plus triviales du monde va vous faire juger : on a trouvé, en labourant, plus de trois tombereaux d'écailles d'huîtres. Ne devons-nous pas en déduire que les vilains de cette époque ne se régalaient pas de mets si friands, et que les grands seigneurs du pays d’entre-deux mers (les Curton) pouvaient seuls faire apporter, à grands frais le bivalve délicat.

Cette remarque vous paraîtra sans doute puérile. Que voulez-vous donc ; je l'ai avancé, faites-en le cas qu'il vous plaira ; mais tout cela n'est pas l'effet du hasard. Quoi qu'il en soit, ce plateau est dit au lieu de l'Aiguillon (), non loin de Buard, qui fut jadis un petit fief, jouissant du privilège d'avoir une chapelle. Les anciens montrent encore l'endroit où était ce petit oratoire. Ces divers points sont sur la commune de Saint-Martin-de-Curton et distants de 2 kilomètres environ, nord-ouest, de l'église dont j'ai parlé naguère.

Maintenant, faute d'avoir pu découvrir les fondations non équivoques du monument qui vous intéresse ; je me suis aventuré à jeter ici épisodiquement quelques notices.

Tours, donjon, bayle, enceinte, échauguettes, courtines, fossés, hourd, lanternon, oubliettes, meurtrières, créneaux, mâchicoulis, herse, etc., etc. appareils sinistres et menaçants de la féodalité vous vous êtes évanouis ; le laboureur paisible dirigeant sa charrue travaille et fertilise ces terres que vous aviez ensanglantées. La mort, le temps et la justice vous ont renversés de fond en comble ; tout a été nivelé. Les sommets orgueilleux de vos tours ne montent plus dans les arbres de la haute futaie qu'éclairait à son couchant un soleil blafard et de funeste présage.

Où l'on n'entendait, il y a bientôt quatre siècles, que le sourd gémissement des madriers formidables sur leurs gonds énormes, que le bruit des chaînes des ponts-levis, que les cris des veilles (hommes de garde), les accents bruyants du cor, les aboiements prolongés de la meute se ruant à travers les moissons, le tintement lugubre du beffroi, signal d'alarme ou des assauts entre les tyrans, des troupeaux paissent en sécurité, des enfants chantent et folâtrent (), ou bien attentifs aux sons mélodieux des hôtes des bois cherchent à imiter leurs accords qui ont aussi remplacé la voix effrayante et lugubre de la chouette et de l'orfraie, seules compagnes sous ces guivres, ces tarasques de pierre, ces murs redoutables, des vautours féodaux, dont le noir reparium.

Mole tantum sua terrorem incutiebat spectanlibus.

Tout, Monsieur le Président, dans ces plaines sablonneuses, semble, par une fatalité désespérante, s'être condamné au silence le plus absolu, comme si ces lieux redoutaient encore de dévoiler quelque forfait, quelque drame sanglant ou même nous fournir tout simplement quelques détails sur les droits de dîmes, de corvées, de banvin, de bâtardise, d'épa­ves, d'odieuse mainmorte, de scandaleuse prélibation.

Paix aux morts et que la terre leur soit légère, semble vous dire un peuple timide et sans rancune qui, jusqu'à présent, n'a pas daigné se mettre plus en peine de la vie que der de la mort de Jean Chabanes, au château de Curton, en avril 1540.

« O grandeur des mortels ! Ô temps impitoyable !

Les destins sont comblés : dans leur course immuable

Les siècles ont détruit cet éclat passager !

… Et la terre cent fois a changé d'habitants...

Mèdes, Assyriens, vous êtes disparus ;

Parthes, Carthaginois, Romains vous n'êtes plus ;

Et toi, fier Sarrazin, qu'as-tu fait de ta gloire ?

Il ne reste de toi que ton nom dans l'histoire.

Etc., etc. »

1563. Ici la faulx du temps toujours aussi cruelle n'a pas frappé avec moins de rigueur l'écu blasonné de François de Chabannes, sans égard à son lion d'hermine couronné, armé et lampassé de gueules, ciselé dans la pierre ou appendu, selon la coutume, à l'entrée gothique du sombre manoir. (Voir pièces justificatives, n° 2.)

 

Notes biographiques sur les Sires de Curton.

(Communiquées.)

Par lettres patentes du 4 juin 1451, le roi Charles Vil donna le château, place et seigneurie de Curton, près de Casteljaloux, avec ses appartenances et dépendances, en quelque lieu qu'elles fussent situées, tant à Libourne qu'à Rioms, à Bordeaux, en Médoc, à Saint-Émilion, etc., etc. (), à Jacques Chabannes, premier du nom, chevalier, seigneur de La Palisse, de Passy, et pour le rémunérer des louables et profitables services qu'il avait faits par longtemps à Sa Majesté au fait de la guerre à l'encontre des Anglais ses ennemis. Ceci n'était au surplus qu'une restitution, car le château de Curton avait appartenu dans les siècles antérieurs à la maison de Chabannes, qui en fut dépossédée par les Anglais, et que ces derniers avaient donnée à Louis de Beaumont, connétable de Navarre.

Froissard cite un sire de Curton parmi les chevaliers gascons qui suivirent le prince Noir en Languedoc, et qui l'aidèrent dans la campagne suivante à remporter la célèbre victoire de Maupertuis.

Ce Jacques Chabannes, premier du nom, que le roi Charles VII fit sire de Curton, était le compagnon d'armes de Saintrailles et de Jeanne d'Arc ; il commandait mille cinq cents lances, ce qui faisait un corps de cavalerie de six mille hommes. Lors de l'entrée triomphante de Dunois dans Bordeaux, le 23 juin 1451 et le 21 août suivant, il entra dans la ville de Bayonne à la prise de laquelle il venait de contribuer fortement.

La terre de Curton fut érigée en marquisat par lettres du mois de décembre de l'année 1563, sur la tète de François de Chabannes qui remporta, en 1590, la victoire contre le comte de Randan, chef des ligueurs.

 Cependant les membres de la famille de Chabannes peuvent être diversement appréciés par l'impartiale histoire. Si je ne parle que de Chabannes, comte de Dammartin, je suis loin de le trouver l'égal de Jacques Chabannes, seigneur de La Palisse.

Chabannes, comte de Dammartin (Antoine de), grand maître de la maison du roi, grand panetier de France, on­cle du célèbre La Palisse, un des plus riches, des plus titrés et des plus nobles seigneurs du XVe siècle.

Il était néanmoins un des plus grands malfaiteurs de l'époque. Les histoires de plusieurs provinces attestent ses brigandages. Il prenait et pillait les châteaux qui étaient à sa convenance, détroussait, volait, et souvent égorgeait les voyageurs sur les chemins, sans cependant qu'on crût alors qu'il pût se déshonorer. (Voyez l'article routiers, aventuriers, mille diables écorcheurs, guilleris, etc., etc. page 12 de mon premier cahier mosaïque-archéologie.)

On nous donne au contraire Jacques Chabannes comme l'un des plus grands capitaines de son temps.

Il se signala par sa prudence et son courage en plusieurs combats, en plusieurs sièges, sous les rois Charles VII, Louis XII, François Ier, et fut tué à la bataille de Pavie en 1525. Il avait sagement conseillé au roi de se retirer, mais le sentiment de l'amiral de Bonnivet l'emporta.

Mœurs, Traditions, Usages, Continues, Superstitions, Coup d'œil rapide sur les Landes en général. 

Placée, comme nous venons de le dire, aux extrémités des Landes Nitiobrigiennes et par conséquent aux avant-postes des grandes Landes Bordelaises que le vaste Océan complète, à son tour d'une étendue sans bornes, la commune de Saint-Martin participe non seulement des productions du département des Landes, mais elle s'associe parfaitement encore aux mœurs, aux habitudes des populations des deux départements (Landes et Lot-et-Garonne).

D'un côté mouvement, civilisation et progrès dus au com­merce, aux grandes voies de communication qui la mettent continuellement en rapport avec les industriels qui tentent de grandes entreprises, que les forêts de pins offrent à leurs spéculations sous les productions diverses de bois de chauffage, de constructions, de charbon, planches, résine, huile de térébenthine, goudron, indépendamment, des laines, des seigles, des millades, du miel, etc., etc.

De l'autre, au contraire, dédain, mépris pour les innovations, amour de la routine, etc.

Ier.

Leurs bois, (nous dit un auteur en parlant des habitants de cette contrée et des communes circonvoisines) « leurs bois, voilà pour eux la plus belle demeure du monde ; leur cruchade, (bouillie faite de la farine de mil), leur semble avec du jambon le mets le plus succulent, etc., etc. Une peau de mouton taillée en manteau, sans manche, la laine en dehors, voilà leur habillement de prédilection ; supers­titieux à l'excès, ils croient aux sorciers, aux devins ; il s'y trouve malheureusement des personnes qui favorisent ces pernicieuses croyances et qui exploitent ainsi la crédulité publique, pour en soutirer des profits considérables. Peu à peu ces traditions domestiques se gravent dans l'esprit de la jeunesse, et se transmettent comme un héritage. On parle sérieusement du mal donné de la puissance des devins. On a vu des animaux mourir, des enfants tomber malades. Des familles entières dépérir sans qu'il fut possible d'en soupçonner la cause. D'où viennent ces catastrophes sinon des sorciers invoqués dans un moment fatal voilà ce qu'on dit dans nos campagnes, surtout dans les veillées des longues soirées de l’hiver (). Les hommes travaillent, les femmes filent, et les enfants groupés autour du foyer qu'éclaire une chandelle de résine, écoutent avec une insatiable avidité, ces histoires surprenantes poésie du peuple poésie vivante et vigoureuse contre laquelle la philosophie est impuissante, parce qu'ayant répudié la foi elle n'a rien à mettre à sa place. Etrange destinée de l'homme ! entouré de mystères, mystère lui-même, il perd la foi, parce qu'on lui dit vie ne pas croire, et tourmenté cependant du besoin de croire, son esprit se repaît d'absurdités, mille fois plus contraires à notre raison que les sublimes vérités de la religion. »

Nous ne parlons ici que des pauvres et malheureux colons, car les mœurs des riches propriétaires de nos Landes sont douces et polies et ressemblent beaucoup à celles de nos cités.

IIe. 

Enfin, moins stériles que les terres qui bordent l'Océan, nos landes, parsemées d'oasis, compensent abondamment le travail des colons intelligents et laborieux ; on y trouve de riches métairies, de grands troupeaux de brebis ; on en retire de la résine en grande quantité et du miel en abondance. Quelque sauvage que soit l'aspect des terres boisées, elles donnent un revenu plus considérable que les pays riverains, et l'on trouve chez les Landais de l'aisance, tout ce qui constitue les commodités du ménage, ou qui peut répandre un charme sur les occupations domestiques et la vie morne et solitaire des habitants du désert.

IIIe.

() Les bôtes ou fêtes patronales sont les seules solennités qui interrompent de temps en temps l'uniformité de la vie ; ces jours-là, tous les paysans landais se rendent à la messe et aux vêpres du patron de la paroisse ; on régale les parents et les amis à un banquet somptueux, où règnent la franchise et la cordialité. Le reste de la journée se consacre à des amusements champêtres sur la bruyère inculte, ou à l'ombre de vieux chênes. Les haines s'y apaisent ; aucune de ces rivalités de communes, qui arment, dans d'autres contrées, les habitants contre les habitants ; les liens d'amitié se resserrent, et les mœurs s'y adoucissent par le contact des populations urbaines qui viennent prendre part à la fête de famille, à la fête du saint.

IVe. 

Il n'en est pas ainsi, nous dit M. Jouannet, dans les Grandes-Landes, près la mer. Les pauvres habitants de ces lieux ignorent tous les charmes de la vie et semblent être frappés de quelque malédiction du ciel.

« Rien de plus mélancolique, de plus monotone que l'aspect de cette contrée, surtout lorsque sortant de leurs silencieuses forêts, on entre dans ces Landes rases, dans ces plaines où l'oeil ne découvre à l'horizon que des sables arides, des bruyères, des ajoncs et de loin en loin des bouquets de pins maritimes. En été la sécheresse et la nudité des déserts de l'Afrique, en hiver c'est le froid tableau des plages de la Sibérie ; car alors, jusqu'au milieu du printemps les eaux pluviales retenues à leur surface par l'argile ou les cou­ches de minerai, etc., etc. couvrent une grande partie des Landes. »

Ve.

Les mœurs et les travaux de ces Landais sont en harmonie avec la nature du sol ; les troupeaux errent au hasard dans ces plaines immenses, pendant que les pasteurs immobiles, perchés sur de hautes échasses, plaçant un long bâton derrière eux pour soutien, tricotent ou filent de la laine, durant une grande partie de la journée. Pour dissiper leur ennui, ils chantent quelquefois les vieilles légendes, les vieilles romances de la Vasconie (), monuments sauvages mais importants des traditions et des superstitions de ces contrées ; ou bien silencieux et rêveurs ils plongent leurs regards sur cet océan sans rivage dont les sourds mugisse­ments remplissent l'âme d'une secrète horreur. (Voir pièces justificatives n° 3.)

Vers le milieu du VI e siècle, les Vascons, peuple ibérien qui habitait dans la haute Navarre refoulé dans les Pyrénées par les Goths dont ils repoussaient le joug, franchirent cette immense barrière de l'Hispanie et de la Gaule et se précipitèrent sur l'Aquitaine.

Des races maudites, au moyen âge dans la Gascogne et l'Aquitaine.

Il est bien peu de personnes, nous dit M. Francisque Michel, professeur à la faculté de Bordeaux, qui se doutent que sous cette Société française, telle qu'elle nous apparaît maintenant, il y ait eu pendant des siècles des éléments en dehors de la masse générale. Ce que les voyageurs nous rapportent des parias de l'Inde provoque à bon droit notre étonnement ; et cependant si nous prenions la peine de regarder autour de nous, nous trouverions des races dont le sort était encore hier aussi misérable, aussi digne de pitié : nous voulons parler des Cagots ou Capots des Pyrénées et de la Gascogne, des Gahets de la Guienne.

Nous ne traiterons, nous, que de ces derniers, quoiqu'on pût ranger sur la même ligne les Coliberts de La Rochelle, les Cagous de la Bretagne, les Gézitains de la Bresse, les Vaquerots des Asturies et les Morisques errants dont les ancêtres furent chassés de l'Espagne, sans parler encore de plusieurs autres infortunés, disséminés ça et là et connus plus généralement sous le nom de races maudites.

Les mots Gahets ou Cagots servaient, dans le moyen âge, à désigner une classe malheureuse du peuple, qui atteinte d'une lèpre, d'une maladie contagieuse vivait isolée, proscrite et exclue des privilèges, des jouissances communes de la vie ; elle était, pour ainsi dire, parquée au loin, à l'instar des animaux immondes.

Plusieurs savants, Marca entre autres, pensent que les Gahets ou Capots, noms qu'on leur donnait en différents pays, étaient les restes des Maures qui, tombés au pouvoir des Gascons, après la bataille de Poitiers, embrassèrent le christianisme pour avoir la vie sauve, et qui n'osant plus retourner chez eux, après leur conversion, s'établirent dans la Gascogne, où en haine des doctrines ariennes que les Goths professaient et qu'on attribuait aux lépreux, le peuple les appelait Cagots, Caas Goths, chiens de Goths.

Quant au mot Gahet on pourrait facilement le faire dériver du verbe roman, ou pour mieux dire patois gaha, atteindre, mordre, infecter, contagionner. On dit communément dans le patois bazadais : l'a gahat, pour dire il l'a pris, il l'a atteint ; c'est le gaffa des Agenais, il l'a mordu. Nos marins sur Garonne appellent gaffe leur longue perche armée d'un croc, au moyen duquel ils s'accrochent aux troncs des arbres qui bordent le rivage. On sait que les Gascons substituent la lettre H à la lettre F. Gaha est donc employé pour gaffa, comme hagot est employé pour fagot, etc., etc.

Mais laissons toute dissertation lexicographique pour rentrer dans notre sujet.

Des auteurs enfin désignent la lèpre sous le none de mal des ardents ou feu de saint Antoine, et prétendent que cette maladie fut portée d'Orient par les croisés : bref, il nous manque assurément une description exacte de cette maladie qu'on appelle encore, sans trop savoir pourquoi, feu-persique, feu-sacré, erysipèle, peste, charbon, fièvre inflammatoire. Quoi qu'il en soit, en 1085, il mourut, au dire de Labénaisie, en Agenais, en Périgord ou en Quercy, plus de 10.000 personnes de cette affreuse maladie.

Je serais, moi, d'autant plus porté à croire que cette maladie fut un triste fruit de croisades, qu'elle sévissait cruellement dans les pays chauds au temps mente reculé de Moise. On voit en lisant les Saintes Écritures les sages mesures que prenait le sublime, législateur des Israélites pour en empêcher la communication. Les détails dans lesquels il entrait feraient encore aujourd'hui honneur à la perspicacité d'un habile médecin.

Entre autres recommandations faites à l’assemblée d’Israël, il disait : « Si tu exécutes les préceptes, les statuts et les lois que je te prescris, tu seras exempt de maladies ; si tu les abandonnes, tu te verras bientôt frappé de fièvres, dessèchement, de toutes les maladies contagieuses et durables qui ont frappé l'Égypte, même de toute autre maladie que celles qui sont inscrites dans ce livre de la loi. »

Maintenant, soit par tradition, soit enfin par précaution sanitaire, eu égard à l'horreur qu'inspirait l'état physique de ces malheureux, les autorités civiles et religieuses, au moyen âge, je dirai même jusques avant la trop mémorable révolution de 93, prirent dans la Guienne, comme on les prit partout ailleurs, les mesures les plus sévères contre les Gahets qui se trouvaient surtout en grand nombre dans le Bazadais, aux environs d'Useste, de Saint-Michel, de Lignan où un hameau porte encore leur nom (au Gahérau).

Il était donc défendu aux Gahets d'entrer en ville, de marcher sur la voie publique sans avoir des sandales, de peur que le suintement de leur peau n'infectât le pavé que devaient fouler des pieds non ladres. Ils ne pouvaient exercer d'autre profession que celle de bûcheron ou de charpentier ; plus tard, ils étaient obligés de courir les premiers aux incendies, aux travaux pénibles et humiliants. En Béarn, ils étaient ravalés à la condition d'esclaves ; on les vendait, en quelques-uns de ces endroits, comme des troupeaux. Gaston II, seigneur de cette province, voulant se marier et ayant be­soin du consentement de quelques parents, leur fait présent entre autres choses, d'un Cagot.

Ce présent ne dut pas être, à mon sens, fort agréable, car on fuyait avec horreur la présence des Cagots et des Gahets qu'on réputait ladres, infects.

A l'église, ils avaient un banc et leur bénitier à part ; en justice, il fallait 7 témoins d'entr'eux pour balancer un té­moignage ordinaire. Ils portaient sur leur habit un pied d'oie ou de canard, symbole de purification, caractérisé par ces animaux aquatiques ; ce signe avertissait ainsi les autres hommes pour qu'ils pussent éviter leur rencontre. Il arriva que ces êtres proscrits, ne pouvant s'allier en dehors de leur famille, sentirent par degré se vicier et se corrompre un sang qui, languissant dans les mêmes canaux, s'y compliquait peu à peu de tous les maux héréditaires. Leur espèce dégénéra et devint hideuse. Telle est sans doute la cause du crétinisme qui affecte certaines parties des Pyrénées, où l'on trouve encore beaucoup de goitreux qui ont conservé l'ancien nom de Cagots.

Telle est aussi, peut-être, la cause, dans les Landes, du mal dit de Saint-Louis, que les Gahets, d'abord isolés, séquestrés, auraient transmis, dans la suite, par le mélange de leur sang impur à des populations que l'humidité des lieux, l'insalubrité du climat, la mauvaise nourriture, l'eau fétide et tant d'autres principes délétères rendent déjà très-facilement sujettes aux scrofules.

On voit à Casteljaloux, le 25 août, jour de la Saint-Louis, des familles entières de colons abandonner leurs lagunes infectes pour venir porter leurs offrandes, dans la chapelle dédiée au saint roi, et assister avec le plus profond recueillement à la messe qui se dit à l'intention de soulager leurs maux et d'appeler sur eux les grâces du Ciel.

Voici comment M. de Marchangy dépeint l'exclusion d'un Gahet du sein de la société :

« … L'official alla de suite conférer avec le sire de… Et il fut décidé entre eux et les échevins que le ladre ayant abusé maintes fois de sa liberté serait banni du territoire de la seigneurie dans les formes accoutumées… Le lendemain on sonna trois coups d'agonie, et l'on célébra l'office des morts, où le pauvre garçon qu'il s'agissait de mettre hors du siècle assista, séparé des autres chrétiens et le visage enveloppé comme le jour des trépassés.

Après cette messe dolente on le pria de passer au cimetière. Là, le curé prit trois fois de la terre et la répandit sur le front du lépreux, en lui disant : « Mon ami, c'est signe que tu es mort quant au monde ; aie donc patience et résignation. »

De là, on le conduisit processionnellement aux frontières de la seigneurie, et le curé lui fit, selon la coutume ordinaire, les prohibitions suivantes : « Tu sais, ami, qu'on t'a dénoncé comme ladre ; je requiers donc que tu observes strictement les articles ci-après :

1° Quand tu seras malade, tu n'entreras en aucune maison, si ce n'est en ta hutte élevée sur quatre estaques (pieux, piliers), à une distance de 20 pieds au moins des chemins et habitations ; laquelle hutte sera brûlée après ta mort véritable, ainsi que les hardes et les effets à ton usage. Le tout à la réquisition du seigneur, qui pourra néanmoins se réserver l'étain, plomb, fer, chaudrelage, et autres de tes biens non infectés.

Item. II t'est défendu de paraître dorénavant en cette ville pour faire tes quêtes si ce n'est le jour de la Pentecôte, de Noël, de La Toussaint et le Dimanche-Gras.

Item. Tu n'entreras plus dans nulle procédure pour requérir jugement.

Item. Tu ne viendras plus te mirer en puits, fontaine quelconque ; mais on laisse à ta soif l'eau de l'étang solitaire ou du ruisseau qui coule au fond du bois. Si tu rencontres quelqu'un, agite en manière d'avis ta bruyante tartarelle (crécelle). (Tartarelle vient du verbe roman tartalhar trémousser.) Et si tu oses parler, que ce soit du moins au-dessous du vent.

Item. Ami, garde-toi, nous t'en prions, et en cas de besoin nous te l'enjoignons, de boire jamais en un autre vase que le tien ; ne passe jamais sur une planche ou le long d'un parapet sans avoir mis tes gants.

Item. Ne découche jamais sans congé du curé du lieu et de monseigneur l'official. »

Ce discours étant fini le peuple cria au lépreux, va-t-en, ami, va, va. Et se tournant une dernière fois vers le peuple, le lépreux voulut répondre avec assurance et moquerie ; mais ses bravades n'étaient qu'apparentes. Des larmes survinrent, et il n'ouvrit pas la bouche, de peur de laisser écla­ter les sanglots dont sa poitrine était suffoquée.

Des croisades.

 Après m'être occupé très-succintement, il est vrai, du moyen âge, et n'avoir rien dit des Croisades, j'ai cru devoir réserver ici quelques lignes à cette époque importante de notre histoire.

L'époque des Croisades appartient de droit à la poésie, car, même dans ses détails le plus arides, elle est encore une source d'inspirations.

Ce serait un magnifique tableau que celui qui retracerait, sous les formes consacrées du rythme, la marche solennelle des peuples, allant vers l'Orient retremper leur foi et assou­plir leur civilisation, l'étude des localités, dit un géographe, ressortirait de ce point sans rien perdre de son exactitude et de sa fidélité.

En voyant sous les étendards des rois défiler les bannières des comtes, et sous les bannières des comtes se grouper les enseignes des seigneurs, on les classerait suivant leur valeur féodale ; leurs écus blasonnés, leurs couleurs, leurs devises diraient hautement leur rang, leur filiation, et dans la merveilleuse hiérarchie du camp, l'esprit retrouverait les divisions anciennes du sol de la patrie.

Ainsi, dirai-je, Homère, énumérant les vaisseaux de la flotte des Grecs, portés aussi sur les rivages d'Asie, décri­vait les contrées qui avaient équipé ces vaisseaux, et traçait, dans ses chants immortels, la position géographique de ces divers peuples.

Mais malheureusement il n'existe plus des Homères pour revêtir de tels sujets des charmes de la poésie. Quoiqu'il en soit, quoiqu'on en dise, s'il est une entreprise digne des encouragements de tout homme ami de son pays, c'est peut-être celle de l'écrivain qui consacre ses loisirs à évoquer les traditions, les usages, en un mot, tous les éléments propres à nous faire aimer ce dont nous avons, besoin, à réconcilier le présent avec le passé, et à prévenir ainsi l'entière prescription de ce que la naïve sagesse de nos pères avait naturellement trouvé pour nourrir l'esprit de famille et de propriété, ces deux grandes sources des vertus publiques et privées.

 

Partie religieuse.

 

NOTES SUR LA PAROISSE DE SAINT-MARTIN-DE-CURTON, CANTON
DE CASTELJALOUX, DIOCÈSE D'AGEN.

(Communiquée)

La paroisse de Saint-Martin-de-Curton, sous l'invocation de saint Martin, archevêque de Tours, son premier patron, et sous celle de saint Blaize, son second patron, faisait partie du Bazadais (diocèse de Bazas). Après la suppression de cet évêché, qui eut lieu en 1792, Saint-Martin fut réuni à celui d'Agen avec tout le canton de Casteljaloux ().

Il est impossible de ne rien préciser sur l'origine de la commune de Saint-Martin ; il n'est guère plus facile de citer l'époque où elle fut, érigée en paroisse. On ne trouve ici ni légendes, ni chroniques ; en un mot, il ne reste aucune trace qui puisse conduire à une date certaine. Cependant cette paroisse doit être ancienne, et peut-être même la plus an­cienne de la contrée. La construction du chœur de son église gothique semble l'annoncer.

L'ensemble de l'église frappe celui qui la visite pour la première fois ; il en impose, et, comme tous les monuments anciens, il inspire à l'âme ce saint tremblement que fait naître la présence du Seigneur dans la maison qu'il s'est choisie.

Quand on a un peu examiné toutes les parties de l'édifice, on voit avec peine qu'il manque de régularité ce qui annonce qu'on l'a bâti à diverses époques, comme le prouvent très-bien les différents genres d'architecture qui le composent. Le chœur de l'église est de style roman parfaitement caractérisé. Il a sept mètres de profondeur, sur quatre centimètres de largeur. Quatre belles colonnes ornent ce véritable Saint des Saints. Les deux premières soutiennent un arc à plein cintre, et les deux autres supportent à l'entrée du choeur un arc brisé. Les hases et les chapiteaux des colonnes sont ornés de figurines, d'ornements fort dégradés ; le jour se glisse doucement dans le sanctuaire par deux croisées à plein cintre.

Le reste de l'église, jusqu'aux marches de la porte, a 12 mètres de longueur sur 7 mètres 40 centimètres de largeur. La voûte (voir les détails à la page…). Six croisées sans ornementation éclairent la nef de l'église. Ces croisées étaient autrefois beaucoup plus hautes, comme il est facile de s'en convaincre en voyant le mur extérieur ; elles étaient même plus riches et en rapport avec l'architecture intérieure de l'édifice.

On descend dans l'église par huit marches ; les quatre premières vous introduisent sous un porche vaste et commode, quoique simple, en forme d'auvent ; les autres qua­tre conduisent dans la nef. Il n'y a qu'une seule porte d'entrée : un portail trilobé et sans autre ornement distinctif. Le clocher est comme ceux de toutes les églises du pays. Il était autrefois plus élevé que ceux d'alentour, mais une ex­cessive prudence en fit abattre la pointe qui semblait s'ébranler quand on lançait à la volée les deux belles cloches qu'il possède encore. On a remplacé le sommet aigu dudit clocher par une maçonnerie tronquée se terminant par un cordon à tuile mouillée.

En fait de monuments, de tombeaux, et autres objets d'art ou d'archéologie l'église, de Saint-Martin n'offre aujourd'hui rien de remarquable. Cependant si l'on veut ajouter foi à ce que racontent les anciens de la paroisse, leur église renfermait avant 93 des objets précieux qui furent enlevés ou détruits. Le vandalisme de cette époque exerça d'affreux ravages à Saint-Martin ; tout fut saccagé, pillé ; on arracha jusqu'aux barres de fer des croisées, même les serrures des portes ; de sorte que le respectable M. Marsaudon, curé de cette paroisse, dans ces temps malheureux, ne trouva, en arrivant de l'émigration, que des murailles nues.

Comme l'atteste l'inventaire du vénérable M. Marsaudon, inventaire déposé à la mairie avant son départ pour l'Espagne, l'église de Saint-Martin était riche en vases sacrés et en toute espèce d'ornements pour le culte.

Avant la révolution, la fabrique avait de gros revenus qu'elle employait avec une intelligente dévotion à embellir la maison du Seigneur.

Voici quelques objets, entre autres, portés dans cet inventaire écrit de la main même du vénérable pasteur :

1° Un ciboire en argent ;

2° Un ostensoir de la même matière ;

3° Un calice, avec la patène et une petite boite, porte-Dieu ; le tout aussi en argent.

Ornements sacerdotaux.

1° Un ornement rouge, à croix blanche, dentelé en argent ;

2° Un de Damas vert, dentelé en argent ;

3° Un de dauphine, fond blanc, fleurs en soie, galon en or ;

4° Un dit, bout-de-soie, dentelé en argent ;

5° Un de Damas blanc, dentelé en or ;

6° Un de Damas rouge, dentelé en argent ;

7° Un de Damas violet, dentelé en argent ;

8° Un de velours noir ;

9° Un blanc, à croix jaune et galon soie jaune ;

Enfin, un pluvial de dauphine, galon en or ;

Un pluvial de dauphine noir ;

Une écharpe, frange en or, etc., etc.

De nos jours, avec quelques réparations, on a pu utiliser la chaire à prêcher qui fut construite à Marmande, en 1722, par le sieur Bacqué, sculpteur.

Le confessionnal est encore plus ancien, d'après une note que nous copions :

Avoir fait, à Casteljaloux, un confessionnal, par consentement de M. le curé et communauté, pour la somme de 61 livres, semblable à celui de Lerm (Gironde).

Le tableau du grand autel fut également respecté pendant la tourmente révolutionnaire. Ce tableau représente J.-C. en croix, saint Martin d'un côté et saint Blaize de l'autre. Il fut peint à Condom en 1727 par le sieur Labour et fut payé 140 livres.

Le petit autel de la Sainte Vierge est d'un rare fini. On admire ses sculptures et la pose des petites statues qui le dé­corent. Il est en bois et si bien conservé que les connaisseurs et amateurs d'antiquités sont étonnés de ce que la Fabrique n'ait pas mieux aimé le faire réparer que d'acheter un autel moderne, il est vrai, mais qui ne s'harmonie en aucune façon à l'architecture romane du chœur de l'église. Plus tard, nous osons l'espérer, la Fabrique réparera ce que réclame le goût et l'art.

Cet autel de la Vierge appartenait aux dames de Saint-Benoît, religieuses cloîtrées à Casteljaloux () et fut donné à l'église de saint Martin, par M. Rouget, alors curé de saint Raphaël de Casteljaloux.

Dans la sacristie, le prêtre qui se revêt des habits sacerdotaux, a devant lui, sur le vestiaire qui date de 1735, un crucifix en bois d'une belle expression. Cette image du rédempteur du monde fut achetée par le prêtre de la paroisse aux capucins de Marmande en 1740.

Nous n'avons remarqué dans la paroisse de Saint-Martin aucun monument ancien. Cependant une tradition rapporte qu'autrefois, dans la section de Saurine on voyait une petite chapelle sous l'invocation de Saint-Vincent ; mais il est impossible de se prononcer affirmativement sur ce point. Il ne reste absolument vestiges de cette maison de prières élevée par la main de nos pères.

Buard était un petit fief qui jouissait du privilège d'avoir une chapelle où l'on célébrait de temps en temps les saints mystères : les anciens de la paroisse montrent encore aujourd'hui l'endroit où était ce petit oratoire.

L'église de Saint-Martin n'a à enregistrer le nom d'aucun bienfaiteur ni donateur ; du moins nous n'avons rien vu qui put nous faire soupçonner un pieux legs ou une fondation quelconque pour la Fabrique, ou pour les pauvres de la paroisse. Seulement nous avons sous les yeux une note sans signature qui nous apprend de quelle manière les prêtres de Saint-Martin jouissaient autrefois de la plus belle prairie du pays, laquelle était attenante au jardin du presbytère.

 

N. B. Avertissement aux curés de Saint-Martin. 

 

« M. Bonnet, laissa aux curés de Saint-Martin ses succes­seurs le pré du presbytère, à la charge de douze messes par an, savoir : une par mois. C'est pourquoi le curé possède ledit pré noblement. L'an 1694, ou vers ce temps-là, le sieur Bonnet ou Olivier, son oncle, avait acheté ce fonds. (Acte retenu par Beauroche.) Quant à la fondation, le testament est retenu par Labarrère vers 1731 ou 32. »

Les prêtres de Saint-Martin ne jouissent plus de cette donation ni du jardin adjacent à cette prairie ; ces deux objets ont été vendus pendant la révolution, comme l'affirme le propriétaire actuel.

Après bien des recherches, nous avons dressé la liste des prêtres qui ont servi la paroisse de Saint-Martin, depuis 1614.

Nous donnons cette liste comme très-exacte parce qu'elle a été dressée sur des documents authentiques et originaux.

1° M. Castin occupa la paroisse de Saint-Martin en 1644, jusqu'en 1646. Nous n'avons pas pu savoir s'il était mort à Saint-Martin, ou s'il avait accepté un autre poste.

2° M. Jean-Joseph Lucbert, fut curé de Saint-Martin depuis 1647 jusqu'en 1675 et administra ainsi la paroisse pendant 28 ans.

3° M. Alary fut sous M. Lucbert, vicaire de Saint-Martin, depuis 1670 jusqu'en 1676.

4° M. Bertrand Olivier, était curé d'Antagnac lorsqu'il fut nommé vicaire à Saint-Martin, en 1676. Mais l'année suivante il obtint le titre de curé de Saint-Martin et administra cette paroisse pendant 41 ans. Il s'occupa beaucoup de l'embellissement de son église et fit de grandes réparations : M. Olivier fut le premier qui donna à l'église de Saint-Martin deux cloches. On a toujours tenu depuis à conserver ce nombre. M. Olivier mourut le 29 avril 1717 et son corps fut enseveli dans l'église de Saint-Martin-de-Curton.

5° M. Jean Jacques Bonnet, élevé depuis son enfance à Saint-Martin, auprès de son oncle, M. Olivier, fut nommé vicaire de Saint-Martin, en 1700. A la mort de son oncle, il devint curé de la paroisse de Saint-Martin qu'il desservit jusqu'en 1731, pendant 31 ans. Il mourut le 15 octobre, âgé de 66 ans, et son corps fut inhumé, d'après son désir, dans le cimetière de la paroisse. Il avait un frère, curé d'Antagnac au moment de sa mort.

6° Barthélemy Lapuxère, commença à desservir la pa­roisse de Saint-Martin, vers les premiers mois de l'année 1732, jusqu'à sa mort qui arriva le 13 mai 1744. Pendant les 12 années de son administration, M. Lapuxère fit de grandes réparations à l'église et surtout au cimetière. Ce fut lui qui fit bâtir cet auvent qui touche le presbytère, et murer une partie du cimetière. Son corps fut inhumé dans le sanctuaire, au pied de l'autel.

7° Victor de Malescot, d'une famille ancienne et respectable de Bazas, prit possession de la paroisse de Saint-Martin, le 16 juin 1744 jusqu'en 1747. Il fut chanoine titulaire de la cathédrale de Bazas.

8° Le révérend père Théodose, capucin à Casteljaloux, desservit la paroisse de Saint-Martin, pendant la vacance du titulaire, qui dura une année entière.

9° Alexandre Gauran fut nommé curé à Saint-Martin en 1748. Il ne desservit cette paroisse que quatre années seulement.

Nota : Monseigneur Jean Baptiste Amédée Grégoire de Saint-Sauveur, évêque de Bazas accompagné de M. de Malescot, ancien curé de Saint-Martin, voulut célébrer la fête patronale de son diocèse (la décollation de Saint Jean-Baptiste (), le 29 août) dans l'église de Saint-Martin-de-Curton. Il administra ce même jour-là, dans cette église le sacrement de confirmation.

La famille Barrère conserve avec soin l'original du compte-rendu à Monseigneur l'évoque par un nommé Barrère, syndic de l'église cette année 1750. Ce compte est ap­prouvé et signé par ce digne prélat.

10° Pierre Fitte né à Condom, fut curé de Saint-Martin, depuis 1753, jusqu'en 1781. Pendant sa longue administra­tio,n il fit refaire à neuf la charpente au-dessus de la nef ; il fit construire la tribune qui existe encore de nos jours. Il répara les arcs-boutants qui s'écroulaient et fit refondre la grande cloche en 1776. Il mourut à Casteljaloux après avoir résigné son titre à M. Marsaudon, moyennant une faible pension viagère.

11° Jean-Baptiste Marsaudon, né à Casteljaloux, fut nominé en 1780, vicaire des églises de Bouchet et du Tren. En 1784, dans le mois de février, il devint par la démission de M. Fitte curé de Saint-Martin, jusqu'en 1792, qu'il partit pour l'émigration, se dirigeant sur l'Espagne. En 1802 il rentra en France et desservit toujours Saint-Martin jusqu'en 1830. Il mourut le 21 septembre, à l'âge de 75 ans et son corps fut inhumé sous le porche de l'église. La piété des habitants de Saint-Martin a fait placer une pierre tombale sur sa dépouille mortelle.

M. Marsaudon possédait d'heureuses qualités et d'émi­nentes vertus qui lui faisaient avoir une grande défiance de lui-même. Plusieurs fois, Monseigneur Jacoupy le nomma à des postes plus importants ; mais il s'en défendit toujours, en priant son évêque de le laisser mourir au milieu de ses premiers paroissiens, qu'il aimait comme un père ses propres enfants. Sans ennemis durant sa longue administration, il emporta les regrets de tout son troupeau et ceux de toutes les personnes qui eurent le bonheur de le connaître. Aujourd'hui encore on ne parle de lui qu'avec une vénération toute particulière ; tant les souvenirs de cet homme de bien sont gravés dans le coeur de tous.

12° Jean Labrousse, né à Villeneuve-sur-Lot, après avoir été vicaire de Duras, fut nommé à la cure de Saint-Martin, le 1er janvier 1831 ; il administra cette paroisse trois mois seulement. On appréciait déjà ses excellentes qualités, lorsqu'il fut nommé à la paroisse de Ladignac-sur-Lot.

13° Pierre Buytet, né à Meilhan, fut nommé curé de Saint-Martin, le 1er janvier 1832. Il y resta jusqu'au 1er jan­vier 1836. Pendant les quatre années de son administration, il ranima la piété, la ferveur des fidèles qui s'étaient un peu refroidis par l'absence des prêtres dans la paroisse. Il bénit un grand nombre de mariages civils contractés depuis la mort de M. Marsaudon. Il fit d'immenses réparations à l'église, et lorsque ses paroissiens espéraient le posséder encore longues années, son état de souffrance le força de demander une autre paroisse moins étendue et d'un travail plus facile. La paroisse de Gaujac recueille les fruits de la présence de ce vertueux prêtre.

14° Pierre-Jean-Eloi Anduran, né à Casteljaloux, après avoir été vicaire de Penne, en Agenais, fut nommé curé de Saint-Martin-de-Curton, le 1er janvier de l'année 1836.

C'est en vain que nous avons fait des recherches pour trouver quelques traces de confréries ou de congrégations religieuses, établies dans l'église de Saint-Martin ; il est probable que ces sortes de sociétés, qui entretiennent si bien la piété dans le cœur des fidèles, n'ont jamais existé dans cette paroisse. Mais depuis le 2 juillet 1836, la confrérie de Notre-Dame-de-Mont-Carmel a été établie en cette église en vertu d'un diplôme de Monseigneur Jacoupy. Un grand nombre de personnes de la paroisse, non moins que des paroisses circonvoisines, se sont empressées de se recouvrir des signes sacrés de Marie, et tout fait espérer que cette congrégation produira des fruits abondants et durables.

 

Mœurs (). 

 

Les habitants de la paroisse de Saint-Martin sont doués d'une foi vive, leurs mœurs sont douces et annoncent beaucoup de dispositions religieuses. Chez eux le prêtre est l'objet d'une estime, d'un respect tout particulier, aussi s'attachent-ils sincèrement à leur curé. Tous aiment à assister aux Saints-Offices, les dimanches et les autres jours de fêtes, surtout aux fêtes, quoique supprimées, de la Sainte-Vierge. Les étrangers remarquent le recueillement, la ferveur qui règnent dans l'église pendant nos saints mystères ; jamais le pasteur n'a à déplorer ici le scandale qui, dans la plupart des villes, changent la maison du Seigneur, la maison de prières, en caverne de voleurs (pour parler le langage de l'Écriture). Immédiatement après les Saints-Offices, jeunes et vieux, tous se retirent tranquillement chez eux ; personne ne s'arrête au cabaret, qui n'est d'ailleurs fréquenté que par quelques étrangers.

Nous n'avons pas non plus à gémir sur les excès du jeu qui ruine tant de familles, l'habitant de Saint-Martin aime mieux, par de sages économies, agrandir l'héritage de ses pères que de se jeter dans le hasard des cartes, hasard que réprouvent les lois civiles et religieuses. L'usurier, les personnes de mauvaise vie et celles qui assiégent si souvent le prétoire de M. le juge de paix sont hautement méprisées de tout le monde et laissées de côté par chacun en particulier, et cela, par un sentiment de convenances et de dignité bien appréciables de nos jours.

Le huit mai 1843 a été un jour de fête et de bonheur pour tous les habitants de Saint-Martin qui ont pu jouir de la présence de Monseigneur de Vesins.

Accompagnée de la population tout entière, Sa Grandeur s'est dirigée vers l'église où elle a fait entendre sa voix tendre et persuasive et où elle a administré le sacrement de confirmation à 250 personnes. Monseigneur a admiré l'antique église de Saint-Martin : tout y est humble, mais tout y est empreint du caractère de son époque. Sa Grandeur n'a pas été également moins touchée de la piété des fidèles et de l'instruction des jeunes enfants.

Les habitants de Saint-Martin se rappelleront longtemps de cette touchante cérémonie. - Fêtes du christianisme, qui fîtes le bonheur de nos pères, fêtes attendrissantes et sublimes dont les anniversaires se rattachaient au souvenir des plus douces émotions, vous n'avez jamais coûté une larme à l'innocence, un sacrifice à la pudeur, un tourment à l'amour-propre, une humiliation à la pauvreté ; jamais vos saintes voluptés n'ont épuisé l'épargne du père de famille : jamais votre lendemain n'eut d'amertume. Que les riches, que les favoris du siècle colorent le fantôme de leur vie à la lueur d'un plaisir qui n'est déjà plus, qu'ils changent d'ennuis pour chercher à ranimer les mourantes envies de leur cœur émoussé ; tandis qu'ils sentaient l'impuissance de leur fortune, des êtres simples et religieux goûtaient sans frais les délices des solennités chrétiennes.

C'est Noël tout plein de l'harmonie de ses cantiques, tout illuminé des brandons de minuit ; c'est le Premier de l'an avec les veux de l'amitié, l'oubli des ressentiments et la joie des petits enfants : c'est l'Épiphanie avec ses diadèmes sans épines et les coupes fraternelles remplies et vidées au milieu des acclamations ; c'est Pâques et ses cris de gloire et de résurrection et ses mille pratiques immémoriales et toutes ses traditions solennelles, embaumées du tribut des premières fleurs. De Marchangy (France au XIVe siècle.)

 

Iconographie religieuse.

 

À CEUX QUI NOUS TRAITENT PLAISAMMENT DE VISIONNAIRES.

 

Depuis le IXe jusqu'au Xe siècle, le christianisme fit sculpter, ciseler, graver, peindre, tisser une innombrable quantité de statues et de figures dans les cathédrales, les églises de paroisses et les chapelles, dans les collégiales, les abbayes et les prieurés. Le christianisme donna donc la plus grande importance à l'art figuré, ainsi que le démontre l'iconographie chrétienne de M. Didron. C'était l'histoire de Dieu et de son peuple écrite sur la pierre aux façades des cathédrales, témoin, dans nos contrées, l'église de Bazas, Saint-André, à Bordeaux, etc., etc. inscrite dans les corbeilles des chapiteaux, inscrite dans les boutons des voûtes, aux intersections des nervures ; histoires quelquefois allégoriques, symboliques, pour exprimer des idées abstraites ; histoires ingénieuses et le plus souvent exactes et fidèles des passages tantôt naïfs et sublimes de l’Écriture sainte et des inspirations non moins sublimes des prophètes.

Il n'y a donc que l'ignorant, l'homme indifférent à tout, qui puisse regarder comme dépourvues d'intérêt ces sculptures grotesques, en apparence, et bizarres seulement pour celui qui ne sait et ne veut apprendre à les lire, à découvrir leur sens mystique.

Le plus souvent, d'ailleurs, ces sculptures représentent à l'ode, à l'esprit, un fait palpable.

J'ajouterai encore, en invoquant toujours l'autorité du secrétaire du comité historique des arts et monuments, M. Didron, que les auteurs ou les conseillers de ces sculptures peintures, etc. voulaient que les personnes qui ne savaient pas lire, eussent toujours sous leur regard l'image éternellement aimable du Christ et de saints ; car ces images parlent, et ne sont, pour un cœur plein de foi et d'amour, ni muettes, ni privées de vie, comme les idoles des païens. Aussi, quelle ardeur ne mettaient pas les iconoclastes à les détruire.

 

FIN.

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

I.

DE L'ERMITE DE LA CHAUSSÉE D'ANTIN.

 

On en veut un peu à l'écrivain de ce qu'un talent aussi heureux s'arrête presque toujours à la surface des objets, c'est une imagination brillante et légère, qui joue avec ses émotions, mais qui n'est pas entraînée par elles. Elle badine toujours avec grâce ; elle exprime bien ce qu'il y a de frivole dans les mœurs nouvelles ; mais le tableau des vices lui échappe.

Cependant on peut, en lisant les principaux ouvrages de M. de Jouy, se faire, par comparaison, une idée assez juste du tableau de toutes les prétentions et de tous les ridicules de salon de la société nouvelle. Tout le monde aspirait alors à briller par l'élégance et le bon ton ; une foule de ridicules naquirent de ce désir immodéré de faire des choses auxquelles on n'avait pas été accoutumé par l'éducation ; un bourgeois était un gentilhomme improvisé ; c'est assez vous en dire.

II.

« La Réole, février 1846.

Monsieur,

Un de mes amis, mon collègue à l'Académie de Bordeaux, désirerait vivement avoir des renseignements archéologiques sur un ancien château féodal, qui a existé dans vos contrées.

Voici la note qu'il m'a adressée :

Le château dont il s'agit, est celui de Curton, ou mourut, le 10 avril 1540, Jean de Chabannes, grand sénéchal de Guienne, etc. dont le tombeau a existé dans l'église des Augustins de Bordeaux ; cette terre fut érigée en marquisat, par lettre de décembre 1563, en faveur de François de Chabannes, lieutenant-général du roi, etc.

Les armes sont de gueules, au lion d'hermine, couronné, armé et lampassé de gueules.

En quelles mains est passée la seigneurie de Curton ?

- Depuis quel temps est-elle sortie de la maison de Chabannes, qui existe toujours ? - Le château paraît-il avoir eu de l'importance ? Existe-t-il encore ? - A-t-il été remplacé par quelque habitation moderne ? S'il a été détruit, en reste-t-il des ruines et des souvenirs ?

Le président du tribunal civil de La Réole, »

L. M.

 

III.

UN PETIT VOYAGE.

LES BORDS DE L'OCÉAN PAR UN TEMPS CALME, ET L'OCÉAN LORSQU'IL SOULÈVE SES FLOTS. - EFFETS QU'IL PRODUIT SUR LE MORAL.

 

Cependant nous approchions du sommet des brisants. Nous commencions à sentir l'impression de ce vaste silence qui règne sur l'immensité de la plaine liquide, quand on se trouve en présence des abîmes du ciel et loin des bruits de la terre. Il faut reconnaître que l'homme, quoiqu'il soit né pour la société et la civilisation, a néanmoins besoin de la solitude et du silence : il se rapetisse en tournant du côté du bruit et de la société ; il semble au contraire qu'il s'élève et grandit quand il regarde du côté du silence et de la solitude. Du côté de l'humanité est le spectacle des faiblesses et des vices de l'homme ; du côté du désert est le spectacle de l'infini et les grandeurs de Dieu. On se sent plus petit et plus grand à la fois, quand on se trouve seul, face à face avec l'univers. Debout sur la cime d'un cap, vous n'avez pour témoin que le soleil et l'espace qui se déploie sans fin devant votre regard et votre pensée. L'espèce d'abandon où vous êtes vous rapproche de Dieu, par le besoin que vous éprou­vez de sa protection. Votre pensée s'épure et s'exalte en songeant que vous êtes sous les yeux et la main de l'auteur de toutes ces merveilles, qu'il livre à votre admiration et à votre étonnement.

Qu'elle est grande cette mer qui semble gronder depuis le commencement des siècles contre les téméraires qui se creusent mille routes dans son sein, depuis l'insulaire lancé sur un tronc d'arbre, jusqu'à Colomb menant tout un peuple à tout un monde ! Qu'elle est grande cette mer qui recèle dans ses profondeurs inconnues les terribles secrets de la puissance de Dieu ! Elle vit de lumière, de vents et de tempêtes, et, pour rester pure, elle rejette au loin, sur ses grèves, les vertes écumes qui se détachent des rochers et les cadavres immondes que la seule soif des richesses aventure au loin sur ses flots…

L'Océan est l'éternel ennemi de la nature contre l'humanité ; il semble qu'il couve encore quelques restes de sa colère du déluge, et, qu'indigné des nouveaux crimes de la race humaine, il attend avec impatience un signe de Dieu pour engloutir une seconde fois cette terre dont il mord les rivages et dont il ronge les rochers.

A l'aspect de l'Océan en courroux, l'homme fort pâlit ; le tyran s'agenouille avec l'esclave quand il lance sa vague dans les nues ; le marin le plus intrépide, retenu par les blessures ou par l'âge, se traîne pour le revoir une fois encore, et, se tenant debout sur le sable luisant que les flots viennent mouiller en expirant, il découvre sa tête chauve et le salue avec un amour où se mêlent le respect et la terreur.

A. D.

AD NAVEM. 

(Ode 3e - Livre 1er - Horace.) 

Illi robur et aes triplex

Circà pectus erat, qui fragilem truci

Commisit pelago ratem.

Primus, nec timuit praecipitem africum

Decertantem aquilonibus,

Nec tristes Hyaclas, nec rabiem Noti,

Quo non arbiter adriae

Major, tollere, seu ponere vult freta,

Quem mortis timuit gradum,

Qui siccis oculis monstra natantia,

Qui vidit mare turgidum, et

Infames scopulos, acroceraunia ?

TRADUCTION.

Son cœur battait, sans doute, sous la triple épaisseur du chêne le plus dur, de l'airain le moins malléable à celui qui le premier osa confier un frêle esquif à la mer en courroux ; à celui qui ne craignit ni les vents impétueux de l'Afrique, luttant contre les aquilons, ni les tristes hyades, ni la rage du Notus (vent du midi) arbitre souverain des flots adriatiques, soit qu'il les soulève, soit qu'il veuille les apaiser.

Quelle mort a pu faire pâlir celui qui vit d'un regard impassible les monstres marins bondissant dans les abîmes, la mer gonflée par la tempête et les rochers acrocérauniens si renommés par tant de naufrage ? (Cir B.-L.)

IV. 

En 1609, six cents sorciers furent condamnés dans le ressort du parlement de Bordeaux, et la plupart brûlés. (Siècle de Louis XIV, par Voltaire.)

« C'est une chose honteuse, que le père Lebrun, dans son traité des pratiques superstitieuses, admette encore de vrais sortilèges : il va même jusqu'à dire que le Parlement de Paris reconnaît des sortilèges, etc., etc. »

Si M. de Voltaire s'indigne que le père Lebrun avance une telle opinion, quelles excuses le philosophe ferait-il valoir aujourd'hui en faveur du Parlement de Bordeaux, si nous lui prouvions, par un passage des Antiquités Bordelaises (p. 283 et 284), que ce susdit parlement était intimaient persuadé que les sorciers tenaient sabbat au milieu des ruines du palais Galien, que le diable y logeait , et qu'en consé­quence ce même parlement relégua dans ce lieu les filles de mauvaise vie, afin de les associer à de tels hôtes ? - L'idée du parlement était, à la vérité, bien juste, bien sage, d'assimiler au génie du mal des êtres aussi dégradés ; suais ce fait, seul ne prouve-t-il pas que l'esprit de ces magistrats était réellement entaché de superstitions.

 

SUPPLÉMENT AUX NOTES BIOGRAPHIQUES DES CHABANNES.

 

« La maison de Chabannes, l'une des plus anciennes du royaume a de tout temps été féconde en guerriers. Elle a eu trois grands-maîtres de France, sous Charles VI et ses successeurs ; mais une distinction unique et bien honorable, c'est d'avoir contracté six alliances avec la maison de Bourbon, trois seigneurs de Chabannes ayant épousé des princesses du sang royal, et trois demoiselles de Chabannes, des princes du sang sous différents noms. » On voit leurs portraits au château de La Palisse, (département de l'Allier, à 42 kilomètres S. E. de Moulins.)

Mademoiselle de Montpensier écrit dans ses mémoires (tom. 3, pag. 20) qu'elle a fait rechercher dans les archives de Saint-Fargeau, comment cette belle terre lui appartenait, avant été bâtie par Jacques-Cœur, argentier et favori de Charles VII. Voici ses termes :

« Il est bon de dire comment cette terre m'est venue, parce que de Jacques-Cœur à moi il y a quelque distance. Comme il fût disgracié, on décréta son bien ; Antoine de Chabannes l'acheta. Depuis, sous le règne de Louis XI, où il fût lui-même disgracié, on voulut lui imputer de s'être prévalu de sa faveur et de la disgrâce de Jacques-Cœur, pour avoir son bien à bon marché. Il l'acheta une seconde fois, ne voulant pas qu'il lui fût reproché d'avoir pour rien le bien d'un homme disgracié. Les contrats sont au trésor de Saint-Fargeau, ce qui m'a bien réjouie ; j'aurais été en fort grand scrupule d'avoir du bien d'autrui....

« Ce grand maître de Chabannes eut de Marie de Nanteuil un fils, Jean de Chabannes, comte de Dammartin, qui épousa Suzanne de Bourbon, comtesse de Roussillon ; leur fille Antoinette de Chabannes épousa René d'Anjou, marquis de Maizières, et ils eurent un fils, Nicolas d'Anjou, qui, de Gabrielle de Mareuille, eut Renée d'Anjou, femme de François de Bourbon, dit Montpensier, père et mère de mon aïeul... Les armes de Chabannes étaient par toute la maison ; et comme je les avais fait abattre quand je rebâtis, je crus devoir faire honneur à des gens dont je tenais beaucoup de bien : ainsi j'ai fait peindre exprès une chambre des alliances de cette maison, qui est très-bonne et très-illustre, et j'ai beaucoup de joie d'en être descendue. »

ÉPILOGUE.

Voyageur obscur, mais religieux, au travers des ruines de la patrie… je priais.

CH. NODIER.

O murs ! ô créneaux ! ô tourelles !

Remparts ! fossés aux ponts mouvants !

Lourds faisceaux de colonnes frêles !

Fiers châteaux ! modestes couvents !

Cloîtres poudreux, salles antiques,

Où gémissaient les saints cantiques,

Où riaient les banquets joyeux !

Lieux où le cœur met ses chimères ;

Eglises où priaient nos mères,

Tours où combattaient nos aïeux !

Parvis où notre orgueil s'enflamme !

Maisons de Dieu ! manoirs des rois !

Temples que gardait l'oriflamme,

Palais que protégeait la croix !

Réduits d'amour ! arcs de victoires !

Vous qui témoignez de nos gloires,

Vous qui proclamez nos grandeurs !

Chapelles, donjons, monastères !

Murs voilés de tant de mystères !

Murs brillants de tant de splendeurs !

 

O débris, ruines de France,

Que notre amour en vain défend,

Séjour de joie ou de souffrance,

Vieux monument d'un peuple enfant !

Restes, sur qui le temps s'avance

De l'Armorique à la Provence,

Vous que l'honneur eut pour abri !

Arceaux tombés, voûtes brisées,

Vestiges des races passées !

Lit sacré d'un fleuve tari !

Oui je crois, quand je vous contemple

Des héros entendre l'adieu ;

Souvent dans les débris du temple

Brille comme un rayon de Dieu.

 

Mes pas errants cherchent la trace

De ces fiers guerriers, dont l'audace

Faisait un trône d'un pavois ;

Je demande oubliant les heures,

Au vieil écho de leurs demeures

Ce qui lui reste de leurs voix.

Souvent ma muse aventurière

S'enivrant de rêves soudains,

Ceignit la cuirasse guerrière

Et l'écharpe des Paladins ;

S'armant d'un fer rongé de rouille,

Elle déroba leur dépouille

Aux lambris du long corridor ;

Et vers des régions nouvelles,

Pour hâter son coursier sans ailes

Osa chausser l'éperon d'or.

 

J'aimais le manoir dont la route

Cache dans les bois ses détours,

Et dont la porte sous la voûte

S'enfonce entre deux larges tours ;

J'aimais l'essaim d'oiseaux funèbres

Qui, sur les toits, dans les ténèbres,

Vient grouper ses noirs bataillons ;

Où le vent des voix sépulcrales

Tournoie en mobiles spirales

Autour des légers pavillons.

 

J'aimais la tour verte de lierre,

Qu'ébranle la cloche du soir;

Les marches de la croix de pierre,

Où le voyageur vient s'asseoir ;

L'église veillant sur les tombes,

Ainsi qu'on voit d'humbles colombes

Couver les fruits de leur amour ;

La citadelle crénelée,

Ouvrant ses bras sur la vallée,

Comme les ailes d'un vautour.

J'aimais le beffroi des alarmes ;

La cour où sonnaient les clairons ;

La salle où, déposant leurs armes,

Se rassemblaient les hauts barons ;

Les vitraux éclatants ou sombres,

Le caveau froid où dans les ombres,

Sous les murs que le temps abat,

Les preux, sourds au vent qui murmure,

Dorment, couchés dans leur armure,

Comme la veille d'un combat.

 

Aujourd'hui, parmi les cascades,

Sous le dôme des bois touffus,

Les piliers, les sveltes arcades,

Hélas ! penchent leurs fronts confus ;

Les forteresses écroulées,

Par la chèvre errante foulées,

Courbent leur tète de granit ;

Restes qu'on aime et qu'on vénère !

L'aigle à leurs tours suspend son aire,

L'hirondelle y cache son nid.

 

Comme cet oiseau de passage,

Le poète, dans tous les temps,

Chercha de voyage en voyage

Les ruines et le printemps.

Ces débris, chers à la patrie,

Lui parlent de chevalerie ;

La gloire habite leurs néants ;

Les héros peuplent ces décombres ;

Si ce ne sont plus que des ombres,

Ce sont des ombres de géants !

 

O Français ! respectons ces restes !

Le ciel bénit les fils pieux

Qui gardent, dans les jours funestes,

L'héritage de leurs aïeux.

Comme une gloire dérobée,

Comptons chaque pierre tombée ;

Que le temps suspende sa loi ;

Rendons les Gaules à la France,

Les souvenirs à l'espérance,

Les vieux palais au jeune roi !

… Un beau site, une église gothique, dit l'auteur du Voyage aux Pyrénées, sont pour moi des êtres vivants ; ils me parlent, je leur réponds ; ils m'aiment, je les chéris ; je m'y attache, et quand il faut m'en séparer je pleure.

UN DERNIER MOT.

Je ne pouvais, je crois, offrir avec plus d'assurance mes recherches archéologiques à ceux qui voudront bien les lire, qu'en les faisant précéder d'une introduction où sont, pas à pas, combattues, par un homme éminemment érudit, les préventions de certains qui nous appellent piteusement visionnaires, et les clore, aujourd'hui, dans cet opuscule, par les premières strophes d'une ode dans laquelle M. Victor Hugo déployant le coloris ordinaire de sa palette, rehausse avec cette énergie d'un sentiment profond, les beautés sans nombre de ce moyen âge si fécond en récits, en légendes, en croyances religieuses, en exploits, etc., etc.

A ceux qui me reprocheraient d'être remonté à des temps trop reculés, je répondrai : On ne peut esquisser l'histoire d'une localité sans embrasser en même temps l'histoire générale du pays ; à tous moments on touche aux plus grands évènements comme aux plus beaux noms. La Guienne a été témoin de luttes importantes, de brillantes actions, de nobles malheurs ; elle a pris part à toutes les gloires, à tous les revers de la Gaule et de la France. Ce n'est pas une de ces provinces qu'on puisse en détacher.

Notes :

1. La paroisse de Saint-Martin-de-Curton dut être nécessairement comprise, en 1142, parmi les différentes localités qui suscitèrent de violentes contestations entre l'évêque d'Agen et celui de Bazas. XIIe. Notre évêque, se plaignant que celui de Bazas avait empiété sur son territoire, lui déclare la guerre, le bat et brûle sa ville épiscopale (de Saint-Amans.) Vers le milieu du XIIe siècle, il s'éleva entre les évêques de Bazas et d'Agen une contestation qui eut les suites les plus fâcheuses, relativement aux limites des deux diocèses. Les peuples épousèrent les querelles de leurs prélats, et les pays limitrophes furent dévastés par des incursions et de cruelles représailles. MM. de Calvimont, d'autres disent de Caumont, et Raymond de Bouglon, à la tête de leurs troupes, pénétrant dans le Bazadais, mettent le feu au quatre coins de la ville, et emmènent captifs plusieurs chanoines et les principaux habitants. Fort de Pellegrue, alors évêque, s'en plaignit au pape qui chargea l'évêque de Chartres d'arranger ce différend. Il s'écoula un temps considérable avant que ce prélat pût s'occuper de cette affaire, et Fort mourut dans l'intervalle. Son successeur Raymond se rendit à Rome auprès du pape Eugène III, qui confirma le droit de l'évêque de Bazas sur Casteljaloux et les paroisses circonvoisines. (O'Reilly.) Mais 92, chose curieuse, donna en quelque sorte raison, sept siècles plus tard, à Monseigneur d'Agen, hélas ! (Cir B. L.)

2. Voir la page 33, ligne 2, de notre premier cahier mosaïque-archéologie, (1843).

3. Voir ce qui a été dit sur la fête de Saint-Jean, dans notre deuxième cahier, mosaïque, archéologie, page, 67 et suivantes. C. Bergues.

4. La foi fut toujours si vive et si profonde chez les habitants de Saint-Martin, que je ne puis m’empêcher de citer ici, pour sa singulière naïveté, un fait qui néanmoins caractérise au-delà de toute expression l’extrême confiance d’un ancien du village, en cette Providence.Qui donne aux fleurs leur aimable peinture,Qui fait naître et mûrir les fruits,Qui leur dispense avec mesure,Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits.Un quart de siècle s’est à peine écoulé depuis l’application de la vapeur à ces machines, le dirai-je… infernales ! qui, rapprochant les distances, nous fournissent l’occasion, aux dépens de la vie, de parcourir l’espace aussi vites que la flèche, aussi rapides que l’oiseau.Privés de ces moyens, je devrais dire, pour être conséquent, à l’abri de ces dangers, coutumiers, d’ailleurs, par excellence, attachés à la glèbe, comme autrefois serfs et manants, ne perdant jamais de vue leur clocher, nos bons Landais vivaient à l’écart de tout bruit, de tout mouvement et surtout de ce appelle, à la campagne, les jouissances de la grande ville. Lorsque notre bon vieux, brave individu, rompant, je ne sais trop pourquoi, avec ses habitudes patriarcales, est entraîné par un de ses amis au Grand-Théâtre de Bordeaux. Je ne vous peindrai pas la stupéfaction du bonhomme, sa figure, sa contenance au milieu de cette salle féerique ; non. Je vous rapporterai simplement que, dans la pièce jouée, les éclairs, le tonnerre, un orage enfin des plus terribles éclatait dans toute sa violence.Il n’est pas d’illusion pour le brave homme. La réalité seule, un sinistre positif glacent son âme, la dominent toute entière.Il est en proie aux plus vives inquiétudes ; il tremble pour ses moissons, ses récoltes. Un tel orage va les atteindre, va fondre sur elles. Dieu seul peut détourner le fléau. Il invoque donc la Sainte-Trinité par maints signes de croix, qu’il répète à chaque nouvel éclair, et il s’écrie d’une voix dolente à chaque éclat de tonnerre : Moun Diou ! baillats-nous boune aygue per Sen-Martin-dé-Curton ! Mon Dieu ! donnez-nous une pluie bienfaisante pour la commune de Saint-Martin-de-Curton ! (Historique.)

5. Voir la pièce justificative numéro IV.

6. Beaus est li jor, clère est la matinée,Li solaus liève qui abast la rousée ; Si ousels cantent parmi cele rousée Li arcivesque bers à la messe cantée ; Li cons Rolland l'a de cuer escoutée, D'une once d'or l'a il cons honoré. (Poésies de l'auteur du roman de Roncivals (Roncevaux) Bel est le jour, claire est la matinée Le soleil brille, il sèche la rosée Si tel oiseau chante sous la feuillée (sous cette rosée.) Notre archevêque à (bers) la messe à chanté (bers, versus, vers.) Le Paladin Rolland de cœur l'a écouté, (cons coms comte.) Et d'une once d'or fin, il l'a récompensé. Traduction littérale.

7. On dit de nos jours diplôme.

8. Déviation. C'est le nom qu'on donne à cette inclinaison vers le nord , de l'axe, du chœur, que présentent un si grand nombre d'églises, qu'il est impossible de l'attribuer à des causes éventuelles, ainsi que plusieurs personnes l'ont fait. L'opinion la plus générale et la plus rationnelle voit dans cette singulière disposition l'intention de rappeler que le divin Sauveur en expirant pencha sa tête sur son épaule. (Dictionnaire de l'architecture du moyen âge, par Adolphe Berty, dessinateur archéographe.)

9. Froissard était réputé savoir par cour toutes les guerres et tous les tournois de France et de Brabant, d'Espagne et d'Angleterre ; traités de paix, alliance, voire même aventures galantes. Le chanoine savait tout ; car, chanoine il était sans trop le donner à connaître et sans trop le savoir peut-être lui-même ; les seigneurs et les chevaliers les plus huppés le cajolaient et lui faisaient les yeux doux, pour qu'il ne les oubliât pas dans ses belles et bonnes chroniques, et lui répondait « Mon histoire est un miroir poli, mais sincère, où se réfléchiront au naturel le bien et le mal d'un chacun. »

10. Aiguillon, en largue romane, n'aurait-il pas voulu dire aux tours pointues.

11. Au moment où je chevauchais dans ces lieux, une foule de Landais, traversant la forêt de pins, chantaient de toute l'étendue de leur voix, l'épithalame patois à la future épouse. - La noce allait se célébrer à Eulies.

12. Voir, aux Pièces Justificatives, le supplément aux notes biographiques sur les sires de Curton.

13. Capitaine de gendarmes était un grade militaire d'une grande importance à cette époque ; aussi voyons-nous les personnages les plus qualifiés mettre ce titre en première ligne de préférence à l'énonciation de charges que l'on regarde comme bien plus élevées. Ainsi La Force, général de la province de Basse-Guienne, pour l'assemblée de La Ro­chelle, dans les ordonnances qu'il fait en 1622, relativement à des levées d'impôts, s'intitule-t-il, d'abord et avant tout, capitaine de cent hommes d'armes.

14. 4.112 hectares, 4 ares 61 centiares supposent 13 journaux 19 lattes pour chaque individu. On voit par ce calcul combien ce pays est désert. Tel qui posséderait cette contenance sur les bords de la Garonne serait assez riche colon.

15. Les deux plus anciennes familles de la localité sont néanmoins celles de M. Beauroche et de M. Labarrère. Le notariat, dans ces deux familles, s'est toujours transmis de père à fils, témoin Me Labarrère, notaire, à Grignols. M. Beauroche a cependant vendu, il y a quelques années, son étude, sise à Casteljaloux, à M. Rémi d'Artaud, avocat.Nous retrouvons aujourd'hui dignement représenté par ses descendants, aux portes de Saint-Martin-de-Curton, M. de Broca, lieutenant-général de Casteljaloux au 26 novembre mil six cent douze, ainsi que le constate un acte original que je possède. Nous nous exprimerons de la mène manière sur la maison de MM. Pouget dont l'un fut curé de Casteljaloux, puis de Nérac et mourut, il y a peu, vicaire-général à Montauban. L'autre, jurisconsulte des plus distingués, fit partie de l'assemblée électorale (29 août 1791) du département, présidée par un nom bien cher à ma famille, M. de Lacuée-Cessac.

16. Candé, chef-lieu de canton, Maine-et-Loire.

17. Archives départementales XVI 202 bis.

18. Voir la première pièce justificative, à la fin de notre opuscule.

 

 

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