Le 9e R.I.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

LIEUTENANT-COLONEL BECKER.

PRÉFACE.

Je dédie ce livre à mon vaillant et glorieux régiment, à la mémoire des officiers, sous-officiers, caporaux et soldats qui ont vaillamment combattu dans ses rangs et sont tombés au Champ d'Honneur.

Et vous, mes chers compagnons d'armes, qui lirez les fastes magnifiques dont vous avez tissé la trame, élevez tout d'abord votre pensée, dans un pieux recueillement vers ceux qui vous ont servi d'exemple : héros obscurs frappés à leur poste de veille dans ta tranchée, guerriers altiers tombés dans l'ivresse du triomphe, alors qu'ils boutaient hors de France l'insolent adversaire.

J'ai eu le grand honneur de vous commander pendant la période la plus éclatante de votre histoire où, du 18 juillet au 26 octobre 1918, trois palmes et une étoile d'or venaient fleuronner votre drapeau.

Elles consacrent votre haute vaillance dans la bataille de l'Ourcq où, bousculant l'ennemi, surpris de votre attaque soudaine, vous le rejetiez jusqu'à Armentières.

Elles sont un éclatant hommage à votre ferme résolution dans la bataille de l'Ailette où vous triomphez d'obstacles formidables.

Elles glorifient par une récompense plus haute votre héroïque bravoure dans l'attaque de Moronvillers.

Elles sont le tribut de votre ténacité indomptable, puis de votre bouillante ardeur dans la bataille de l'Oise où tous chefs et soldats, ont rivalisé d'adresse et remporté les plus glorieux trophées.

Vous fûtes splendides dans l'enivrement de cette offensive finale ; vous n'avez pas été moins beaux dans la lutte âpre et patiente de la guerre de tranchée ; une étoile d'argent fut le témoignage de votre généreuse énergie et de votre puissance, agissante.

Vous vous êtes montrés une troupe d'élite, redoutée de l'ennemi (un ordre allemand en fait foi), irrésistible dans l'attaque, impavide dans la défense. Vous avez prouvé qu'avec du cœur et de la volonté, aucune mission n'était au-dessus de nous.

Soldats du soyez fiers de vous ; vous avez écrit des pages éblouissantes et quand, dans le rayonnement de sa gloire, votre drapeau paraîtra devant vous, chargé de sa moisson de lauriers, qu'un même frémissement d'orgueil parcoure tous vos sens ; puis, pieusement, par la penser, nous l'inclinerons devant ceux qui ont payé du sacrifice de leur vie le triomphe de notre belle France, le retour à la mère patrie de l'Alsace et de la Lorraine.

Lieutenant-Colonel Becker.

 

 

HISTORIQUE DU 9e RÉGIMENT D'INFANTERIE.

CHAPITRE Ier.

Le 5 août 1914, le régiment d'infanterie quitte Agen, sous le commandement du colonel Duport; il est composé en totalité d'éléments originaires des 12e et 17e régions : Limousins et Gascons, gars solides au cœur chaud, dans lequel sont gardées intactes les pures traditions de la vieille France.

L'enthousiasme est grand, les âmes vibrent à l'unisson. Une même pensée unit tous ces braves: il faut vaincre l'Allemagne! Les wagons couverts de fleurs s'éloignent dans une ovation indescriptible : ils sont partis...

Le 9 août, le régiment débarque à Valmy. Remplis d'espoir, les soldats du 9e marchent à l'ennemi, traversant l'Aisne, puis la Meuse et, ayant franchi la frontière belge, arrivent à Bertrix. C'est le 22 août. Le 17e corps qui fait partie de la IVe armée (général de Langle de Carye) prend contact avec les Allemands, dans les bois au nord du village. L'adversaire, solidement retranché, nous est bien supérieur en nombre. La lutte est violente et meurtrière. Le colonel Hue tombe mortellement frappé. Nos régiments doivent battre en retraite.

Placé à l'arrière-garde, le 9e régiment d'infanterie défend à Noyers (Ardennes) le passage de la Meuse. Du 27 août, au matin, jusqu'au 28 au soir, l'ennemi, tenu en échec, ne parvient pas à franchir la rivière. Dans cette lutte interrompue sur l'ordre du commandement français, nos soldats se croient victorieux. Ils éprouvent une douloureuse surprise, quand ils reçoivent l'ordre d'évacuer leurs positions et, la rage au cœur, nos braves reprennent la marche en retraite.

Malgré la pression continue d'un adversaire enorgueilli par ses succès, malgré l'insuffisance des ravitaillements en vivres, malgré les fatigues sans nombre, ils reculent sans rien abandonner aux mains de l'ennemi et atteignent en bon ordre les lignes de l'Aisne et de la Marne, après avoir livré combat à Engeaucourt, Haraucourt, Rilly-aux-Oies, etc... C'est au cours de la retraite que sont tués les vaillants chefs des le et 2e bataillons : les commandants Mirc et Gaunet. A la date du 1er septembre, le 9e R. I. est à Sainte-Marie-à-Py, où le général Guillaumat prend le commandement de la 33e D. I. Le 2 septembre, tous les régiments du corps d'armée passent en réserve ; le 5 septembre, ils atteignent St Ouen et ses environs ; la retraite est enfin terminée.

L'ordre du Jour du général Joffre est communiqué le 6 septembre à la troupe.

Vibrant du désir de vaincre, le 9e prend position à la lisière sud-est du camp de Mailly.

Du 7 au 11 septembre, il lutte avec acharnement sur le front Meix-Thiercelin Arzillières, ferme de la Sertine, Monthorlors. Du 11 au 13, il poursuit les Allemands en déroute par la Chaussée, Moivrè, Croupeville, jusqu'à Wargemoulin ; mais il se heurte alors aux fortes organisations du système défensif ennemi.

Vaincu au sud de la Marne, l'envahisseur ne veut pas évacuer le territoire français : il arrête sa retraite sur une ligne préparée à l'avance et fait front au 17e C. A. dans la région au nord du camp de Châlons.

Démunies de l'artillerie lourde indispensable à l'attaque de ces positions fortifiées, nos troupes, éprouvées d'ailleurs par les récents combats, ne peuvent pas enlever de haute lutte ce formidable obstacle et s'accrochent au terrain.

 

 

CHAPITRE II

LES HURLUS (Septembre 1914 à avril 1915).

Après ces luttes épuisantes, le F avait été relevé et envoyé au repos, lorsque, le 26 septembre, l'ennemi prononce une violente attaque brusquée et enfonce nos lignes. Mais le 9e est là ; le commandement sait qu'il peut compter sur lui : il le lance dans la mêlée et, le jour même, le village des Hurlus est repris par le capitaine Fernand ; l'ennemi est rejeté et fixé à plus d'un kilomètre au nord du village. Ces gains chèrement acquis, il s'agit de les garder ; pliant leur fougue légendaire aux exigences d'un labeur obsédant, patient, raisonné, nos Gascons remplissant si bien leur tâche que le régiment est cité à l'ordre de la Division par le général Guillaumat, « pour le zèle et l'énergie soutenue dont il a fait preuve dans l'organisation de la défense de son secteur ».

L'âpre guerre de tranchée bat son plein, quand, le 20 décembre, le commandement déclanche en Champagne une offensive de percée qui durera jusqu'au début de mars 1915. Notre corps d'armée, commandé par le général J.-B. Dumas, est engagé dans cette offensive, qu'il poursuivra jusqu'au bout, malgré de lourdes pertes.

Le 20 décembre, le 9e enlève d'assaut les Tranchées Brunes, ouvrages réputés inexpugnables et qui avaient résisté jusque là à tous les assauts. Pour conserver la précieuse conquête, les vaillants du 9e repoussent plusieurs contre-attaques particulièrement violentes et le 30 décembre, élargissent encore leurs gains en effectuant un nouveau bond en avant. Au cours de cette action, le lieutenant-colonel Dizot, qui commande le régiment, est blessé et évacué. Il est remplacé par le lieutenant-colonel de La Guigneraye.

Le 17 février, le régiment livre un nouvel assaut. Il a comme objectif les bois et les crêtes au nord des Hurlus. Le combat est rude et acharné : le chef de bataillon Lanne-pouquet est tué, mais toutes les positions assignées sont brillamment conquises. Après un court repos, le régiment est de nouveau jeté dans la bataille le 5 mars entre Le bois Carré et le bois Quatre.

L'offensive de Champagne est achevée. Si elle n'a pas abouti à la percée, elle a donné du moins d'appréciables gains de terrain et d'importantes prises.

CHAPITRE III.

L'ARTOIS (Mai 1915 à février 1916).

Fortement éprouvé par ces luttes ininterrompues, mais gardant sa belle ardeur offensive, le régiment est amené par voie de terre derrière le front des Eparges, en vue d'une poursuite. Il n'a pas à intervenir et est embarqué pour la région de Montdidier, qu'il quitte pour gagner l'Artois, où il mènera, du mois de mai 1915 au mois de février 1916, l'existence désormais légendaire des unités de choc pendant cette phase épique de la grande guerre : attaques de Roclincourt, Thélus, Achicourt, Ronville, Beaurains, noms inscrits en lettres de sang aux communiqués officiels de l'époque.

Le 9 mai, il attaque la butte de Thélus. L'ennemi, dans cette région, qui est pour lui d'importance vitale, a accumulé les moyens de défense. Nos soldats, accablés sous des feux intenses d'artillerie lourde, d'artillerie de campagne, d'artillerie de tranchée et de mitrailleuses, tentent des efforts prodigieux pour émietter la solide organisation adverse. Au cours de ce combat acharné, le régiment subit de lourdes pertes. Les lieutenants François, d'Aubigny, de Courlon, s'y couvrent de gloire et se font tuer la tête de leur unité.

Ces tentatives sont renouvelées en juin, devant Bailleul, et le 9e prend ensuite un repos relatif dans le secteur d'Achicourt et de Ronville.

Le 25 septembre, après avoir organisé offensivement les secteurs artésiens au sud de la Scarpe, le régiment attaque le village de Beaurain ; mais le corps de droite ayant été arrêté par des tirs meurtriers de mitrailleuses, le régiment n'a pas à exécuter le plan d'exploitation qui lui avait été assigné.

Relevé en février 1916 par des unités britanniques, le 9e est transporté en Lorraine où il travaille pendant deux mois à l'organisation des secteurs d'Arracourt, Bathelémont, forêt de Parroy.

En mai et juin, il assure la garde de la butte du Mesnil, objet de la convoitise d'un ennemi renouvelant sans cesse ses efforts.

L'Allemand, qui a déclanché sa grande offensive de Verdun, veut nous empêcher de dégarnir de troupes les secteurs de Champagne et y entretient, à cet effet, une agitation soutenue. A la butte du Mesnil, en particulier, il redouble d'efforts. Appuyées par de violents tirs de concentrations, ses troupes de choc, munies d'appareils lance-flammes, multiplient les coups de main. Tous restent infructueux ; mais de lourdes pertes marquent notre passage dans ce lieu historique.

CHAPITRE IV.

VERDUN (Juillet 1916 à novembre 1916).

Fin juin, la gigantesque bataille pour Verdun atteint le maximum de sa violence. L'heure de participer à cette lutte de géants est venue pour le 9e. Quand il arrive à Verdun, le Boche vient de prononcer (11 juillet) une forte attaque qui l'a conduit au fort de Souville, à la poudrière de Fleurv à la côte de Froideterre (3 kilom. 500 du Faubourg Pavé). Il s'agit de tenir sur place, puis de réduire cette poche angoissante. C'est ce plan que le 9e réussit à exécuter : impassible sous les barrages de 210, de toxiques, il progresse pied à pied et aménage la parallèle de départ pour attaque du 3 août. Cet assaut, donné par les unités du 8e corps avec l'aide du 9e et des autres régiments de la Division, conduit nos valeureuses troupes, entraînées par des officiers d'élite tels que les lieutenants de Bataille, Violot, Broquière, Labro, jusque sur les glacis au sud du fort de Douaumont. Le sergent Mathieu capture à lui seul 40 ennemis et, mortellement frappé par un officier allemand, réussit dans un suprême effort à terrasser son ennemi. Un chef de bataillon du régiment de droite, écrit alors an colonel de la Guigneraye pour lui exprimer l'admiration qu'il éprouve devant les exploits des « grenadiers du 9e ». Mais placés en flèche et violemment contre-attaques, nous devons rétrograder jusqu'au village de Fleury, où nous nous maintenons solidement.

Relevé le 7 août, le régiment prend un repos d'une semaine, puis revient à Verdun où, pendant trois mois, il tient l'ennemi en échec sur la côte du Poivre.

La défense de ce secteur est pénible. Les pertes y sont sérieuses, les ravitaillements précaires; mais les gars du 9e conservent leur entrain et quand ils quittent Verdun, que la IIe armée vient de dégager par la prise du fort de Douaumont, ils s'en vont au repos dans le Barrois avec la joie d'avoir vaincu : le Boche a reculé. La consigne du général Pétain a été noblement exécutée : il ne passera plus !...

Un séjour au bois d'Ailly, pendant lequel le 9e se signale par d'heureux coups de main, lui permet de se reformer. Hélas, cette page de son histoire reste pour toujours attristée par une ombre de deuil : son. chef, le colonel Roflic, modèle de conscience et d'abnégation, est tué le 3 décembre 1916 en le ligne, dans la tranchée des Maréchaux, avec le capitaine Auvinet.

CHAPITRE V.

MORONVILLIERS (Mars à mai 1917).

Le lieutenant-colonel Castella prend alors-le commandement du 9e, qui, transporté en Champagne, s'établit en mars 1917 dans le secteur d'Auberive et s'y met aussitôt au travail. Il lui faut, sous le feu incessant de l'ennemi, préparer le terrain en vue d'une attaque projetée sur les Monts. Il a pour mission de s'emparer des positions au sud des Monts sans Nom et du Téton, puis de conquérir les bois parallèles de Moronvilliers, qui prolongent vers l'est le Casque et le Téton.

Après huit jours de préparation d'artillerie, l'assaut est donné le 17 avril à 4 heures 45. Les premières lignes ennemies essaient vainement de s'opposer à notre avance. Leur résistance est rapidement brisée par nos groupes de grenadiers d'élite. Un moment arrêtées dans le ravin Hexen-Kessel, les vagues du 9e reprennent leur marche en avant et le 17 au soir elles ont atteint les bois 300 et 302 à 1000 mètres au delà des premières lignes allemandes, rompues au point du jour.

Le lendemain, la progression est reprise et une nouvelle avance de 1.000 mètres réalisée. Une violente contre-attaque est arrêtée net, puis le régiment contribue à dégager le régiment de droite légèrement refoulé par l'ennemi.

Du 18 au 30 avril, tandis qu'il occupe le terrain conquis, le 9e se distingue par une série de fructueux coups de main et d'infrangibles résistances aux tentatives d'un ennemi qui voudrait à tout prix reprendre les observatoires incomparables qu'il a perdus.

Le 30 avril, malgré son état de fatigue extrême, il attaque que pour la troisième fois et réalise un gain de plus de 500 mètres.

Dans la nuit du 2 au 3 mai, il est relevé, après une occupation de trois semaines illustrée de trois brillants assauts au cours desquels il a perdu 7 officiers, dont le capitaine Bonnet et le sous-lieutenant Richard, tués à la tête de leur unité, et 478 hommes. Ses exploits magnifiques sont consacrés par une citation à l'ordre du corps d'armée dont voici le texte élogieux :

« Sous les ordres du lieutenant-colonel Castella, brave et manoeuvrier, à la bataille de Moronvilliers, les 17 et 18 avril 1917, a enlevé les crêtes tenues par l'ennemi sur une profondeur plus de 3.000 mètres, a fait 300 prisonniers, s'est emparé de 15 canons et a gardé les positions conquises, malgré toutes les attaques désespérées de l'adversaire. »

CHAPITRE VI.

BOIS D'AILLY-VERDUN-LES ÊPARGES (Juin 1917 à mai 1918).

Un mois plus tard, le 9 réoccupe le bois d'Ailly ; puis sous le commandement du lieutenant-colonel Brallion, il organise magistralement la défense du bois d'Apremom et du sous-secteur des Etangs. Il s'y signale par d'audacieux coups de main qui mettent en vedette le lieutenant Berthe.

En décembre 1917, le régiment quitte ces régions pour le bois Le Chaume, le secteur le plus terrible du front français à cette époque. Là, malgré les rigueurs d'un hiver implacable, malgré tous les efforts de l'ennemi, il garde son ardeur et son entrain et, non content de repousser une forte contre-attaque allemande, il réussit de très brillants coups de main. Après un court repos, il revient, au mois de février, dans la région de Verdun (rive gauche) où il exécute de grands travaux d'organisation défensive, en même temps qu'il reforme, une fois encore, ses cadres et ses effectifs, sous les ordres du colonel Leroux.

Au mois de mars, le 9e occupe le secteur des Eparges (tranchée de Calonne). Il réussit plusieurs coups de main, tout en y menant une vie extrêmement pénible sous un bombardement incessant d'obus de tous calibres, et particulièrement d'obus toxiques.

Retiré du front très peu de jours, le régiment vient défendre, au mois de mai, le secteur agité des Caurières. Il y subit des assauts partiels mais incessants de l'ennemi exalté par ses succès du moment (offensive allemande sur Château-Thierry).

Le 28 mai, un coup de main de grande envergure, appuyé par tous les moyens en usage (puissante artillerie de tranchées, lance-flammes, obus toxiques), essaie en vain de lui arracher la position de la croupe des Rousses. L'Allemand ne parvient pas à conquérir un seul pouce de terrain pourtant si difficile à défendre. Le 3e bataillon, sous les ordres du comandant Demont, est cité à l'ordre de la division.

CHAPITRE VII.

L'OURCQ (Juin à juillet 1918).

Après quatre jours de repos dans la région de Mussey, le 9e est embarqué en toute hâte et arrive le lendemain 10 juin à Pont-Sainte-Maxence. Il s'agit de barrer la route a l'envahisseur, qui menace Compiègne ; cependant, les héroïques divisions qui se sont jetées en travers de son chemin, réussissent à lui claquer la porte au nez (9 et 10 juin). Le 9e n'a pas à intervenir. Il est bientôt amené à remplacer la 26e division sur ses emplacements de fin de combat, à quelques kilomètres de la Ferté-Milon ; là, comme sur le Matz, le flot ennemi vient d'être endigué. Point de tranchées, point d'abris, c'est la situation fies troupes en fin de bataille, presque sans organisation défensive : tout est à créer. Le 9e s'y emploie activement; bien mieux, il améliore, par une opération locale extrêmement brillante, la position précaire du village de Troesne, s'emparant d'une carrière et d'un bois, redoutablement défendus et capturant la demi-compagnie qui l'occupe. (Citation du ter bataillon à l'ordre de la 33e D.I.).

C'est alors que, sur l'ordre du commandant en chef, toutes les troupes en secteur, le 18 juillet, sans préparation d'aucune sorte, se mettent en marche à 4 heures 35 du matin et bousculent l'ennemi par la rapidité imprévue de la manoeuvre. C'est la contre-offensive qui va libérer d'un seul coup la presque totalité du département de l'Aisne, le premier acte de la victoire décisive.

Le 9e, commandé tour à tour par le colonel Leroux et le chef de bataillon Becker, se taille une large part de gloire dans ces journées historiques. Marchant tout d'abord dans le sillage des deux autres régiments de la division, qui ont enfoncé les premières défenses sur la rive gauche de l'Oucq, bientôt son tour arrive de se précipiter dans la mêlée.

Il emporte de haute lutte Vichel-Nanteuil, où la compagnie Serres se couvre de gloire ; Breny, Armentières sont enlevés, malgré les feux meurtriers qui le déciment de tous côtés ; une brillante charge à la baïonnette assure définitivement la conquête du village d'Armentières et vaut au 2e bataillon une citation à l'ordre de la 33e division.

Le texte de la magnifique citation du régiment à l'ordre de la IVe armée dépeint nettement le mordant irrésistible et l'opiniâtre volonté de vaincre qui ont animé le 9e.

« Sous les ordres du colonel Leroux, puis du commandant Becker, a, au cours de l'offensive entre Aisne et Marne, du 18 au 30 juillet 1918, mené la lutte sans arrêt, conquis plusieurs villages et positions dominantes fortement organisées, capturant plusieurs canons, de très nombreuses mitrailleuses, un énorme matériel de guerre, en infligeant à l'ennemi des pertes sévères. A toujours poussé de l'avant sans tenir compte de l'alignement avec les éléments voisins et malgré les feux de mitrailleuses ennemies, qui, parfois, l'ont assailli sur trois faces.»

Pour la première fois de la campagne, le régiment va jouir, dans la région de Tigeaux, d'un long repos de vingt jours, pendant lequel il se reforme et perfectionne son instruction. Sous l'impulsion magistrale du général Tanant, il met au point ses méthodes de combat et se prépare aux grandes luttes, où il se révélera une troupe merveilleusement souple, adroite et manoeuvrière.

CHAPITRE VIII.

L'AILETTE (Août à septembre 1918).

Le 25 août, le colonel Leroux est évacué et, sous les ordres du chef de bataillon Biswang, le régiment se porte dans la région de Villers-Cotterets. Dans la nuit du 26 au 27, il relève le 204e R. I. et une partie du 11e tirailleurs, en bordure du canal de l'Oise à l'Aisne. La Xe armée a marqué là un temps d'arrêt, avant de reprendre la poussée en avant.

La tâche à remplir sera rude et laborieuse ; il faut tout d'abord franchir le large canal, puis l'Ailette, aux bras multiples et profonds, ensuite de grands bois épais dissimulant d'innombrables nids de mitrailleuses. Dominant l'ensemble, se dresse la masse formidable de Coucy-le-Château et les hauteurs fortifiées de Barisis, qui commandent le terrain où s'engagera la bataille, positions et observatoires incomparables de la fameuse ligne Hindenburg.

Le 29 août, à 0 heure, l'attaque est déclanchée sur toute la ligne. Mais l'ennemi a accumulé de puissants moyens de défense; les unités qui avaient réussi à franchir le canal sur quelques points sont ramenées sur l'autre bord.

Le chef de bataillon Becker, rappelé, prend à midi le commandement du régiment ; dans la journée du 30, la lutte est reprise sur un nouveau plan d'engagement ; la résistance ennemie est brisée en deux points de la ligne, d'où s'épanouiront, au delà du canal, les unités de soutien, impatientes de prendre part à la lutte. Triomphant d'une infanterie de ter ordre, en dépit des énormes difficultés à surmonter, le régiment, pas à pas, mais sans arrêt, franchit les obstacles et réduit la défense ennemie à force d'opiniâtreté, déployant splendidement ses qualités manoeuvrières.

Dans la journée du 31, le colonel Pétin, commandant l'I.D. 33, transmet les félicitations du général Massenet, commandant le 16e corps d'armée, au commandant Becker et à son régiment, pour l'habileté avec laquelle les opérations sur l'Ailette ont été conduites et exécutées pendant ces deux journées du 30 et du 31.

Le lendemain, 1er septembre, c'est la ruée magnifique du bataillon Fernand dans le bois Claudin, où le combat a revêtu un caractère acharné et sans merci.

Le commandant Becker, nommé lieutenant-colonel au 340e R. I., quitte sa valeureuse troupe en plein triomphe et, pendant deux jours encore, la lutte continuera sous le commandement du chef de bataillon Biswang.

Le sous-lieutenant Verges de la compagnie Serres, s'y distingue une fois de plus. L'adjudant Brouillac est décoré de la Légion d'honneur.

Une nouvelle citation à l'ordre de l'armée récompense les glorieux efforts de ces belles journées :

« Le 9e R.I., ayant reçu la mission, sous le commandement du commandant Biswang, de forcer le passage d'un canal, puis d'une rivière, a rempli sa tâche avec une ardeur remarquable et, sans souci des pertes qu'il subissait, a triomphé de tous les obstacles accumulés par l'ennemi. Puis, au cours de durs combats de bois, a refoulé pied à pied l'adversaire durant quatre jours, sous des rafales incessantes de très nombreuses mitrailleuses et sous un violent bombardement de tous calibres. A atteint tous les objectifs qui lui avaient été assignés en poussant toujours de l'avant et sans s'inquiéter des progrès des unités voisines. A fait de très nombreux prisonniers et capture un grand nombre de mitrailleuses.

Par décision du commandant en chef, le port de la fourragère est conféré au 9e RI. (Décision du 12 septembre 1918. Ordre 130 F.) »

Ces deux citations à l'ordre de l'armée ont attiré l'attention du commandement sur le régiment, qui reçoit une nouvelle et éclatante récompense par la transformation de sa citation à l'ordre du corps d'armée (citation à l'ordre du 17e C.A. pour l'attaque de Moronvilliers, 17-30 avril 1917) en une citation à l'ordre de l'armée. Une troisième palme est épinglée à la cravate de son drapeau.

Mais la grande bataille décisive continue à se dérouler. Le 9e doit organiser et assurer l'intégrité de sa conquête. Il occupe le réseau de tranchées de Barisis, face à la puissante ligne Hindenburg, où l'ennemi a trouvé un refuge : il n'en sera retiré que pendant quelques jours pour reprendre la lutte, plus violente que jamais, à l'ouest de Guise, sur l'Oise.

CHAPITRE IX.

L'OISE (Octobre 1918).

Tout d'abord, il lui faut, par une série de combats opiniâtres, arracher, lambeau par lambeau, le terrain qui formera sa base de départ. Et c'est l'œuvre du bataillon Moreliéras, du 23 au 26 octobre.

Arqué sur cette base, le lieutenant-colonel Becker lance, le 26 octobre, le bataillon Ferrand qui part en bolide, triomphe de tous les obstacles et s'arrête en pleine haleine sur l'objectif qu'il ne obit pas dépasser. Le butin est immense : « 80 prisonniers valides restent entre nos mains. Une batterie de 105 est enlevée de haute lutte, les servants cloués sur leurs pièces. Le sergent Feyeux gagne, au cours de ce combat, la croix de la Légion d'honneur.

Enfin, couronnement de la manœuvre, le bataillon de Lobit vient coiffer le village d'Origny-Sainte-Benoite, coupant la retraite aux défenseurs de la localité, auxquels il ne reste plus que la ressource de se rendre aux unités qui, dans une âpre lutte, attaquaient, du côté opposé, les puissantes organisations de la localité.

Le 9e R.I. est cité à l'ordre du 15e C. A. en ces termes :

« Sous le commandement du lieutenant-colonel Becker, débouchant dans des conditions très difficiles d'une base étroite de départ, est parvenu à force de ténacité à l'élargir durant trois jours de combats successifs. Est parti, une fois de plus, à l'attaque le quatrième jour. A brisé la ligne ennemie, capturé de haute lutte deux canons de 105, quatre canons d'accompagnement, plus de quarante mitrailleuses et plus de 400 prisonniers. Complétant en fin de journée sa manœuvre par l'engagement de ses dernières réserves, a encerclé une position voisine, dont il a ainsi permis de capturer la garnison tout entière. »

CHAPITRE X.

GUISE (Novembre 1918).

Il n'est plus maintenant de repos que le Boche ne soit chassé complètement. Trois jours après, le régiment assiège Guise. La ville est défendue avec l'énergie du désespoir; face au 9, le «Haricot », croupe organisée, masque l'objectif et abrite à contre-pente un régiment décidé à vaincre ou à périr. Les unités qui nous précédaient s'étaient brisées les dents contre ce puissant obstacle. Une fois de plus, l'opiniâtreté et la manœuvre auront raison de la difficulté.

Le 2e bataillon, sous les ordres du lieutenant Berthe (son chef, le capitaine Ferrand, vient de succomber), tournant l'obstacle, brisant toute résistance, arrive jusqu'à l'Oise qu'il franchit, menaçant Guise d'encerclement : l'ennemi bat en retraite précipitamment et les bataillons Berthe et de Lobit se rejoignent dans la ville, y faisant des prisonniers et délivrant la population civile dont la joie est indescriptible.

L'Allemand est en pleine déroute ; le régiment le talonne jusqu'à la frontière belge, vers la trouée de Chimay.

C'est là que le 7 novembre, à 6 heures 50, son chef, le lieutenant-colonel Becker, transmet a ses avant-gardes les derniers ordres de la guerre en faisant cesser le feu, pour permettre le passage des plénipotentiaires allemands.

L'armistice seul, a pu briser l'élan du régiment d'élite, qui termine, en pleine victoire, la série de ses glorieux exploits.

LISTE DES COMMANDANTS DE LA 33e DIVISION

pendant la période août 1914 au 11 novembre 1918.

• VILLEMEJANNE (de), général, 2 août 1914 à fin août 1914.
• GUILLAUMAT, général, septembre 1914 à janvier 1915.
• BLANC, général, janvier 1915 à janvier 1916.
• DEMOTTE, général, juillet 1915 à février 1916.
• ÉON, général, février 1916 à février 1918.
• BUAT, général, février 1918 à avril 1918.
• TANANT, général, avril 1918 au 11 novembre 1918.

LISTE DES COMMANDANTS DE LA 65e BRIGADE ET DE L'I.D. 33

pendant la période août 1914 au 11 novembre 1918

65e BRIGADE.

• HUE, colonel, 2 août 1914 au 22 août 1914 (tué à la bataille de Bertrix).
• HELO, colonel, 22 août 1914 au 20 décembre 1914.
• CLAUDEL, colonel, 20 décembre 1914 à août 1915.
• MONROE, colonel, août 1915 à octobre 1915.
• BERGÉ, général, octobre 1915 à décembre 1916.
• SAINTENAC (de), colonel, décembre 1916 au 16 mai 1917.
• DESMARETS, colonel, 16 mai 1917 à septembre 1917.
• BRASIER DE THUY, général, septembre 1917 au 17 janvier 1918.
• BÉRAUD-REYNAUD, colonel, 17 janvier 1918 au 22 juillet 1918 (tué à la bataille de l'Ourcq, le 22 juillet 1918).
• PÉTIN, colonel, 28 juillet 1918 au 11 novembre 1918.

LISTE DES COMMANDANTS DU 9e RÉGIMENT D'INFANTERIE

Pendant la période août 1914 au 11 novembre 1918.

• DUPORT, colonel, 2 août 1914 au 5 novembre 1914.
• ANDHEMA, lieutenant-colonel, 5 novembre 1914 au 12 novembre 1914.
• DIZOT, lieutenant-colonel, 12 novembre 1914 au 2 janvier 1915.
• LOUVAU DE LA GUIGNERAYE, lieutenant-colonel, 2 janvier 1915 au 23 août 1916.
• ROTHE, lieutenant-colonel, du 13 septembre 1916 au 3 décembre 1916 (tué en 1ère ligne).
• CASTELLA lieutenant-colonel, 8 décembre 1916 au 15 mai 1917.
• BRALLION, lieutenant-colonel, 15 mai 1917 au 2 mars 1918.
• LEROUX, colonel, 22 mars 1918 au 26 août 1918
• BECKER, chef de bataillon, 26 août 1918 au 4 septembre 1918.
• BECKER, lieutenant-colonel, 4 septembre 1918 au 11 novembre 1918.

CITATIONS.

Citation obtenue par la 33e Division d'Infanterie.

Ordre du 17e Corps d'Armée, N° 71 du l0 avril 1915 :

« Grâce à son énergie, à sa ténacité soutenue et aux élans magnifiques de ses braves régiments, a enlevé successivement toutes les lignes allemandes de Champagne, qu'elle avait mission d'attaquer.

En décembre, la division a pris une position formidablement organisée où les allemands avaient accumulé des moyens de défense exceptionnels.

En février et mars, au prix d'assauts répétés, elle a conquis 1.500 mètres de tranchées ennemies et gagné plus de deux kilomètres de terrain.

La 33e Division a maintenu de haute lutte la possession des positions qu'elle avait enlevées, infligeant à l'ennemi, qui multipliait les contre-attaques pour les reprendre, les pertes les plus lourdes. »

Citations obtenues par le 9e Régiment d'Infanterie.

Ordre de l'armée.

Ordre du Corps d'Armée, N° 225 du 26 avril 1917, transformé en Ordre de l'Armée le 3 novembre 1918 (Journal Officiel du 19 janvier 1919) :

« Sous les ordres du lieutenant-colonel Castella, brave et manœuvrier, à la bataille de Moronvilliers, les 17 et 18 avril 1917, a enlevé les crêtes tenues par l'ennemi sur une profondeur de plus de 3.000 mètres, a fait 300 prisonniers, s'est emparé de 15 canons et gardé les positions conquises, malgré toutes les contre-attaques désespérées de l'adversaire. »

Ordre Général de la VIe Armée N° 626 du 2 septembre 1918 :

« Sous les ordres du colonel Leroux, puis du commandant Becker, a, au cours de l'offensive entre Aisne et Marne, du 18 au 30 juillet 1918, mené la lutte sans arrêt, conquis plusieurs villages et positions dominantes fortement organisées, capturant plusieurs canons, de très nombreuses mitrailleuses un énorme matériel de guerre, en infligeant à l'ennemi des pertes sévères.

A toujours poussé de l'avant sans tenir compte de l'alignement avec les éléments voisins et malgré les feux de mitrailleuses ennemies qui, parfois, l'ont assailli sur trois faces. »

Ordre Général de la Xe Armée, N° 633 du 14 septembre 1918 :

« Le 9e régiment d'infanterie, ayant reçu la mission, sous les ordres du commandant Biswang, de forcer le passage d'un canal, puis d'une rivière, a rempli sa tâche avec une ardeur remarquable et sans souci des pertes qu'il subissait, triomphé de tous les obstacles accumulés par l'ennemi.

Puis, au cours de durs combats de bois, a refoulé pied à pied, l'adversaire durant quatre jours, sous des rafales incessantes de très nombreuses mitrailleuses et sous un violent bombardement de tous calibres. A atteint tous les objectifs qui lui avalent été assignés en poussant toujours de l'avant et sans s'inquiéter des progrès des unités voisines. A fait de nombreux prisonniers et capturé un grand nombre de mitrailleuses. »

Ordre du Corps d'Armée.

Ordre du 15e Corps d'Armée du 15 décembre 1918 :

« Sous le commandement du lieutenant-colonel Becker, débouchant dans des conditions très difficiles d'une base étroite de départ, est parvenu, à force de ténacité, à l'élargir durant trois jours de combats successifs. Est parti une fois de plus à l'attaque le quatrième jour. A brisé la ligné ennemie, capturé de haute lutte 2 canons de 105, 4 canons d'accompagnement, plus de 40 mitrailleuses, fait plus de 400 prisonniers.

Complétant en fin de journée sa manœuvre, par l'engagement de ses dernières réserves, a encerclé une position voisine, dont il a ainsi permis de capturer la garnison tout entière. »

Ordre de la Division.

Ordre de la 33e Division, N° 1 du 18 octobre 1914 :

« Le 9e régiment d'infanterie, pour le zèle et l'énergie soutenus dont il a fait preuve dans l'organisation de la défense de son secteur. »

Citations obtenues par les Bataillons du 9e R I.

3e bataillon. Ordre de la 33e Division, N° 241 du 18 juin 1918 :

« Sous l'énergique commandement du chef de bataillon Demont, a enduré, sans faiblir, les 27-28 mai 1918, pendant 36 heures, de très violents bombardements et a courageusement brisé trois attaques ennemies, ne cédant pas un pouce de terrain complètement bouleversé par les obus et les mines. »

1er bataillon. Ordre de la 33e Division, N 245 du 30 juin 1918 :

« Chargé, dans des conditions particulièrement difficiles, d'enlever une position ennemie, a donné l'assaut, sous les ordres de son chef, le commandant Biswang, avec un élan admirable, manoeuvrant sous des barrages ennemis avec une correction parfaite. A enlevé du premier coup ses objectifs fait de nombreux prisonniers et capturé trois mitrailleuses. »

2e bataillon. Ordre de la 33e Division, N° 272 du 16 août 1918 :

« Sous le commandement énergique du chef de bataillon Bretillot, a enlevé d'un seul élan, malgré la fatigue de huit jours de combats continus et, bien que très éprouvé par les gaz, le village d'Armentières, réalisant ainsi une progression de plus de 2.000 mètres, sous de violentes rafales d'artillerie et de mitrailleuses, capturant 50 prisonniers et 14 mitrailleuses.

« Privé de son chef de bataillon, blessé au début de l'action, a pu, grâce à l'ardente volonté de tous, continuer à progresser et à résister à deux contre-attaques ennemies, maintenant sa position et s'emparant encore d'une vingtaine de prisonniers. »

Citations obtenues par les Compagnies du 9e R.I.

2e compagnie. Ordre de la 33e Division, N° 250 du 26 juillet 1918 :

« Sous le commandement énergique du lieutenant Serres, a, le 20 juillet 1918, attaqué un village fortement tenu et défendu par de nombreuses mitrailleuses ; a manœuvré d'une façon remarquable et s'est emparé du village où elle a tait un grand nombre de prisonniers et enlevé plusieurs mitrailleuses. »

6e compagnie. Ordre du Régiment, N° 266 du 10 décembre 1918 :

« Le 26 octobre 1918, sous les ordres du capitaine Huguet, s'élançant avec une admirable ardeur, malgré les tirs de barrage nourris d'artillerie de tous calibres et le tir intense d'Innombrables mitrailleuses sur les positions fortement tenues de la cote 120, est arrivée la première à l'objectif final du régiment. Dans un combat, poussé parfois jusqu'au corps à corps, a réussi, bien que réduite à 70 combattants, a capturer, dans son avance de près de deux kilomètres, 250 prisonniers, 2 canons de 105 et de nombreuses mitrailleuses. »

7e compagnie. Ordre du Régiment N° 266 du 10 décembre 1918 :

« Le 4 novembre 1918, s'est portée en avant dans un élan irrésistible et, malgré le bombardement sérieux de l'ennemi et le tir très dense de nombreuses mitrailleuses qui la prenaient de flanc, a réussi à traverser tout entière l'Oise sur une passerelle de fortune et s'est installée en tête de pont. Repoussant vigoureusement plusieurs contre-attaques, a gardé sa position permettant ainsi le passage ultérieur de deux bataillons, la prise du Haricot et l'encerclement de Guise. »

9e compagnie. Ordre du Régiment N° 266 du 10 décembre 1918 :

« Sous le commandement du lieutenant de Bataille (cité à l'ordre de l'Armée pour cette action), soumise pendant trois jours d'une âpre lutte sans arrêt, à des tirs de barrage par obus explosifs, et toxiques et au tir de mitrailleuses disposées en échiquier sur le terrain, a conquis, parcelle par parcelle, les positions fortement organisées au sud d'Origny-Sainte-Benoite, élargissant peu à peu, à force d'énergie et de persévérance, la base dont elle était partie le 21 octobre 1918. »

Citations obtenues par des Sections du 9e R I.

3e section de la 1ère C. M. Ordre du Régiment N° 257 du 22 septembre 1918 :

« Section pleine d'entrain et d'une cohésion remarquable. S'est particulièrement distinguée aux combats sur l'Ailette. Le 31 août, étant en réserve, et voyant une contre-attaque sur la 2e compagnie, s'est portée en le ligne avec un allant merveilleux, traversant de violents barrages d'artillerie et des zones battues par les mitrailleuses. A réussi, par ses feux, à arrêter la contre-attaque en infligeant des pertes à l'ennemi.

Le 2 septembre, a arrêté une nouvelle contre-attaque bien qu'étant vivement contre battue par une mitrailleuse ennemie qui endommageait une de ses pièces et blessait son chef de section.»

3e section de la le compagnie. Ordre du Régiment, N° 266 du 10 décembre 1918 :

« Le 26 octobre 1918, commandée par le sergent Brunerie (cité à l'ordre de l'Armée pour la même action) ayant reçu la mission de se porter aux premières maisons d'Origny-Sainte-Benoite pour bloquer l'issue de ce village a, par la rapidité de sa manœuvre, réussi à capturer une soixantaine de prisonniers, dont deux officiers, et à s'emparer de deux mitrailleuses. »

3e section de la 3e C. M. Ordre du Régiment, N° 266 du 10 décembre 1918 :

« A remarquablement appuyé la progression de la compagnie avant-garde de bataillon, au cours des combats des 25 et 26 octobre 1918. Manœuvrant avec souplesse et précision, a réussi à prendre sous son feu et à réduire au silence plusieurs mitrailleuses ennemies, permettant ainsi l'avance du bataillon. »

Equipe d'observation du 1er bataillon. Ordre du Régiment, N° 266 du 10 décembre 1918 :

« Sous le commandement du sergent Caralp, pendant les combats du 29 octobre au 5 novembre 1918, a rempli sa mission d'une façon remarquable, assurant une surveillance intelligente et constante dans un poste de 1ère ligne, soumis à un bombardement violent et ininterrompu par obus de tous calibres. »

RÉCITS ANECDOTIQUES.

L'assaut des tranchées brunes à Tahure.

Le 30 décembre 1914, à l'assaut des tranchées Brunes, l'adjudant Rieff, commandant la 2e section de la 8e compagnie, exécuta, presque à lui tout seul, une progression de 200 mètres dans la tranchée ennemie, tuant de sa main 21 Allemands et s'emparant d'une mitrailleuse.

Voici les circonstances de ce fait d'armes :

C'était sur ce fameux plateau de Tahure, encadré de bois de pins au sinistre feuillage, par une brumeuse après-midi d'hiver. La section Rieff avait reçu l'ordre de progresser dans un boyau dont l'ennemi occupait encore la partie Est.

Au moment de l'attaque, entassés contre notre barrage, les Boches fauchaient de leurs mitrailleuses et par un tir nourri de mousqueterie, les vagues d'assaut partant des allées Sorin. Un talus de deux mètres, des défenses accessoires encore sérieuses, empêchaient toute attaque à découvert. Qui allait marcher en tête de la petite colonne chargée de progresser dans le boyau. L'adjudant Rieff, vieux soldat de la Légion, Alsacien déserteur de la caserne boche, s'octroya cet honneur.

En bras de chemise, coiffé de son bonnet de police, baïonnette au canon, il franchit le barrage, devançant d'une vingtaine de mètres le sergent Capot qui le suivait immédiatement. Surpris par cette attaque de flanc, l'ennemi fuyait de pare éclats en pare éclats, tirant vainement sur cet intrépide qui bondissait malgré la vase épaisse et couchait, un à un, 21 hommes sur le terrain (dont les servants, d'une pièce de mitrailleuse qui fut capturée).

Rejoint alors par les survivants de sa section, conduits par les sergents Boisson et Capot, il sut se maintenir avec une énergie farouche dans sa tranchée enfilée par des mitrailleuses et un canon revolver.

Deux fois au cours de la nuit, l'ennemi tentait vainement des contre-attaques. Servi par sa connaissance de l'Allemand, il arrivait à jeter le trouble dans ses rangs, et par des feux bien dirigés, arrêtait net leur mouvement.

A la suite de cet exploit, relaté par les journaux régionaux, il fut un moment question de citer la 2e section de la 8e compagnie à l'ordre de l'armée. L'adjudant Rieff, promu sous-lieutenant, fut décoré de la Légion d'honneur. Quelques mois plus tard, il était tué à Roclincourt.

Episode de la bataille de Roclincourt.

Le 15 mai 1915, à Roclincourt, après une tentative d'attaque demeurée infructueuse, ordre fut donné de tenter à nouveau l'assaut moins d'une heure après. La 6e compagnie, fortement éprouvée par l'artillerie ennemie, avait perdu ses quatre chefs de sections. Le capitaine, répartissant à nouveau le commandement, remet la 8e section au sergent Barès.

L'heure de l'assaut est venue : malgré un barrage intense de shrapnells et de mitrailleuses, malgré la dépression morale causée par la disparition de ses chefs les plus connus et les plus estimés, le sergent Barès entraîne le premier une fraction constituée de la 6e compagnie, donnant à tous un bel exemple d'audace communicative. Toute la compagnie s'aligne aussitôt à hauteur de ces braves. Malheureusement, l'artillerie ennemie qui faisait rage, la fusillade dense empêchent le mouvement de se généraliser. Arrivés à une centaine de mètres de la tranchée ennemie le capitaine décide d'arrêter la marche qu'il juge désespérée et vaine, car les pertes sont sérieuses et la compagnie reste isolée sur un emplacement particulièrement défoncé par les obus. Pourtant, n'écoutant que sa hardiesse, suivi de tous ses hommes gagnés par sa folie héroïque, le sergent Barès est déjà sur le parapet de la tranchée ennemie.

Là, entravés par les fils de fer mal démolis, se sentant à la merci des boches qui criaient : « Bas les armes », cette poignée de héros au commandement de Barès, ouvre le feu à bout portant.

Ils furent bientôt couchés sur ce terrain d'Artois qui vit leur généreux sacrifice : « La mort plutôt que de se rendre ».

Ils s'appelaient : Barès, sergent, 6e compagnie ; Espagnet, sergent, 6e compagnie ; Roinillon, caporal, 6e compagnie ; Thoue, Marsalet, Catalan, soldats, 6e compagnie.

Il ne reste, comme survivants de cette héroïque équipée, que le soldat Couge (Bernard), actuellement au 20e corps, et l'adjudant Glippa, alors sergent, qui revinrent miraculeusement.

Un coup de main allemand dans le secteur de la Butte du Mesnil (1916).

La 12e compagnie du 9e R. I. occupait depuis une semaine les tranchées au sud de la Butte du Mesnil, quand, le 15 mai 1916, vers 4 heures, le boche déclenche sur elle un tir extrêmement dense d'artillerie de tous calibres. Pendant plusieurs heures, le feu ennemi continue toujours plus violent.

Notre petit poste n° 6, situé à 150 mètres en avant de la 1ère ligne, paraît devoir être l'objectif du coup de main projeté.

Le sergent Lopez, qui en assure la garde, voyant son poste bouleversé et les boyaux de communication avec l'arrière presque nivelés, ordonne à ses hommes d'évacuer l'ouvrage et d'aller occuper notre tranchée de résistance pour en renforcer la défense. Puis crânement, il ajoute : « Je resterai seul ici et j'y recevrai le boche. »

Tandis qu'il attend l'ennemi, tout à coup, à moins de 20 mètres de lui, six Allemands surgissent d'un entonnoir de mine. Trois d'entre eux sont munis de puissants appareils lance-flamme qui crachent des jets de feu dans la direction de notre petit poste.

Lopez ne perd pas son sang-froid ; aussi calme qu'a l'exercice, il saisit son fusil et blesse l'un des boches qui allait sauter dans le petit poste. Déconcertés par tant de bravoure, les Allemands, pris de panique, font demi-tour.

Le lieutenant Broquière survient à ce moment et, s'élançant sur les talons des fuyards, les pourchasse dans leur ligne et ramène le blessé que les assaillants ont dû abandonner dans leur fuite précipitée, ainsi que deux appareils incendiaires.

Quelques jours après, le sergent Lopez reçoit la Médaille Militaire. A son chef de bataillon qui le félicite, ce brave répond modestement : « Je n'ai fait que mon devoir, et afin de mieux mériter ma Médaille Militaire, je demande à être affecté au Groupe Franc du Régiment. »

Et par la suite, dans maints coups de main, Lopez se distingua encore par son courage.

La prise du village d'Armentières (23 juillet 1918).

C'est au plus fort de la bataille, sur la crête dominant le village, nos poilus rampent dans les blés, mais ce mouvement trop lent ne saurait convenir à l'ardeur des hommes. Déjà un caporal est debout. C'est un mâle ! La Médaille militaire ajoute une tâche de plus à sa capote jaunie. « En avant les gars ». Trente hommes se lèvent, les mitrailleuses ennemies fauchent de nouveau et il faut se coucher. Mais lui, suivi de trois camarades, poursuit quand même sa course, d'un souffle sans arrêt jusqu'au château. Parvenu là, il se dirige vers la voie ferrée où quelque vingt boches sont massés. Sans perdre son sang-froid, il tire dans le premier groupe. Un homme tombe, huit d'entre eux se rendent, tandis que les autres se croyant tournés par cette attaque inopinée, sans chercher à juger le nombre des assaillants, s'enfuient à toutes jambes. « Tirez dans le tas », crie Brack, « ils vont se noyer dans le marais. »

Pendant ce temps, le sous-lieutenant Berthe arrive avec le reste de sa section. Ils ont passé sous la nappe de feu. Leurs habits, leurs musettes troués par les balles, disent leur courage et célèbrent leur chance.

Brack, souriant, les attend à la porte du château et, calme, s'exclame : « Ah ! mon lieutenant, vous voilà, je croyais bien que vous étiez zigouillé. Fouillons vite les caves du château ». Dans le bas d'une tourelle, on a entendu du bruit. On se précipite par groupe de trois ou quatre. Surpris, le boche n'a pas le temps de sauter sur ses armes et se rend sans combat. Une dizaine de prisonniers sortent de la cave.

A droite, la 6e compagnie qui serrait de près le barrage roulant a déjà pris pied dans le village. A son arrivée, alors que les éclaireurs de tête abordaient les premières maisons, debout devant la grille de mort, un vieillard se dressait, appuyé contre un mur. Défiant le danger de sa tête blanche, au nom du passé de notre belle France, ça représentant des vertus ancestrales voulait, le premier, saluer les triomphes si longtemps espérés :

« Bonjour les enfants, dit-il simplement. Venez-vous cantonner ici ? »

La mort du sergent Moineau.

Le 1er septembre 1918, au cours d'une action violente un éclat d'obus lui arrache le bras; la blessure était horrible (l'os dépassait de 4 à 5 centimètres) et il avait d'autres blessures à la jambe et à la figure ; alors que le brancardier le rapportait, il demande à voir son capitaine ; celui-ci l'embrasse, lui adresse quelques paroles de consolation auxquelles le sergent répond : « Mon capitaine, je sais que je vais mourir, mais tant pis, les boches reculent. » Deux heures après, il rendait le dernier soupir.

La belle et héroïque confiance du soldat Thiriau (3e C du 9e R. I.).

C'est devant Guise, le 2 novembre 1918, avant de précipiter sa retraite, l'ennemi se cramponne, ne veut pas laisser franchir l'Oise et, sur les hauteurs dominant la villa, à l'ouest, résiste à nos assauts.

Dans l'après-midi, la 3e compagnie attaque ; emporté par son ardeur, le soldat Thiriau arrive sur un premier réseau ennemi, le franchit avec ses camarades ; mais les mitrailleuses crépitent et devant un deuxième réseau où il arrive seul, par miracle, il ne peut plus bouger du trou dans lequel il est tombé, blessé aux deux jambes. Ne voulant pas se rendre, guetté par l'ennemi, il attendra plus de 48 heures, protégé par le feu de ses camarades, mais ne pouvant sortir.

Enfin, pressé de toutes parts, le 4, dans la nuit, l'ennemi bat en retraite, et au lever du jour, poussant de l'avant, les camarades de Thiriau, n'en croyant pas leurs yeux du le retrouver, lui demandent par quel miracle il est encore là « Oh ! c'est bien simple, dit-il, je savais bien que vous finiriez par venir me délivrer, et puis, j'aurais préféré crever que de tomber entre leurs mains. »

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