Histoire.
C.H.G.H.47
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DENIS ARRIAT.

LES LUSIGNAN D'AGENAIS.

Chapitre I.

 

Il existe en France deux châteaux de Lusignan, tous deux ruinés (1) : l'un, situé dans la commune du même nom du département de la Vienne (86600), berceau de la maison poitevine dont une branche régna, notamment, sur l’île de Chypre et fournit au royaume d'Arménie sa dernière dynastie ; l'autre en Lot-et-Garonne, à Lusignan-Grand (47450 Saint-Hilaire de Lusignan), dont il va être question dans les développements qui suivent.

Le château de Lusignan en Agenais est mentionné pour la première fois dans un texte du second semestre de 1279 énumérant les diverses seigneuries du comté qui passent sous la suzeraineté du Roi d'Angleterre, en application du traité de Paris du 28 mai 1258 (ratifié en décembre 1259) et des conventions avec le Roi de France (2) . Quelques explications sont à l'évidence nécessaires.

Relevant à l'origine du duché ou royaume d'Aquitaine ou du duché de Gascogne, le comté d'Agen passa au XIe siècle sous la domination de la maison de Toulouse, qui prétendait d'ailleurs se titrer du duché d'Aquitaine (3) ... Or un long conflit devait être suscité, après la mort en 1105 du comte de Toulouse Raymond IV (dit Raymond de Saint-Gilles), auquel succédait son fils naturel Bertrand; Raymond IV avait eu un frère, Guillaume, dont la fille, Philippa, avait épousé le duc d'Aquitaine Guillaume IX, l'un des premiers troubadours dont les vers nous ont été conservés, mais surtout le maître d'un puissant ensemble territorial ; il s'empressera (4) de contester cette succession au nom de sa femme - rappelons que la « loi salique », d'ailleurs non encore exhumée, ne concernera que la couronne de France et ne s'appliqua pratiquement jamais aux fiefs ou aux autres royaumes - ; ces revendications furent reprises plus tard avec encore plus de vigueur par leur petite-fille Aliénor et ses deux époux successifs, le roi de France Louis VII, qui se montra sur ce sujet assez accommodant, et surtout Henry II Plantagenêt, devenu roi d'Angleterre en grande partie grâce à l'appui des forces militaires fournies par le duché d'Aquitaine. Bertrand, puis son fils Alphonse Jourdain et son petit-fils Raymond V résistèrent comme ils purent, en cherchant des appuis auprès des divers puissants intéressés, mais ce dernier, pour conserver Toulouse, dut en 1173, dans le cadre d'un arrangement global, se reconnaître pour « homme lige » du Plantagenêt et lui céder à titre de compensation les comtés d'Agenais et de et de Quercy...

Ceux-ci faisaient toutefois provisoirement retour à la maison de Toulouse en 1196, quand son fils Raymond VI épousait une soeur (Jeanne d'Angleterre) de Richard Cœur de Lion, fils et successeur de Henry II : elle lui apportait ces deux comtés en dot (5) ... mais quatre ans plus tard, elle décédait, et Raymond VI se voyait contraint de s'en séparer à nouveau, pour les restituer, cette fois, à Jean Sans Terre, le nouveau roi d'Angleterre (6) - Richard était entre temps mort lui aussi. Toutefois, il était prévu que l'Agenais devait revenir, en tant qu'héritage de sa mère, au fils que Raymond VI avait eu d'elle, le futur Raymond VII, lequel, à l'issue des guerres cathares, dont l'histoire est un autre sujet, se voyait en effet confirmer cette possession par le traité signé à Meaux le 11 avril 1229, aussitôt confirmé à Paris (d'où le nom de « traité de Meaux-Paris » sous lequel on le désigne habituellement pour le distinguer du traité de Paris de 1258 (7)] .

Les tribulations de notre Agenais ne devaient pas s'arrêter là... Le même traité de Meaux-Paris prévoyait que la fille de Raymond VII, Jeanne, épouserait un frère du Roi de France auquel elle apporterait en dot Toulouse et le Toulousain - mais Raymond VII en conserverait la jouissance sa vie durant -, et qu'elle hériterait du reste des terres de son père si celui-ci mourait sans autre héritier (8) .Le mariage fut célébré en 1234 avec Alphonse, septième fils et huitième enfant de Louis VIII et de Blanche de Castille, fait comte de Poitiers en 1241, d'où le nom qu'on lui donne d'Alphonse de Poitiers (9) . Raymond VII décédait le 29 septembre 1249 (10) . Louis et Alphonse étaient alors partis à la Croisade en Egypte, où ils avaient d'ailleurs emmené leurs épouses, et la Reine-Mère Blanche de Castille exerçait la Régence ; elle ne perdit pas de temps, dans le mois qui suivit le décès du comte, elle faisait saisir en application du susdit traité (11) , toutes les possessions, du défunt, dont l'Agenais. De retour d'Outre-mer, Alphonse administra ses nouveaux domaines, et fonda ou fit fonder un certain nombre de bastides, notamment celle de Villeneuve-sur-Lot (1264), ou érigea en bastide des villes plus anciennes comme Tournon d'Agenais [1270 (12)] ; mais les ducs d'Aquitaine - qu'on appelait maintenant Guyenne, nom dérivé du précédent - maintenant rois d'Angleterre, ce qui n'est pas négligeable, n'avaient pas renoncé à l'espoir de récupérer un jour ce qui était la compensation de la renonciation de leur aïeule Aliénor à ses droit d'héritage sur le comté de Toulouse.

En fait cette revendication plus ou moins latente passait en quelque sorte au second plan dans le tumulte des guerres qui affectèrent les deux royaumes de France et d'Angleterre au cours de la première moitié du siècle ; Henri III Plantagenêt, qui avait succédé à son père Jean Sons Terre, et lui-même en butte à la révolte de ses vassaux, n'en tenta pas moins de venir à la rescousse de Hugues X de Lusignan, comte de la Marche (13) - au demeurant le second mari de sa mère, Isabelle Taillefer, reine douairière d'Angleterre et comtesse d'Angoulême - , et à celle de Raymond VII de Toulouse, passés l'un et l'autre à l'insurrection contre l'emprise grandissante du pouvoir central ; mis en déroute à Taillebourg en 1242, retenu ensuite dans son île par les événements qui s'y produisaient, ce n'est donc qu'en 1258 que Henri III Plantagenêt put conclure à Paris, au Temple, avec Louis IX, le traité de paix dont nous avons parlé et qui, entre autres clauses, réglait, une fois de plus pourrait-on dire, le sort de l'Agenais. Henri III dut être bien servi par de bons négociateurs, car, soucieux sans doute de respecter les droits anciennement acquis, le saint Roi lui promettait la restitution de la province, si Jeanne de Toulouse et Alphonse de Poitiers mourraient eux-mêmes sans hoir, et jusque là, il devait recevoir une rente de 3.720 livres, 8 sous et 3 deniers tournois, représentant les revenus du comté (14) !

Alphonse de Poitiers, de retour de la malheureuse croisade de Tunis où il avait accompagné son frère, devait mourir près de Sienne (Italie) le 21 août 1271, et son épouse au même endroit le 25 août suivant (15) , sans laisser d'enfants, tandis que Henri décédait l'année suivante, le 16 novembre 1272, miné par les soucis que lui causaient ses sujets ; son fils Edouard le lui succédait, mais il résulta de ce changement de règne que l'exécution du traité, une fois réalisée la condition suspensive, prit un certain temps, d'autant que le prince Edouard était lui aussi parti en Croisade et se trouvait encore en Terre Sainte lorsqu'il avait appris qu'il était roi.

C'est donc seulement par une lettre du 4 juin 1279 (16) qu'Édouard d'Angleterre mandate son oncle paternel Guillaume de Valence, chevalier (17) , pour recevoir en son nom les terres d'Agenais cédées par le Roi de France, lequel, pour cette formalité est lui-même représenté par Guillaume de Neuville, archidiacre de Blésois et Raoul d'Estrées, maréchal de France.

Et c'est ainsi qu'apparaît, dans le procès-verbal de cession (18) , au nombre des seigneurs de châteaux sis inter Oltum (Lot) et Goronnam, qui devront désormais le service militaire et l'hommage au roi d'Angleterre (19) , la mention des « domini » (seigneurs) de Lezinhano, nom latin (rappelons que dans cette langue sont alors rédigés tous les actes officiels) de celui qui nous occupe. À titre documentaire, il n'est pas inintéressant d'indiquer les noms des autres châteaux mentionnés dans l'acte :

de Lunats pro Aculeo : Aiguillon ; de Fossato (?) ; de Miro Monte : Miramont d'Aiguillon ; de Gots : Gotz ou Goût, près de Colleignes, canton de Port-Sainte-Marie ; de Monte Pesato : Montpezat, canton de Prayssas ; Sancte Liberate : Sainte-Livrade, arr. de Villeneuve-sur-Lot ; de Preissano : Prayssac ou Prayssas ?; ... (ici est mentionné le fief de Lezinhano)... ; de Corts : Cours, canton de Prayssas ; de Dalmaraico : Dalmayrac, près Lauzerte, arr. de Moissac en T. & G., ou Dolmayrac, canton de Sainte-Livrade de L. & G. ; de Poicliis : Le Pècle, près Castelculier, canton de Puymirol ; de Savinhaco : Savignac près Lasbals, canton de La Roque-Timbaud ; de Ruppe Theobaldi : La Roque-Timbaud ; de Malves : Malbes, près de Saint-Caprais de Lerm, canton de Puymirol ; de Claro Monte Superiori : Clermont-Dessus, canton de Puymirol ; de Rocacorn : Roquecort, canton de Montaigut, T. & G. ; de Monte Acuto : Montaigut-de-Quercy (20) , T. & G. ; d'Ante : Anthé, près Tournon d'Agenais ; de Frespugh : Frespech, canton de Penne ; de Padio Piners : Puy-Piners, auj. Pépinès près Hautefage, canton de Penne ; de Bovis Villa : Beauville, en Agenais ; de La Fots : Lafox, canton de Puymirol. On s'interroge sur le silence gardé quant à certains châteaux dont l'ancienneté paraît pourtant établie, par exemple Pujols, Cazideroque, Puycalvary, ou d'autres ? Des spécialistes de l'histoire de ces lieux doivent détenir la réponse.

Il faut aussi s'arrêter sur la personnalité du délégué du roi d'Angleterre Édouard Ier, Guillaume de Valence, quatrième fils de Hugues X de Lusignan (Poitou) comte de la Marche et d'Angoulême, et de la reine douairière d'Angleterre Isabelle d'Angoulême (21) . Du vivant de son père (Hugues IX, comte de la Marche mort à Damiette en 1219), Hugues X avait été fiancé à Isabelle Taillefer (22) , héritière du comté d'Angoulême ; mais Jean Sans Terre, attiré sans doute par l'héritage, décida de l'épouser, ce à quoi le père de la damoiselle, Aymar, s'empressa de consentir. Devenue veuve en 1220, Isabelle revenait à son ancien fiancé, et de leur union naquit une nombreuse progéniture.

À la recherche d'appuis, le fils aîné de son premier mariage, Henry III, ne se fit pas faute de recourir à celui de ses demi-frères du second lit, auxquels il devait déjà d'avoir échappé aux Français lors du désastre de Taillebourg en 1242 (23) , l'un d'eux lui ayant même donné son propre cheval, avec lequel il put se porter rapidement à l'abri des remparts de Bordeaux ; ils lui vinrent activement en aide lors des barons wars, « guerre des barons », notamment en 1264. Ainsi qu'il l'a été mentionné plus haut (24) , il fit notamment épouser à Guillaume de Valence l'héritière du puissant comté de Pembroke, auquel se rattachait le comté de Wexford en Irlande ; il lui confia de nombreuse mission, et Édouard Ier, aux côtés duquel l'intéressé avait combattu Simon de Montfort, chef des mutins des années 1260 à 1264, fit de même, le désignant toujours dans les actes comme patruus poster, « notre oncle paternel ». Quand il vint à Agen pour la remise du comté, ce Lusignan du Poitou ne put manquer de relever, s'il ne le savait déjà, l'existence d'un château homonyme de celui de sa naissance. Certes ce dernier était dans les actes désigné sous la forme de Liziniaco, et celui des bords de la Garonne, on vient de le voir, de Lezinhano (25) mais en langue vernaculaire (celle d'oc dans les deux cas), le son devait être très semblable... (26) Qu'en pensa-t-il ? Ce noble seigneur ne nous a malheureusement laissé aucune expression écrite de son sentiment.

Nous ne savons d'ailleurs à qui appartenait Lusignan d'Agenais en 1279, et pas davantage le 14 juin 1354, quand le comte d'Armagnac vint l'assiéger et tenta de l'incendier (27) .

Le premier seigneur de Lusignan dont on a retrouvé la trace serait Jean de Lusignan, archer à cheval dans la compagnie du sire de Dammartin, grand maître des archers de France sous Louis XI. Le second connu, avec plus de certitude, est Auger (ou Ogier) d'Anthé, seigneur de Lusignan et de Montgaillord, qui apparaît dans un acte notarié de 1511, et qui est l'ancêtre des suivants.

Sommairement présentée (nous indiquerons dans les articles suivants les références d'archives qui l'établissent ainsi que celles des documents concernant les faits ou événements auxquels ils ont été mêlés), la généalogie des seigneurs - puis barons, puis marquis - de Lusignan d'Agenais se présente comme suit.

1. Jean de Lusignan (?), archer à cheval de Louis XI (cf. supra), ép. N..., d'où :


a) Auger (Ogier) qui suit (?) ;
b) Marguerite de Lézignac (?), ép. Jean de Sesdon d'Oyre.

2. Auger (Ogier) d'Anthé, seigneur de Lusignan, etc. (cf. supra), actes de 1511 et 1518-19, † avant le 9 déc. 1526 ; ép. N..., d'où :


a) Jean, qui suit ;
b) Marguerite, ép. David Tourtarel ;
c) Bernard.

3. Jean, seigneur et baron de Lusignan, prête hommage au Roi le 16 mars 1539-40 (28) , † entre 1560 et 1577... ; ép. Jammette de Saint-Larry, d'où :


a) Marc Antoine, qui suit ;
b) Adriane, ép. Gaston de La Filholie ;
c) Lucrèce, ép, 1/ Jean de Lomagne, 2/ Jean de Sainte Hermine ;
d) Catherine ou Marie, ép. Gaston de Melet.

4. Marc-Antoine, né circa 1520, † le 18 juillet 1553 au siège de Hesdin, ép. en 1541, encore mineur, Jeanne de Lasserre, d'où :


a) Henry, qui suit ;
b) Antoine, sgr de Montgaillord et de La Case, ép. Françoise de Morson (descendance ?).

5. Henry, né entre 1542 et 1553, † avant 1606, ép. 1/ Magdeleine d'Issalguier, d'où :


a) François Ier, qui suit ;
b) Armoise ép. Jacques de Vigier ;
c) Diane, ép. de Galard ; 2/ Henry ép. en 2des noces Magdeleine de Saint Gelais, veuve de Louis de Nuchèze (sans descendance, mais par contrat du même jour son fils François épouse la fille née du premier mariage de Magdeleine de Saint Gelais).

6. François Ier, né circa 1567, † 17 avril 1639, ép. en 1594 1/ Marguerite de Nuchèze (cf. supra), d'où :


a) François II, qui suit ;
b) Guy, sans descendance, † jeune ;
c) Pierre, branche de Galapian cf. infra ;
d) Magdeleine, ép. 2/ Jean du Lion, écuyer, sgr de Sireuilh, 2/ N... de Nadaillac ;
e) Marie ép. le baron de Moncaut ;
f) Olympe, ép. le baron des Pans ;
g) Françoise, ép. Charles Larcher ; - 2/ François Ier de Lusignan ép. en secondes noces Adrienne (ou Anne) de Constantin, qu'il laissera veuve.

7. François II, né circa 1595, † à Pau en 1656 (sur l'échafaud), ép. en 1621 Jeanne d'Escodéra de Boisse, d'où :


a) François, né après 1621, disparaît des textes aux alentours de 1656, ép. en 1651 Anne de Montpezat de Laugnac † avant 1664, sans descendance ;
b) Armand, marquis de Lusignan en 1657, † en 1684 sans alliance (son successeur au marquisat de Lusignan est son oncle Pierre de Lusignan-Galapian, cf. infra).

Branche de Galapian.

1. Pierre de Lusignan, seigneur de Galapian, marquis de Lusignan en 1690, né en 1604, † le 6 oct. 1692, ép. en 1645 Rose de Loubatéry, d'où : Anne, qui suit.

2. Anne de Lusignan, ép. en 1676 Jean Joseph de Lau, d'où plusieurs enfants dont l'aîné, Armand Joseph, succède en 1722 à son grand-père maternel dans le titre de marquis de Lusignan et la possession des fiefs. Ses descendants conserveront le titre de marquis jusqu'au XIXe siècle.

Pour achever l'histoire du château avant de passer à celle de la famille qui le possédait, précisons qu'au cours des troubles de la Fronde Bordelaise, il sera démoli en 1650 par ordre du duc d'Épernon (29), commandant de l'armée mazarine, quoique la paix ait été conclue, le 27 décembre 1649. Les cahiers de doléance des députés de la ville de Bordeaux présentés au Roi (30) exposent le 17 mai 1650 que six jours après la publication de la paix, les maisons du sieur Dalesme, du président Pichon, du conseiller Boucicoult, des sieurs de Mouvezin, de Lescure, de Suduirant, de Bordes, conseillers, du sieur Dallent et de plusieurs autres bourgeois avaient été brûlées et démolies, les châteaux de Langoiran, de Lusignan et de Galopion renversés, les vaisseaux appartenant aux Hollandais emmenés, chargés de plus de deux mille tonneaux de vin enlevés sur les marchands et propriétaires depuis la publication de la paix, et des sommes qui excédaient six fois la taille, levées sur le peuple de Bordeaux... La paix sera cependant renouvelée le 1er oct. 1650 (31). Une « amnistie générale » [sic] sera encore accordée le 30 juin 1653 (32)...

Selon l'arpentage effectué en 1686, après la mort d'Armand de Lusignan (33), par Boysson et Cassagne (34), la terre et la juridiction ont la contenance de 1.832 carterées, sans y comprendre les 40 carterées appartenant au seigneur marquis de Lusignan et non cadastrées ; ladite juridiction comprend les paroisses de Lusignan-le-Grand, Saint-Hilaire, Saint-Laurens, Mouvignac et Lusignan-Petit.

Les Archives Municipales (35) mentionnent aussi un maison, sise à Agen rue de Floirac, ayant appartenu à la famille de Lusignan, acquise par le sieur de Roches.

Les articles suivants traiteront plus en détail de la généalogie, et des événements auxquels participèrent chacun des Lusignan d'Agenais.

LUSIGNAN d'AGENAIS.

Chapitre II.

 

Après avoir, dans un premier article, présenté les principales données que les textes nous ont permis de relever quant à l'historique du château sis à Lusignan-Grand (47450 Saint-Hilaire de Lusignan) ainsi qu'une généalogie sommaire de la famille qui en a porté le nom, nous nous proposons de reprendre successivement les éléments biographiques que nous avons pu retrouver concernant ses membres.

Jean de Lusignan.

Une lettre du 26 octobre 1469 adressée par Louis XI au comte de Dampmartin (ou Dammartin), Grand Maître des archers de France et lieutenant du Roi « ès pays d'Auvergne, de Rouergue et d'Armignac », mentionne un archer à cheval de sa compagnie portant ce nom (36).

Charles VII avait réorganisé l'armée royale. Une ordonnance de février-mars 1445 concernait les « compagnies d'ordonnance », composées chacune de groupes de combat appelés « lances », qui, autour d'un « homme d'armes », cavalier lourdement armé, groupaient plusieurs sortes de combattants ; dans chaque « lance », étaient notamment inclus deux archers à cheval, qui remplissaient les tâches de la cavalerie légère (37) ; signe de classement hiérarchique, l'homme d'armes avait droit à un page ou un valet, mais les archers n'en avaient qu'un pour eux deux (38) ! Il existait aussi des compagnies d'archers à cheval de la Maison du Roi (39), dont semble avoir fait partie celle du sire de Dammartin (il s'agit d'Antoine de Chabannes, comte de Dammartin par son mariage et grand-oncle du fameux La Palice), elles constituaient une troupe d'élite et assuraient la garde personnelle du souverain. Parmi elles, une compagnie écossaise, à laquelle sir Walter Scot fait appartenir le Quentin Durward dont il conte les aventures ; regrettons que nul ne semble s'être avisé de narrer celles des archers à cheval gascons, prédécesseurs des Cadets de Carbon de Casteljaloux et des Mousquetaires! En toute hypothèse, la lieutenance du comte de Dammartin « ès pays d'Auvergne, de Rouergue et d'Armignac » peut faire supposer que les cavaliers de sa compagnies avaient été recrutés dans les régions avoisinantes, et rien ne s'oppose donc à ce que Jean de Lusignan [l'orthographe choisie par l'auteur qui le mentionne est moderne (40)] soit un Agenais, d'autant qu'aucun Lusignan du Poitou ne paraît concerné (41).

Il peut ainsi être le père - ou l'oncle (?) - d'Auger d'Anthé, seigneur de Lusignan, mentionné ci-après ; Ajoutons que son prénom se retrouverait alors chez son petit-fils (voir plus loin)... En outre, il pourrait être celui d'une Marguerite de Lézignac, qui épouse une Jean de Besdon d'Oyre (42), si elle n'est pas à rattacher à un Jean de Lezignac mentionné en Poitou au XVIe siècles (43).

Auger d'Anthé.

Avec Auger (44) d'Anthé commence la généalogie sûre des seigneurs de Lusignan d'Agenais. Il apparaît dans deux actes des minutes d'Anthérieux, notaire à Tournon d'Agenais : le 22 avril 1511, il effectue un échange de terres en tant qu’administrateur des biens de son fils Bernard d'Anthé ; le 14 février 1518-19 (45), il figure sur un autre acte du même notaire (46). Il y est qualifié de seigneur de Lusignan, (Lesinhacum) et de Montgaillard, co-seigneur de Lesterne. En outre, le 9 décembre 1516, il reçoit le serment de fidélité des habitants de Montgaillard (47).

On ignore si le nom d'Anthé était pour lui un véritable patronyme, ou l'apanage d'une branche de la famille de Lusignan ou Lézignan ; en ce temps, en l'absence d'état civil organisé, de telles distinctions restaient assez floues. On ne sait pas, par conséquent, s'il avait hérité la seigneurie de Lusignan de son lignage paternel -ou maternel -, ou si elle lui était venue d'une autre manière, par exemple de sa femme (48), dont le nom n'apparaît nulle part ; dans ce dernier cas, il eût en effet été conforme aux coutumes qu'il portât les titres afférents aux fiefs de celle-ci. Ce que l'on peut constater, c'est que ses enfants, du moins son fils Jean et les descendants de celui-ci, porteront exclusivement le nom de Lézignan ou Lusignan (49).

On a cependant déjà pu constater que la seigneurie d'Anthé était mentionnée, au nombre de celles qui relèveraient désormais du roi d'Angleterre, par l'acte de 1279 analysé dans l'article précédent (50). Un château y existait même plus tôt, au temps de la guerre des Albigeois, mais il fut détruit pas Simon de Montfort en 1212 (51). On est tenté de croire qu'il s'agit des ruines visibles au lieudit Birou, 214 m d'altitude, à quelques centaines de mètres au sud du bourg actuel (52) ; si c'est le cas, un second château dut y être construit plus tard, ses restes étant maintenant inclus dans les maisons, dont certaines ont quelque apparence.

Il y a lieu de signaler d'autre part que dans les pièces afférentes à Auger d'Anthé le nom de cette localité des environs de Tournon (où était installé le notaire Anthérieux susmentionné), a parfois été lu, à tort, Antré ou Antrey ou Dantrey par des archivistes connaissant mal la région ; les mêmes ont aussi cru voir Lestelle là où il y avait Lesterne, près de Prayssas (donc du fief de Lusignan) ; Lestelle est le nom d'autres seigneuries beaucoup plus éloignées. Il ne faut pas non plus confondre (surtout dans des écrits à l'orthographe imprécise) Anthé en Agenais avec Anté en Saintonge, celle ci en relation avec un personnage mentionné plus tard par Agrippa d'Aubigné (53).

À cette époque, la guerre de Cent Ans est terminée depuis une bonne cinquantaine d'années : bataille de Castillon gagnée le 17 juillet 1453 ; prise de Bordeaux le 19 octobre suivant. En 1469 Louis XI donne le duché de Guyenne, y compris la « sénéchaussée d'Agen » à son frère Charles, mais celui-ci meurt, à Bordeaux, en 1472 (54). Après le décès de Louis XII, surnommé le père du peuple, François Ier est monté sur le trône (sacré le 25 janvier 1515) ; d'autres guerres ont certes repris, tantôt victorieuses (Marignan, 1515 ! Le 13 septembre) ou moins heureuses, contre l'Espagne et l'Empire (le Milanais, conquis la première année du règne, sera reperdu en 1521). Du moins l'Aquitaine jouit-elle d'une paix relative : les guerres de Religion, dont nous aurons hélas à parler, ne sont pas commencées. Signalons cependant, dans un pays voisin, des événements qui ne seront pas sans conséquences sur ceux que nous observerons plus tard.

Au nord-ouest de l'Espagne, qui n'était pas encore unifiée, s'étendait le royaume de Navarre, capitale Pampelune ; y régnait alors la famille d'Albret, qui avait également des possessions au nord des Pyrénées, notamment le Béarn, et Nérac. Or en 1512 le roi d'Aragon, Ferdinand Ier, s'emparait de Pampelune et de tout le pays du versant espagnol, qu'on appelait la Haute Navarre ; mais l'héritier de ce trône, Henri II d'Albret, épousait en 1527 la sœur de François Ier, Marguerite de France [dite aussi d'Angoulême (55)] ; François Ier, par le contrat de mariage, promenait naturellement à son beau-frère de l'aider à recouvrer son royaume ; toutefois, Aragon et Castille étaient maintenant unies sous le sceptre de Charles Quint ; François et Henri l'un et l'autre faits prisonniers à Pavie en 1525, cette reconquête n'aura jamais lieu. Le royaume de Navarre restera donc limité à quelques pays du sud de l'Aquitaine... Or de Henri II d'Albret et Marguerite d'Angoulême naîtra une fille, Jeanne, seule héritière du royaume de Navarre; elle épousera en 1548 Antoine de Bourbon (56), chef d'une branche capétienne cadette issue de Saint Louis... et alors premier et plus proche prince du sang après les fils du roi de France Henri II ! Ils auront eux-mêmes un fils, Henri, qui sera à son tour roi de Navarre, puis roi de France (Henri IV). Tout ceci explique donc pourquoi un roi de Navarre, né à Pau et non à Pampelune, sera tellement mêlé aux affaires de France, particulièrement dans le Sud-ouest, pourquoi, en attendant de s'installer au Louvre, il tiendra sa cour à Nérac, et pourquoi enfin cette Basse Navarre, au nord des Pyrénées, se trouvera un jour unie à la couronne de France. Nous verrons tout cela plus loin.

Pour revenir à Auger d’Anthé, on sait qu’il était mort avant le 9 décembre 1526, car à cette date son fils Jean est devenu seigneur de Lusignan (57), mais on ne sait la date exacte ni dans quelles circonstances.

Ses enfants connus sont :


a) Jean, qui fait l'objet de la notice suivante ;
b) Marguerite (58) qui épouse David Tourtarel, d'où Jacques, baptisé à Saint Hilaire de Lusignan, annexe de Saint Basile de Lusignan (d'Agenais) (59) ;
c) Bernard (60), qui pourrait être un Bernard de Lusignan mentionné dans des actes passés en Béarn [canton d'Arudy (61)], à défaut d'autres informations.

Jean (II ?) de Lusignan.

Nommé « Jean de Luzignan, seigneur et baron dudit lieu » dans l'acte du 9 décembre 1526 mentionné plus haut (62), on peut penser qu'il avait alors plus de vingt ans, et était donc né avant 1505... Mais là encore nous ignorons la date exacte.

Ainsi qu'on le verra plus loin, il sera lieutenant de robe courte du sénéchal d'Agen et représentera la noblesse de la province aux États. Sur ces deux fonctions, il faut sans doute donner quelques explications.

Le Sénéchal, nous dit Littré, est un « officier qui, dans un certain ressort, était chef de la justice et commandait la noblesse lorsqu'elle était convoquée pour l'arrière-ban » (c'est à dire la mobilisation générale). La charge appartenait en général à un membre de la noblesse d'épée - ainsi, le sire de Joinville, le mémorialiste de Saint Louis, était-il sénéchal de Champagne. Les sénéchaux d'Agen seront, pour la période qui nous occupe, de 1520 à 1553, Antoine de Raffin, dit Poton, et de 1553 à 1572, François de Raffin (63). Le lieutenant était évidemment son adjoint. Pourquoi de robe courte ? Littré nous fournit encore plusieurs définitions : « Robe courte s'est dit jusqu'au XVIe siècle de la profession militaire » ; « Juges de robe courte : s'est dit des prévôts, des maréchaux, de leurs lieutenants... qui jugeaient l'épée au côté » ; à Paris, le « lieutenant criminel de robe courte » du prévôt « remplissait à peu près les fonctions du préfet de police » de nos jours ; il disposait pour ses taches d'une compagnie d'archers. En somme, on se rend compte de ce que pouvait être le « lieutenant de robe courte du sénéchal d'Agen » : le responsable de la force publique, en temps normal chargé de la sécurité, et en cas de « mobilisation » (convocation de « l'arrière-ban »), adjoint au commandant en chef de la province.

Quant au représentant de la noblesse aux États provinciaux (réunissant les trois Ordres, comme les États Généraux, mais à l'échelon provincial seulement), on peut en dire que sa fonction était élective, les nobles de la province concernée désignant celui d'entre eux qui leur paraissait le plus apte à les représenter... c'est à dire, sans doute, le plus influent.

Que s'était-il passé depuis Pavie ? En 1526, François Ier était rentré de captivité, mais en signant le traité de Madrid le 14 janvier, il avait dû céder à Charles Quint le duché de Bourgogne (Dijon), réuni à la couronne par Louis XI à la mort de Charles le Téméraire en 1477, mais que ce même Charles Quint, dont la grand-mère paternelle était la fille et l'héritière dudit Téméraire, nourrissait le désir obstiné de récupérer... Ne portait-il pas le prénom de son aïeul (64) ? Or les « Lois Fondamentales », la constitution coutumière du royaume de France, ne reconnaissaient au souverain qu'un statut de dépositaire des droits et des possessions de la couronne, qu'il devait transmettre à son successeur ; « les droits du roi sont inaliénables », disait un adage ; et c'est en application de ce principe qu'en juin de la même année les États de Bourgogne refusaient la ratification du traité de Madrid qui les eût soumis à l'empire. La guerre reprit immédiatement, suivie d'une paix qui devait être provisoire, bien que François, en application du traité contesté, ait épousé, en secondes noces, la sœur de Charles Quint. François Ier mourut le 31 mars 1547 ; son fils Henri II était sacré roi de France le 25 juillet. La guerre continue, et en 1553 Jean de Luzignan qui fait l'objet de la présente notice perdra son fils Marc-Antoine, tué au siège de Hesdin (65) (Pas-de-Calais). Une paix durable était enfin signée le 3 avril 1559 à Cateau-Cambrésis entre les royaumes de France, d'Espagne et d'Angleterre, et Henri II mourait accidentellement le 10 juillet suivant dans un tournoi ; son fils aîné François II, à peine âgé de 15 ans, était sacré à Reims le 18 septembre.

Une nouvelle cause de troubles venait malheureusement d'apparaître. C’est en Allemagne que devait naître la doctrine de ce l'on appellera en France « la Religion Prétendue Réformée », en abrégé R.P.R. (la reine Catherine de Médicis en désignera le plus souvent les adeptes comme « ceux de la Religion », attribuant avec une constante opiniâtreté deux / à ce dernier mot dans sa correspondance personnelle) ; en 1517 le moine en rupture de règle Martin Luther présentait devant l'université de Wittemberg 95 thèses, qui en 1520 lui valaient l'excommunication de Rome, et malgré l'édit de Worms de 1521 qui le mettait « au ban de l'Empire », ainsi que ses partisans, leur doctrine ne cessait pas de faire de nouveaux adeptes, notamment parmi les princes, comme Frédéric de Saxe, ou les rois de Suède et de Danemark, qui en 1527 faisaient du Luthéranisme la religion d'état de ces royaumes ; puis en 1531 Henri VIII d'Angleterre, brouillé avec le Pape à cause d'un projet de divorce, fondait l'anglicanisme. En 1533 apparaissait un second réformateur, Pierre Calvin ; dans les années suivantes, il parvenait à constituer dans la ville libre de Genève une république dont il était le « guide spirituel », comme on dit en Iran. Fait non dépourvu de conséquences pour notre pays, tandis que Luther écrivait en allemand (66), Calvin rédigeait en français... En un temps où - c'est un fait social historique sur lequel il est vain de porter un jugement - religion et politique, au sens le plus étendu, étaient intimement unies, un tel mouvement ne pouvait qu'entraîner de graves conséquences. Et si les protestants eurent à souffrir de leur situation minoritaire, qui les prédisposait à être persécutés, là où ils devenaient majoritaires, ils ne furent pas en reste : curés chassés de leur église, moines lynchés...

En France, la première affaire est celle dite des placards (67), affiches d'inspiration luthérienne qui fleurirent dans plusieurs villes où résidait la Cour, alors itinérante : en 1535 le pouvoir royal entreprenait de sanctionner les adeptes de la nouvelle doctrine, sans pouvoir empêcher la sortie d'une bible d'inspiration protestante en français. On parlera bientôt de huguenots (68). Ceux-ci apparaissaient comme de dangereux trublions voire de démoniaques conspirateurs pour les foules - le mot hérétique restait dans l'esprit populaire lié à celui de sorcier -, d'où rixes et répression de plus en plus sévère, tandis que les idées nouvelle progressaient dans les milieux intellectuels et aristocratiques. La tension fut en quelque sorte aggravée à l'avènement de François II, qui épousa en 1558 la jeune héritière du royaume d'Écosse Marie Stuart, nièce par la mère (69) du duc de Guise (70) et du cardinal de Lorraine, adversaires résolus du protestantisme, et devant inévitablement exercer une grande influence sur les affaires de l'Etat.

Or, le 18 mai 1559, nous observons le passage à Lusignan d'Agenais d'un personnage mentionné plus haut par anticipation, Antoine de Bourbon, époux depuis une dizaine d'année de Jeanne d'Albret, tous deux depuis 1555 reine et roi de Navarre (71), père et mère du futur Henri IV (72) ; il y écrit une lettre, datée « de Luzignan, ce XVIIe jour de may 1559 », dans laquelle il traite de l'office de trésorier général de Guienne « en la résidence d'Agen (73) ». En effet, Antoine de Bourbon avait été nommé gouverneur et amiral de Guyenne par lettres du 6 juin 1555 (74) ; cet ordre de préoccupation est donc normal de sa part. Mais peut-on expliquer qu'il ait choisi de séjourner à Lusignan plutôt que dans tel autre château ? Comme son fils, Antoine de Bourbon changera plusieurs fois de religion, peut-être au gré de l'opportunité, mais en 1559, depuis son mariage, il est protestant ; faut-il conclure que le choix de sa résidence, ayant à s'occuper d'affaires intéressant l'Agenais, était motivé par les sympathies religieuses qu'il connaissait chez Jean de Lusignan, voire de l'adhésion déclarée de celui-ci à la Réforme ?

Cette question n'est pas sans importance au regard de notre histoire locale, sachant que le bref règne de François II aura été principalement marqué par ce que l'on appelle « la conjuration d'Amboise » : en mars 1559-60 (75), les protestants auraient formé le complot d'enlever le jeune roi qui séjournait dans ce château ; la découverte de cette tentative fut naturellement suivie du lot habituel de décapitations et pendaisons... L'instigateur de l'entreprise n'aurait été autre que le prince de Condé, Louis le frère d'Antoine de Bourbon (76). L'affaire éclatera donc environ dix mois après le passage de celui-ci à Lusignan ; participait-il secrètement à sa préparation ?

En toute hypothèse, le pauvre François II devait décéder le 5 décembre suivant (1560) à Orléans, « emporté par une encéphalite méningitique consécutive à une otite suppurée » qui aurait été d'origine tuberculeuse (77) ; lui succédait son frère cadet Charles IX, âgé de moins de dix ans. En dépit de sa conversion au protestantisme, Antoine de Bourbon était alors, en tant que plus proche prince du sang, nommé lieutenant général du royaume de France pour la durée de la minorité du nouveau souverain (78).

Désireuse d'apaiser les troubles qui s'élevaient de toute part dans le royaume, la Reine-Mère Catherine de Médicis, exerçant la régence, recourut sur le conseil du chancelier Michel de l'Hospital, au procédé souvent utilisé dans le passé en pareil cas, elle convoqua des États Généraux (79) à Orléans pour le 10 décembre, reportés ensuite au 13. Une nouvelle réunion fut décidée pour le 1er mai suivant à Melun.

Durant ce temps, l'agitation n'avait pas épargné l'Agenais, et nous allons voir apparaître un nouveau personnage qui a obtenu quelque célébrité dans la littérature pas ses mémoires auxquels, se souvenant de Jules César, il a donné le titre de « Commentaires de Blaise de Montluc, Maréchal de France ». Né vers 1500 près de Condom et héritier par sa mère du château d'Estillac (80), où il résidait quand il n'était pas en campagne, Montluc (81), déjà vieux briscard blanchi sous le harnois et auréolé de nombreux exploits, fut alors en effet nommé lieutenant général de Guyenne, le gouverneur, Antoine de Bourbon, étant empêché par ses nouvelles fonctions de demeurer dans la province. Ce guerrier, homme de devoir, qui n'était pas un tendre, chargé de maintenir l'ordre dans une contrée où la minorité religieuse, en passe de devenir majorité, montrait une certaine pugnacité, a laissé quant à lui le souvenir d'un impitoyable exécuteur.

S'il n'était pas intervenu lorsqu'en novembre 1560 un synode protestant, réunissant plus de trente ministres, s'était tenu à Clairac pour toute la province de Guyenne (82), lorsqu'en janvier suivant deux prédicateurs huguenots vinrent à Agen exercer leur activité, qui eut pour immédiat effet de provoquer les trouble habituels, il intervint immédiatement pour les faire arrêter ; un groupe armé, réuni sur l'autre rive de la Garonne, faisant alors mine de préparer un coup de main sur la ville, il les dispersa aussitôt manu militari, ce qui lui valut ainsi qu'aux consuls de promptes félicitations de la Cour (83).

C’est dans cette ambiance qu'en vue de préparer les prochains États Généraux de Melun, ceux d'Orléans n'ayant pas été concluants, furent réunis le 13 mars (84) ceux de la sénéchaussée d'Agen, auxquels Montluc assista (85). Il y rencontre Jean de Lusignan (il l'orthographie Lézignan, selon l'usage de l'époque), et rendant compte de la réunion à la reine Catherine, il écrit : « ...nous entrâmes aux Estatz de cette ville d'Agen, où se trouva Monsieur l'évesque d'Agen pour le clergé, monsieur de Lezignan et toute la noblesse de cette séneschaussée... et sur les sept heures du soir me sont venus trouver : monsieur l'abbé de Blasmont, pour l’estat de l'Église ; monsieur de Lezignan, lieutenant du sénéchal pour la noblesse etc... »

Ces brèves mentions permettent deux séries de constatations : a) si le séjour d'Antoine de Bourbon au château de Lusignan (cf. supra) donnait l'occasion de supposer que Jean de Lusignan adhérait au parti protestant, sa présence aux États présidé par Blaise de Montluc et la manière neutre et objective dont celui-ci en rend compte donne à penser qu'il n'était pas assimilé aux trublions « huguenots » : en réalité, il faisait partie des autorités constituées - et de toute façon, Antoine de Bourbon n'était-il pas alors lui-même lieutenant-général du royaume ? b) dans son « Histoire de l'Agenais (86) », Jules ANDRIEU écrit qu'aux récents États Généraux d'Orléans, pour l'Agenais, « les députés de la noblesse ne sont pas connus, bien qu'ils aient sûrement siégé », mais il cite, pour le Clergé, François de Belagier, abbé d'Eysses, et Bernard de La Combe, abbé de Blasimont ; or nous venons de voir qu'aux États de la sénéchaussée d'Agen, l'abbé de Blas(i)mont était à nouveau l'un des deux représentants du Clergé ; n'était-ce pas normalement le même cas pour Jean de Lusignan et n'était-il pas déjà lui aussi à Orléans, pour y représenter la noblesse d'Agenais ? L'adage en vertu duquel « on prend les mêmes et on recommence » était souvent vérifié à l'époque !

Nous ne connaissons pas la date exacte de la mort de Jean de Lusignan ; il n'apparaît plus dans les actes après ces États d'Agenais en 1561 ; il semble être décédé avant le 1er décembre 1566, date du contrat de mariage de son petit-fils Henry (87).

Il avait épousé Jammette de Saint-Lary (88) ; à la famille de celle-ci appartiendra le duc de Bellegarde, Grand Écuyer de Louis XIII ; une Jeanne de Saint-Lary sera la mère du célèbre duc d'Épernon. De ce mariage naîtront :


a) Marc Antoine, qui suit ;
b) Adriane, épouse Gaston de La Filholie le 5 juin 1554 (89) ;
c) Lucrèce, épouse 1/ Jean de Lomagne, 2/ le 16 mars 1560, Jean de Sainte Hermine, seigneur du Fa et de la Laigue (90);
d) Catherine ou Marie, épouse le 8 septembre 1560 Gaston de Melet, écuyer (91) ; en 1599 (92) elle fait apposer des affiches (93) contre un certain Léonard Baruteau (94) ; puis, en 1606, apposition d'affiches (95) contre Catherine de Lesinhan à la requête de Jehan Gasteboys, écuyer.

Marc-Antoine de Lusignan.

Marc Antoine de Lesinhan ou Lesignan était encore mineur (sans doute âgé de moins de vingt-cinq ans) ainsi que son épouse, lorsque fut signé le 6 mai 1541 son contrat de mariage avec Jeanne de Lasserre, fille de Jean de Lasserre, seigneur de Lacaze (96).

Marc Antoine devait trouver la mort le 18 juillet 1553, ainsi qu'on l'a déjà mentionné, au siège de Hesdin, lors de la prise de la ville par les Impériaux (97) ; il était RYOUT ou de Rioux-Laubé, lequel était gouverneur de la place [selon Agrippa d'Aubigné (98)] ; toutefois le commandement suprême relevait du Maréchal de La Marck (Robert IV, duc de Bouillon et prince de Sedan) qui était venu au secours de la place avec une armée de 2.000 hommes depuis Amiens (99).

Comment ces événements étaient-ils survenus ? Il faut revenir à l'histoire retracée plus haut, avant le traité de Cateau-Cambrésis. La guerre se poursuivait entre le roi de France Henri II, fils et successeur de François Ier, et l'empereur Charles Quint, vieillissant et valétudinaire. 1552 avait été particulièrement favorable au premier : les trois Évêchés de Metz, Toul et Verdun avaient été conquis, et Charles Quint avait échoué à reprendre Metz (100) ; l'année suivante, il engagea une nouvelle offensive qu'il fit porter sur le nord du royaume, à partir des Pays Bas ; à cette époque, les armées était le plus souvent démobilisées en fin de campagne, celle de Henri II était en cours de reconstitution pour la prochaine, et les princes allemands alliés de la France (contre leur empereur) tardaient à rassembler leurs contingents, voire se ralliaient cette fois aux intérêts impériaux... Tandis que les Français fêtaient encore leurs victoires de l'an passé, Charles Quint, qui avait conservé des troupes prêtes à l'action, attaque Thérouanne, petite place au sud de Saint-Omer, et s'en empare au début de l'été. Il continue ensuite son mouvement dans la même direction sur Hesdin, et le Maréchal de La Marck est contraint de capituler le 18 juillet (101) - Marc Antoine est mort le même jour, sans doute dans les derniers combats. L'empereur fera raser les deux cités ; son offensive finira par s'enliser ; une trêve sera signée à Vaucelles en 1556, mais son fils Philippe II, roi d'Espagne, reprend la guerre en 1557, remporte une victoire sans lendemain à Saint-Quentin le 10 août ; en 1558 les Français reprennent Calais aux Anglais, alliés de l'Espagne, et l'on signe la paix le 3 avril de l'année suivante : le roi de France renonce à l'Italie mais conserve Metz, Toul et Verdun.

Du mariage de Marc Antoine devaient naître :


a) Henri, qui suit ;
b) Antoine, seigneur de Montgaillard et de La Case, épouse Françoise de Marsan, d'après une transaction sur la dot de sa femme en 1581 (102) ; nous n'avons trouvé aucune information concernant leur éventuelle descendance. Henri, qui succédera à son grand-père Jean comme seigneur et baron de Lusignan, fera l'objet du prochain article.

Chapitre III.

 

Ainsi qu'on l'a lu précédemment (1), Henri était le fils de Marc Antoine de Lesinhan ou Lesignan et de Jeanne de Lasserre, mariés le 6 mai 1541 ; Marc Antoine étant mort lors de la chute de Hesdin le 18 juillet 1553, on peut donc, puisqu'il avait un frère cadet, qui a pu naître posthume, situer la naissance de Henri entre 1542 et 1552 ; ce serait en outre plutôt dans les premières de ces années, car il se mariera en 1566. Son grand-père Jean (II ?) paraît alors décédé, car il n'apparaît pas au contrat de mariage enregistré le 1er décembre (2), alors qu'il était encore en vie au moment des États provinciaux d'Agen de 1561 auprès de Blaise de Montluc (3) ; néanmoins, ce fut nécessairement lui qui assuma son éducation.

En premières noces, Henry de Lusignan épouse par contrat du 1er décembre 1566 Magdeleine d'Issalguier, fille de Bertrand, « escuyer, seigneur de Lermont (ou Clermont) et de Lezinghan (4) (sic) » un Jacques d'Issalguier, seigneur de Glézat, a été sénéchal de Bigorre pour le Roi de France, selon des lettres du 8 août 1374 au 28 avril 1378 (5). De ce mariage sont nés : a) François Ier, qui fera l'objet du chapitre suivant ; b) Armoise, qui épouse le 18 juin 1596 Jacques de Vigier, seigneur de Ricard, en Quercy (6) ; c) Diane, qui épouse B. de Galard (7) .

Madeleine d'Issalguier est décédée avant 1594, car le 15 juillet 1594 Henri de Lusignan épouse en secondes noces (8) Magdeleine de Saint Gelais, veuve de Louis de Nuchèze. Double mariage, célébré d'ailleurs selon le rite protestant, car, par contrat du même jour, François, fils aîné de Henri, épouse Marguerite de Nuchèze, fille de sa nouvelle belle-mère née du premier mariage de celle-ci ! Il convient de s'arrêter un instant sur ces unions, dont seule la seconde donnera des descendants (9) ; en effet elle marque le premier lien évident et certain entre les Lusignan d'Agenais et ceux du Poitou, dont la maison de Saint-Gelais était une branche cadette, si ancienne en vérité que cette origine relève plus d'une tradition acceptée par l'ensemble des généalogistes, confirmée il est vrai par des armoiries parentes (10), qu'elle n'est attestée par des documents indiscutables. Selon les auteurs (11), la maison de Saint-Gelais (de sancto Gelasio ; des restes du château subsistent à Saint-Gelais, 79410 Echiré) est issue d'un Rorgon ou Rorgues (12), seigneur de Couhé et de Saint-Gelais, né probablement peu avant 1086, fils de Hugues VI (13), 6e seigneur de Lusignan (Poitou), dit le Diable ou Jérusalem (14), et de son épouse Hildegarde de Thouars ; sous le règne de François Ier et de Henri II, la plupart des branches de la maison de Saint-Gelais obtinrent la permission de reprendre le nom de Lusignan accolé à celui de Saint-Gelais. Magdeleine de Saint-Gelais (15), dont nous parlons, était la fille de François de Saint-Gelais, seigneur de Saint-Séverin, lui même arrière-petit-fils de Pierre se Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, l'un des fils de Charles IV de Saint-Gelais, de son vivant chef de nom et d'armes de la branche aînée.

Du même Pierre de Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, est également issu un autre personnage qui joua un certain rôle dans la province son second fils Alexandre fut en effet le grand-père de Guy de Lusignan de Saint-Gelais, baron de Lansac [en Saintonge (16)] et de Puycalvary ; ce dernier château existe encore entre Tournon d'Agenais et Dausse, sur la route de Villeneuve-sur-Lot. Ce Guy fut sénéchal d'Agen en 1572 (17) ; chevalier, capitaine de 50 hommes d'armes, il fut également gouverneur de Brouage, ambassadeur en Pologne, ministre de France en Espagne, et commanda une flotte en Méditerranée. Enfin, à propos des Saint-Gelais, on ne peut manquer d'évoquer Merlin ou Mellin de Saint-Gelais (1491-1558), célèbre poète dont Rabelais s'est amusé à parodier au début de son Pantagruel le style qu'il jugeait quelque peu archaïque et obscur ; il était lui aussi un descendant de Pierre de Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, mais en filiation bâtarde, étant né des déportements d'un autre fils dudit Pierre, Octavien, horresco referens, évêque d Angoulême... mais lui aussi poète, bien que moins connu à ce titre.

Si nous nous étions posé la question de l'adhésion de son grand-père au parti réformé, la réponse ne fait pas de doute en ce qui concerne Henri de Lusignan, qui d'un bout à l'autre servit la cause de Henri de Navarre, dont il fut longtemps un proche compagnon.

A la fin de 1577, ou aux tout débuts de 1578 (18), le Béarnais le nomme aux fonctions de gouverneur d'Agen. Il n'avait pourtant jusqu'alors guère fait parler de lui ; tout au plus, au lendemain de la Saint Barthélemy, le voit-on venir avec sa compagnie renforcer la garnison d'Agen (19), puis, au début de 1577, participer auprès du roi de Navarre d une brève tentative sur Marmande (20) ; né au plus tôt en 1542, l'année qui suivit le mariage de ses parents, il n'avait donc pas plus de trente-cinq ans ; le choix que fit Henri de Navarre peut donc surprendre. II faut sans doute y voir une marque de confiance résultant de relations personnelles ; c'est ici qu'on peut se rappeler le passage à Lusignan d'Agenais, en 1559, d'Antoine de Bourbon, père de Henri de Navarre (21) ; l'on songera aussi aux prénoms de Marc-Antoine et d'Antoine portés par le fils et le second petit-fils de son hôte Jean de Lusignan, tous deux d'ailleurs nés avant cette visite, ce qui indiquerait un lien plus ancien, confirmant par exemple la sympathie ou l'attachement dudit Jean de Lusignan au parti protestant, dont Antoine de Bourbon apparaissait alors comme le chef. De plus, Henri de Navarre et Henri de Lusignan ont le même saint patron - si l'on peut dire, alors qu'ils sont protestants -, mais ici l'on ne peut envisager que le premier ait été le parrain du second, car sa naissance est du 13 décembre 1553, alors que celle de Henri de Lusignan est antérieure au moins d'un an, et probablement d'un peu plus, ainsi qu'on l'a suggéré plus haut ; ce prénom de Hem était celui du défunt roi Henri II et sera repris par le duc d'Anjou devenant Henri III, qui à sa naissance avait reçu ceux d'Alexandre et d'Edouard (22), la mode en fut donc la cause. En toute hypothèse, il est probable que Henri de Navarre connaissait Hem de Lusignan pour le petit-fils d'un fidèle de son propre père, qu'il devait l'avoir dans son entourage depuis un certain temps, qu'il faisait fonds sur se loyauté - qualité pas toujours répandue à cette époque troublée -, et que ce fut sans doute la raison du choix quel en fit pour un poste présentant, dans le temps présent, une telle importance.

Nous avons laissé le cours des événements, au chapitre précédent, sur les Etats provinciaux tenus à Agen en 1561, mettant en présence Jean de Lusignan, lieutenant de robe courte du sénéchal et représentant de la noblesse de la province, les représentants du Clergé, et Blaise de Montluc. Or, quatorze ans plus tard nous voyons Henri de Navarre, chef du parti protestant, tenir garnison à Agen et y nommer un gouverneur.

Les Etats Généraux prévus à Melun en mai 1561, que les Etats provinciaux étaient censés préparer, avaient eu lieu finalement à Pontoise, bientôt suivis d'une assemblée dénommée Colloque tenue à Poissy du 9 septembre au 14 octobre, où la Régente Catherine de Médicis assistée de son chancelier Michel de l'Hospital, tenta de mettre d'accord catholiques et protestants, sous la présidence du petit roi Charles IX, en présence de son jeune frère le futur Henri III, d'Antoine de Bourbon et de Jeanne de Navarre, mais aussi du duc de Guise. Bien entendu, les participants se quittèrent, s'il est possible, encore plus fâchés qu'ils ne l'étaient auparavant, mais la Régente, décidée à promouvoir une politique de tolérance, fit promulguer par son fils à Saint-Germain, le 17 janvier 1562, un édit « de tolérance » qui assurait aux protestants la liberté de conscience et la permission de célébrer leur culte, à condition que ce fût hors des villes closes et en plein jour (23). Malheureusement, le 27 décembre précédent, des bagarres s'était produites autour de l'église Saint Médard, à Paris, et l'incident servit de prétexte au Parlement pour refuser l'enregistrement de l'édit. Un mois et demi après la signature de celui-ci, le 1er mars, à Wassy, en Champagne, des huguenots lançaient des pierres sur le duc de Guise, et ses cavaliers en faisaient un massacre. La guerre s'alluma partout, avec son cortège de tueries de part et d'autre. Le 20 septembre 1562, Condé (24) et Coligny (25) signaient avec la reine Élisabeth d'Angleterre la promesse de lui restituer Calais contre un secours militaire ; en attendant, une garnison anglaise s'installait au Havre ; les protestants s'étaient emparés de Rouen, que l'armée royale reprit le 26 octobre, mais Antoine de Bourbon, qui la commandait en tant que lieutenant général du Royaume - il avait décidément abandonné la cause de la Réforme - fut grièvement blessé et mourut le 15 novembre suivant ; son fils Henri, resté sous la coupe de sa mère protestante Jeanne de Navarre, devenait donc alors le plus proche prince du sang après les deux frères encore en vie de Charles IX, en tant que chef de la branche de Bourbon, qui allait plus tard accéder au trône avec lui. Le 19 décembre, l'armée royale, commandée alors par le connétable de Montmorency, battait à Dreux le prince de Condé, qui était fait prisonnier, tandis que Montmorency était simultanément capturé par les protestants ! Guise, qui lui succéda, s'en alla les assiéger dans Orléans, mais était assassiné au cours du siège, il mourait le 24 février 1563 (26). En Basse-Guyenne, comme on disait alors, une troupe de 800 religionnaires s'était emparée d'Agen, dans la nuit du 16 au 17 avril 1562 et y commettaient toutes sortes d'excès, d'autres firent de même d Villeneuve, Penne, Monflanquin et Lectoure (27) ; les consuls agenais qui purent s'échapper firent appel à Blaise de Montluc, qui reprit la ville le 31 août ; les autres places furent reprises tour à tour. Pendant ce temps, le vicomte de Duras, à la tête d'une bande huguenote, semait les massacres sur son passage, notamment à Lauzerte ; à Agen, « les gibets établis hors la porte du Pin... ne virent pas moins de cinq cents pendaisons du 13 août 1562 au 12 mars 1563 (28)... ». Cette dernière date fut celle à laquelle la guerre cessa, Condé ayant adhéré à la pacification proclamée par l'édit rendu le 19 à Amboise, qui élargissait quelque peu les conditions faites par celui de Saint-Germain au culte protestant. Nous n'avons trouvé trace d'aucune participation qu'auraient pu prendre a ces événements Jean de Lusignan ou son petit fils Henri, ce dernier d'ailleurs sans doute trop jeune pour exercer un rôle quelconque.

Dans l'espoir de consolider cette paix, la Reine entreprit avec ses fils, et un cortège de plusieurs milliers de personnes (29) un grand tour de France, passant particulièrement par les régions qui avaient souffert ; ils quittèrent Fontainebleau le 13 mars 1564 (30). La Cour arrivait d Agen le 23 mars 1565 (31) ; elle y restait jusqu'au 27 et repartait en bateau pour Bordeaux sur la Garonne ; le lendemain le Roi couchait d Aiguillon... la rapidité du transport n'était pas encore telle que de nos jours ! Cette heureuse atmosphère ne devait hélas pas se maintenir longtemps ; fin septembre 1567, le prince de Condé tentait d'enlever Charles IX près de Meaux, et une deuxième guerre démarrait. Condé battu près de Paris, Montmorency tué dans le combat, le duc d'Anjou, futur Henri III, était nommé lieutenant général ; Condé manquant d'argent pour payer ses mercenaires allemands se résignait à signer la paix à Longjumeau le 23 mars 1568. Mais une troisième guerre recommençait presque aussitôt... Le duc d'Anjou commandait cette fois l'armée royale ; il battit Condé et Coligny à Jarnac le 13 mars 1569 - Condé, fait prisonnier une nouvelle fois, fut assassiné par son garde -, puis le duc d'Anjou battit encore Coligny à Montcontour le 3 octobre, s'exposant bravement dans la mêlée (32). Les réformés continuèrent cependant la lutte avec certains succès ; Coligny, remis de la grave blessure reçue dans la dernière bataille, allait mettre la Bougogne au pillage, notamment l'abbaye de Cluny ; à l'ouest, appuyés sur La Rochelle, ils menaient la guerre sur mer avec l'appui des corsaires flamands. La Reine mère était cependant décidée à traiter, et la paix fut proclamée à Saint-Germain par un nouvel édit de pacification, le 8 août 1570 ; les protestants obtenaient confirmation de la liberté de conscience et l'autorisation de pratiquer leur culte partout où il l'était avant la dernière guerre, sauf à Paris et là où se trouvait la Cour (33).

La même année, le 24 juillet, les janissaires du sultan turc Sélim l'Alcoolique débarquaient dans l'île de Chypre, l'ancien royaume de la branche d'Outremer des Lusignan du Poitou, passé sous la domination vénitienne depuis 1489 ; le 9 septembre, ils pénétraient dans la ville de Nicosie et en commençaient le sac. Ces événements qui intéressaient toute l'Europe méditerranéenne, entraînèrent, autour de l'Espagne et des puissances maritimes italiennes, la constitution de la coalition encouragée par le Pape saint Pie V qui devait le 7 octobre 15 71 remporter la victoire navale de Lépante, portant un coup d'arrêt à l'expansion ottomane. Paralysée par les conflits internes que nous sommes en train de décrire, la France ne put participer à cet effort (34).

Pourtant les tentatives de conciliation de la Reine Catherine devaient paraître réussir lorsque, décédé le 1er mai 1572 ce même saint Pie V qui refusait de donner son approbation à une telle union, elle put faire célébrer en grande pompe à Paris, le 18 août 1572, le mariage de sa fille Marguerite - la Reine Margot - et de Henri de Navarre qui, demeuré attaché à la religion calviniste de sa mère, apparaissait déjà, du moins par le rang - Il n'avait pas 19 ans et Coligny en restait de fait depuis la mort de Condé le principal dirigeant -, comme le chef du parti protestant C'était, en apparence, la réconciliation et l'union des deux factions qui auparavant déchiraient la France.

Comme on le sait, la suite fut tout à l’inverse. Coligny était rentré au Conseil et exerçait une grande influence sur le jeune Charles IX ; or, autant qu'il le pouvait, Il s'employait à le convaincre de voler au secours de ses coreligionnaires des Pays-Bas révoltés contre l'Espagne, ce qui revenait entrer en guerre avec ce puissant royaume il était bien près d'y réussir, les troupes étaient prêtes d partir et le temps pressait. Or Catherine de Médicis estimait une telle aventure des plus dangereuses et la France incapable de la soutenir au sortir des troubles précédents, en encourant le risque de rouvrir les hostilités intérieures, au grand profit de l'adversaire. Se souvenant qu'elle était florentine, la bonne reine décida donc de recourir aux grands moyens : après tout, l'Amiral (35) avait lui-même déjà beaucoup fait couler le sang, on allait jusqu'à l'accuser d'avoir été l'instigateur du meurtre de François de Guise durant le siège d'Orléans, les Guise en étaient persuadés ! Le genre de solution qu'elle choisissait était dans les mœurs du temps. Le 22 août, quatre jours après le grand mariage, un tireur réputé habile présenté d'ailleurs par les Guise, un nommé Maurevert, d'une fenêtre située sur le passage prévu de Coligny, lâchait sur lui deux coups d'arquebuse qui auraient dû mettre fin à sa carrière, mais ne firent que le blesser (36). Catherine et ceux qui l'avaient assistée dans son projet s'affolèrent : Coligny allait sûrement se venger, toute la noblesse protestante rassemblée à Paris pour le mariage de Henri de Navarre lui fournirait ses bras ; le lendemain de l'attentat manqué, les évidences d'un complot protestant étaient donc amplement dévoilées au Roi, par ceux-là même qui en redoutaient les effets, et, son consentement obtenu, on décida l'exécution soudaine et sommaire de tous les chefs protestants présents, et d'abord ceux qui se trouvaient dans le palais du Louvre - les princes du sang : Henri de Navarre, le jeune Condé (37) - devaient cependant être exclus de ces rigueurs. C'est ainsi que dans la nuit du 23 au 24, en commençant néanmoins par l'assassinat de Coligny dont se chargent les hommes du duc de Guise s'excitant à la vengeance, se déclencha la sinistre entreprise, qui bientôt échappa au contrôle de ses instigateurs, quand la foule s'amassa dans les ruelles mal famées de la ville pour participer à la curée ; l'appétit du pillage renforçait l'instinct de tuer et toute la population protestante de Paris, surtout des nobles ou de « riches » bourgeois, en fut la victime (38). Navarre et Condé, sous peine de la vie, furent contraints d'abjurer.

Henri de Lusignan était-il venu à Paris et échappa-t-il au massacre comme le jeune Sully et quelques rares chanceux, tels Montgomery et ceux logés avec lui au faubourg Saint-Germain, qui parvinrent à s'enfuir avant l'arrivée des tueurs ? Ou bien était-il sagement resté en Agenais ? Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable ; en effet, si à la différence de ce qui se passa dans nombre d'autres villes, aucune réédition de la Saint Barthélemy rie se produisit à Agen (39), le chanoine de Lalande, alors gouverneur, se préoccupa de renforcer la garnison et fit venir deux compagnies, dont l'une commandée par Henri de Lusignan (40) ; il exerçait donc alors un commandement militaire dans la province.

La guerre avait bien entendu repris partout, et malgré l'édit de Boulogne du 1er juillet 1573 qui était censé y mettre fin, se poursuivit l'année suivante. Le duc d'Anjou, frère du Roi qui le suivait dans l'ordre de succession (41), venait d'être élu roi de Pologne le 11 mai 1573, il partait le 2 décembre pour ses nouveaux états ; mais le 30 mai 1574 Charles IX mourait (42). La nouvelle parvenait en Pologne le 14 juin, le duc d'Anjou, devenu Henri III échappait le 18 juin à la surveillance de ses nouveaux sujets, qui voulaient le garder, et avec quelques compagnons, dans des conditions des plus romanesques, arrivait à Venise en juillet, et de là à Lyon le 6 septembre (43).

Henri III a donc succédé à son frère. Or, le 3 février 1576, coup de tonnerre : profitant d'une partie de chasse à Senlis, Henri de Navarre s'évade de la Cour, gagne La Rochelle et proclame son retour à la religion protestante. Pendant ce temps, les événements s'étaient précipités dans le nord, Paris était menacé par les reîtres protestants de l'électeur palatin et François d'Alençon, le plus jeune des fils de Henri II survivants, maintenant appelé à son tour « Monsieur » depuis que son aîné était devenu Henri III, s'était mis à la tête des réformés... Il semble qu'en fait il cherchait surtout à tirer son épingle du jeu, et après quelques démonstrations militaires, il accepta de signer avec le Roi le 6 mai à Étigny près de Sens le traité qu'on appela à cause de lui « la paix de Monsieur », et qui fut suivi de l'édit de Beaulieu (près de Loche) le 7 mai, par lequel les concessions faites aux protestants étaient élargies (44), mais surtout, et c'est ce qui devait surtout l'intéresser, le duc d'Alençon se voyait gratifier des gouvernements de l'Anjou, de la Touraine et du Berry ; les autres chefs du parti reçurent leur part ; c'est ainsi que Condé eut le gouvernement de Picardie et Henri de Navarre celui de la Guyenne.

Ce dernier paraissait donc le 4 juillet dans sa province ; le 4 août il était à Villeneuve puis à Agen (45). L'année 1576 devait se terminer par des Etats Généraux tenus à Blois suivis d'une reprise des hostilités auxquelles mit une fin provisoire la paix de Bergerac du 17 septembre 1577. C'est alors que Henri de Navarre eut le loisir de réorganiser l'administration d'Agen ; outre la nomination de Henri de Lusignan comme gouverneur déjà mentionnée, à la place du chanoine de Lalande, le capitaine Séridos (Bernard de Saint-Gesse) devenait commissaire, et Géraud Dugogne trésorier ; la Jurade, jugée trop turbulente, était mise à l'écart (46). Mais Henri de Navarre jugea nécessaire, dans la conjoncture présente, de faire considérablement renforcer les fortifications de la ville (47) ; tout cela coûtait fort cher, et le roi de Navarre ne manqua pas de se préoccuper du règlement de la dépense : « Envoyés moy l’estat de ce que monte l'argent, afin que je le fasse remplacer d'ailleurs et que la faute n'en avienne à la garnison de monsr de Lesignan... », écrivait-il à son chambellan Louis de Brunet, seigneur de l'Estelle début juillet 1578 (48).

Puisque officiellement il avait fait sa paix avec la Cour, Henri de Navarre réclama à Henri III que sa femme Marguerite, restée à Paris, vînt le rejoindre ; il obtint satisfaction. Dans un premier temps, des lettres patentes du 18 mars 1578 décidèrent qu'en représentation de la dot de la princesse, dont le règlement était demeuré en suspens, elle recevrait les trois comtés de Rouergue, de Quercy et d'Agenais, en réalité les revenus qu'ils rapportaient (49). Puis la reine de Navarre, qu'accompagnait sa mère la reine Catherine, se mit en route avec un magnifique cortège ; toutes deux étaient à Bordeaux le 12 août ; ce fut le début d'une grande activité diplomatique, à laquelle participa Henri de Lusignan, et dont rendent compte à Henri III, au fur et à mesure, des lettres de la reine Catherine qui en même temps permettent de suivre ses déplacements (50). Le 5 octobre, elle écrit de La Réole qu'ensuite des démarches entreprises par Henry de Navarre et les siens « dont, à mon advis, aulcuns d'eulx ne désirent guères paix (51)... », il a été convenu de tenir une conférence réunissant six gentilhomme de la part du Roi, et six de la part du roi de Navarre, dont « (le sieur...) de Luzignan », qui « s'assembleront dès demayn pour dresser les mémoyres et articles de ce qui se debvra fayre, lesquelz ils nous feront après veoyr et accorder ce que nous verrons estre raisonnable... » Les « Articles accordez à La Réolle entre la Royne mère du Roy et le Roy de Navarre » le 5 octobre 1578 disent : « Monsr le Mareschal de Biron (52) fera ester la garnison qui est à Agen par celluy qu'il advisera ; Monsr de Lezignan y ira de la part du roy de Navarre pour y assister ». « Monsr de Lezignan » est aussi mentionné parmi ceux « estant auprès dudit sr roy de Navarre » à la signature de la convention. Il fut aussi convenu de tenir prochainement une conférence plus approfondie à Nérac (53) ; le 9 octobre, la reine est à Tonneins (« Thonnins » écrit-elle) et réunit les membres du conseil du Roi qui l'avaient suivie ainsi que les délégués de Henri de Navarre, dont « Lezignan ». Le 11 octobre, la reine Catherine était à Agen, sa fille la reine Marguerite y arrivait le lendemain (54) ; Henri de Navarre s'empresse de les suivre, « allant, à ce qu'il m'a dit, à la chasse à Lezignan, qui est icy auprès... », écrit Catherine - ce détail est intéressant quant aux relations des deux Henri... Puis les deux reines firent un crochet par Toulouse, et le 30 novembre elles sont à Auch (« Aucx »), d'où la reine-mère écrit que « le sieur de Lezignan » négociera avec le maréchal de Biron (55) « sur le faict de ladicte Reolle », à la place du négociateur prévu, Lavardin, atteint d'une « puraisie ».

Enfin les royales voyageuses arrivèrent à Nérac, la capitale de Henri de Navarre, où elles furent reçues de manière splendide ; suivirent fêtes, bals, cavalcades et réjouissances de toute sorte, dans l'ambiance d'une vie de cour frivole et galante autant que somptueuse (56) ; des occupations plus sérieuses sollicitèrent pourtant les têtes pensantes, car la conférence prévue s'était ouverte ; cependant, on continuait à se battre ici ou là, le 20 novembre les catholiques s'étaient emparés de La Réole, le 22 Henri de Navarre avait occupé Fleurance, au sud de l'Agenais (57) ; le 15 décembre La Réole est rendu aux réformés sur l'intervention de Catherine de Médicis. Le 16, elle écrit à Henri III que le « faict de La Réolle » est discuté par les délégués mentionnés plus haut, dont « Lezignan », et que des divergences se manifestent : la reine mère aurait voulu que le sieur de Guitry fût chargé de veiller avec Biron au désarmement et à l'évacuation d'Agen, or ledit Guitry « n'y a voullu... s'excusant... le roy de Navarre ayant pour cette occasion nommé le sieur de Lesignan, qui y estoit aussi présent et s'en est fort défendu... » Les conférences commencèrent cependant le 3 février sous l'énergique direction de la reine Catherine, qui à force fit accepter ses conditions par les députés réformés : il n'y aurait pas de reconnaissance de la liberté de culte dans tout le royaume, comme ils le demandaient, mais quinze places de sûreté leur seraient octroyées. Le 28 février, toujours de Nérac, elle informait Henri III de ce que « ledict maréchal de Biron... veit (vit, c. à d. constata) l'opiniastreté des députez, et comme mondict filz le roy de Navarre, le vicomte de Turenne, Guitry (58) et Lezignan qui sont près de luy ne suivent que ce que dient lesdictz deputéz, aussy ne fouit-il pas doubter qu’ilz ne se concertent bien, avant que venir avec nous » ; le traité fut néanmoins signé ce même jour (59).

La reine Catherine resta à Nérac jusqu'au début de mars 1579, et convoqua à Agen pour le 8 mars une assemblée de toute la noblesse de Guyenne, où elle se rendit en personne (60). Henri III ratifia les conventions de Nérac par un édit du 14, mais une difficulté survint en Agenais à propos de la place de Puymirol, dont le gouvernement, à l'issue de cette affaire, va rentrer durablement dans le « patrimoine », si l'on peut dire, des Lusignan d'Agenais. En vertu des conventions, la place devait en effet revenir au Roi de France, mais elle était alors détenu par des protestants irréductibles, menés par « ung nommé le capitaine Restarneau, qui est un fort mauvais garçon », écrit la reine Catherine le 15 mars ; elle y a donc envoyé le vicomte de Turenne, qui l'obligea à en sortir avec ses soldats, « excepté quelques uns qu'il laissa dans le chasteau, attendant que le sénéchal de Bajaumont et luy y retournent pour parachever d'exécuter ce qui y est à faire et en bailler la charge au sr de Lezignan, comme il a esté advisé ; ce qui eust été faict dès vendredi, mais le fait de la querelle d’entre ledict vicomte de Turenne et le sr de Duras se renouvella... ». Il était donc prévu de confier la garde de cette place à Henri de Lusignan, mais pour le compte du Roi, bien qu'il fût huguenot ; c'était là un subtile arrangement pour contenter tout le monde... Le 17, elle écrivait encore à Henri III : « ...J'ay tant faict que le vicomte de Turenne a satisfaict entièrement à Puymirol tout ce qui estoit nécessaire de la part de ceulx de la Relligion prétendue Réformée pour l'exécution de vostredict édit de paciffication et de la résolution de vostre conférence... y estant le sr de Lezignan bien estably, après le serment et promesse qu'il a fait en mes mains de remettre du tout ledict Puymirol dedans /e premier jour du mois de septembre prochain... » Le 25 mars, elle confirme » « ... l'ordre y est donné à Puymirol... ilz en ont à ma requeste donné la charge au sieur de Lezignan.

Mais, ainsi que le mentionne la Reine, une « querelle » de Turenne avec le vicomte de Duras vint interférer dans ce dénouement. Pour en savoir les détails, il faut se reporter aux « Mémoires du duc de Bouillon » [Henry de la Tour d'Auvergne, à l'époque seulement vicomte de Turenne (61)]. Symphorien de Durfort, vicomte de Duras, avait, comme Turenne, embrassé la cause des religionnaires et même déjà guerroyé du temps de Montluc ; les deux jeunes coqs fréquentèrent la cour de Nérac et de diverses rivalités naquit entre eux une haine exacerbée, d'autant que l'issue que l'épée et la dague auraient, comme c'était l'habitude, apportée à leur différend se trouva, par suite de diverses circonstances, plusieurs fois différée. Enfin la conférence de paix d'Agen leur fournit l'occasion de vider leur querelle, et un beau matin de mars 1579 ils se retrouvèrent sur le Gravier, accompagnés de témoins qui devaient selon l'usage d'alors, participer au combat. A en croire Turenne, le « duel » ne fut cependant pas très régulier, plutôt un guet-apens ; il fut blessé, ainsi d'ailleurs que Duras, et fut en grand danger d'être traîtreusement occis par ses adversaires ; heureusement, écrit-il, « il arrive quelques gens de la ville, mesmes le gouverneur, le sieur de Lusignan (62), qui me rameine ». Le 19 mars, Catherine rend compte des suites au Roi : Turenne voulut « se faire porter... en la maison du sr de Lezignan » et Duras, mal en point lui aussi, dans la sienne ; mais la Reine leur mit des gardes pour « ... la justice estre faicte de celluy qui aurait failly ».

Une autre difficulté demeurait pour la place de Saverdun, au pays de Foix, que sa garnison faisait difficulté à restituer ; Henri de Lusignan eut encore à intervenir auprès de la Reine. Celle-ci écrivait le 25 mars : « ...mais je suis encores arrestée jusqu ci jeudy, pour ce que mondict filz le roy de Navarre (63) m'escripvit dimanche au soir bien tard et me feist démonstrer par le sieur de Lezignan, que je ne de vois partir d'icy que premièrement la ville de Saverdun en Foix... ne fust rendeue ». Le 4 avril, elle était à Port-Sainte-Marie, et ses efforts de pacification rencontraient encore des réticences : « ... mondict filz le roy de Navarre et ceuix de sa relligion qui sont auprès de luy, comme le vicomte de Turenne, Guitry, Lezignan et aultres, signeraient avec moy lesdictz articles, et que l’on ferait cesser partout tous actes d'hostilité... mais les députés demeurent opinastres... » Enfin, la Reine se rendit à Castelnaudary pour y présider les États de Languedoc et leur faire approuver d leur tour les accords de Nérac (64).

À partir de ce moment, on ne voit plus Henri de Lusignan dans l'exercice des fonctions de gouverneur d'Agen, sans que nous ayons cependant trouvé mention de son remplacement ou des circonstances qui l'auraient amené ; peut-être est-ce la conséquence de ses nouvelles responsabilités à Puymirol, qui n'étaient pourtant prévues qu'à titre temporaire ; en toute hypothèse, nous savons qu'en novembre 1580 le gouverneur d'Agen s'appellera Lussan (65) ; mais alors, la guerre aura repris (cf. infra). En revanche, Henri de Lusignan va être chargé de d'importantes missions auprès de Catherine de Médicis et de Henri III.


Henri de Lusignan.

Le 29 juillet de la même année 1579 (66), Henri de Navarre écrivait « À la Royne, Mère du Roy Mon seigneur », pour l'informer de ce qui venait de se passer à l'assemblée protestante de Montauban ; outre une question financière à régler, les réformés se plaignaient de la mauvaise application des accord qui venaient d'être signés : « Dedans ung jour je feray partir le sr de Lesignan pour vous rendre compte de ce qui s'est passé en ceste assemblée et de toutes aultres particularitez... Les depputez de ceulx de la Religion de chascune généralité y ont esté envoyez pour descharges ceulx qui avoient esté surchargez au département qui fut faict, il y a ung an, de partis (sic) de la somme de six cens soixante [et] tant mil livres accordez par le Roy mon seigneur, estre levez sur ceulx de la Religion ; à quoy il estait nécessaire de pourveoir... Par mesme moyen ils ont apporté des mémoires des contraventions à lédict de pacification, afin d'en requérir du Roy, avec toute humilité, justice et réparation. Ce que je me suis chargé de faire par ledit sr de Lézignan. Calignon, député à la province du Dauphiné, est venu en ladicte assemblée, avec charge d'adviser auxdictes surcharges, et faire quelques plainctes pour ladicte provins (sic), qui sont insérées au cahier général qui vous sera porté par ledict sr de Lézignan... et parce, Madame, que par ledict sr de Lézignan vous entendrez choses plus particulièrement, je ne vous escriray de plus longue lettre, si ce n'est pour vous supplier trez humblement de ne vouloir adjouster foy aiséement aux bruicts et faux rapports dont on remplit vos oreilles pour vous mettre en soubçon et deffiance de moy... ». Le 30 juillet, Henri de Navarre écrit à Henri III qu'il a choisi le sieur de Lesignan (Henri de Lusignan) « pour vous faire entendre ce qui s'est passé à l'assemblée qui a esté faicte en ceste ville [Montauban]... » et adresse à Catherine confirmation de sa lettre du 29, ainsi qu'un message identique à Monsieur, frère du Roi, lequel d'ailleurs, on l'a vu, penchait fortement pour le parti protestant.

Le 8 août 1579, la reine Catherine, qui est à Grenoble pour tenter d'arranger les affaires du Dauphiné, écrit au Roi son fils pour l'informer elle-même de l'arrivée, de la part du roi de Navarre, de Henri de Lusignan, sur lequel elle exprime une appréciation très favorable, et revient sur la question de Puymirol : « Mondict filz le roy de Navarre, au nom desdictz de la Relligion, vous envoya, suivant la résolution qu'ilz ont faicte en leurdicte asemblée de Montauban, ung cahier de plusieurs conctravencions qu'ilz dient avoir esté faictes ès provinces de vostre royaulme à leur préjudice affin que vous leur en faciez fayre justice. C'est à mon advis comme une protestation qu'ilz veulent fayre qu'en cas que vous ne les satisfaictes et faciez fayre adicte justice, ils aient plus de couleur de sésmouvoir et reprandre (sic) les armes. Le sieur de Lézignon, qui a la charge de Puymirol, l'une des quatre villes de Guienne, est depesché pour cest effect devers vous et doibt passer icy bien tost, comme mondict filz le roy de Navarre m'escript apportant ledict cahier, que je verray, et vous en manderay mon advis... estant bien fort aize que ce soit ledict sieur de Lézignan qui ait esté député pour vous porter ledict caler (sic) ; car il est à ce que j'ay cogneu et qu'ung chascun dict homme d'honneur et qui désire la paix... et fouit pour la rendre perdurable... que la justice se face promptement... et combien qu'ilz se rendent difficiles à remettre lesdictes villes, si ne donnez ordre que ladicte justice soit bientost faicte d'iceulx attentatz et contravencions, ledict sieur de Lézignan, s'estant obligé par sa foi et sur son honneur de rendre ladicte ville de Puymirol à la fin de ce présent mois, j'estime que faisant fayre par vous (comme je suis bien aseurée que le désirez) justice desdictz attentatz, et que set/liement (sic) y en ayt quelque commencement (sic), il mettra ledict Puymirol, et montrera le chemin aux aultres qui se sont excusez d'en fayre le semblable. Croiez, Monsieur mon filz, que le faisant par luy, comme je vous diray ancores une fois que je pense qu'il fera, il sera suyvi de ceulx qui ont charge des aultres villes...Je suis d'advis que faciez bonne chère au sieur de Lézignan. Il peut beaucoup en ce que dessus, principallement pour la restitution d'icelles villes... » Le 14 elle ajoute, toujours à l'intention du même ; « Monsieur mon filz, le sieur de Lézignan arriva avant hyer icy avec les dépesches que mon filz le roy de Navarre nous faict pour les plainctes des contraventions et infractions que ceux de la Relligion prétendue réformée prétendent avoir esté faictes à vostre dernier édict de paciffication et aux articles de la confirmation d'icelle, résoluz et accordez en nostre conférante de Nérac... aussy le fault-il faire par le mesme mien des attentatz que ceulx de leur party ont faictz au préjudice dudict édict... Ce que ledict sieur de Lézignan (qui est fort saige gentilhomme, personnaige d'honneur et bien affectionné à la paix et à vostre service, ainsy que j'ai cogneu) m'a asseuré que mondict filz et les principaulx de leurdicte Relligion désirent aussy... Je vous prye donc, Monsieur mon filz, dépescher le plus tost que pourrez ledict sieur de Lézignan, affin (sic) qu'il puisse bientost estre de retour auprès de mondict filz le roy de Navarre... et pour ce que la fin du présent moys approche, dedans lequel ilz sont tenus de remettre les quatre villes qui leur ont esté par ladicte conférante (sic) laissées en Guienne, il vous playra faire expédier la commission pour les recepvoir... que ladicte commission porte aussy de recepvoir les unze villes de Languedoc que lesdictz de la Relligion sont aussy tenus de remettre... et que celluy que vous envoirez s'en aille avec ledict sieur de Lézignan, après que l'aurez dépesché, et que le renvoierez, estant pareillement d'advis (affin quil veoye comme de on pied vous marchez en tout ce qu'avez promis) que vous envoiez aussy avec eulx les dépesches nécessaires pour fayre fayre la justice desdictz prétenduz attentatz ès costez de Tourenne [la vté de Turenne] et lieux circonvoisins mentionnez ès mémoires que vous porte ledict sieur de Lézignan, lequel, je m'asseure, fera tous bons offices pour le bien et establissement de la paix et satisfera sans doubte de sa part et tiendra aussy la main que, par les aultres qui ont pris la charge desdictes villes, il soit satisfaict à la restitution d'icelles. » Le 15 août, au même : « Monsieur mon filz, j'oyz hier matin, comme vous aurez peu entendre du sieur de Lézignan avant la réception de cette lettre, les députez de ceulx de la Relligion... » Le 17 août, au roi de Navarre : « Le sr de Lézignan, qui est passé par icy, arrivera à propos auprès du Roy mondict filz, lorsqu'il fera cette depesche... » La mission de Henri de Lusignan le conduisit dort à Grenoble auprès de la reine Catherine, puis au Louvre auprès de Henri III (67).

De son côté, Henry de Navarre écrira le 23 septembre 1579 aux Réformés du Languedoc qui s'agitaient, qu'il avait « envoyé le seigneur de Lusignan à la cour pour obtenir du roi réparation des contraventions faites à l'édit de la part des catholiques, le roi ayant promis de les satisfaire là-dessus (68) ».

La reine Catherine se défiait cependant de l'exactitude avec laquelle Henri de Navarre entendait appliquer le traité, notamment en ce qui concernait la restitution à l'autorité royale des places que détenaient les religionnaires. Le 20 août 1579 elle lui écrit en effet, toujours de Grenoble : « Mon filz, je vous renvoie le baron de Salignac et l'abbé Gadaigne, lesquelz vous diront que ceulx de vostre religion client que vous leur avez mandé qu'lz tiennent bon et ne rendent nulle ville qui les puisse servir... chose tout contrevenant à l’édict et aux sermens que si solempnellement avez faictz et à ce que, par ledict baron de Salignac et depuis par le sieur de Lézignan et voz lettres escriptes de vostre main, que m'avez envoiées, et faict tenir le langaige de mesme par les dessus dictz gentilzhommes de n'en estre rien... » Elle répète ces assertions dans une lettre du 22, et le 23 elle ajoute une allusion concernant son action supposée dans les affaires du Dauphiné « depuis le portement du sieur de Lézignan d'auprès de luy (69) ».

Enfin, la mission du « sieur de Lezignan » auprès du Roi semble avoir porté ses fruits ; encore à Grenoble la reine Catherine écrit le 1er septembre à ce dernier « Cependant j'accuseray réception des dépesches que m'avez faictes... ayant veu par ycelles la résolution qu'avez faicte avec le sr de Lézignan, que vous renvoyez bien satisfaict », et le 7 mentionne encore les dépêches reçues du Roi « sur l'occasion du volage du sieur de Lézignan ». Le 28 octobre (elle est alors à La Palice) elle informe le gouverneur de Metz, M. de Rambouillet, à propos des quinze places de sûreté qui ont été consenties aux huguenots, contre la promesse de les rendre dans six mois « Quant à la promesse particulière du roy de Navarre et des srs et gentilshommes pour les quinze villes, ensemble celles du s de Lézignan pour Puymirol, elles ont esté par moy mises ès mains du mareschal de Biron », lequel est lieutenant général en Guyenne.

Que ces suspicions fussent ou non fondées, il était inévitable que la guerre reprît bientôt, ce qui fut fait en avril 1580. Les motifs apparents étaient si futiles qu'on l'appela « la guerre des amoureux », et on en attribua la cause immédiate au mécontentement qu'aurait éprouvé Marguerite de Navarre à voir sa liaison avec le jeune vicomte de Turenne, pourtant affichée sans réserves devant l'indifférence absolue de son époux, être publiquement dénoncée par son frère Henri III (70)... À la veille de son départ pour les champs de Bellone, le Béarnais prenait néanmoins congé de sa femme en termes tendres par une lettre du 10 avril (71), l'appelant « M’amie » ; il expliquait qu'il se trouvait « obligé » de reprendre la guerre, car « Le Roy dict qu'il veult la paix ; je suis content de le croire ; mais les moïens dont son conseil veut user tendent à nostre ruine » ; il termine par cette conclusion : « ... Je vous prie, M'amie, commander pour vostre garde aux habitons de Nérac. Vous avés là Monsr de Lésignan pour en avoir soing, s'il vous est agréable, et qui le fera bien... ». Voilà donc Henri de Lusignan en charge de garder la reine Margot !

Le 5 mai, Henri de Navarre surprenait Cahors de nuit, et s'en emparait au bout de cinq jours de combats acharnés ; plusieurs marches et contremarches s'effectuèrent ; le maréchal de Biron concentrant ses troupes vers Marmande, le roi de Navarre s'y porta le 15 juin ; ici se place un incident mettant en scène Henri de Lusignan, qui apparemment avait rapidement renoncé à ses attributions de sigisbée... Il est relaté, quelque peu différemment d'ailleurs, par les deux grands mémorialistes du temps, Sully et d'Aubigné.

Pour le premier (72), paraissant avec trois cents chevaux et deux compagnies de ses gardes devant Marmande où se concentraient les volontaires qui attendaient Biron pour se joindre à lui, « voyant que cette quantité de noblesse gasconne qui estoit dedans Marmande, au moindre ennemy qui paroissoit, sortoit à diverses trouppes pour aller après luy, et le charger à l'envy l'un de l'autre, à qui se montreroit le plus eschauffé à la poursuite, se résolut de dresser une partie, pour essayer d'en attraper quelques uns... ». Derrière un ruisseau infranchissable à cheval à cause de la hauteur des berges, ils logea cent harquebusiers en embuscade près du petit pont qui constituait le seul passage, et « commanda au sieur de Lesignan, brave et sage gentilhomme, de prendre vingt ou vingt-cinq des mieux montez et armez » pour aller faire une démonstration devant une porte de la ville et tourner bride aussitôt afin d'attirer les poursuivants sur le pont à portée de feu desdits harquebusiers. Au début tout se passa comme prévu, les jeunes de Marmande poursuivaient les coureurs qui se retiraient, en leur criant : « Ça, ça, cavaliers, un coup de pistolet pour l'amour de la maistresse, car vostre Cour est trop remplie de belles dames pour se manquer ! » Mais M. de Lesignan faisoit la sourde oreille à ces défis, ne pensant qu'à se retirer pour les attirer dans l'embuscade. » Or l'un de ceux qui étaient avec lui fut reconnu et défié personnellement par un de Marmande ; il se crut obligé de répondre, son cheval fut tué, les autres vinrent à sa rescousse, une mêlée s'engagea et tous passèrent le pont ensemble, en sorte que les tireurs couchés dans l'herbe n'osèrent pas déclencher le feu. Là dessus, un observateur qui avait cru voir déboucher toute l'armée de Biron, alors que le roi de Navarre n'avait qu'un détachement, lui en donna avis, provoquant sa retraite précipitée ; seuls une vingtaine de cavaliers étaient laissés pour donner la main à Lusignan. D'Aubigné (73), moins pittoresque dans sa description, est un peu plus précis sur la suite. C'est un certain Pierre de Moiras, baron d'Yolet qui donne à tort l'alarme, ayant aperçu « ... Lezignan... revenir un peu vite, et après lui une poussière, qu'il estima ne pouvoir estre que de l'armée. Croyant donc que le mareschal (de Biron] aurait été trouvé en bataille, il dépesche [son) valet au roi [de Navarre] et lui mande sous le nom de Lezignan qu'il avoir l'armée sur les bras et qu'il estait perdu, s'il ne se retiroit en toute diligence. » Henri de Navarre fit donc reculer sa troupe, mais envoya le capitaine La Porte avec quelques cavaliers pour secourir les coureurs ; ils eurent tôt fait de disperser les poursuivants. Les deux auteurs sont d'accord sur le mécontentement du roi de Navarre et du sieur de Lesignan, auxquels on avait fait rater l'affaire ; « le Roy fut fort en colère contre ceux qui l'avaient fait retirer si vite, d'autant que le seigneur de Lesignan en parfoit fort haut et avec blasme contre ceux qui s'en estaient fuits sans voir l'ennemy... » dit Sully (74) ; « Lezignan, irrité de n'avoir pas trouvé l'embuscade au lieu promis, parla de cette affaire hautement » ajoute d'Aubigné (75).

Cette aventure ne fut qu'un petit épisode, et les prises de villes et de châteaux, avec leur cortège d'horreurs beaucoup moins galantes, se multiplièrent. Le 13 juillet, Biron s'emparait de Gontaud ; « les habitants furent égorgés et leurs maisons livrées aux flammes (76). » En novembre, les protestants de Tournon et de Monflanquin menaçaient Penne, et les troupes de Puymirol - étaient-elles directement commandées par Henri de Lusignan ? - préparaient une surprise sur Agen (77).

Cependant, toute cette guerre contrariait fort Monsieur (78), car elle mettait obstacle à son ambition du moment, être pris pour roi par les protestants de Hollande révoltés contre le souverain espagnol. Il s'entremit avec diligence, et, ses soins aidant, la guerre prit fin aussi vite qu'elle avait commencé, par un traité signé le 26 novembre 1580 au château de Fleix, près de Bergerac, et aux mêmes conditions que le traité précédent (79).

En 1581, une nouvelle affaire ressortait à propos de Puymirol. Henri de Navarre, qui venait d'obtenir de Henri III de conserver plus longtemps cette place de sûreté (80), souhaitait y faire rentrer une garnison huguenote, ce à quoi s'opposait Henri de Lusignan pour les motifs qu'expliquait le roi de Navarre dans une lettre du 27 novembre 1581 « à mon cousin Monsr de Matignon, mareschal de France (81) » qui en juin 1581 avait succédé à Biron comme Lieutenant Général du Roi en Guyenne (82) : « ayant faict venir devers moy le sr de Lésignan pour le faict de Pemyrol je l'ay trouvé persistant en sa première délibération de ne consentir poinct que la compaignye du capitaine de Belsunce (83) y entre, qu'on ne luy ayt rendu la promesse qu'il a faicte au Roy, et aussy que la garnison dudict Pemyrol n'aye esté payée de ce qui lui est deub du passé, comme vous avez promis. Qui me faict vous escrire ceste-cy pour vous pryer, comme je fays affectueusement, d'envoyer bien fast devers Sa Majesté, pour la supplier de faire rendre ladicte promesse audict sr de Lésignan, et aussy que vous damniez ordre au payement de ladicte garnison... Je vous prye aussy, lorsque vus dépescherez à la Court, supplier Sa Majesté de vouloir confirmer la provision que ledict sr de Lésignan a de la Royne ma femme, pour la capitainerye dudict Pemyrol, et en retour de ce porteur me faire part des nouvelles que vous avez de la Court... » La question ne fut toutefois pas résolue tout de suite et le 5 décembre le roi de Navarre s'adressait encore à Matignon : « Quant au reffuz et difficultez du sr de Lezignan, vous ne sçauriez croyre le déplaisir que j'en ay ; qui est cause que, vostre lettre receue, j'ai prins occasion de luy escrire aux fins de me venir trouver. Qui ne sera sans luy représenter vos raisons et aultres que j'y adjouteray pour tascher â le faire condescendre. Cella toutes fois ne peut ni ne doibt servir de prétexte quelconque aux détempteurs de mes maisons et chasteaux pour différer de les rendre... » Quelles sont les « raisons » développées par le maréchal de Matignon ? Il faudrait retrouver sa lettre pour les analyser. Toujours est-il qu'en juillet 1589 Belsunce commandait à Puymirol et s'apprêtait à participer à une offensive sur Agen - Henri de Navarre avait donc obtenu ce qu'il voulait ; en revanche, nous retrouverons Henri de Lusignan gouverneur de Puymirol en 1590 (84). En attendant (85), Henri de Lusignan, qui sera en 1582 chambellan du roi de Navarre (86), exercera diverses missions de représentation pour le compte de celui-ci, qui en fera mention dans sa correspondance (87).

À la fin de janvier 1582, la Reine Marguerite de Navarre avait eu le désir de rejoindre son frère Henri III à Paris, emmenant sa dame d'honneur Françoise de Montmorency de Fosseux, dite « la Fosseuse », maîtresse du moment de son mari, lequel les accompagna jusqu'en Poitou, où la reine Catherine alla les accueillir, mais Henri de Navarre fit alors demi-tour (88) ; qui chargea-t-il de présenter ses excuse pour ce départ précipité ? Henri de Lusignan, comme il l'écrit le 19 mars : « Je suis venu jusques icy pour avoir ce bien de communiquer avec la Royne, mère du Roy mon seigneur... Je luy a envoyé le sr de Lésignan pour faire mes excuses si je ne puis aller si avant (89)... » Durant l'été de la même année, alors que se met en place la nouvelle Chambre de Justice prévue par les derniers édits qui siégera à Bordeaux, puis à Agen, il écrit au chancelier de Bellièvre, chargé par Henri III de veiller à la bonne marche de la chose : « J'ai donné charge au sr de Lésignan de vous voir et vous dire de mes nouvelles bien particulièrement, et l'occasion de son voyage... » puis, le 14 novembre à Scorbiac (90), toujours à propos de l'installation de cette Chambre : « ... Toutes fois le sr de Lésignan m'a asseuré que le Roy mon seigneur a commandé l'expédition pour ledict establissement, tout ainsy que le désirez, et s'asseure qu'elle est à ceste heure faicte. »

D'autres tractations eurent lieu à la fin de l'année ; le 28 novembre, c'est la reine Catherine qui écrit, de Paris, à Matignon toujours lieutenant général en Guyenne : « Je désire seullement (sic) que mon filz le roy de Navarre accomplisse ce qu'il vous a promis et nous a mandé par le sieur de Lézignan... Vous serez adverty par votre courrier de la response que nous ferons sur ce au sieur de Lézignan et sur tous les aultres poinctz de sa dépesche (91)... » Puis Henri de Navarre l'envoie plaider auprès de Henri III la cause de « grand nombre de personnes par deçà qui se plaignaient d'astre recherchés par Messrs de la chambre de Justice et aultres Juges », écrit-il à celui-ci le 21 décembre, ajoutant : « Mais, Monseigneur, ce sont gens de guerre, qui ne s'entendent en procez, et dès qu'ils oyent parler d'adjournement ou d'assignation, pensent estre pris », demandant au Roi « vouloir accorder une interdiction à toutes courts, chambres, juges, prévosts etc. de procéder contre eux, comme plus complètement le sr de Lesignan, présent porteur, le vous fera entendre... lequel il vous plaira ouïr et croire de ce qu'il dira d Vostre Majesté de ma part, comme moy mesures », s'agissant d'autres questions également en litige ; le même jour il écrit à Bellièvre déjà nommé pour l'informer de la prochaine visite du « sr de Lesignan » qui vient de voir le Roi revenant des eaux de Bourbon-Lancy pour prendre des nouvelles de sa santé « et luy faire entendre l’estat de la Guyenne » , le priant de « croire, au reste, ce que ledict sr de Lesignan vous dira de ma part... » Les gens menacés par la Chambre de Justice se sont inquiétés et ont pris les armes ; le 31 janvier le roi de Navarre écrit au gouverneur de La Réole (92) qu'il porte « l'abolition que le sr de Lesignan a apportée, qui est telle que nous l'avons demandée, afin de mettre un chascun hors de peine, et faire cesser les exactes recherches et poursuictes qu'on a faictjusqu'icy contre ceulx de la Religion (93)... » Le 1er février 1583, il écrit à son conseiller Forget : « J'ay entendu par le sr de Lesignan combien vous vous estes soigneusement emploué à la poursuyte et sollicitation de ce qu'il a eu à négotier pour le bien de mes affaires... » Le 26 mars 1583 il écrit à un groupe de magistrats calvinistes qu'il avait envoyé au Roi pour qu'il soit mis fin aux poursuites individuelles par une « abolition » ; il précise que « Sa Majesté me fit ceste faveur de me l'envoyer par le sr de Lesignan... » mais « ces messieurs de la Court de Guienne » refusent d'enregistrer la déclaration royale et envoient des remontrances au Roi. Il leur demande conseil.

Pendant ce temps, la reine de Navarre qui, nous l'avons dit, était repartie auprès de sa mère et de son frère en janvier 1582, scandalisa si bien celui-ci (que n'avait-elle pas dû faire !) que, le 7 août 1583, il la chassait de la cour et qu'elle rentrait toute penaude en Gascogne ; son époux refusant tout d'abord de la recevoir à Nérac, elle allait à Agen, où elle arrivait au bout de quatre mois de voyage le 7 décembre (94). Ce fut à Henri de Lusignan que fut confié le soin de réconcilier le couple royal, comme le signale une note de l'éditeur des lettres de Henri IV sur une lettre du 26 décembre ; ses efforts parurent porter leurs fruits, et le 29 décembre, la reine Catherine en exprimait sa satisfaction dans une lettre qu'elle adressait de Monceaux au maréchal de Matignon : « Mon cousin, le sr de Villeroy m'a envoié en ce lieu la lettre que m'avez escripte le XIXe de ce moys, ayant esté bien aize de veoir par icelle, comme, je Pavois ja entendu, le volage du sr de Lézignan de la part de mon filz le roy de Navarre devers ma fille sa femme, et la bonne espérance qu'il a donnée à madicte fille, dont je suis infiniment aize... » De fait, le roi de Navarre consentit finalement à cette réconciliation, et Margot pouvait regagner Nérac le 12 avril 1584 (95).

Or le 10 juin de cette année 1584 mourait de « phtisie (96) » François d'Anjou, Monsieur, c'est à dire comme nous l'avons déjà dit le frère cadet de Henri III : de ce fait, Henri de Navarre devenait le successeur présomptif de celui-ci au trône de France (97). Immédiatement se reconstitua la Ligue ou Sainte Union, destinée à empêcher l'accession au trône d'un hérétique, scellée par le traité signé à Joinville le 31 décembre, avec l'appui du roi d'Espagne Philippe II. Henri III, quoique peu satisfait et peu convaincu, se résolut à y adhérer le 20 juin 1585, ce qui lui permettait d'en prendre la tête, au moins officiellement. La guerre avait déjà repris.

Au début de 1585, Henri de Navarre avait probablement conservé l'espoir de s'arranger avec le Roi, et envoyé Henri de Lusignan exposer son point de vue au Maire et aux Jurats de Bordeaux, auxquels il écrivait le 3 avril : « Je vous ay desjà adverty par le sr de Lesignan des advis que j'avoys de toutes partz de ces nouveaulx événemens et des commandemens que j'avoys du Roy... » Le 6 avril, au maréchal de Matignon : « Avant l'arrivée et retour du sieur de Lesignan devers moy, je m'estoys délibéré de me contenir de la façon qu’il a proposée, et ay esté fort ayse d'avoyr trouvé vostre advis conforme à mon intention. » En définitive, ce sont encore diverses missions de confiance que le roi de Navarre confie à Henri de Lusignan (98).

Celui-ci conservait cependant des attributions militaires ; Henri de Navarre lui avait délégué le commandement militaire de toute une partie de l'Agenais, comprenant Puymirol et Clairac ; or le gouvernement de cette place avait été confié, sous l'autorité de Lusignan, à un sieur de Lestelle, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi de Navare, qui se livrait maintenant à des manifestations d'insubordination : « Je croy que quand vostre commission pour commander à Cleyrac vous o esté expédiée, estiez assez informé comme javois donné le commandement général de tout l'Agenois de ce quartier-là, spécialement de Pemirols et de ladicte ville, au sr de Lezignan. Aussy vous avez peu sçavoir par vostredicte commission mesme, que mon intentionn'a esté de vous donner ceste charge que soubz son commandement. Il me semble que ne l'avez deu accepter autrement, et, l'ayant accepté, que ne devez faire difficulté de la recognoistre... » lui écrit donc Henri de Navarre le 17 janvier 1586, le priant de « vous dispozer, ou à recognoistre ledict sr de Lezignan, ou à quitter ladicte charge ». Cette affaire ne sera pas réglée pour autant, car bien plus tard, le 13 décembre 1588, Henri de Navarre écrivait encore au sieur de Lestelle son déplaisir du nouvel incident survenu à Clairac et de « l'esmotion advenue en icelle entre voz partizans...J'en escris le semblable audict st de Lesignan, et aux consulz dudict Clérac, d'assoupir lesdictes esmotions (99)...

Bien des choses s'étaient pourtant passées dans l'intervalle. Le 16 mai 1587, Henri de Lusignan, appuyé de son « vieux » camarade le vicomte de Turenne, que nous retrouvons donc sans surprise, s'empare de la place de Port-Sainte-Marie (100). Si, pour le baron de Lusignan, le trajet ne fut pas bien long pour atteindre cet objectif, l'événement eut son retentissement dans la province, et le maréchal de Matignon, toujours Lieutenant Général en Guyenne, dont les troupes tenaient Agen, se retira sur Marmande (101).

Les opérations dans le royaume devaient cependant prendre une plus grande ampleur, et le duc Anne de Joyeuse (102) conduisit contre Navarre une puissante armée à travers la Touraine et le Poitou ; elle rencontra celle du Béarnais près de Coutras (103) le 20 octobre 1587, et fut taillée en pièce après trois heures de durs combats ; Joyeuse y fut tué ainsi que son frère Claude. Henri de Lusignan participa à cette bataille et y subit une mésaventure. Elle est contée par Agrippa d'Aubigné (104) : « Le baron de Lesignan, menant une autre petite troupe après les premiers [c'est à dire les fuyards] rencontre, à deux lieues de la bataille, Bonnes [capitaine catholique], de Périgord, qui, venant avec quarante salades (105)... trouver le duc [de Joyeuse], faisait sauver derrière lui ce qu'il ne pouvait arrester. Il enfile le chemin de la poursuite à contre poil, charge le baron et l'emmène prisonnier... » Il fut cependant délivré ensuite par le marquis de La Force.

Tandis que le favori de Henri III était ainsi défait et tué par les calvinistes, au contraire Henri de Guise battait près de Montargis et de Chartres les 26 octobre et 24 novembre une armée de reîtres allemands et de Suisses qui tentait de traverser le royaume pour aller faire sa jonction avec les vainqueurs de Coutras (106). Le résultat de ces occurrences militaires fut l'affaiblissement de Henri III face à l'accroissement de la puissance des Guise au sein de la Ligue. Le dynamisme des seconds, poussés par l'Espagne, les menait à tenter d'éliminer le premier pour s'assurer tous les pouvoirs dans la partie catholique du royaume ; cette entreprise conduisit au soulèvement contre l'autorité royale de la commune ligueuse de Paris les 11, 12 et 13 mai 1588 ; mais, plus heureux que plus tard ne fut son lointain successeur Louis XVI dans sa tentative qui échoua à Varenne, le souverain parvint à s'échapper le 13, dans des conditions assez sportives, et à gagner Chartres où il retrouva des fidèles. Sa situation n'était cependant pas telle qu'il pût se dispenser de traiter avec les Guise à Rouen le 15 juillet et de rendre le 21 l'Édit d'Union qui satisfaisait leurs demandes. Le 16 octobre, des États Généraux s'ouvraient à Blois, et tout indiquait le triomphe du clan lorrain et espagnol (107) ; mais le 23 décembre, les gardes de Henri III, qu'on appelait « les Quarante-cinq », commandés par un agenais, Honorat de Montpezat de Laugnac, mettaient à mort Henri de Guise dans une salle du château, et le lendemain son frère le cardinal Louis de Guise. Fin d'une époque, la reine Catherine s'éteignait au château de Blois quelques jours plus tard, le 5 janvier 1589.

Henri III prit avec lucidité le seul parti qui pouvait garantir l'avenir de la France : replié à Tours, il signait avec Henri de Navarre un traité par lequel il le reconnaissait pour son successeur ; réunissant leurs forces, les deux princes allaient assiéger Paris, aux mains des Ligueurs, mais le Roi est assassiné le 1er août ; avant de mourir, il fait jurer fidélité à Henri IV (108). Celui-ci n'avait pas encore pour autant partie gagnée ; le duc de Mayenne, frère de Henri de Guise, avait pris la tête de la Ligue, dont les positions étaient considérables. Henri IV, retiré d'abord en Normandie, le battra cependant à Arques, le 21 septembre 1589, puis à Ivry le 14 mars 1590 ; il mettait à nouveau le siège devant Paris en mai.

En Agenais, la guerre avait continué aussi, car la Ligue tenait encore un certain nombre de places, notamment Agen, qui le 17 juin 1589, avait élu pour gouverneur Charles de Montluc (109), petit-fils du maréchal dont il a été déjà parlé (110), par contre, le maréchal de Matignon, lieutenant général en Guyenne, était rallié à Henri IV. Cependant, le 30 juin 1590, quatre délégués du Conseil des consuls d'Agen rencontraient Henri de Lusignan, gouverneur de Puymirol, et concluaient avec lui un accord pour la préservation des campagnes ; il était proclamé à Agen le 31 juillet, mais les partisans de la Ligue protestèrent (111).

Le baron de Lusignan n'était donc pas, alors, au siège de Paris ; Henri IV écrit d'ailleurs le 20 juillet 1590 au maréchal de Matignon : « J'escris présentement aux srs de Poyanne, vicomte de Gourdon, la Devyse, Lesignan, Moraval et Dubourg, que je veux qu'ils demeurent près de vous... » Le 8 août 1590, il décerne au baron de Lusignan une commission de capitaine de 30 hommes d'armes « au titre de 50 (112) » ; le 30 septembre suivant, cette commission est confirmée, cette fois tout de bon pour 50 hommes d'armes, ainsi que celle de gouverneur de Puymirol (113). La même année, Charles de Montluc faisait saisir à Agen la maison qui avait appartenu au sieur de Lusignan et en faisait don au sieur de Fallachon, qui avait fait preuve de fidélité au parti catholique (114). La même année aussi, bien loin de son pays natal, Bernard Palissy mourait à Paris, dans un cachot de la Bastille où la municipalité ligueuse l'avait enfermé comme huguenot (115).

Pendant ce temps, Henri IV avait abandonné le siège de Paris, secouru par une troupe espagnole ; il annonçait sa prochaine abjuration du protestantisme, mais rien n'était fait ; Mayenne réunissait dans la capitale de nouveaux États Généraux pour désigner à Henri III un successeur selon les vues de la Ligue, sans résultat (116). Dans les provinces, la situation économique était souvent très mauvaise, provoquant des troubles ; notamment, des bandes de pillards qu'on appelait les Croquants ou Tard-advisés, sévissaient en Limousin, en Périgord et en Guyenne. Le 26, février 1593, Henri IV adressait la lettre suivante (117), dont nous donnons le texte entier, « A Mons. de Luzignan, Cappitaine [sic] de Cinquante hommes d'ormes de mes ordonnances, Gouverneur de Puymirol Monsr de Luzignan, J'ay entendu par le sr de Maravas, et le trésorier Martin, que mon cousin le Mareschal de Matignon a despeschez vers moy, comme mes ennemys tiennent la campagne en Guyenne et y ruinent et ravagent mes subjects ; dont je ne porte pas seulement du desplaisir, mois aussy de la honte, m'asseurant d'y avoir, sur le nombre, de bons serviteurs qui, s'ils estaient bien unys ensemble, ils seraient plus que suffisons pour dissiper et perdre en peu de temps mes ennemys ; et désirant remédier à ce désordre, j'ay pensé que le plus propre et expédient moyen estait de faire une assemblée générale de mes plus spéciaux serviteurs, chefs de la province, pour adviser de mettre sus, à ce printemps, une bonne forte armée, et aux moyens qu'il y aura de l'entretenir perdant cette année. J'en envoye présentement le pouvoir à mon cousin, et ay bien voulu par mesme moyen vous en donner advis, afin que vous vous prépariés pour vous y trouver au jour qui sera assigné. Je m’âsseure que y tenant l'ordre que j’ay donné charge auxdicts srs de Moraves et Martin de faire entendre à mendie cousin, vous ferés retirer les ennemys, et les réduirés au petit pied. J'ay eu aussy advis que mondict cousin s'est arresté au siège de Blaye, auquel je désire et vous recommande de l'assister de tout vostre pouvoir, comme de chose très importante d mon service. De moy, je ne perds poinct de temps de deçà, me disposant, au retour d'un voyage que je vais faire à Saumur, d'aller au devant des estrongers qui font contenance de vouloir rentrer par la Picardie. Me remettant pour vous foire plus particulièrement entendre ma volontté, aux srs de Moraves et Martin, je prie Dieu, Monsr de Luzignan, vous avoir en sa sainte garde. Escript à Tours, le XXVIe jour de février 1593. Henry. »

Henri IV abjurait officiellement le 25 juillet : le 27 février 1594 il était, selon le cérémonial traditionnel, sacré Roi de France à Chartres - Reims étant encore dans les mains des Ligueurs - : le 22 mars Paris lui ouvrait ses portes. Dans la province, Agen, qui négociait sa soumission depuis plusieurs mois, obtenait un édit de pacification qui était lu dans la ville le 19 juin ; Villeneuve, Penne, Sainte-Livrade, s'étaient également soumises ; d'autres places résistèrent encore un certain, pour tomber les unes après les autres : les Croquants continuèrent leurs méfaits presque jusqu'à la fin du siècle, tandis que certains réformés, mécontents de l'abjuration de Henri IV, se révoltaient à leur tour contre lui... mais ce feu ne dura pas. La paix commença à s'imposer partout ; le 17 septembre 1595, le Pape Clément VIII donnait à Rome l'absolution aux délégués du Roi de France ; Mayenne, le dernier chef de la Ligue, se soumettait enfin. le 24 janvier 1596 (118) ; dans l'intervalle, Henri IV avait battu les Espagnol à Fontaine-Française en Franche-Comté le 5 juin 1595, la paix sera signée avec Philippe II à Vervins le 2 mai 1598 ; l'édit de Nantes est du 13 avril 1598.

On ne parle plus guère de Henri de Lusignan qui, on l'a vu au début de ce chapitre, s'était remarié le 15 juillet 1594. Le 10 novembre 1595, nous trouvons un accord entre lui et les deux consuls et les habitants de Lusignan qui le reconnaissent pour leur seigneur direct et foncier, possédant toute justice, haute, moyenne et basse (119). On peut s'interroger sur une date aussi tardive, puisqu'il semblait avoir succédé à son grand-père une trentaine d'année auparavant... Sans doute s'agit-il d'une régularisation, ou de l'enregistrement tardif d'un acte plus ancien.

Enfin, une « liste de ceux qui n'ont pas contribué à une aide » établie par la ville d'Agen, fait figurer « le seigneur de Lusignan, sous le prétexte d'être assujetti ou ban et à l'arrière ban (120) », mais il n'apparaît pas avec certitude s'il s'agit de lui ou de son fils François. Jules ANDRIEU (121) indique qu'il écrivit le 5 janvier 1594 une « curieuse lettre » à Henri IV, dont nous n'avons malheureusement pu trouver le texte (122). Selon cet auteur, Henri de Lusignan serait mort après 1601 (123), mais il n'indique pas la source précise de cette information. En revanche, il est sûr qu'il était décédé avant le 4 mars 1606, date d'un acte de son fils qui lui a succédé (124).

POSTFACE.

Dans cette série d’articles retraçant l’histoire de la maison agenaise de Lusignan (ou des Lusignan d’Agenais, parce que le château dont elle tire son nom est situé dans le comté d’Agenais), j’avais émis l’espoir que des lecteurs du CHGH47 aideraient à combler les nombreuses lacunes que mon étude laissait subsister. Cet appel fut entendu, et deux membres du cercle, Monsieur Daniel JEAN et Madame Robert HOUSAY m’ont communiqué des éléments qui méritent, on va le voir, d’être portés à la connaissance de ceux qu’intéresse cette famille des bords de Garonne.

Auparavant, je souhaiterais aussi communiquer les références de trois actes concernant ses derniers membres que m’a fait récemment découvrir la lecture de l’« Histoire de la Ville d’Aiguillon », de l’Abbé R.-L. ALIS (1893, réédition C. Lacour, Nîmes 2003, p. 294), ouvrage obligeamment signalé par la librairie « Au fil des mots » à Villeneuve-sur-Lot. L’ancienne baronnie d’Aiguillon avait été érigée en duché-pairie par lettres-patentes d’août 1599 en faveur du duc de Mayenne, Henri II de Lorraine (R.-L. ALIS, op. cit. pp 239 & ss, 271 & ss) ; par d’autres lettres-patentes du 1er janvier 1638, cette duché-pairie avait été transmise à Marie Madeleine de Wignerod de Pontcourlay, marquise de Combalet, nièce du cardinal de Richelieu par sa mère Françoise de Richelieu, sœur de celui-ci ; en 1642, la nouvelle duchesse se porta, pour la somme de 60.000 francs, adjudicataire des comtés d’Agenois et de Condom (le titre de comte d’Agenois fut par la suite porté par le fils aîné des ducs d’Aiguillon). Il résulta de cette acquisition que ladite duchesse reçut à partir de 1644 l’hommage de tous les feudataires du comté d’Agenais, parmi eux François II en 1645 pour le marquisat de Lusignan et les seigneuries de Galapian et de Monbalen (Arch. Dép. du Lot-et-Garonne, E sup. 855, II, p. 35). Cet hommage sera renouvelé en 1651, mais c’est alors Armand, le second fils de François II, qui intervient ; or François II ne mourra qu’en 1656. Ses activités frondeuses furent-elles la cause de ce remplacement, ou d’une transmission anticipée ? Armand avait en outre un frère aîné, François III, qui paraît avoir suivi leur père dans ses aventures, mais dont la mort n’est, à s’en tenir aux éléments trouvés, pas exactement datée (cf supra Chap. VI). Cet hommage de 1651 pose donc de nouvelles questions.

Une autre, peut-être accessoire, est également suscitée par l’un des hommages qu’a relevés l’abbé R.-L. ALIS. Pierre de Lusignan, frère cadet de François II, avait hérité la baronnie de Galapian et mourut en 1692 (cf supra Chap. VI). Or, en 1677, c’est Antoine de Montpezat - famille alliée aux Lusignan par le mariage de François III (cf supra ibid.) - qui rend hommage à la duchesse d’Aiguillon pour la seigneurie de Galapian (Arch. Dép. du Lot-et-Garonne, E sup. 845, II, 13 ; R.-L. ALIS, op. cit. p. 291). La duchesse est cette fois Marie-Thérèse de Wignerod de Pontcourlay de Richelieu, nièce et légataire universelle de la première duchesse, morte le 19 avril 1675. Mais pourquoi et à quel titre Antoine de Montpezat est-il substitué à Pierre de Lusignan pour cet hommage ?

M. Daniel JEAN a pour sa part apporté des données plus constructives, ayant retrouvé deux Lusignan, très certainement d’Agenais, antérieurs à Jean Ier, l’archer à cheval de Louis XI, que mentionnait le début de notre étude. Tous deux sont signalés dans une note signée H. de BERNARDI de VALERNES sous une cote 88.I.244 LUSIGNAN de la revue « Héraldique et Généalogie » (n° 107, avr.- juin 1988 p. 239 ; elle ne produit malheureusement pas de référence d’archives, mais cite une étude de BOURROUSSE de LAFFORE, Agen 1882, aux archives d’Agen : à vérifier).

Il s’agit d’abord de Savary Ier de Lusignan (le prénom fut-il porté par des successeurs ?) qui assiste comme témoin le 21 décembre 1251 au serment de fidélité prêté au roi d’Angleterre Henri III et à son fils Édouard par Géraud V, comte d’Armagnac. Il y a lieu de noter que ce prénom de Savary pourrait être de nature à étayer l’opinion des auteurs qui font descendre les Lusignan d’Agenais des Lusignan du Poitou par une de leurs deux branches dites « de Valence », la première, issue d’un fils de Hugues VIII, seigneur de Lusignan en Poitou. Guillaume de Valence II, son second représentant, avait en effet épousé Marquise de Mauléon, fille du sénéchal du Poitou Savary de Mauléon (nom tiré de Mauléon dans les Deux-Sèvres, localité qui, entre le XIXème et le début du XXème siècle, a été appelée Châteneuf-sur-Sèvre). Le prénom de Savary aurait donc pu être donné à un fils ou à un petit-fils de Guillaume de Valence II et de Marquise (les dates correspondent), mais c’est une simple hypothèse ; le principal argument contra est qu’aucun hoir mâle issu d’eux ne s’est présenté à la mort de leur cousin germain Geoffroy II de Lusignan, dit Geoffroy à la grand dent, pour en recueillir la succession, qui passa toute entière à leur fille Valence (qui avait épousé Hugues, sire de Parthenay, surnommé Larchevêque).

Le second seigneur de Lusignan retrouvé par M. Daniel JEAN est Arnaud de Lusignan, au nombre des seigneurs de l’Agenais qui prêtent serment au roi d’Angleterre Édouard III dans l’église Saint André de Bordeaux le 19 juillet 1363. Il ne reste donc plus maintenant qu’à retrouver les documents d’archives qui authentifieront ces deux personnages.

M. Daniel JEAN a en outre pris la peine de photocopier intégralement à notre intention l’ouvrage de Philippe TAMIZEY de LARROQUE « Documents inédits pour servir à l’histoire de l’Agenais » (Paris et Bordeaux 1874) que nous n’avions pu consulter à la Bibliothèque Nationale lors de l’enquête qui a permis de rassembler les documents utilisés pour ces articles. Dans cet ouvrage se trouvent notamment la « curieuse » lettre du baron Henri de Lusignan à Henri IV du 5 janvier 1594 (p. 175), qui justifie l’épithète par une rédaction où l’orthographe, pour le moins très libre, de l’époque, se mêle à des formes gasconnes dialectales (telles que hara pour « fera », donnée utile pour la délimitation géographique du passage du f à h !), ainsi qu’une seconde, du même au même, du 14 mars 1594 ; notons que le sieur de Montpezat sur les agissements duquel le baron avertit le roi de Navarre, ayant pour patronyme des Prez, appartient à la famille des seigneurs de Montpezat de Quercy, entièrement distincte de celle qui tire son nom de Montpezat d’Agenais, beaucoup plus ancienne ; il existe en outre, on le sait, une famille Laborde de Montpezat, originaire du Béarn, n’ayant non plus aucune origine commune avec les deux précédentes, mais possédant aussi un château en Quercy, celui de Caix.

Un autre document figurant dans TAMIZEY de LARROQUE (pp 217 & ss) est la requête adressée par le marquis François Ier de Lusignan contre son fils, le futur François II, ensuite de l’enlèvement par le second de sa sœur Olympe (cf supra Chap. IV). Cette affaire fut très mouvementée - une vraie scène de roman de cape et d’épée -, et l’on reste dans l’interrogative quant aux causes précises d’un pareil comportement.

Madame Bertyle HOUSAY était déjà l’auteur d’une importante et passionnante étude de la généalogie du Tsarévitch Alexis, victime du massacre de la famille impériale à Catherinenbourg (ou Iékatherinbourg [Sverdlovsk]), « Les Romanov / Les ancêtres d’Alexis / Les 4096 quartiers d’Alexis Romanov et son ascendance française » (janv. 2000, édité par l’auteur, 7, rue Auguste-Fabregat, 34500 Béziers, I.S.B.N. 2-9514921 60-3) ; dans cette ascendance, on trouve les noms de Parthenay et de Couhé. Elle travaille actuellement à la généalogie de l’archiduc Rodolphe (ou Rudolf) de Habsbourg, fils de l’Empereur d’Autriche François-Joseph et de l’Impératrice Élisabeth (rendue populaire pour la postérité sous son surnom familial de Sissi) ; il fut le héros malheureux de l’affaire de Mayerling, qui a été mise en images par plusieurs films et a suscité nombre de controverses

Rappelons que de son mariage avec Élisabeth de Bavière, François-Joseph avait vu naître trois archiduchesses et un seul fils, l’archiduc Rodolphe, qui aurait dû lui succéder ; marié à Stéphanie de Belgique, ce prince n’eut d’elle qu’une princesse, nommée Élisabeth Marie. Or le 30 janvier 1889 au matin, on découvrait son corps, auprès de celui de la jeune baronne Maria Vetsera, tous deux tués à coups de pistolet, dans une chambre du pavillon de chasse de Mayerling. L’enquête conclut très vite au suicide, mais bien entendu de nombreux esprits - et de nombreuses plumes - mirent en doute cette explication. L’archiduc s’était en effet signalé par des prises de positions libérales, et ses amitiés dans les milieux nationalistes des diverses nations qui composaient l’Autriche-Hongrie ; les tenants de l’idéal de la « double monarchie » auraient pu redouter que l’accession au trône d’un tel prince ne fût le signal de l’éclatement de l’empire... L’hypothèse d’un assassinat politique n’a d’ailleurs pas séduit tous les historiens, et l’Encyclopædia Britannica mentionne qu’antérieurement Rodolphe avait déjà manifesté des signes « d’accablement morbide », notamment, deux ans avant sa mort, quand il avait proposé à sa précédente maîtresse, l’actrice Mitzi Kaspar, de mourir avec lui... Elle n’avait pas accepté ce projet, que la romantique Maria Vetsera aurait au contraire trouvé à son goût...

En toute hypothèse, l’affaire fit beaucoup de bruit ! Le nouveau prince héritier fut l’archiduc François-Ferdinand, fils de Charles-Louis, frère cadet de François-Joseph ; il devait trouver la mort dans l’attentat de Sarajevo, cause immédiate de la Première Guerre Mondiale. Lui non plus n’ayant pas laissé d’héritier mâle, la couronne impériale passa, à la mort de François-Joseph, en 1916, à Charles Ier (fils du frère cadet de François-Ferdinand, Otto), que l’effondrement de la « double monarchie » devait contraindre à l’abdication deux ans plus tard. S.S. Jean-Paul II vient de le béatifier.

Quel rapport entre ces princes impériaux au destin tragique, personnages de premier plan de l’histoire européenne de la fin de l’autre siècle, notamment l’archiduc Rodolphe, trouvé mort dans le pavillon de chasse de Mayerling, et nos Lusignan d’Agenais ? Eh bien, en remontant patiemment les générations, Madame Bertyle HOUSAY a établi que le malheureux archiduc était un descendant de Jean II de Lusignan, lieutenant de robe courte du sénéchal d’Agenois, dont nous avons évoqué la rencontre avec Blaise de Monluc aux états d’Agen (cf supra Chap. II) !

De son épouse Jammette de Saint-Lary, Jean de Lusignan avait eu quatre enfants, au nombre desquels Lucrèce - ce prénom antique reflète la mode de l’époque -, qui épousa en secondes noces Jean de Sainte-Hermine (famille originaire d’Aunis apparaissant au début des années 1300). D’eux naquit Joachim II de Sainte-Hermine, chevalier, seigneur du Fa et de la Laigne, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi en 1596, mort le 9 septembre 1597, laissant de son épouse Barbe Goumard (famille de Saintonge) cinq enfants, dont Hélie II de Sainte-Hermine ; ce dernier épouse en 1607 Isabeau de Polignac, dont le nom provient d’un fief en Saintonge homonyme de celui d’Auvergne ; de leurs dix enfants, Hélie III, premier marquis de Sainte-Hermine, qui épouse le 4 septembre 1649 Anne Madeleine Le Vallois de Vilette (famille de noblesse très récente originaire de Lisieux), dont la mère, Louise Artémise d’Aubigné, était cependant la tante de la future Madame de Maintenon. Leur dernier enfant, Anne-Marie Françoise de Sainte-Hermine, dame d’atour de la duchesse de Bourgogne, puis attachée à la reine Marie Leczinska, fut mariée à Louis de Mailly, seigneur de Rubempré (aucun rapport avec le personnage de Balzac !), qui mourut le 6 avril 1699 après une brillante carrière militaire.

De ce mariage d’Anne-Marie Françoise de Sainte-Hermine et de Louis de Mailly naquirent six enfants, dont un autre Louis de Mailly, comte de Rubempré, puis comte de Mailly-Montcavrel, enfin marquis de Nesle (°1696, ? 7 septembre 1767), marié le 29 octobre 1731 à Anne Françoise Arbaleste, vicomtesse de Melun, dame du Palais de Madame la Dauphine (famille originaire de Vézelay, qui s’éleva depuis Simon Arbaleste, maire de Beaune au début du XVIème siècle). De ce second Louis de Mailly-Montcavrel et d’Anne Françoise Arbaleste naquirent trois filles et Louis Joseph Augustin, comte de Mailly-Montcavrel, comte de Rubempré, marquis de Nesle, qui avait émigré en 1792 mais mourut à Paris le 4 avril 1810 ; de son mariage le 4 mars 1765 avec Adélaïde Julie de Hautefort, dite « Mademoiselle de Montignac » naquit Anne Adélaïde Julie.

Anne Adélaïde Julie de Mailly-Montcavrel (°1766 ?1789) épousa le 30 juin 1788 Louis Marie, prince et duc d’Arenberg, auquel elle donna une fille unique, Amélie (10 avril 1789 ? 26 mai1807) ; celle-ci épousera Pie Auguste, duc en Bavière (non pas duc de Bavière, en allemand zu et non von).

D’Amélie d’Arenberg et Pie Auguste de Bavière, naîtra Maximilien de Bavière (°1808 ?1888) ; il épouse (le 9 septembre 1828) sa cousine Louise Wilhemine (ou Ludovika) de Bavière, et parmi leurs nombreux enfants naîtra, le 24 décembre1837, Élisabeth qui épousera le 24 avril 1854 l’Empereur d’Autriche François-Joseph (elle passait pour la plus belle princesse d’Europe !) et deviendra ainsi la mère de l’archiduc Rodolphe.

Descendance passant plusieurs fois par la ligne féminine, mais biologiquement directe ! Cette filiation méritait certainement d’être mentionnée à la suite de l’histoire, somme toute plutôt tragique elle aussi, des Lusignan d’Agenais. Peut-être retrouverons-nous encore aussi d’autres membres de cette famille antérieurs au lieutenant de robe courte du sénéchal du comté...

Chapitre III.

 

Ainsi qu'on l'a lu précédemment (1), Henri était le fils de Marc Antoine de Lesinhan ou Lesignan et de Jeanne de Lasserre, mariés le 6 mai 1541 ; Marc Antoine étant mort lors de la chute de Hesdin le 18 juillet 1553, on peut donc, puisqu'il avait un frère cadet, qui a pu naître posthume, situer la naissance de Henri entre 1542 et 1552 ; ce serait en outre plutôt dans les premières de ces années, car il se mariera en 1566. Son grand-père Jean (II ?) paraît alors décédé, car il n'apparaît pas au contrat de mariage enregistré le 1er décembre (2), alors qu'il était encore en vie au moment des États provinciaux d'Agen de 1561 auprès de Blaise de Montluc (3) ; néanmoins, ce fut nécessairement lui qui assuma son éducation.

En premières noces, Henry de Lusignan épouse par contrat du 1er décembre 1566 Magdeleine d'Issalguier, fille de Bertrand, « escuyer, seigneur de Lermont (ou Clermont) et de Lezinghan (4) (sic) » un Jacques d'Issalguier, seigneur de Glézat, a été sénéchal de Bigorre pour le Roi de France, selon des lettres du 8 août 1374 au 28 avril 1378 (5). De ce mariage sont nés : a) François Ier, qui fera l'objet du chapitre suivant ; b) Armoise, qui épouse le 18 juin 1596 Jacques de Vigier, seigneur de Ricard, en Quercy (6) ; c) Diane, qui épouse B. de Galard (7) .

Madeleine d'Issalguier est décédée avant 1594, car le 15 juillet 1594 Henri de Lusignan épouse en secondes noces (8) Magdeleine de Saint Gelais, veuve de Louis de Nuchèze. Double mariage, célébré d'ailleurs selon le rite protestant, car, par contrat du même jour, François, fils aîné de Henri, épouse Marguerite de Nuchèze, fille de sa nouvelle belle-mère née du premier mariage de celle-ci ! Il convient de s'arrêter un instant sur ces unions, dont seule la seconde donnera des descendants (9) ; en effet elle marque le premier lien évident et certain entre les Lusignan d'Agenais et ceux du Poitou, dont la maison de Saint-Gelais était une branche cadette, si ancienne en vérité que cette origine relève plus d'une tradition acceptée par l'ensemble des généalogistes, confirmée il est vrai par des armoiries parentes (10), qu'elle n'est attestée par des documents indiscutables. Selon les auteurs (11), la maison de Saint-Gelais (de sancto Gelasio ; des restes du château subsistent à Saint-Gelais, 79410 Echiré) est issue d'un Rorgon ou Rorgues (12), seigneur de Couhé et de Saint-Gelais, né probablement peu avant 1086, fils de Hugues VI (13), 6e seigneur de Lusignan (Poitou), dit le Diable ou Jérusalem (14), et de son épouse Hildegarde de Thouars ; sous le règne de François Ier et de Henri II, la plupart des branches de la maison de Saint-Gelais obtinrent la permission de reprendre le nom de Lusignan accolé à celui de Saint-Gelais. Magdeleine de Saint-Gelais (15), dont nous parlons, était la fille de François de Saint-Gelais, seigneur de Saint-Séverin, lui même arrière-petit-fils de Pierre se Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, l'un des fils de Charles IV de Saint-Gelais, de son vivant chef de nom et d'armes de la branche aînée.

Du même Pierre de Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, est également issu un autre personnage qui joua un certain rôle dans la province son second fils Alexandre fut en effet le grand-père de Guy de Lusignan de Saint-Gelais, baron de Lansac [en Saintonge (16)] et de Puycalvary ; ce dernier château existe encore entre Tournon d'Agenais et Dausse, sur la route de Villeneuve-sur-Lot. Ce Guy fut sénéchal d'Agen en 1572 (17) ; chevalier, capitaine de 50 hommes d'armes, il fut également gouverneur de Brouage, ambassadeur en Pologne, ministre de France en Espagne, et commanda une flotte en Méditerranée. Enfin, à propos des Saint-Gelais, on ne peut manquer d'évoquer Merlin ou Mellin de Saint-Gelais (1491-1558), célèbre poète dont Rabelais s'est amusé à parodier au début de son Pantagruel le style qu'il jugeait quelque peu archaïque et obscur ; il était lui aussi un descendant de Pierre de Saint-Gelais, seigneur de Montlieu, mais en filiation bâtarde, étant né des déportements d'un autre fils dudit Pierre, Octavien, horresco referens, évêque d Angoulême... mais lui aussi poète, bien que moins connu à ce titre.

Si nous nous étions posé la question de l'adhésion de son grand-père au parti réformé, la réponse ne fait pas de doute en ce qui concerne Henri de Lusignan, qui d'un bout à l'autre servit la cause de Henri de Navarre, dont il fut longtemps un proche compagnon.

A la fin de 1577, ou aux tout débuts de 1578 (18), le Béarnais le nomme aux fonctions de gouverneur d'Agen. Il n'avait pourtant jusqu'alors guère fait parler de lui ; tout au plus, au lendemain de la Saint Barthélemy, le voit-on venir avec sa compagnie renforcer la garnison d'Agen (19), puis, au début de 1577, participer auprès du roi de Navarre d une brève tentative sur Marmande (20) ; né au plus tôt en 1542, l'année qui suivit le mariage de ses parents, il n'avait donc pas plus de trente-cinq ans ; le choix que fit Henri de Navarre peut donc surprendre. II faut sans doute y voir une marque de confiance résultant de relations personnelles ; c'est ici qu'on peut se rappeler le passage à Lusignan d'Agenais, en 1559, d'Antoine de Bourbon, père de Henri de Navarre (21) ; l'on songera aussi aux prénoms de Marc-Antoine et d'Antoine portés par le fils et le second petit-fils de son hôte Jean de Lusignan, tous deux d'ailleurs nés avant cette visite, ce qui indiquerait un lien plus ancien, confirmant par exemple la sympathie ou l'attachement dudit Jean de Lusignan au parti protestant, dont Antoine de Bourbon apparaissait alors comme le chef. De plus, Henri de Navarre et Henri de Lusignan ont le même saint patron - si l'on peut dire, alors qu'ils sont protestants -, mais ici l'on ne peut envisager que le premier ait été le parrain du second, car sa naissance est du 13 décembre 1553, alors que celle de Henri de Lusignan est antérieure au moins d'un an, et probablement d'un peu plus, ainsi qu'on l'a suggéré plus haut ; ce prénom de Hem était celui du défunt roi Henri II et sera repris par le duc d'Anjou devenant Henri III, qui à sa naissance avait reçu ceux d'Alexandre et d'Edouard (22), la mode en fut donc la cause. En toute hypothèse, il est probable que Henri de Navarre connaissait Hem de Lusignan pour le petit-fils d'un fidèle de son propre père, qu'il devait l'avoir dans son entourage depuis un certain temps, qu'il faisait fonds sur se loyauté - qualité pas toujours répandue à cette époque troublée -, et que ce fut sans doute la raison du choix quel en fit pour un poste présentant, dans le temps présent, une telle importance.

Nous avons laissé le cours des événements, au chapitre précédent, sur les Etats provinciaux tenus à Agen en 1561, mettant en présence Jean de Lusignan, lieutenant de robe courte du sénéchal et représentant de la noblesse de la province, les représentants du Clergé, et Blaise de Montluc. Or, quatorze ans plus tard nous voyons Henri de Navarre, chef du parti protestant, tenir garnison à Agen et y nommer un gouverneur.

Les Etats Généraux prévus à Melun en mai 1561, que les Etats provinciaux étaient censés préparer, avaient eu lieu finalement à Pontoise, bientôt suivis d'une assemblée dénommée Colloque tenue à Poissy du 9 septembre au 14 octobre, où la Régente Catherine de Médicis assistée de son chancelier Michel de l'Hospital, tenta de mettre d'accord catholiques et protestants, sous la présidence du petit roi Charles IX, en présence de son jeune frère le futur Henri III, d'Antoine de Bourbon et de Jeanne de Navarre, mais aussi du duc de Guise. Bien entendu, les participants se quittèrent, s'il est possible, encore plus fâchés qu'ils ne l'étaient auparavant, mais la Régente, décidée à promouvoir une politique de tolérance, fit promulguer par son fils à Saint-Germain, le 17 janvier 1562, un édit « de tolérance » qui assurait aux protestants la liberté de conscience et la permission de célébrer leur culte, à condition que ce fût hors des villes closes et en plein jour (23). Malheureusement, le 27 décembre précédent, des bagarres s'était produites autour de l'église Saint Médard, à Paris, et l'incident servit de prétexte au Parlement pour refuser l'enregistrement de l'édit. Un mois et demi après la signature de celui-ci, le 1er mars, à Wassy, en Champagne, des huguenots lançaient des pierres sur le duc de Guise, et ses cavaliers en faisaient un massacre. La guerre s'alluma partout, avec son cortège de tueries de part et d'autre. Le 20 septembre 1562, Condé (24) et Coligny (25) signaient avec la reine Élisabeth d'Angleterre la promesse de lui restituer Calais contre un secours militaire ; en attendant, une garnison anglaise s'installait au Havre ; les protestants s'étaient emparés de Rouen, que l'armée royale reprit le 26 octobre, mais Antoine de Bourbon, qui la commandait en tant que lieutenant général du Royaume - il avait décidément abandonné la cause de la Réforme - fut grièvement blessé et mourut le 15 novembre suivant ; son fils Henri, resté sous la coupe de sa mère protestante Jeanne de Navarre, devenait donc alors le plus proche prince du sang après les deux frères encore en vie de Charles IX, en tant que chef de la branche de Bourbon, qui allait plus tard accéder au trône avec lui. Le 19 décembre, l'armée royale, commandée alors par le connétable de Montmorency, battait à Dreux le prince de Condé, qui était fait prisonnier, tandis que Montmorency était simultanément capturé par les protestants ! Guise, qui lui succéda, s'en alla les assiéger dans Orléans, mais était assassiné au cours du siège, il mourait le 24 février 1563 (26). En Basse-Guyenne, comme on disait alors, une troupe de 800 religionnaires s'était emparée d'Agen, dans la nuit du 16 au 17 avril 1562 et y commettaient toutes sortes d'excès, d'autres firent de même d Villeneuve, Penne, Monflanquin et Lectoure (27) ; les consuls agenais qui purent s'échapper firent appel à Blaise de Montluc, qui reprit la ville le 31 août ; les autres places furent reprises tour à tour. Pendant ce temps, le vicomte de Duras, à la tête d'une bande huguenote, semait les massacres sur son passage, notamment à Lauzerte ; à Agen, « les gibets établis hors la porte du Pin... ne virent pas moins de cinq cents pendaisons du 13 août 1562 au 12 mars 1563 (28)... ». Cette dernière date fut celle à laquelle la guerre cessa, Condé ayant adhéré à la pacification proclamée par l'édit rendu le 19 à Amboise, qui élargissait quelque peu les conditions faites par celui de Saint-Germain au culte protestant. Nous n'avons trouvé trace d'aucune participation qu'auraient pu prendre a ces événements Jean de Lusignan ou son petit fils Henri, ce dernier d'ailleurs sans doute trop jeune pour exercer un rôle quelconque.

Dans l'espoir de consolider cette paix, la Reine entreprit avec ses fils, et un cortège de plusieurs milliers de personnes (29) un grand tour de France, passant particulièrement par les régions qui avaient souffert ; ils quittèrent Fontainebleau le 13 mars 1564 (30). La Cour arrivait d Agen le 23 mars 1565 (31) ; elle y restait jusqu'au 27 et repartait en bateau pour Bordeaux sur la Garonne ; le lendemain le Roi couchait d Aiguillon... la rapidité du transport n'était pas encore telle que de nos jours ! Cette heureuse atmosphère ne devait hélas pas se maintenir longtemps ; fin septembre 1567, le prince de Condé tentait d'enlever Charles IX près de Meaux, et une deuxième guerre démarrait. Condé battu près de Paris, Montmorency tué dans le combat, le duc d'Anjou, futur Henri III, était nommé lieutenant général ; Condé manquant d'argent pour payer ses mercenaires allemands se résignait à signer la paix à Longjumeau le 23 mars 1568. Mais une troisième guerre recommençait presque aussitôt... Le duc d'Anjou commandait cette fois l'armée royale ; il battit Condé et Coligny à Jarnac le 13 mars 1569 - Condé, fait prisonnier une nouvelle fois, fut assassiné par son garde -, puis le duc d'Anjou battit encore Coligny à Montcontour le 3 octobre, s'exposant bravement dans la mêlée (32). Les réformés continuèrent cependant la lutte avec certains succès ; Coligny, remis de la grave blessure reçue dans la dernière bataille, allait mettre la Bougogne au pillage, notamment l'abbaye de Cluny ; à l'ouest, appuyés sur La Rochelle, ils menaient la guerre sur mer avec l'appui des corsaires flamands. La Reine mère était cependant décidée à traiter, et la paix fut proclamée à Saint-Germain par un nouvel édit de pacification, le 8 août 1570 ; les protestants obtenaient confirmation de la liberté de conscience et l'autorisation de pratiquer leur culte partout où il l'était avant la dernière guerre, sauf à Paris et là où se trouvait la Cour (33).

La même année, le 24 juillet, les janissaires du sultan turc Sélim l'Alcoolique débarquaient dans l'île de Chypre, l'ancien royaume de la branche d'Outremer des Lusignan du Poitou, passé sous la domination vénitienne depuis 1489 ; le 9 septembre, ils pénétraient dans la ville de Nicosie et en commençaient le sac. Ces événements qui intéressaient toute l'Europe méditerranéenne, entraînèrent, autour de l'Espagne et des puissances maritimes italiennes, la constitution de la coalition encouragée par le Pape saint Pie V qui devait le 7 octobre 15 71 remporter la victoire navale de Lépante, portant un coup d'arrêt à l'expansion ottomane. Paralysée par les conflits internes que nous sommes en train de décrire, la France ne put participer à cet effort (34).

Pourtant les tentatives de conciliation de la Reine Catherine devaient paraître réussir lorsque, décédé le 1er mai 1572 ce même saint Pie V qui refusait de donner son approbation à une telle union, elle put faire célébrer en grande pompe à Paris, le 18 août 1572, le mariage de sa fille Marguerite - la Reine Margot - et de Henri de Navarre qui, demeuré attaché à la religion calviniste de sa mère, apparaissait déjà, du moins par le rang - Il n'avait pas 19 ans et Coligny en restait de fait depuis la mort de Condé le principal dirigeant -, comme le chef du parti protestant C'était, en apparence, la réconciliation et l'union des deux factions qui auparavant déchiraient la France.

Comme on le sait, la suite fut tout à l’inverse. Coligny était rentré au Conseil et exerçait une grande influence sur le jeune Charles IX ; or, autant qu'il le pouvait, Il s'employait à le convaincre de voler au secours de ses coreligionnaires des Pays-Bas révoltés contre l'Espagne, ce qui revenait entrer en guerre avec ce puissant royaume il était bien près d'y réussir, les troupes étaient prêtes d partir et le temps pressait. Or Catherine de Médicis estimait une telle aventure des plus dangereuses et la France incapable de la soutenir au sortir des troubles précédents, en encourant le risque de rouvrir les hostilités intérieures, au grand profit de l'adversaire. Se souvenant qu'elle était florentine, la bonne reine décida donc de recourir aux grands moyens : après tout, l'Amiral (35) avait lui-même déjà beaucoup fait couler le sang, on allait jusqu'à l'accuser d'avoir été l'instigateur du meurtre de François de Guise durant le siège d'Orléans, les Guise en étaient persuadés ! Le genre de solution qu'elle choisissait était dans les mœurs du temps. Le 22 août, quatre jours après le grand mariage, un tireur réputé habile présenté d'ailleurs par les Guise, un nommé Maurevert, d'une fenêtre située sur le passage prévu de Coligny, lâchait sur lui deux coups d'arquebuse qui auraient dû mettre fin à sa carrière, mais ne firent que le blesser (36). Catherine et ceux qui l'avaient assistée dans son projet s'affolèrent : Coligny allait sûrement se venger, toute la noblesse protestante rassemblée à Paris pour le mariage de Henri de Navarre lui fournirait ses bras ; le lendemain de l'attentat manqué, les évidences d'un complot protestant étaient donc amplement dévoilées au Roi, par ceux-là même qui en redoutaient les effets, et, son consentement obtenu, on décida l'exécution soudaine et sommaire de tous les chefs protestants présents, et d'abord ceux qui se trouvaient dans le palais du Louvre - les princes du sang : Henri de Navarre, le jeune Condé (37) - devaient cependant être exclus de ces rigueurs. C'est ainsi que dans la nuit du 23 au 24, en commençant néanmoins par l'assassinat de Coligny dont se chargent les hommes du duc de Guise s'excitant à la vengeance, se déclencha la sinistre entreprise, qui bientôt échappa au contrôle de ses instigateurs, quand la foule s'amassa dans les ruelles mal famées de la ville pour participer à la curée ; l'appétit du pillage renforçait l'instinct de tuer et toute la population protestante de Paris, surtout des nobles ou de « riches » bourgeois, en fut la victime (38). Navarre et Condé, sous peine de la vie, furent contraints d'abjurer.

Henri de Lusignan était-il venu à Paris et échappa-t-il au massacre comme le jeune Sully et quelques rares chanceux, tels Montgomery et ceux logés avec lui au faubourg Saint-Germain, qui parvinrent à s'enfuir avant l'arrivée des tueurs ? Ou bien était-il sagement resté en Agenais ? Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable ; en effet, si à la différence de ce qui se passa dans nombre d'autres villes, aucune réédition de la Saint Barthélemy rie se produisit à Agen (39), le chanoine de Lalande, alors gouverneur, se préoccupa de renforcer la garnison et fit venir deux compagnies, dont l'une commandée par Henri de Lusignan (40) ; il exerçait donc alors un commandement militaire dans la province.

La guerre avait bien entendu repris partout, et malgré l'édit de Boulogne du 1er juillet 1573 qui était censé y mettre fin, se poursuivit l'année suivante. Le duc d'Anjou, frère du Roi qui le suivait dans l'ordre de succession (41), venait d'être élu roi de Pologne le 11 mai 1573, il partait le 2 décembre pour ses nouveaux états ; mais le 30 mai 1574 Charles IX mourait (42). La nouvelle parvenait en Pologne le 14 juin, le duc d'Anjou, devenu Henri III échappait le 18 juin à la surveillance de ses nouveaux sujets, qui voulaient le garder, et avec quelques compagnons, dans des conditions des plus romanesques, arrivait à Venise en juillet, et de là à Lyon le 6 septembre (43).

Henri III a donc succédé à son frère. Or, le 3 février 1576, coup de tonnerre : profitant d'une partie de chasse à Senlis, Henri de Navarre s'évade de la Cour, gagne La Rochelle et proclame son retour à la religion protestante. Pendant ce temps, les événements s'étaient précipités dans le nord, Paris était menacé par les reîtres protestants de l'électeur palatin et François d'Alençon, le plus jeune des fils de Henri II survivants, maintenant appelé à son tour « Monsieur » depuis que son aîné était devenu Henri III, s'était mis à la tête des réformés... Il semble qu'en fait il cherchait surtout à tirer son épingle du jeu, et après quelques démonstrations militaires, il accepta de signer avec le Roi le 6 mai à Étigny près de Sens le traité qu'on appela à cause de lui « la paix de Monsieur », et qui fut suivi de l'édit de Beaulieu (près de Loche) le 7 mai, par lequel les concessions faites aux protestants étaient élargies (44), mais surtout, et c'est ce qui devait surtout l'intéresser, le duc d'Alençon se voyait gratifier des gouvernements de l'Anjou, de la Touraine et du Berry ; les autres chefs du parti reçurent leur part ; c'est ainsi que Condé eut le gouvernement de Picardie et Henri de Navarre celui de la Guyenne.

Ce dernier paraissait donc le 4 juillet dans sa province ; le 4 août il était à Villeneuve puis à Agen (45). L'année 1576 devait se terminer par des Etats Généraux tenus à Blois suivis d'une reprise des hostilités auxquelles mit une fin provisoire la paix de Bergerac du 17 septembre 1577. C'est alors que Henri de Navarre eut le loisir de réorganiser l'administration d'Agen ; outre la nomination de Henri de Lusignan comme gouverneur déjà mentionnée, à la place du chanoine de Lalande, le capitaine Séridos (Bernard de Saint-Gesse) devenait commissaire, et Géraud Dugogne trésorier ; la Jurade, jugée trop turbulente, était mise à l'écart (46). Mais Henri de Navarre jugea nécessaire, dans la conjoncture présente, de faire considérablement renforcer les fortifications de la ville (47) ; tout cela coûtait fort cher, et le roi de Navarre ne manqua pas de se préoccuper du règlement de la dépense : « Envoyés moy l’estat de ce que monte l'argent, afin que je le fasse remplacer d'ailleurs et que la faute n'en avienne à la garnison de monsr de Lesignan... », écrivait-il à son chambellan Louis de Brunet, seigneur de l'Estelle début juillet 1578 (48).

Puisque officiellement il avait fait sa paix avec la Cour, Henri de Navarre réclama à Henri III que sa femme Marguerite, restée à Paris, vînt le rejoindre ; il obtint satisfaction. Dans un premier temps, des lettres patentes du 18 mars 1578 décidèrent qu'en représentation de la dot de la princesse, dont le règlement était demeuré en suspens, elle recevrait les trois comtés de Rouergue, de Quercy et d'Agenais, en réalité les revenus qu'ils rapportaient (49). Puis la reine de Navarre, qu'accompagnait sa mère la reine Catherine, se mit en route avec un magnifique cortège ; toutes deux étaient à Bordeaux le 12 août ; ce fut le début d'une grande activité diplomatique, à laquelle participa Henri de Lusignan, et dont rendent compte à Henri III, au fur et à mesure, des lettres de la reine Catherine qui en même temps permettent de suivre ses déplacements (50). Le 5 octobre, elle écrit de La Réole qu'ensuite des démarches entreprises par Henry de Navarre et les siens « dont, à mon advis, aulcuns d'eulx ne désirent guères paix (51)... », il a été convenu de tenir une conférence réunissant six gentilhomme de la part du Roi, et six de la part du roi de Navarre, dont « (le sieur...) de Luzignan », qui « s'assembleront dès demayn pour dresser les mémoyres et articles de ce qui se debvra fayre, lesquelz ils nous feront après veoyr et accorder ce que nous verrons estre raisonnable... » Les « Articles accordez à La Réolle entre la Royne mère du Roy et le Roy de Navarre » le 5 octobre 1578 disent : « Monsr le Mareschal de Biron (52) fera ester la garnison qui est à Agen par celluy qu'il advisera ; Monsr de Lezignan y ira de la part du roy de Navarre pour y assister ». « Monsr de Lezignan » est aussi mentionné parmi ceux « estant auprès dudit sr roy de Navarre » à la signature de la convention. Il fut aussi convenu de tenir prochainement une conférence plus approfondie à Nérac (53) ; le 9 octobre, la reine est à Tonneins (« Thonnins » écrit-elle) et réunit les membres du conseil du Roi qui l'avaient suivie ainsi que les délégués de Henri de Navarre, dont « Lezignan ». Le 11 octobre, la reine Catherine était à Agen, sa fille la reine Marguerite y arrivait le lendemain (54) ; Henri de Navarre s'empresse de les suivre, « allant, à ce qu'il m'a dit, à la chasse à Lezignan, qui est icy auprès... », écrit Catherine - ce détail est intéressant quant aux relations des deux Henri... Puis les deux reines firent un crochet par Toulouse, et le 30 novembre elles sont à Auch (« Aucx »), d'où la reine-mère écrit que « le sieur de Lezignan » négociera avec le maréchal de Biron (55) « sur le faict de ladicte Reolle », à la place du négociateur prévu, Lavardin, atteint d'une « puraisie ».

Enfin les royales voyageuses arrivèrent à Nérac, la capitale de Henri de Navarre, où elles furent reçues de manière splendide ; suivirent fêtes, bals, cavalcades et réjouissances de toute sorte, dans l'ambiance d'une vie de cour frivole et galante autant que somptueuse (56) ; des occupations plus sérieuses sollicitèrent pourtant les têtes pensantes, car la conférence prévue s'était ouverte ; cependant, on continuait à se battre ici ou là, le 20 novembre les catholiques s'étaient emparés de La Réole, le 22 Henri de Navarre avait occupé Fleurance, au sud de l'Agenais (57) ; le 15 décembre La Réole est rendu aux réformés sur l'intervention de Catherine de Médicis. Le 16, elle écrit à Henri III que le « faict de La Réolle » est discuté par les délégués mentionnés plus haut, dont « Lezignan », et que des divergences se manifestent : la reine mère aurait voulu que le sieur de Guitry fût chargé de veiller avec Biron au désarmement et à l'évacuation d'Agen, or ledit Guitry « n'y a voullu... s'excusant... le roy de Navarre ayant pour cette occasion nommé le sieur de Lesignan, qui y estoit aussi présent et s'en est fort défendu... » Les conférences commencèrent cependant le 3 février sous l'énergique direction de la reine Catherine, qui à force fit accepter ses conditions par les députés réformés : il n'y aurait pas de reconnaissance de la liberté de culte dans tout le royaume, comme ils le demandaient, mais quinze places de sûreté leur seraient octroyées. Le 28 février, toujours de Nérac, elle informait Henri III de ce que « ledict maréchal de Biron... veit (vit, c. à d. constata) l'opiniastreté des députez, et comme mondict filz le roy de Navarre, le vicomte de Turenne, Guitry (58) et Lezignan qui sont près de luy ne suivent que ce que dient lesdictz deputéz, aussy ne fouit-il pas doubter qu’ilz ne se concertent bien, avant que venir avec nous » ; le traité fut néanmoins signé ce même jour (59).

La reine Catherine resta à Nérac jusqu'au début de mars 1579, et convoqua à Agen pour le 8 mars une assemblée de toute la noblesse de Guyenne, où elle se rendit en personne (60). Henri III ratifia les conventions de Nérac par un édit du 14, mais une difficulté survint en Agenais à propos de la place de Puymirol, dont le gouvernement, à l'issue de cette affaire, va rentrer durablement dans le « patrimoine », si l'on peut dire, des Lusignan d'Agenais. En vertu des conventions, la place devait en effet revenir au Roi de France, mais elle était alors détenu par des protestants irréductibles, menés par « ung nommé le capitaine Restarneau, qui est un fort mauvais garçon », écrit la reine Catherine le 15 mars ; elle y a donc envoyé le vicomte de Turenne, qui l'obligea à en sortir avec ses soldats, « excepté quelques uns qu'il laissa dans le chasteau, attendant que le sénéchal de Bajaumont et luy y retournent pour parachever d'exécuter ce qui y est à faire et en bailler la charge au sr de Lezignan, comme il a esté advisé ; ce qui eust été faict dès vendredi, mais le fait de la querelle d’entre ledict vicomte de Turenne et le sr de Duras se renouvella... ». Il était donc prévu de confier la garde de cette place à Henri de Lusignan, mais pour le compte du Roi, bien qu'il fût huguenot ; c'était là un subtile arrangement pour contenter tout le monde... Le 17, elle écrivait encore à Henri III : « ...J'ay tant faict que le vicomte de Turenne a satisfaict entièrement à Puymirol tout ce qui estoit nécessaire de la part de ceulx de la Relligion prétendue Réformée pour l'exécution de vostredict édit de paciffication et de la résolution de vostre conférence... y estant le sr de Lezignan bien estably, après le serment et promesse qu'il a fait en mes mains de remettre du tout ledict Puymirol dedans /e premier jour du mois de septembre prochain... » Le 25 mars, elle confirme » « ... l'ordre y est donné à Puymirol... ilz en ont à ma requeste donné la charge au sieur de Lezignan.

Mais, ainsi que le mentionne la Reine, une « querelle » de Turenne avec le vicomte de Duras vint interférer dans ce dénouement. Pour en savoir les détails, il faut se reporter aux « Mémoires du duc de Bouillon » [Henry de la Tour d'Auvergne, à l'époque seulement vicomte de Turenne (61)]. Symphorien de Durfort, vicomte de Duras, avait, comme Turenne, embrassé la cause des religionnaires et même déjà guerroyé du temps de Montluc ; les deux jeunes coqs fréquentèrent la cour de Nérac et de diverses rivalités naquit entre eux une haine exacerbée, d'autant que l'issue que l'épée et la dague auraient, comme c'était l'habitude, apportée à leur différend se trouva, par suite de diverses circonstances, plusieurs fois différée. Enfin la conférence de paix d'Agen leur fournit l'occasion de vider leur querelle, et un beau matin de mars 1579 ils se retrouvèrent sur le Gravier, accompagnés de témoins qui devaient selon l'usage d'alors, participer au combat. A en croire Turenne, le « duel » ne fut cependant pas très régulier, plutôt un guet-apens ; il fut blessé, ainsi d'ailleurs que Duras, et fut en grand danger d'être traîtreusement occis par ses adversaires ; heureusement, écrit-il, « il arrive quelques gens de la ville, mesmes le gouverneur, le sieur de Lusignan (62), qui me rameine ». Le 19 mars, Catherine rend compte des suites au Roi : Turenne voulut « se faire porter... en la maison du sr de Lezignan » et Duras, mal en point lui aussi, dans la sienne ; mais la Reine leur mit des gardes pour « ... la justice estre faicte de celluy qui aurait failly ».

Une autre difficulté demeurait pour la place de Saverdun, au pays de Foix, que sa garnison faisait difficulté à restituer ; Henri de Lusignan eut encore à intervenir auprès de la Reine. Celle-ci écrivait le 25 mars : « ...mais je suis encores arrestée jusqu ci jeudy, pour ce que mondict filz le roy de Navarre (63) m'escripvit dimanche au soir bien tard et me feist démonstrer par le sieur de Lezignan, que je ne de vois partir d'icy que premièrement la ville de Saverdun en Foix... ne fust rendeue ». Le 4 avril, elle était à Port-Sainte-Marie, et ses efforts de pacification rencontraient encore des réticences : « ... mondict filz le roy de Navarre et ceuix de sa relligion qui sont auprès de luy, comme le vicomte de Turenne, Guitry, Lezignan et aultres, signeraient avec moy lesdictz articles, et que l’on ferait cesser partout tous actes d'hostilité... mais les députés demeurent opinastres... » Enfin, la Reine se rendit à Castelnaudary pour y présider les États de Languedoc et leur faire approuver d leur tour les accords de Nérac (64).

À partir de ce moment, on ne voit plus Henri de Lusignan dans l'exercice des fonctions de gouverneur d'Agen, sans que nous ayons cependant trouvé mention de son remplacement ou des circonstances qui l'auraient amené ; peut-être est-ce la conséquence de ses nouvelles responsabilités à Puymirol, qui n'étaient pourtant prévues qu'à titre temporaire ; en toute hypothèse, nous savons qu'en novembre 1580 le gouverneur d'Agen s'appellera Lussan (65) ; mais alors, la guerre aura repris (cf. infra). En revanche, Henri de Lusignan va être chargé de d'importantes missions auprès de Catherine de Médicis et de Henri III.


Henri de Lusignan.

Le 29 juillet de la même année 1579 (66), Henri de Navarre écrivait « À la Royne, Mère du Roy Mon seigneur », pour l'informer de ce qui venait de se passer à l'assemblée protestante de Montauban ; outre une question financière à régler, les réformés se plaignaient de la mauvaise application des accord qui venaient d'être signés : « Dedans ung jour je feray partir le sr de Lesignan pour vous rendre compte de ce qui s'est passé en ceste assemblée et de toutes aultres particularitez... Les depputez de ceulx de la Religion de chascune généralité y ont esté envoyez pour descharges ceulx qui avoient esté surchargez au département qui fut faict, il y a ung an, de partis (sic) de la somme de six cens soixante [et] tant mil livres accordez par le Roy mon seigneur, estre levez sur ceulx de la Religion ; à quoy il estait nécessaire de pourveoir... Par mesme moyen ils ont apporté des mémoires des contraventions à lédict de pacification, afin d'en requérir du Roy, avec toute humilité, justice et réparation. Ce que je me suis chargé de faire par ledit sr de Lézignan. Calignon, député à la province du Dauphiné, est venu en ladicte assemblée, avec charge d'adviser auxdictes surcharges, et faire quelques plainctes pour ladicte provins (sic), qui sont insérées au cahier général qui vous sera porté par ledict sr de Lézignan... et parce, Madame, que par ledict sr de Lézignan vous entendrez choses plus particulièrement, je ne vous escriray de plus longue lettre, si ce n'est pour vous supplier trez humblement de ne vouloir adjouster foy aiséement aux bruicts et faux rapports dont on remplit vos oreilles pour vous mettre en soubçon et deffiance de moy... ». Le 30 juillet, Henri de Navarre écrit à Henri III qu'il a choisi le sieur de Lesignan (Henri de Lusignan) « pour vous faire entendre ce qui s'est passé à l'assemblée qui a esté faicte en ceste ville [Montauban]... » et adresse à Catherine confirmation de sa lettre du 29, ainsi qu'un message identique à Monsieur, frère du Roi, lequel d'ailleurs, on l'a vu, penchait fortement pour le parti protestant.

Le 8 août 1579, la reine Catherine, qui est à Grenoble pour tenter d'arranger les affaires du Dauphiné, écrit au Roi son fils pour l'informer elle-même de l'arrivée, de la part du roi de Navarre, de Henri de Lusignan, sur lequel elle exprime une appréciation très favorable, et revient sur la question de Puymirol : « Mondict filz le roy de Navarre, au nom desdictz de la Relligion, vous envoya, suivant la résolution qu'ilz ont faicte en leurdicte asemblée de Montauban, ung cahier de plusieurs conctravencions qu'ilz dient avoir esté faictes ès provinces de vostre royaulme à leur préjudice affin que vous leur en faciez fayre justice. C'est à mon advis comme une protestation qu'ilz veulent fayre qu'en cas que vous ne les satisfaictes et faciez fayre adicte justice, ils aient plus de couleur de sésmouvoir et reprandre (sic) les armes. Le sieur de Lézignon, qui a la charge de Puymirol, l'une des quatre villes de Guienne, est depesché pour cest effect devers vous et doibt passer icy bien tost, comme mondict filz le roy de Navarre m'escript apportant ledict cahier, que je verray, et vous en manderay mon advis... estant bien fort aize que ce soit ledict sieur de Lézignan qui ait esté député pour vous porter ledict caler (sic) ; car il est à ce que j'ay cogneu et qu'ung chascun dict homme d'honneur et qui désire la paix... et fouit pour la rendre perdurable... que la justice se face promptement... et combien qu'ilz se rendent difficiles à remettre lesdictes villes, si ne donnez ordre que ladicte justice soit bientost faicte d'iceulx attentatz et contravencions, ledict sieur de Lézignan, s'estant obligé par sa foi et sur son honneur de rendre ladicte ville de Puymirol à la fin de ce présent mois, j'estime que faisant fayre par vous (comme je suis bien aseurée que le désirez) justice desdictz attentatz, et que set/liement (sic) y en ayt quelque commencement (sic), il mettra ledict Puymirol, et montrera le chemin aux aultres qui se sont excusez d'en fayre le semblable. Croiez, Monsieur mon filz, que le faisant par luy, comme je vous diray ancores une fois que je pense qu'il fera, il sera suyvi de ceulx qui ont charge des aultres villes...Je suis d'advis que faciez bonne chère au sieur de Lézignan. Il peut beaucoup en ce que dessus, principallement pour la restitution d'icelles villes... » Le 14 elle ajoute, toujours à l'intention du même ; « Monsieur mon filz, le sieur de Lézignan arriva avant hyer icy avec les dépesches que mon filz le roy de Navarre nous faict pour les plainctes des contraventions et infractions que ceux de la Relligion prétendue réformée prétendent avoir esté faictes à vostre dernier édict de paciffication et aux articles de la confirmation d'icelle, résoluz et accordez en nostre conférante de Nérac... aussy le fault-il faire par le mesme mien des attentatz que ceulx de leur party ont faictz au préjudice dudict édict... Ce que ledict sieur de Lézignan (qui est fort saige gentilhomme, personnaige d'honneur et bien affectionné à la paix et à vostre service, ainsy que j'ai cogneu) m'a asseuré que mondict filz et les principaulx de leurdicte Relligion désirent aussy... Je vous prye donc, Monsieur mon filz, dépescher le plus tost que pourrez ledict sieur de Lézignan, affin (sic) qu'il puisse bientost estre de retour auprès de mondict filz le roy de Navarre... et pour ce que la fin du présent moys approche, dedans lequel ilz sont tenus de remettre les quatre villes qui leur ont esté par ladicte conférante (sic) laissées en Guienne, il vous playra faire expédier la commission pour les recepvoir... que ladicte commission porte aussy de recepvoir les unze villes de Languedoc que lesdictz de la Relligion sont aussy tenus de remettre... et que celluy que vous envoirez s'en aille avec ledict sieur de Lézignan, après que l'aurez dépesché, et que le renvoierez, estant pareillement d'advis (affin quil veoye comme de on pied vous marchez en tout ce qu'avez promis) que vous envoiez aussy avec eulx les dépesches nécessaires pour fayre fayre la justice desdictz prétenduz attentatz ès costez de Tourenne [la vté de Turenne] et lieux circonvoisins mentionnez ès mémoires que vous porte ledict sieur de Lézignan, lequel, je m'asseure, fera tous bons offices pour le bien et establissement de la paix et satisfera sans doubte de sa part et tiendra aussy la main que, par les aultres qui ont pris la charge desdictes villes, il soit satisfaict à la restitution d'icelles. » Le 15 août, au même : « Monsieur mon filz, j'oyz hier matin, comme vous aurez peu entendre du sieur de Lézignan avant la réception de cette lettre, les députez de ceulx de la Relligion... » Le 17 août, au roi de Navarre : « Le sr de Lézignan, qui est passé par icy, arrivera à propos auprès du Roy mondict filz, lorsqu'il fera cette depesche... » La mission de Henri de Lusignan le conduisit dort à Grenoble auprès de la reine Catherine, puis au Louvre auprès de Henri III (67).

De son côté, Henry de Navarre écrira le 23 septembre 1579 aux Réformés du Languedoc qui s'agitaient, qu'il avait « envoyé le seigneur de Lusignan à la cour pour obtenir du roi réparation des contraventions faites à l'édit de la part des catholiques, le roi ayant promis de les satisfaire là-dessus (68) ».

La reine Catherine se défiait cependant de l'exactitude avec laquelle Henri de Navarre entendait appliquer le traité, notamment en ce qui concernait la restitution à l'autorité royale des places que détenaient les religionnaires. Le 20 août 1579 elle lui écrit en effet, toujours de Grenoble : « Mon filz, je vous renvoie le baron de Salignac et l'abbé Gadaigne, lesquelz vous diront que ceulx de vostre religion client que vous leur avez mandé qu'lz tiennent bon et ne rendent nulle ville qui les puisse servir... chose tout contrevenant à l’édict et aux sermens que si solempnellement avez faictz et à ce que, par ledict baron de Salignac et depuis par le sieur de Lézignan et voz lettres escriptes de vostre main, que m'avez envoiées, et faict tenir le langaige de mesme par les dessus dictz gentilzhommes de n'en estre rien... » Elle répète ces assertions dans une lettre du 22, et le 23 elle ajoute une allusion concernant son action supposée dans les affaires du Dauphiné « depuis le portement du sieur de Lézignan d'auprès de luy (69) ».

Enfin, la mission du « sieur de Lezignan » auprès du Roi semble avoir porté ses fruits ; encore à Grenoble la reine Catherine écrit le 1er septembre à ce dernier « Cependant j'accuseray réception des dépesches que m'avez faictes... ayant veu par ycelles la résolution qu'avez faicte avec le sr de Lézignan, que vous renvoyez bien satisfaict », et le 7 mentionne encore les dépêches reçues du Roi « sur l'occasion du volage du sieur de Lézignan ». Le 28 octobre (elle est alors à La Palice) elle informe le gouverneur de Metz, M. de Rambouillet, à propos des quinze places de sûreté qui ont été consenties aux huguenots, contre la promesse de les rendre dans six mois « Quant à la promesse particulière du roy de Navarre et des srs et gentilshommes pour les quinze villes, ensemble celles du s de Lézignan pour Puymirol, elles ont esté par moy mises ès mains du mareschal de Biron », lequel est lieutenant général en Guyenne.

Que ces suspicions fussent ou non fondées, il était inévitable que la guerre reprît bientôt, ce qui fut fait en avril 1580. Les motifs apparents étaient si futiles qu'on l'appela « la guerre des amoureux », et on en attribua la cause immédiate au mécontentement qu'aurait éprouvé Marguerite de Navarre à voir sa liaison avec le jeune vicomte de Turenne, pourtant affichée sans réserves devant l'indifférence absolue de son époux, être publiquement dénoncée par son frère Henri III (70)... À la veille de son départ pour les champs de Bellone, le Béarnais prenait néanmoins congé de sa femme en termes tendres par une lettre du 10 avril (71), l'appelant « M’amie » ; il expliquait qu'il se trouvait « obligé » de reprendre la guerre, car « Le Roy dict qu'il veult la paix ; je suis content de le croire ; mais les moïens dont son conseil veut user tendent à nostre ruine » ; il termine par cette conclusion : « ... Je vous prie, M'amie, commander pour vostre garde aux habitons de Nérac. Vous avés là Monsr de Lésignan pour en avoir soing, s'il vous est agréable, et qui le fera bien... ». Voilà donc Henri de Lusignan en charge de garder la reine Margot !

Le 5 mai, Henri de Navarre surprenait Cahors de nuit, et s'en emparait au bout de cinq jours de combats acharnés ; plusieurs marches et contremarches s'effectuèrent ; le maréchal de Biron concentrant ses troupes vers Marmande, le roi de Navarre s'y porta le 15 juin ; ici se place un incident mettant en scène Henri de Lusignan, qui apparemment avait rapidement renoncé à ses attributions de sigisbée... Il est relaté, quelque peu différemment d'ailleurs, par les deux grands mémorialistes du temps, Sully et d'Aubigné.

Pour le premier (72), paraissant avec trois cents chevaux et deux compagnies de ses gardes devant Marmande où se concentraient les volontaires qui attendaient Biron pour se joindre à lui, « voyant que cette quantité de noblesse gasconne qui estoit dedans Marmande, au moindre ennemy qui paroissoit, sortoit à diverses trouppes pour aller après luy, et le charger à l'envy l'un de l'autre, à qui se montreroit le plus eschauffé à la poursuite, se résolut de dresser une partie, pour essayer d'en attraper quelques uns... ». Derrière un ruisseau infranchissable à cheval à cause de la hauteur des berges, ils logea cent harquebusiers en embuscade près du petit pont qui constituait le seul passage, et « commanda au sieur de Lesignan, brave et sage gentilhomme, de prendre vingt ou vingt-cinq des mieux montez et armez » pour aller faire une démonstration devant une porte de la ville et tourner bride aussitôt afin d'attirer les poursuivants sur le pont à portée de feu desdits harquebusiers. Au début tout se passa comme prévu, les jeunes de Marmande poursuivaient les coureurs qui se retiraient, en leur criant : « Ça, ça, cavaliers, un coup de pistolet pour l'amour de la maistresse, car vostre Cour est trop remplie de belles dames pour se manquer ! » Mais M. de Lesignan faisoit la sourde oreille à ces défis, ne pensant qu'à se retirer pour les attirer dans l'embuscade. » Or l'un de ceux qui étaient avec lui fut reconnu et défié personnellement par un de Marmande ; il se crut obligé de répondre, son cheval fut tué, les autres vinrent à sa rescousse, une mêlée s'engagea et tous passèrent le pont ensemble, en sorte que les tireurs couchés dans l'herbe n'osèrent pas déclencher le feu. Là dessus, un observateur qui avait cru voir déboucher toute l'armée de Biron, alors que le roi de Navarre n'avait qu'un détachement, lui en donna avis, provoquant sa retraite précipitée ; seuls une vingtaine de cavaliers étaient laissés pour donner la main à Lusignan. D'Aubigné (73), moins pittoresque dans sa description, est un peu plus précis sur la suite. C'est un certain Pierre de Moiras, baron d'Yolet qui donne à tort l'alarme, ayant aperçu « ... Lezignan... revenir un peu vite, et après lui une poussière, qu'il estima ne pouvoir estre que de l'armée. Croyant donc que le mareschal (de Biron] aurait été trouvé en bataille, il dépesche [son) valet au roi [de Navarre] et lui mande sous le nom de Lezignan qu'il avoir l'armée sur les bras et qu'il estait perdu, s'il ne se retiroit en toute diligence. » Henri de Navarre fit donc reculer sa troupe, mais envoya le capitaine La Porte avec quelques cavaliers pour secourir les coureurs ; ils eurent tôt fait de disperser les poursuivants. Les deux auteurs sont d'accord sur le mécontentement du roi de Navarre et du sieur de Lesignan, auxquels on avait fait rater l'affaire ; « le Roy fut fort en colère contre ceux qui l'avaient fait retirer si vite, d'autant que le seigneur de Lesignan en parfoit fort haut et avec blasme contre ceux qui s'en estaient fuits sans voir l'ennemy... » dit Sully (74) ; « Lezignan, irrité de n'avoir pas trouvé l'embuscade au lieu promis, parla de cette affaire hautement » ajoute d'Aubigné (75).

Cette aventure ne fut qu'un petit épisode, et les prises de villes et de châteaux, avec leur cortège d'horreurs beaucoup moins galantes, se multiplièrent. Le 13 juillet, Biron s'emparait de Gontaud ; « les habitants furent égorgés et leurs maisons livrées aux flammes (76). » En novembre, les protestants de Tournon et de Monflanquin menaçaient Penne, et les troupes de Puymirol - étaient-elles directement commandées par Henri de Lusignan ? - préparaient une surprise sur Agen (77).

Cependant, toute cette guerre contrariait fort Monsieur (78), car elle mettait obstacle à son ambition du moment, être pris pour roi par les protestants de Hollande révoltés contre le souverain espagnol. Il s'entremit avec diligence, et, ses soins aidant, la guerre prit fin aussi vite qu'elle avait commencé, par un traité signé le 26 novembre 1580 au château de Fleix, près de Bergerac, et aux mêmes conditions que le traité précédent (79).

En 1581, une nouvelle affaire ressortait à propos de Puymirol. Henri de Navarre, qui venait d'obtenir de Henri III de conserver plus longtemps cette place de sûreté (80), souhaitait y faire rentrer une garnison huguenote, ce à quoi s'opposait Henri de Lusignan pour les motifs qu'expliquait le roi de Navarre dans une lettre du 27 novembre 1581 « à mon cousin Monsr de Matignon, mareschal de France (81) » qui en juin 1581 avait succédé à Biron comme Lieutenant Général du Roi en Guyenne (82) : « ayant faict venir devers moy le sr de Lésignan pour le faict de Pemyrol je l'ay trouvé persistant en sa première délibération de ne consentir poinct que la compaignye du capitaine de Belsunce (83) y entre, qu'on ne luy ayt rendu la promesse qu'il a faicte au Roy, et aussy que la garnison dudict Pemyrol n'aye esté payée de ce qui lui est deub du passé, comme vous avez promis. Qui me faict vous escrire ceste-cy pour vous pryer, comme je fays affectueusement, d'envoyer bien fast devers Sa Majesté, pour la supplier de faire rendre ladicte promesse audict sr de Lésignan, et aussy que vous damniez ordre au payement de ladicte garnison... Je vous prye aussy, lorsque vus dépescherez à la Court, supplier Sa Majesté de vouloir confirmer la provision que ledict sr de Lésignan a de la Royne ma femme, pour la capitainerye dudict Pemyrol, et en retour de ce porteur me faire part des nouvelles que vous avez de la Court... » La question ne fut toutefois pas résolue tout de suite et le 5 décembre le roi de Navarre s'adressait encore à Matignon : « Quant au reffuz et difficultez du sr de Lezignan, vous ne sçauriez croyre le déplaisir que j'en ay ; qui est cause que, vostre lettre receue, j'ai prins occasion de luy escrire aux fins de me venir trouver. Qui ne sera sans luy représenter vos raisons et aultres que j'y adjouteray pour tascher â le faire condescendre. Cella toutes fois ne peut ni ne doibt servir de prétexte quelconque aux détempteurs de mes maisons et chasteaux pour différer de les rendre... » Quelles sont les « raisons » développées par le maréchal de Matignon ? Il faudrait retrouver sa lettre pour les analyser. Toujours est-il qu'en juillet 1589 Belsunce commandait à Puymirol et s'apprêtait à participer à une offensive sur Agen - Henri de Navarre avait donc obtenu ce qu'il voulait ; en revanche, nous retrouverons Henri de Lusignan gouverneur de Puymirol en 1590 (84). En attendant (85), Henri de Lusignan, qui sera en 1582 chambellan du roi de Navarre (86), exercera diverses missions de représentation pour le compte de celui-ci, qui en fera mention dans sa correspondance (87).

À la fin de janvier 1582, la Reine Marguerite de Navarre avait eu le désir de rejoindre son frère Henri III à Paris, emmenant sa dame d'honneur Françoise de Montmorency de Fosseux, dite « la Fosseuse », maîtresse du moment de son mari, lequel les accompagna jusqu'en Poitou, où la reine Catherine alla les accueillir, mais Henri de Navarre fit alors demi-tour (88) ; qui chargea-t-il de présenter ses excuse pour ce départ précipité ? Henri de Lusignan, comme il l'écrit le 19 mars : « Je suis venu jusques icy pour avoir ce bien de communiquer avec la Royne, mère du Roy mon seigneur... Je luy a envoyé le sr de Lésignan pour faire mes excuses si je ne puis aller si avant (89)... » Durant l'été de la même année, alors que se met en place la nouvelle Chambre de Justice prévue par les derniers édits qui siégera à Bordeaux, puis à Agen, il écrit au chancelier de Bellièvre, chargé par Henri III de veiller à la bonne marche de la chose : « J'ai donné charge au sr de Lésignan de vous voir et vous dire de mes nouvelles bien particulièrement, et l'occasion de son voyage... » puis, le 14 novembre à Scorbiac (90), toujours à propos de l'installation de cette Chambre : « ... Toutes fois le sr de Lésignan m'a asseuré que le Roy mon seigneur a commandé l'expédition pour ledict establissement, tout ainsy que le désirez, et s'asseure qu'elle est à ceste heure faicte. »

D'autres tractations eurent lieu à la fin de l'année ; le 28 novembre, c'est la reine Catherine qui écrit, de Paris, à Matignon toujours lieutenant général en Guyenne : « Je désire seullement (sic) que mon filz le roy de Navarre accomplisse ce qu'il vous a promis et nous a mandé par le sieur de Lézignan... Vous serez adverty par votre courrier de la response que nous ferons sur ce au sieur de Lézignan et sur tous les aultres poinctz de sa dépesche (91)... » Puis Henri de Navarre l'envoie plaider auprès de Henri III la cause de « grand nombre de personnes par deçà qui se plaignaient d'astre recherchés par Messrs de la chambre de Justice et aultres Juges », écrit-il à celui-ci le 21 décembre, ajoutant : « Mais, Monseigneur, ce sont gens de guerre, qui ne s'entendent en procez, et dès qu'ils oyent parler d'adjournement ou d'assignation, pensent estre pris », demandant au Roi « vouloir accorder une interdiction à toutes courts, chambres, juges, prévosts etc. de procéder contre eux, comme plus complètement le sr de Lesignan, présent porteur, le vous fera entendre... lequel il vous plaira ouïr et croire de ce qu'il dira d Vostre Majesté de ma part, comme moy mesures », s'agissant d'autres questions également en litige ; le même jour il écrit à Bellièvre déjà nommé pour l'informer de la prochaine visite du « sr de Lesignan » qui vient de voir le Roi revenant des eaux de Bourbon-Lancy pour prendre des nouvelles de sa santé « et luy faire entendre l’estat de la Guyenne » , le priant de « croire, au reste, ce que ledict sr de Lesignan vous dira de ma part... » Les gens menacés par la Chambre de Justice se sont inquiétés et ont pris les armes ; le 31 janvier le roi de Navarre écrit au gouverneur de La Réole (92) qu'il porte « l'abolition que le sr de Lesignan a apportée, qui est telle que nous l'avons demandée, afin de mettre un chascun hors de peine, et faire cesser les exactes recherches et poursuictes qu'on a faictjusqu'icy contre ceulx de la Religion (93)... » Le 1er février 1583, il écrit à son conseiller Forget : « J'ay entendu par le sr de Lesignan combien vous vous estes soigneusement emploué à la poursuyte et sollicitation de ce qu'il a eu à négotier pour le bien de mes affaires... » Le 26 mars 1583 il écrit à un groupe de magistrats calvinistes qu'il avait envoyé au Roi pour qu'il soit mis fin aux poursuites individuelles par une « abolition » ; il précise que « Sa Majesté me fit ceste faveur de me l'envoyer par le sr de Lesignan... » mais « ces messieurs de la Court de Guienne » refusent d'enregistrer la déclaration royale et envoient des remontrances au Roi. Il leur demande conseil.

Pendant ce temps, la reine de Navarre qui, nous l'avons dit, était repartie auprès de sa mère et de son frère en janvier 1582, scandalisa si bien celui-ci (que n'avait-elle pas dû faire !) que, le 7 août 1583, il la chassait de la cour et qu'elle rentrait toute penaude en Gascogne ; son époux refusant tout d'abord de la recevoir à Nérac, elle allait à Agen, où elle arrivait au bout de quatre mois de voyage le 7 décembre (94). Ce fut à Henri de Lusignan que fut confié le soin de réconcilier le couple royal, comme le signale une note de l'éditeur des lettres de Henri IV sur une lettre du 26 décembre ; ses efforts parurent porter leurs fruits, et le 29 décembre, la reine Catherine en exprimait sa satisfaction dans une lettre qu'elle adressait de Monceaux au maréchal de Matignon : « Mon cousin, le sr de Villeroy m'a envoié en ce lieu la lettre que m'avez escripte le XIXe de ce moys, ayant esté bien aize de veoir par icelle, comme, je Pavois ja entendu, le volage du sr de Lézignan de la part de mon filz le roy de Navarre devers ma fille sa femme, et la bonne espérance qu'il a donnée à madicte fille, dont je suis infiniment aize... » De fait, le roi de Navarre consentit finalement à cette réconciliation, et Margot pouvait regagner Nérac le 12 avril 1584 (95).

Or le 10 juin de cette année 1584 mourait de « phtisie (96) » François d'Anjou, Monsieur, c'est à dire comme nous l'avons déjà dit le frère cadet de Henri III : de ce fait, Henri de Navarre devenait le successeur présomptif de celui-ci au trône de France (97). Immédiatement se reconstitua la Ligue ou Sainte Union, destinée à empêcher l'accession au trône d'un hérétique, scellée par le traité signé à Joinville le 31 décembre, avec l'appui du roi d'Espagne Philippe II. Henri III, quoique peu satisfait et peu convaincu, se résolut à y adhérer le 20 juin 1585, ce qui lui permettait d'en prendre la tête, au moins officiellement. La guerre avait déjà repris.

Au début de 1585, Henri de Navarre avait probablement conservé l'espoir de s'arranger avec le Roi, et envoyé Henri de Lusignan exposer son point de vue au Maire et aux Jurats de Bordeaux, auxquels il écrivait le 3 avril : « Je vous ay desjà adverty par le sr de Lesignan des advis que j'avoys de toutes partz de ces nouveaulx événemens et des commandemens que j'avoys du Roy... » Le 6 avril, au maréchal de Matignon : « Avant l'arrivée et retour du sieur de Lesignan devers moy, je m'estoys délibéré de me contenir de la façon qu’il a proposée, et ay esté fort ayse d'avoyr trouvé vostre advis conforme à mon intention. » En définitive, ce sont encore diverses missions de confiance que le roi de Navarre confie à Henri de Lusignan (98).

Celui-ci conservait cependant des attributions militaires ; Henri de Navarre lui avait délégué le commandement militaire de toute une partie de l'Agenais, comprenant Puymirol et Clairac ; or le gouvernement de cette place avait été confié, sous l'autorité de Lusignan, à un sieur de Lestelle, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi de Navare, qui se livrait maintenant à des manifestations d'insubordination : « Je croy que quand vostre commission pour commander à Cleyrac vous o esté expédiée, estiez assez informé comme javois donné le commandement général de tout l'Agenois de ce quartier-là, spécialement de Pemirols et de ladicte ville, au sr de Lezignan. Aussy vous avez peu sçavoir par vostredicte commission mesme, que mon intentionn'a esté de vous donner ceste charge que soubz son commandement. Il me semble que ne l'avez deu accepter autrement, et, l'ayant accepté, que ne devez faire difficulté de la recognoistre... » lui écrit donc Henri de Navarre le 17 janvier 1586, le priant de « vous dispozer, ou à recognoistre ledict sr de Lezignan, ou à quitter ladicte charge ». Cette affaire ne sera pas réglée pour autant, car bien plus tard, le 13 décembre 1588, Henri de Navarre écrivait encore au sieur de Lestelle son déplaisir du nouvel incident survenu à Clairac et de « l'esmotion advenue en icelle entre voz partizans...J'en escris le semblable audict st de Lesignan, et aux consulz dudict Clérac, d'assoupir lesdictes esmotions (99)...

Bien des choses s'étaient pourtant passées dans l'intervalle. Le 16 mai 1587, Henri de Lusignan, appuyé de son « vieux » camarade le vicomte de Turenne, que nous retrouvons donc sans surprise, s'empare de la place de Port-Sainte-Marie (100). Si, pour le baron de Lusignan, le trajet ne fut pas bien long pour atteindre cet objectif, l'événement eut son retentissement dans la province, et le maréchal de Matignon, toujours Lieutenant Général en Guyenne, dont les troupes tenaient Agen, se retira sur Marmande (101).

Les opérations dans le royaume devaient cependant prendre une plus grande ampleur, et le duc Anne de Joyeuse (102) conduisit contre Navarre une puissante armée à travers la Touraine et le Poitou ; elle rencontra celle du Béarnais près de Coutras (103) le 20 octobre 1587, et fut taillée en pièce après trois heures de durs combats ; Joyeuse y fut tué ainsi que son frère Claude. Henri de Lusignan participa à cette bataille et y subit une mésaventure. Elle est contée par Agrippa d'Aubigné (104) : « Le baron de Lesignan, menant une autre petite troupe après les premiers [c'est à dire les fuyards] rencontre, à deux lieues de la bataille, Bonnes [capitaine catholique], de Périgord, qui, venant avec quarante salades (105)... trouver le duc [de Joyeuse], faisait sauver derrière lui ce qu'il ne pouvait arrester. Il enfile le chemin de la poursuite à contre poil, charge le baron et l'emmène prisonnier... » Il fut cependant délivré ensuite par le marquis de La Force.

Tandis que le favori de Henri III était ainsi défait et tué par les calvinistes, au contraire Henri de Guise battait près de Montargis et de Chartres les 26 octobre et 24 novembre une armée de reîtres allemands et de Suisses qui tentait de traverser le royaume pour aller faire sa jonction avec les vainqueurs de Coutras (106). Le résultat de ces occurrences militaires fut l'affaiblissement de Henri III face à l'accroissement de la puissance des Guise au sein de la Ligue. Le dynamisme des seconds, poussés par l'Espagne, les menait à tenter d'éliminer le premier pour s'assurer tous les pouvoirs dans la partie catholique du royaume ; cette entreprise conduisit au soulèvement contre l'autorité royale de la commune ligueuse de Paris les 11, 12 et 13 mai 1588 ; mais, plus heureux que plus tard ne fut son lointain successeur Louis XVI dans sa tentative qui échoua à Varenne, le souverain parvint à s'échapper le 13, dans des conditions assez sportives, et à gagner Chartres où il retrouva des fidèles. Sa situation n'était cependant pas telle qu'il pût se dispenser de traiter avec les Guise à Rouen le 15 juillet et de rendre le 21 l'Édit d'Union qui satisfaisait leurs demandes. Le 16 octobre, des États Généraux s'ouvraient à Blois, et tout indiquait le triomphe du clan lorrain et espagnol (107) ; mais le 23 décembre, les gardes de Henri III, qu'on appelait « les Quarante-cinq », commandés par un agenais, Honorat de Montpezat de Laugnac, mettaient à mort Henri de Guise dans une salle du château, et le lendemain son frère le cardinal Louis de Guise. Fin d'une époque, la reine Catherine s'éteignait au château de Blois quelques jours plus tard, le 5 janvier 1589.

Henri III prit avec lucidité le seul parti qui pouvait garantir l'avenir de la France : replié à Tours, il signait avec Henri de Navarre un traité par lequel il le reconnaissait pour son successeur ; réunissant leurs forces, les deux princes allaient assiéger Paris, aux mains des Ligueurs, mais le Roi est assassiné le 1er août ; avant de mourir, il fait jurer fidélité à Henri IV (108). Celui-ci n'avait pas encore pour autant partie gagnée ; le duc de Mayenne, frère de Henri de Guise, avait pris la tête de la Ligue, dont les positions étaient considérables. Henri IV, retiré d'abord en Normandie, le battra cependant à Arques, le 21 septembre 1589, puis à Ivry le 14 mars 1590 ; il mettait à nouveau le siège devant Paris en mai.

En Agenais, la guerre avait continué aussi, car la Ligue tenait encore un certain nombre de places, notamment Agen, qui le 17 juin 1589, avait élu pour gouverneur Charles de Montluc (109), petit-fils du maréchal dont il a été déjà parlé (110), par contre, le maréchal de Matignon, lieutenant général en Guyenne, était rallié à Henri IV. Cependant, le 30 juin 1590, quatre délégués du Conseil des consuls d'Agen rencontraient Henri de Lusignan, gouverneur de Puymirol, et concluaient avec lui un accord pour la préservation des campagnes ; il était proclamé à Agen le 31 juillet, mais les partisans de la Ligue protestèrent (111).

Le baron de Lusignan n'était donc pas, alors, au siège de Paris ; Henri IV écrit d'ailleurs le 20 juillet 1590 au maréchal de Matignon : « J'escris présentement aux srs de Poyanne, vicomte de Gourdon, la Devyse, Lesignan, Moraval et Dubourg, que je veux qu'ils demeurent près de vous... » Le 8 août 1590, il décerne au baron de Lusignan une commission de capitaine de 30 hommes d'armes « au titre de 50 (112) » ; le 30 septembre suivant, cette commission est confirmée, cette fois tout de bon pour 50 hommes d'armes, ainsi que celle de gouverneur de Puymirol (113). La même année, Charles de Montluc faisait saisir à Agen la maison qui avait appartenu au sieur de Lusignan et en faisait don au sieur de Fallachon, qui avait fait preuve de fidélité au parti catholique (114). La même année aussi, bien loin de son pays natal, Bernard Palissy mourait à Paris, dans un cachot de la Bastille où la municipalité ligueuse l'avait enfermé comme huguenot (115).

Pendant ce temps, Henri IV avait abandonné le siège de Paris, secouru par une troupe espagnole ; il annonçait sa prochaine abjuration du protestantisme, mais rien n'était fait ; Mayenne réunissait dans la capitale de nouveaux États Généraux pour désigner à Henri III un successeur selon les vues de la Ligue, sans résultat (116). Dans les provinces, la situation économique était souvent très mauvaise, provoquant des troubles ; notamment, des bandes de pillards qu'on appelait les Croquants ou Tard-advisés, sévissaient en Limousin, en Périgord et en Guyenne. Le 26, février 1593, Henri IV adressait la lettre suivante (117), dont nous donnons le texte entier, « A Mons. de Luzignan, Cappitaine [sic] de Cinquante hommes d'ormes de mes ordonnances, Gouverneur de Puymirol Monsr de Luzignan, J'ay entendu par le sr de Maravas, et le trésorier Martin, que mon cousin le Mareschal de Matignon a despeschez vers moy, comme mes ennemys tiennent la campagne en Guyenne et y ruinent et ravagent mes subjects ; dont je ne porte pas seulement du desplaisir, mois aussy de la honte, m'asseurant d'y avoir, sur le nombre, de bons serviteurs qui, s'ils estaient bien unys ensemble, ils seraient plus que suffisons pour dissiper et perdre en peu de temps mes ennemys ; et désirant remédier à ce désordre, j'ay pensé que le plus propre et expédient moyen estait de faire une assemblée générale de mes plus spéciaux serviteurs, chefs de la province, pour adviser de mettre sus, à ce printemps, une bonne forte armée, et aux moyens qu'il y aura de l'entretenir perdant cette année. J'en envoye présentement le pouvoir à mon cousin, et ay bien voulu par mesme moyen vous en donner advis, afin que vous vous prépariés pour vous y trouver au jour qui sera assigné. Je m’âsseure que y tenant l'ordre que j’ay donné charge auxdicts srs de Moraves et Martin de faire entendre à mendie cousin, vous ferés retirer les ennemys, et les réduirés au petit pied. J'ay eu aussy advis que mondict cousin s'est arresté au siège de Blaye, auquel je désire et vous recommande de l'assister de tout vostre pouvoir, comme de chose très importante d mon service. De moy, je ne perds poinct de temps de deçà, me disposant, au retour d'un voyage que je vais faire à Saumur, d'aller au devant des estrongers qui font contenance de vouloir rentrer par la Picardie. Me remettant pour vous foire plus particulièrement entendre ma volontté, aux srs de Moraves et Martin, je prie Dieu, Monsr de Luzignan, vous avoir en sa sainte garde. Escript à Tours, le XXVIe jour de février 1593. Henry. »

Henri IV abjurait officiellement le 25 juillet : le 27 février 1594 il était, selon le cérémonial traditionnel, sacré Roi de France à Chartres - Reims étant encore dans les mains des Ligueurs - : le 22 mars Paris lui ouvrait ses portes. Dans la province, Agen, qui négociait sa soumission depuis plusieurs mois, obtenait un édit de pacification qui était lu dans la ville le 19 juin ; Villeneuve, Penne, Sainte-Livrade, s'étaient également soumises ; d'autres places résistèrent encore un certain, pour tomber les unes après les autres : les Croquants continuèrent leurs méfaits presque jusqu'à la fin du siècle, tandis que certains réformés, mécontents de l'abjuration de Henri IV, se révoltaient à leur tour contre lui... mais ce feu ne dura pas. La paix commença à s'imposer partout ; le 17 septembre 1595, le Pape Clément VIII donnait à Rome l'absolution aux délégués du Roi de France ; Mayenne, le dernier chef de la Ligue, se soumettait enfin. le 24 janvier 1596 (118) ; dans l'intervalle, Henri IV avait battu les Espagnol à Fontaine-Française en Franche-Comté le 5 juin 1595, la paix sera signée avec Philippe II à Vervins le 2 mai 1598 ; l'édit de Nantes est du 13 avril 1598.

On ne parle plus guère de Henri de Lusignan qui, on l'a vu au début de ce chapitre, s'était remarié le 15 juillet 1594. Le 10 novembre 1595, nous trouvons un accord entre lui et les deux consuls et les habitants de Lusignan qui le reconnaissent pour leur seigneur direct et foncier, possédant toute justice, haute, moyenne et basse (119). On peut s'interroger sur une date aussi tardive, puisqu'il semblait avoir succédé à son grand-père une trentaine d'année auparavant... Sans doute s'agit-il d'une régularisation, ou de l'enregistrement tardif d'un acte plus ancien.

Enfin, une « liste de ceux qui n'ont pas contribué à une aide » établie par la ville d'Agen, fait figurer « le seigneur de Lusignan, sous le prétexte d'être assujetti ou ban et à l'arrière ban (120) », mais il n'apparaît pas avec certitude s'il s'agit de lui ou de son fils François. Jules ANDRIEU (121) indique qu'il écrivit le 5 janvier 1594 une « curieuse lettre » à Henri IV, dont nous n'avons malheureusement pu trouver le texte (122). Selon cet auteur, Henri de Lusignan serait mort après 1601 (123), mais il n'indique pas la source précise de cette information. En revanche, il est sûr qu'il était décédé avant le 4 mars 1606, date d'un acte de son fils qui lui a succédé (124).

 

Notes :

 

(1). Chapitres I et II.

(2). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2869.

(3). Chapitre II, s. v. Jean (II ?) de Lusignan.

(4). Nous n'arrivons pas à identifier la localité presque homonyme de Lusignan
faisant l'objet de cette seigneurie ; peut-être le tabellion s'est-il embrouillé…

(5). Arch. départementales de Haute-Garonne, 1A introd. P. XX.

(6). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2869.

(7). Archives Départementales de Gironde, C 4019, en 1608, remboursement à noble Diane de Lusignan, dame de Tarraube, d'une somme prêtée aux consuls de Condom, pour les frais « d'un certain voyage par eux fait en cour ».

(8). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2869.

(9). Cf. chapitre suivant.

(10). La branche aillée des Lusignan du Poitou portait « burelé d'argent et d'azur de dix pièces » (des branches cadette ont brisé ces armoiries par un « lion de gueules armé, lampasse et couronne d'or », notamment les Lusignan de Chypre et les comtes d'Eu, dont les armes passeront aux comtes de Luxembourg et sont actuellement celles du Grand Duché, avec quelques détails aménagés à la mode allemande, comme la queue « fourchée »), les Saint-Gelais portaient un « écartelé, aux 1 et 4 burelé d'argent et d'azur de dix pièces, qui est de Lusignan ; aux 2 et 3, d'azur à la croix d'argent, qui est de Saint-Gelais ».

(11). BEAUCHET-FILLAU et le Père Anselme

(12). La présence de ce pronom porté par deux cadets des Lusignan poitevins incline à envisager une parente possible des premiers d’entre eux avec les Rorgonides dynastie des comtes du Mans à l’époque carolingienne.

(13). Des auteurs font de ce Rorgon un fils de Hugues VII, mais par suite d une erreur sur la date de la mort de Hugues VI, attestée en 1110 de retour de la Croisade par la chronique de Maillezais, alors que Guillaume de Tyr, écrivait un siècle après les événements, le fait mourir quelques années plus tôt en Palestine ; en outre l’attribution à Hugues VII de la charte mentionnant Rorgon seigneur de Couhé et Saint-Gelais donnerait aux intéresses des âges invraisemblables (Hugues VII eut lui-même un fils également nommé Rorgon, d'ou confusion).

(14). Ce surnom lui provient de sa participation à la 1ère Croisade ; guerroyant en Espagne au moment du grand départ, il rejoignit l’armée à Jérusalem l'année suivante, aux côtes du duc d'Aquitaine Guillaume IX, le Troubadour.

(15). BEAUCHET-FILLEAU la nomme à tort Jeanne.

(16). Il exista en Agenais une famille de Guilhem de Lansac, mais le fief dont elle portait le nom semble n'avoir été que l'homonyme de la baronnie saintongeaise.

(17). Jules ANDRIEU, « Histoire de l'Agenais », Paris et Agen 1813, 2 tomes réédités en un seul volume par Les Presses des Edittons de la Tour Gile (Ain), 3e trim. 1995, t II p 291.

(18). Jules ANDRIEU, op. cit., t. I. p 290.

(19). Infra, après le récit de la Saint Barthélemy.

(20). Jules ANDRIEU, op. cit., t. I p 287.

(21). Cf. chapitre II, notice sur Jean II (?) de Lusignan.

(22). Pierre CHEVALLIER, « Henri III », Fayard, 1985, p 21.

(23). Janine GARRISSON, « Catherine de Médicis », éd. Le Club, Le grand livre du moi, oct 2002, p. 102 ; Georges BORDONOVE, « Les Rois qui ont fait la France - Charles IX », éd. Pygmalion/Gérard Watelet, Paris, 2002, p.76 ; Pierre CHEVALLIER, « Henri III», op. cit., p.36.

(24). Louis de Bourbon, frère cadet d Antoine de Bourbon.

(25). Gaspard de Châtillon, sire de Coligny, Amiral de France - titre honorifique, l'intéresse n’ayant jamais exercé de commandement naval effectif.

(26). Cf. Georges BORDONOVE, op. cit., pp 73-98.

(27). Jules ANDRIEU, op. cit., t. 1 pp 221-222.

(28). Ibid. p. 226.

(29). Les évaluations rapportées par les ouvrages cités ci-contre varient entre trois mille et quinze mille.

(30). Georges BORDONOVE, op. cit., p 112 ; Janine GARRISSON,op. cit., p 107 ; Pierre CHEVALLIER, op. cit., p 60.

(31). Précédée la veille par le Connétable de Montmorency, puis par le jeune Henri de Navarre, lieutenant général au gouvernement de Guyenne ; Jules ANDRIEU, op. cit., t. 1 pp 233-235.

(32). Pierre CHEVALLIER, « Henri III », op. cit., pp 60 et ss.

(33). Georges BORDONOVE, op. cit., p 160 et ss.

(34). Sur ces événements qui intéressent l’histoire européenne, immédiatement contemporains de nos guerres de religion nationale, on peut lire Vte de FALLOUX, « Saint Pie V », Editions de Chiré, Chiré-en-Montreuil, 1978 ; Jean DUMONT, « Lépante ? L’histoire étouffée », éd. Critérion, Paris, 1997.

(35). C'est-à-dire Coligny, cf. supra note 25.

(36). Georges BORDONOVE, op. cit., pp 215-218 ; Pierre CHEVALLIER, op. cit., pp 155-163.

(37). Henri, fils du Louis de Condé tué à Jarnac.

(38). Georges BORDONOVE, op. cit., pp 224 & ss ; Janine GARRISSON, op. cit., pp 152 et ss ; Pierre CHEVALLIER, op. cit., pp 163 & ss.

(39). Jules ANDRIEU, op. cit., t. I p 267.

(40). Archives municipales d'Agen BB-32, deux compagnies sous les ordres des capitaines Bourgade et Lesinhan tiendront garnison à Agen.

(41). On le désignait aussi par le titre habituel de « Monsieur », lorsqu'il deviendra Henri III, ce fut son frère cadet François d'Alençon, le plus jeune des fils de Henri II, qu’en vertu de l’usage on appela « Monsieur ». Il faut donc se garder, dans la suite de l'histoire, de la confusion que peut entraîner la transmission de cette appellation !

(42). Vraisemblablement de la tuberculose, selon Georges BORDONOVE, op. cit., p 278. D'après Alexandre Dumas, un film récent développe une affaire d'empoisonnement qui n'est retenue par aucun historien.

(43). Sur le règne polonais du futur Henri III, voir Pierre CHEVALLIER, op. cit., pp 210-254. Le filin mentionné dans la note ci-dessus le représente descendant de cheval dans la cour du Louvre à l'instant où Charles IX vient de mourir… On voit combien cette scène est fausse, puisqu'il ne fut de retour que plus de trois mois après !

(44). Pierre CHEVALLIER, op. cit., pp 322-323.

(45). Jules ANDRIEU, op. cit., t. 1 p 283.

(46). Id. p 290, ensuite des démarches entreprises par Henry de Navarre et les siens « dont, à mon advis, aulcuns d’iceulx ne désirent guères paix… » écrira Catherine de Médicis.

(47). Voir le recueil des travaux dans Jules ANIDRIEU op. cit., t. I p 292.

(48). Recueil des lettres missives de Henri IV, éd. Berger de Xivrey, Paris, 1846, « à Mons. de l’Estelle déb. juillet 1578. Cf. Archives Départementales des Basses-Pyrénées, Serie B, Inventaire t. AB, B-1517, Chambre des comptes de Pau et de Nérac, « dépenses pour les fortifications de la ville d'Agen, construction de la citadelle et paiement de le garnison, ordonnancées par le sieur de Lesignan, gouverneur d'Agen ; CC 313 : « paiement au sieur de Lusignan, gouverneur d'Agen, par le roi de Navarre » ; EE 57 « ordonnance de Henry, roi de Navarre, le sieur de Lusignan, gouverneur d'Agen, fera ouvrir la porte du Pin ».

(49). Ces comtés avaient en 1529-1530 été constitués en douaire par François Ier au profit de sa seconde épouse Eléonore d'Autriche, sœur de Charles Quint ; à son décès, ils étaient passés à sa fille, Marie de Portugal, née d'un premier mariage ; cette dernière mourut au début de 1578, ce qui permit à point de disposer desdits comtés.

(50). « au Roy Monsieur mon fils, de... » ; « Lettres » de Catherine de Médicis, 10 volumes, publiés par H. de LA FERRIERE et C. BAGUENAULT de PUCHESSE, Paris 1880-1909. Toutes les citations ultérieures sont tirées de cette collection.

(51). Nous respectons l'orthographe, conservée par l'éditeur, pour la ville, la reine écrit « La Reolle ».

(52). Lieutenant général en Guyenne, donc théoriquement subordonné à Henri de Navarre, en fait il s'opposait à lui, et ne prenait ses ordres que de Henri III ou de Catherine (Pierre CHEVALLIER, op. cit., p 470).

(53). Jules ANDRIEU, op. cit., ,t. I p 296.

(54). Ibid.

(55). Cf. supra n. 52.

(56). La réputation de la cour de Navarre atteignit jusqu'à la froide Albion, William Shakespeare l'évoque dans sa comédie Love's Labour's Lost (« Peines d'amour perdues ») ; toutefois, il appelle le roi de Navarre Ferdinand.

(57). De nos jours 32500, dans le Gers.

(58). Tous trois étaient avec Henri de Lusignan des représentants de Henri de Navarre désignés à La Réole, Turenne est Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, futur duc de Bouillon, qui va encore être mentionné, car son destin croisera à plusieurs reprises celui de Henri de Lusignan. Notons que ce Turenne était un assez proche lurent de Catherine de Médicis, dont la mère était Madeleine de La Tour d'Auvergne.

(59). Sur ces négociations, cf. Pierre CHEVALLIER, op. cit., p 472.

(60). Jules ANDRIEU, op. cit., I .pp 298-299 ; Pierre CHEVALLIER, op. cit., p. 472. ANDRIEU écrit que la reine Catherine quitta Nérac pour Agen le 3 mars, et CHEVALLIER que ce fut le 8 mars.

(61). Ed. MICHAUT-POUJOULAT, t. XII, Paris, 1838, p 41.

(62). C'est à tort que l'éditeur écrit en note qu'il s'agit de « Sanit-Gelais, dit Lesinhem, chevaliez d'honneur de Catherine de Médicis », le gouverneur d'Agen est toujours Henri de Lusignan (cf. infra), et aucun Saint-Gelais n'a d'ailleurs exercé cette fonction à l'époque.

(63). Son beau-fils, puisqu'il avait épousé sa fille Marguerite.

(64). Pierre CHEVALLIER, op. cit., p. 472.

(65). Jules ANDRIEU, op. cit., t I .p 303.

(66). Recueil des lettres missives de Henri IV, op. cit.

(67). À rapprocher du document des Archives Départementales des Basses-Pyrénées, Série B, Inventaire t. AB, en 1579 : B-2374, Chambre des comptes de Pau et de Nérac, « frais de voyage du sieur de Lesignan ».

(68). Dom DEVIC & Dom VAISSETE « Histoire Générale du Languedoc » (Privat, Toulouse, 1872-1892), Livre XL, vol. 11 p. 668.

(69). Il s'agit de tractations que Henri de Navarre était accusé de mener dans la province avec le fils du maréchal de Bassompierre, César de Bellegarde, auquel diverses trahisons antérieures étaient reprochées ; Pierre CHEVALLIER, op. cit., p. 473.

(70). Pierre CHEVALLIER, op. cit., p. 474 ; Jules ANDRIEU, op. cit., t. I p. 300. Recueil des lettres missives de Henri IV ; op. cit.

(71). Recueil des lettres missives de Henri IV, op. cit.

(72). SULLY, « Les Oeconomies royales », éd. S.H.F., Buisseret & Barbiche, t. 1, 1572-1594, Paris, 1870, p. 91.

(73). « Histoire Universelle », éd. Ruble, Paris 1886-1909 (10 vol.), livre IX chap. VIII, pp 19 & ss.

(74). Op. cit. p. 92.

(75). Op. cit. ibid. p 21.

(76). Jules ANDRIEU, op. cit., t. I, p. 301.

(77). Ibid. p. 303.

(78). François d'Alençon, frère de Henri III.

(79). Pierre CHEVALLIER, op. cit., p. 476.

(80). Jules ANDRIEU, op. cit., t. II, p. 3.

(81). Jacques de Goyon, compte de Matignon et de Thorigny, maréchal de France, précédemment gouverneur de Basse-Normandie.

(82). Jules ANDRIEU, op. cit., t. II .p. 3.

(83). Antoine de Belsunce, mestre de camp d'infanterie, sera tué au siège de Rouen en 1592.

(84). 30 sept. 1590, Archives Départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2870.

(85). En mars 1581, de concert avec François de Durfort de Bajamont, alors sénéchal d'Agen, il avait déjà discuté avec le duc d'Anjou (François, « Monsieur », frère du Roi) à Cadillac un accord qui devait permettre aux protestants d'exercer leur culte à Agen comme les catholiques ; mais la ville d'Agen refusa de l'appliquer, d'on de nouvelles disputes (Jules ANDRIEU, op. cit., t. 11, p. 2).

(86). Archives départementales des Basses-Pyrénées, Série B, Inventaire t. AB, B-2585, B-2605.

(87). Pour ces lettres, et pour les deux qui viennent d'être citées, cf. Recueil des lettres missives de Henri IV ; op. cit.

(88). Marcel REINHARD, « Henri IV ou la France sauvée », Lib. Hachette, 1943, p. 70.

(89). À Monseigneur Scorbiac, cons. du Roy, 19 mars 1582.

(90). Cf. n. 87 supra.

(91). « Lettres » de Catherine de Médicis, op. cit.

(92). Jean de Favas ou Fabas.

(93). Parallèlement à ces déplacements, nous trouvons divers documents s'y rapportant aux Archives Départementales des Basses-Pyrénées, Série B, Inventaire t. AB, Chambre des comptes de Pau et de Nérac, B-2585, ordonnances concernant « les frais de voyage... du sieur de Lesignan, chambellan, pour se rendre à la Cour », B-2605, « frais de voyage de Lesignan, chambellan » et B-2625, « frais de voyage du sieur de Lesignan ».

(94). Jules ANDRIEU, op. cit., t. II, p. 11.

(95). Id. ibid.

(96). C'est à dire de tuberculose, maladie qui avait déjà emporté Charles IX. Naturellement, le bruit courut qu'il avait été empoisonné. « Ce sont des bruits fort ordinaires à la mort des princes », écrit Famien STRADA, historien jésuite italien du XVIIe siècle qui le premier rapporte cette allégation ; « comme si le rang qu'ils tiennent dans le monde devoit les exempter de mourir comme les autres hommes...» ajoute-t-il, l'estimant peu fondée.

(97). Nous préférons écrire « le successeur » plutôt que « l'héritier », car la couronne de France était une chose de droit public, à laquelle l'accession était réglée par des dispositions statutaires - encore que coutumières -, les « lois fondamentales du royaume », et non un bien patrimonial transmis selon le droit privé de l'héritage.

(98). Les déplacements furent rémunérés ou indemnisés : Archives Départementales des Basses-Pyrénées, Série B, Inventaire t. AB, Chambre des comptes de Pau et de Nérac, B-2738, « pension de 1.000 écus à de Castelnau et de Lezignan » ; ibid. « frais de voyage [de divers collaborateurs]... de Lesignan ».

(99). On sait que le mot « esmotion » a alors le sens de trouble ou d'émeute.

(100). Archives municipales d'Agen, BB 36, livre des Jurades.

(101). Jules ANDRIEU, op. cit., t. II, p.28.

(102). Favori de Henri III, qui l'avait élevé au titre de duc et d'amiral de France, puis lui avait fait épouser Marguerite de Lorraine, sœur de la reine Louise sa femme.

(103). Au lieudit Les Peintures (Coutras est dans le nord du département de la Gironde). Le récit le plus vivant est celui que fait Sully dans ses Oeconomies Royales, op. cit. ; voir aussi l'Histoire Universelle d'Agrippa d'Aubigné op. cit.

(104). Histoire Universelle, op. cit.

(105). La salade est une sorte de casque et d'Aubigné veut dire quarante cavaliers qui en sont équipés.

(106). Pierre CHEVALLIER, op. cit., pp 607 & ss.

(107). Henri de Navarre exclu de la succession au trône, celle-ci restait pendante ; au mépris de la « loi salique », tout un parti prônait l'accession de l'infante Isabelle, fille de Philippe II et petite fille de Henri II par sa mère, encore non mariée... Mais les Guise qui se prétendaient descendants de Charlemagne guignaient aussi la couronne, ainsi qu'un certain nombre d'autres. Pour plus de détail, cf. Pierre CHEVALLIER, op. cité, à la suite du renvoi de la note 106.

(108). Voir aussi Marcel REINHARD, op. cit. p.96.

(109). Jules ANDRIEU, op. cit., t. II, p. 34.

(110). Cf. supra chapitre II.

(111). Jules ANDRIEU, op. cit. II, p. 44, citant en note 2 Ad. MAGEN, « La Ville d'Agen sous le sénéchalat de Pierre de Peyronnec, seigneur de Saint-Chamarand - Novembre 1588-Janvier 1591 », Paris 1865, p. 36.

(112). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2870, 08 08 1590.

(113). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2870.

(114). Archives municipales d'Agen, EE 60.

(115). Jules ANDRIEU, op. cité, t. II, pp 47.48.

(116). La Satyre Ménippée, un des plus vieux exemples de littérature politique engagée, fut rédigée à ce moment par des partisans de Henri IV et diffusée parmi les Parisiens.

(117). Recueil des lettres missives de Henri IV, op. cité, tome II, p. 732, le 26 février 1593, 2e lettre. L'original se trouvait, lors de l’édition de 1846, dans la collection de M. Emile Trusta, juge adjoint au Tribunal d'Oran, copie transmise par M André, procureur du Roi à Oran.

(118). Marcel REINHARD, op. cit., p. 133.

(119). Archives départementales du Lot-et-Garonne, E sup. 2870 11 1595.

(120). Archives municipales d’Agen, CC 105.

(121). Op. cit., t. I, p. 290 n. 1 in fine.

(122). Elle aurait été publiée par TAMIZEY de LARROQUE in « Documents inédits relatifs à l'histoire de l'Agenais » p. 175.

(123). Jules ANDRIEU, op. cit., t I, p. 290 n. 1.

(124). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup.2870, 04 03 1605.

Notes du chapitre III.

(1). En fait, toutes les constructions du château poitevin ont été rasées au XVIIIe siècle par l'intendant Blossac, qui a ordonné sur le promontoire où il avait été bâti une promenade à l'ombre des tilleuls : le château d'Agenais semble, au contraire, avoir été laissé dans l'état résultant des destructions dont il va être question.

(2). Archives municipales d'Agen, AA3 (liasse), 20 pièces parchemin ; Recueil des historiens des Gaules et de la France, DEWAILLY, de LILLE et JOURDAIN, t. XXIII, p. 784 F, § 3.

(3). Cf. Jules ANDRIEU, « Histoire de l'Agenais », Paris et Agen 1893, réédité par Les Presses des Éditions de la Tour Gile (Ain) 3e trim. 1995, p 34.

(4). Jean-Luc DEJEAN, « Les comtes de Toulouse 1050-1250 », Fayard, Paris 1994, pp 105 & ss ; Jules ANDRIEU, op. cit pp 38-41.

(5). Jean-Luc DEJEAN, op. cit. p. 244.

(6). Id. p. 261.

(7). Jacques LE GOFF, « Saint Louis », Gallimard, Paris 1996, p.107.

(8). Id. ibid.

(9). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II « Les Capétiens », Villeneuve d'Ascq 2000, p. 124.

(10). Jean-Luc DEJEAN, op. cit. p.382.

(11). Id. op. cit. pp 382-383.

(12). Société Académique d'Architecture, « Les Bastides de l'Agenais », Toulouse 1994.

(13). Il s'agit ici de Lusignan en Poitou ; le comté de la Marche (marche d'Aquitaine) comprenait en gros le département de la Creuse, et une partie de ceux de la Vienne et de la Haute-Vienne.

(14). Jules ANDRIEU, op. cit., p.69.

(15). Patrick VAN KERREBROUCK, op. cit., p. 125.

(16). Thomas RYMER, « Fœdera, conventions, litterae et cujuscumque generis acta publica inter reges Argliae et alios... », Londres, 1704-1717. 17 vol in f°, T. I, P. II p. 180 (il existe une autre édition parue à La Haye en 1739-1745,10 vol. in f°).

(17). Ayant épousé le 13 août 1247 (En encycopaedia Britannica) l'héritière du comté de Pembroke, au Pays de Galles, il est déjà en possession du comté en 1264 (Thomas RYMER, Faedera op. cit. T. I, P. II p. 95) ; il en est qualifié de dominus (seigneur) en 1274 (RYMER, op. cit.. T. I, P. II, p. 142) et de comes (comte) en 1276 (RYMER, op. cit. T. I, P. II, p. 155) cette qualification n'étant pas reprise dans la lettre accréditive du 4 juin 1279.

(18). Cf. supra note 2.

(19). « Hi subscripti tenentur facere exercitus et homagia dicto domina Regi Anglie. »

(20). On sait que l'affixe « de Quercy » a été ajouté abusivement au nom de cette ancienne seigneurie de l'Agenais depuis son inclusion dans le département du Tarn-et-Garonne au début du XIXe siècle.

(21). Partage d'Angoulême de 1242-43, Layettes du Trésor des Chartes, TEULET p.498b ; Guillaume de Valence est un prénom, faisant référence à l'abbaye de N.-D. de la Valence, près de Couhé (Vienne) où étaient inhumés les seigneurs de Lusignan (Poitou) ; toutefois « de Valence » deviendra une sorte de patronyme de la branche anglaise.

(22). Taillefer ou Sector ferri, nom patronymique des anciens comtes d'Angoulême, dont une bronche, celle des seigneurs ou princes de Blaye, a donné le célèbre troubadour Jaufré Rudel, l'amoureux de la princesse lointaine, « l'amor de lonh ».

(23). Cf. supra.

(24). Cf .supra note 17.

(25). Le nom du château d'Agenais est cependant écrit Leshinaco dans un acte postérieur (Archives Déptales du Lot-et-Garonne, E sup. 2867 et E sup. T. 2 de l’Inventaire, pp 291-2094 n° 3664) dont nous parlerons plus loin.

(26). On notera que pour les deux châteaux, la voyelle u n’apparaît pas avant le XVIe siècle, semble-t-il sous l'influence des Lusignan d'outre-mer, dont on ne sait d'ailleurs pourquoi ils adoptèrent cette graphie.

(27). « Histoire Générale du Languedoc », livre XXXI, t. 9, p. 646 note 3. Certains auteurs (cf J. de BOURROUSSE de LAFFORE « Les Lusignan du Poitou et de Agenais », Revue de l'Agenais 1881, t. VIII, pp 403 à 429 et 481 à 520) ont soutenu la communauté d'origine des Lusignan du Poitou et de l'Agenais ; certes l’église Saint Basile de Lusignan Grand montre un vitrail représentant Hugues VI de Lusignan (Poitou) à la 1ère Croisade, mais il s'agit d'une œuvre du XIXe siècle ! Toutefois, comme on le verra, les Lusignan d'Agenais s’unirent aux Saint-Gelais, branche de la maison poitevine issue de ce même Hugues VI, en sorte qu'en toute hypothèse cette iconographie n'aura pas de signification abusive pour les descendants de ce mariage.

(28). 1539 ou 1540 selon que l'on fait débuter l'année au 1er janvier ou d’une date ultérieure (Pâques).

(29). Il s'agit du jeune, Bernard, d'abord duc de Candale : le père, Jean-Louis de Nogaret de La Valette, créé duc par Henri III dont il avait été le favori, et présent aux côté de Henri IV dans le carrosse où il fut assassiné, était mort à Loches le 13 janvier 1642 (Arch. Déptales de Gironde E sup. 614, GG5).

(30). Archives départementales de Gironde, fonds I-B, Parlement de Bordeaux, C-3784, registre 225 pièces.

(31). Ibid. I-B 26, reg., f° 56 v°.

(32). Ibid. I-B 27 f° 6, v° 6, f° 21, v°, cf. infra notice sur François II dans un article postérieur.

(33). Cf. supra, généalogie sommaire.

(34). Archives départementales du Lot-et-Garonne, E sup. 942, CCI, Registre in folio 313, Livre d’arpentement général du marquisat de Lusignan fait par Boyssson & Cassagne.

(35). Archives municipales d'Agen, CC 116 (1602-1603).

(36). NOULENS, « Maisons historiques de Gascogne », t. 2 p 396 n. 3 de la p. 395. La lettre figurerait dans le recueil « Lettres de Louis XI », éd. Joseph VAESEN, Librairie Renouard, Paris 1890, tome IV, p. 40 ; malheureusement l'exemplaire des Usuels de la Bibliothèque Nationale a été amputé des pages 39 à 42 par un usager indélicat ; la page 43 commençant avec la fin de la lettre ! Si un lecteur du présent article disposait de l'accès à un exemplaire intact, il pourrait ainsi compléter utilement la présente documentation.

(37). Le célèbre Blaise de Montluc dont nous parlerons plus loin, et qui finit sa carrière Maréchal de France, commença ses armes en Italie à 17 ans comme archer à cheval de la compagnie d'hommes d'armes du sieur de Lescun, frère du Maréchal de Lautrec (« Nouveau dictionnaire historique » éd. L. M. Chaudon et F. A. Delandine, 1804-an XII. t. 8 p. 421).

(38). On peut consulter sur cette réforme militaire Jan FAVIER, « La Guerre de Cent Ans », Fayard 1980, p. 588 & ss.

(39). Ne pas confondre ces archers à cheval avec les francs-archers, à pied ceux-là, visés par l'ordonnance du 28 avril 1448, et qui constituaient une espèce de réserve territoriale.

(40). Cf. supra n° 1.

(41). A cette époque d'ailleurs, seuls les Lusignans de Chypre portaient encore le patronyme d'origine de leur maison, les branches subsistant en Poitou étaient surtout connues par le nom du fief dont elles avaient été apanagées : Lezay, Saint-Gelais… Certaines obtinrent plus tard du Roi l'autorisation de relever celui de Lusignan.

(42). D'où un fils Antoine (d'HOZIER).

(43). On trouve en effet en Poitou, un Jeahan de Lézingnac, escuyer, seigneur de Conguyon et du Breuil, figurant dans l’Etat des nobles du Poitou, le 17 février 1529 à Chizé et le lundi 27 février suivant à Chef-Boutonne (châtellenies de Chef-Boutonne, Couture, La Péruse) cf. aussi Arch. Déptales de la Vienne, série E, arrt de Civray, con d’Availles-Limousines, E sup. 474, CG1 registre) & ss, en 1641, 9 février mentionné par l’Etat des nobles du Poitou, le 17 février 1529 à Chizé et le lundi suivant à Chef-Boutonne. Nous n’avons pas d’autres informations sur lui.

(44). Forme dialectale d’Ogier, nom illustré par le héros d’une chanson de geste ou roman célèbre, « Ogier le Danois ». On lit aussi Augier, la diphtongue au étant prononcée comme un o bref par les locuteurs occitans.

(45). 1518, « ancien style », c'est-à-dire que l’année commençait à Pâques ; 1519, « nouveau style », selon le calandrier moderne adopté par Charles IX, l’année commençant depuis lors au 1er janvier.

(46). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2867 et E sup. t. 2 de l’Inventaire, pp 291-2094, n° 3664. Cf. F. de MOULENQ, « Documents historiques sur le Tarn-et-Garonne », Montauban, 1879, t. 3.

(47). F. de MOULENQ, op. cit. t. III, p. 454.

(48). L’hypothèse d’un achat est également envisageable mais, en l’absence de preuve contraire, peu probable en raison de la faible fréquence de ce mode de mutation par rapport aux autres.

(49). Sous les diverses variantes orthographiques, Lesinhan, Luzignan, etc. que l’on retrouve d’ailleurs aussi pour le Lusignan de Poitou.

(50). « Lusigan d’Agenais », I.

(51). Jules ANDRIEU, « Histoire de l’Agenais », Paris et Agen, 1893, réédité par Les Presses des Editions de la Tour Gile (Ain), 3e trim. 1995, p. 50.

(52). Voir carte au 1:250000, 1939 E.

(53). « Histoire Universelle», Livre V ch. XXV, p. 184 de l'éd. de Ruble chez Renouard, Pars 1889, t. III, mention d'un capitaine Anté ou Danthé, identifié comme Jacques Laurens, seigneur de la Chagnée et d'Anté, en Saintonge. L'intéressé est qualifié de « très vicieux » (il était catholique) par le Journal de Généroux (auteur protestant) ; il fut défait et tué le 14 avril 1570 à Tiré (Thiré, en Vendée) par un capitaine huguenot nommé Pluviaut ou Puyviault (Christophe Claveau, sgr de). Il s'agit, à une époque d'ailleurs postérieure, d'un homonyme sans aucun rapport avec Auger d'Anthé.

(54). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II « Les Valois », Villeneuve d'Ascq 1990, p. 131

(55). Patrick VAN KERREBROUCK, « Les Valois » op. cit. p 252.

(56). Patrick VAN KERREBROUCK, « Nouvelle Histoire Généalogique de l'Auguste Maison de France », tome II, « La Maison de Bourbon », Villeneuve d'Ascq, 1987, p 107.

(57). Archives départementales de Lot & Garonne, E sup. 2867, acte du 9 déc. 1526.

(58). Ibid., même acte.

(59). Ibid. n° 33,

(60). Archives départementales de Lot-et-Garonne. E sup. 2867 et E sup T. 2 de l'Inventaire, pp 291-2094, n° 3664, mentionnés supra.

(61). Archives départementales des Basses Pyrénées, t. 5 p. 123 (sup.) de l'Inv., canton d'Arudy, CC 24 à 34 et ibid. 16 DD l à 18. Il resterait à expliquer dans quelles circonstances il aurait quitté l'Agenais peur s'installer en Béarn, mais il ne se trouve pas non plus d'élément permettant d'identifier autrement le personnage mentionné à Arudy.

(62). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2867, cf. note 10 : voir aussi ibid. E sup. 2868, acte du 12 déc. 1530, il prête hommage au Roi le 16 mars 1539-40. L'hommage est dû au Roi de France directement depuis le rattachement de l'Agenais à la couronne, comme il était dû au Roi d'Angleterre en vertu de l'acte de 1279 déjà cité. Sur la double datation (1539 ancien style - 1540 nouveau style) cf. supra note 9.

(63). Jules ANDRIEU, « Histoire de l'Agenais », op. cit. p.291.

(64). Lire l'ouvrage de Pierre CHAUNU et Michèle ESCAMILLA, « Charles Quint », Fayard 2000.

(65). Cf. infra la notice concernant Marc Antoine.

(66). Il est l'auteur de la première traduction de la Bible dans cette langue, parue dès 1522 et diffusée grâce à la nouvelle intention de Gutenberg, l'imprimerie.

(67). Placard signifiant des affiches « placardées » sur les murs.

(68). De l'allemand Eidgenossen, confédérés.

(69). Marie de Lapine, fille de Claude de Lorraine, duc de Guise, épouse de Jacques V d'Écosse.

(70). Dit le Balafré, qui reprit Calais aux Anglais en 1558.

(71). Cf. supra, à propos d'Auger d'Anthé. Il ne s'agit plus que de la Basse-Navarre, au nord des Pyrénées

(72). Né le 13 décembre 1553.

(73). En revanche, une lettre portant « escript à Lusignan, le XVIIIe jour d'octobre 1560, est certainement de Lusignan du Poitou, or le lendemain ce prince est à Poitiers.

(74). Patrick VAN KERREBROUCK, « La Maison de Bourbons », op. cit. p. 107. La même fonction était déjà occupée par Henri II d'Albret, auquel les époux venaient de succéder, cf. id. p. 252.

(75). 1559 ancien stycle, qui devient 1560 nouveau style si l'on fait commencer l'année au 1er janvier.

(76). Pierre CHEVALLIER, « Henri III », Fayard, 1985, p. 33.

(77). Ibid. pp 35 & 364.

(78). Patrick VAN KERREBROUCK, « La Maison de Bourbon », op. cit. p. 107.

(79). Assemblée des délégués des trois Ordres (Clergé, Noblesse et Tiers État, pour ce dernier c’étaient essentiellement les villes qui les désignaient) de tout le royaume ; la États provinciaux, dont nous allons voir un exemple ci-après, réunissaient les représentants des trois Ordres de la province.

(80). À 7 km d'Agen, sur la rive gauche et au sud de l'autoroute, un peu à l'ouest de l’Agropole, de l'autre côté de la D 931. Il y mourut en 1577.

(81). Nous reproduisons ici l'orthographe qu'utilisent la plupart des encyclopédies, mais Jules ANDRIEU dans son « Histoire de l'Agenais » (op. cit.) écrit Monluc, sans doute non sans motifs... C'est une question à débattre entre spécialistes !

(82). Jules ANDRIEU, op. cit. p 215. Le procès-verbal de cette réunion est aux Archives Municipales d'Agen, CG 201.

(83). Jules ANDRIEU, op. cit. pp 211-212.

(84). 1560 pour l'ancien style, la nouvelle année n'étant pas encore commencée, mais 1561 pour le nouveau style qui fait commencer la mistelle année au 1er janvier.

(85). Jules ANDRIEU, op. cit. p. 215.

(86). Op. cit. p. 214.

(87). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2869 ; cf. l'article suivant, Lusignan d'Agenais, III.

(88). La date de leur contrat manque aussi, mais son nom est connu par différents actes concernant leurs enfants mentionnés ci-après.

(89). Archives départementales de Lot-et-Garonne. E sup. 2868.

(90). d'HOZIER.

(91). d'HOZIER.

(92). Archives départementales du Lot-et-Garonne, B 587, année 1599.

(93). Acte de procédure judiciaire.

(94). Ibid. B 636, liasse, année 1606.

(95). Cf. note 57.

(96). Archives départementales de Lot-et-Garonne, E sup. 2868.

(97). François de RABUTIN, « Commentaires des guerres en Gaule Belgique, 1551-1559 », éd. Ch GAILLY de TAURINES, Lib. Hon. Champion, Paris, 1932, p. 214.

(98). « Histoire Universelle », op. cit., L. 1, ch. VI, p 47.

(99). Ivan CLOULAS, « Henri II », Fayard, 1985, p. 399.

(100). Id. ibid pp 295-333.

(101). Id. ibid pp 397-399.

(102). NOULENS, « Armorial des Landes », II, 299.

 

 

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