Histoire de Sainte-Bazeille.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

I.

Diverses légendes sur sainte Bazeille.

 

1° M. l'abbé Jaffre, curé de Sainte-Bazeille (1874-1881) ayant conçu le projet d'une étude sur la patronne de sa paroisse, s'était mis à la recherche des documents et recevait à ce sujet les notes suivantes de M. l'abbé Lavergne, aujourd'hui curé du Fréchou, qui s'occupait d'hagiographie :

29 juillet 1877. – « Le martyrologe espagnol de Tamayo de Salazar donne les légendes de sainte Livrade et de sainte Bazeille. Celle-ci serait fille de Catellius et de Cassia, princes de la Galice et aurait été martyrisée le 27 août à Syrmium dans la Bétique (Andalousie) :

« Syrmium, urbem Baetiae littoralem advenit (virgo), ubi jejuniis, orationibus et aliis virtualibus exercitiis dedita vitam humili pietatis religione transigebat… Profide Christi comprehensa et in carcerem conjeeta, eam carnificibus tradidit cruciandam (judex) quousque deos adoret aut vitam emittat. Ad maris igitur littus satellites virginem adducentes, eam tamdiu verberibus afflixerunt quamdiu spiritum sanctissimum virgo coelesti tradidit sponso. »

« On ne donne pas la date de la mort de sainte Bazeille qui était la septième des neuf sœurs ; mais on peut conjecturer qu'elle fut martyrisée vers le milieu du second siècle, car c'est à cette époque que moururent ses huit sœurs.

Quelle est cette ville nommée Syrmium que le martyrologe romain appelle Smyrnani et les traducteurs de celui-ci, Smyrne ?

« Je vous parlais dans ma première lettre de sainte Bazeille dont on a les reliques à Bayeux. Dans cette ville. On parle d'une autre sainte du même nom qui aurait été martyrisée au IXe siècle, lors de l'invasion des Normands. »

2° Consulté à son tour, M. l'abbé Jacomet, chanoine honoraire, professeur au collège de Bazas et très versé dans ce genre d'études, écrivait le 20 octobre 1875 à M. l'abbé Jaffre, la lettre suivante :

« Je me fais un plaisir de vous faire part du fruit de mes recherches. Sainte Bazeille, issue de sang royal, eut pour père Catellius, roi de Galice et pour mère Calsia. Elle naquit à Bayonne, ville sur laquelle s'étendait la puissance de Catellius. Bayonne se nommait alors Belcagia. Sainte Bazeille eut huit sœurs : Genivera, Victoria, Eumelia, Germaua, Gemma, Marcianna, Quitteria et Liberata. Délaissées par leurs parents infidèles dans le dessein d'en être débarrassés, ces neuf sœurs (ex codem partu natte, dit la légende) tombèrent entre les mains d'une femme chrétienne qui leur fit donner le baptême. Bazeille étant venue en Aquitaine fut martyrisée à l'endroit qui maintenant porte son nom au diocèse de Bazas. Elle eut, dit-on, la tête tranchée en haine de la foi. Et son chef en tombant fit neuf bonds qui furent marqués par le jaillissement miraculeux de neuf sources, d'où le nom de Neuffons donné à ce lieu où il existe encore une chapelle sous le vocable de la sainte martyre. - Sa fête se célébrait, d'après la liturgie bazadaise du XVIIIe siècle, le 26 octobre. Je n'ai trouvé nulle part la date exacte de son martyre. »

3° Le R. P. Carles, missionnaire du Calvaire, récemment décédé, nous a donné, quelques jours avant sa mort, un opuscule (1889, Agen, Imprimerie Veuve Lamy) relatif à la légende de Sainte Bazeille. En voici le passage principal :

« La vierge Bazeille était fille d'un prince païen Catellius, roi ou gouverneur de la Galice et de la Lusitanie ; sa mère Calcia également païenne, la mit au monde dans des circonstances bien extraordinaires, car la divine. Providence voulut, qu'elle donnât naissance à neuf filles jumelles (1 ). Cet enfantement prodigieux déplut tellement à la princesse, que craignant d'être accusée d'inconduite, elle recommanda, à la sage-femme de prendre ses neuf enfants et de les faire périr secrètement dans la rivière. Celle-ci, qui était chrétienne, fut touchée de compassion à l'égard de ces pauvres créatures, et au lieu d'obéir à cet ordre cruel, elle alla dans un bourg voisin et confia ces neuf petites filles à autant de nourrices chrétiennes comme elle, qui en eurent le plus grand soin et leur firent donner le saint baptême. Voici les noms quelles reçurent : Genivère, Euphémie, Germaine, Gemme, Marciane, Quitterie, Bazeille et Libérate ou Livrade. Quand elles eurent grandi, on leur fit connaître leur naissance et leur parenté ; élevées selon les enseignements de la divine religion, leur progrès dans la piété et la vertu furent bien grands, car arrivées à l'adolescence elles se consacrèrent toutes à Dieu par le vœu de virginité (2 ). Cependant, la persécution ayant été déclarée, elles furent arrêtées comme chrétiennes et conduites devant le tribunal du gouverneur, qui était leur père. Catellius fut étonné de leur beauté, de leur ressemblance et de leur âge qui paraissait être le même. Il les interroge aussitôt sur leur origine et leur, condition. Genivère, la première d'entre elles, lui répond : « Si vous nous demandez notre origine, vous êtes notre père ; si vous voulez savoir notre religion, nous sommes chrétiennes et servantes de Jésus-Christ (3 ) ». Le gouverneur surpris demeura comme interdit d’une telle réponse ; mais ayant été informé de la vérité, il employa aussitôt les paroles les plus douces et, les plus persuasives, pour les engager à obéir aux ordres des empereurs. Les jeunes filles refusèrent courageusement de suivre ce conseil ; il leur, permit alors de se retirer afin de prendre le temps de la réflexion et de se concerter entre elles, pour renoncer au Christ, si elles voulaient éviter les supplices et la mort. Mais, quand elles furent sorties du palais, un ange du ciel leur apparut et les avertit de prendre aussitôt la fuite et de se séparer, pour aller, sous l'inspiration divine, dans des provinces diverses, où elles favoriseraient le progrès de la foi par leurs paroles et leurs exemples. Enflammées par ce conseil venu d'en haut, les jeunes filles se disposèrent à partir ; elles se firent auparavant les adieux les plus touchants, se consolant mutuellement, priant ensemble et versant des larmes, de tendresse car elles ne devaient plus se revoir (34 ). La Providence veillait sur elles ; elles obtinrent toutes la double palme de la virginité et du martyre.

« La bienheureuse Bazeille fut la première victime de la fureur paternelle. Conduite par l'esprit de Dieu, elle traversa les Pyrénées et vint se réfugier dans l'Aquitaine, sur les bords de la Garonne, dans une petite ville appelée Orangia. En apprenant cette fuite, son père entra dans une vive colère et se mit à sa poursuite. Il l'atteignit bientôt et l'ayant fait venir en sa présence, il, lui dit : « Pourquoi, ma fille, refusez-vous d'adorer les idoles et de vous soumettre au culte de nos dieux ? » Bazeille répond :

« N'est-ce pas une folie d'adorer une idole, et les dieux  peuvent-ils préserver de la mort leurs adorateurs ? Qu'ils fassent devant nous quelques grands prodiges, et nous cesserons de les mépriser. » Catellius, espérant gagner sa fille, s'approcha de l'idole et lui fit des libations. Bazeille demande un jour de réflexion. Le lendemain, elle vient auprès de l'idole et, en face du peuple assemblé, elle interroge le démon pour savoir la récompense qu'il donne à ses serviteurs. Le démon répond qu'il leur accordera de nombreuses richesses et une grande puissance (5 ). Mais, loin de se laisser séduire, Bazeille déclare publiquement qu'elle n'abandonnera jamais le Christ, pour se soumettre au culte des idoles. Son père, de plus en plus irrité, lui commande, sous peine de mort, d'obéir au plus tôt et d'épouser ensuite un jeune homme de sa cour.

« La vierge persista courageusement dans sa résolution ; elle refusa de sacrifier aux dieux et elle protesta qu'elle n'accepterait jamais un époux mortel. Dès lors elle fut livrée aux bourreaux, qui lui firent souffrir les plus grands supplices. Elle fut d'abord jetée dans l'eau pour être noyée, mais elle en sortit miraculeusement ; on la mit ensuite sur un gril enflammé, qui ne lui fit aucun mal, et on essaya inutilement plusieurs autres tourments (6 ). Alors, dans un accès de fureur, son père lui-même, armé d'une hache, lui trancha la tête. Mais, ô prodige ! avec du sang on vit couler du lait, et la tête (7 ) tombée à terre rebondit neuf fois et à chacun de ces bonds jaillit une fontaine miraculeuse, d'où vient que ce lieu porte encore le nom de Neuffons (8 ).

Ensuite la jeune martyre, prenant sa tête dans les pans de sa robe, la porta elle-même à quelques centaines de pas où fut bâtie une église de son nom, pour conserver à jamais sa mémoire (9 ). Cette glorieuse mort arriva le 26 octobre, dans les premières années du second siècle. »

« Tous les manuscrits nous disent, ajoute le R. P. Carles, que le père des neuf vierges, Catellius, était roi, préfet ou gouverneur delà Galice et de la Lusitanie ou Portugal et qu'il résidait à Belcagie, capitale de ses Etats : cujus regni caput Belchagia. Cette ville ou résidence changea plusieurs fois de nom : quoc postea Estuciana civitas vocata fuit (Anciens bréviaires). Elle fut plus tard appelée Bayonne. Les auteurs espagnols nous font connaître la situation de cette ville ; elle appartenait à la Galice et elle était voisine de la cité de Tuy, qui est sur le Minho In civitate Gallaeciae dicta Belcagia, quae nunc dicitur Bayona, prope civitatem dictant Tudensem, dit le Faux-Julien. Le Propre d'Espagne donne les mêmes détails. Un êvêque de Tuy, Sandoval nous apprend qu'elle était placée aux extrémités de l'Occident : Inter finitimos occidentis. Bayonne d'Espagne est, en effet, sur les bords de la mer, à la dernière limite occidentale de la Galice.

« Mais quelques auteurs, à l'occasion de sainte Quitterie, voudraient substituer la Gascogne au Portugal. Il faut se souvenir ici que les Gascons, comme le dit Dom Vaissete (Géographie hist., t. VII), étaient des peuples espagnols, qui habitaient la Biscaye et la Navarre ; ils passèrent les Pyrénées au VIe siècle, pour s'établir dans le Labourd et la Soule : telle est l'origine du peuple Basque (Vascon), qui n'a pas encore perdu sa langue et son autonomie. On peut donc faire de sainte Quitterie une Gasconne sans qu'elle cesse d'être une Espagnole ; les Gascons étaient bien voisins de la Galice. L'ancien Propre d'Agen (1727), d'ans son Hagiologium, dit que sainte Livrade était gasconne : Ex Vasconia oriunda ; ce qui lie l'empêché pas d'être espagnole ou portugaise.

« Quelques martyrologes (Molanus, Greven) et le Gallia Christiana adjugent sainte Quitterie à la Gascogne ; cela n'est pas étonnant, puisqu'elle est morte à Aire et, qu'elle a rempli tout ce pays de sa renommée (10 ).

« On-a trouvé dans quelques auteurs, comme dans Villégas, le mot Gallica au lieu de Gallaecia. Ceci n'est guère concluant ; l'erreur était facile à un copiste ; mais le nom de Lusitanie est uni si souvent à celui de Galice, qu'il est décisif contre la Gaule.

« Mais quelle pouvait être, la puissance de Catellius ? Nous lisons dans les actes de sainte Quitterie : Erat quidam rex magnus super omnes occidentales, Catellius nomine, habens uxorem nomine Calsiam (manuscrit de Rosenthal, Bollandistes). Ceci est certainement emphatique. Nous savons cependant qu'Auguste divisa l'Espagne en trois grandes provinces, la Bétique, la Lusitanie et la Tarragonaise. Si Catellius était à la tête de la seconde, sa puissance était considérable et il pouvait avoir juridiction sur le tiers de l'Espagne. Un texte du Faux-Julien nous dit plus simplement : Quae (novem sorores) fuerunt filiae Lucii Severi, consularis et prasidis Gallaeciae et Lusitaniae, civis Bracarensis et ejus terrae reguli (Apud Migne, col. 331).

« Cardoso dans son martyrologe (Martyr. Lusitan.) et Sandoval (Historia Eccles. Tudensis) se faisant l'écho d'une ancienne tradition, nous disent que nos vierges furent baptisées, instruites et fortifiées dans la foi par l'évêque de Tuy, Mantius, et par l'évêque de Braga, Ovidius, qui vivait au second siècle. »

« Les Actes, Du Saussay, Monlezun, Trugillo, le Propre d'Espagne, le Faux Dexter, peuvent varier entre eux de quelques années, mais tous s'accordent pour assigner le second siècle.

Sainte Bazeille a-t-elle été martyrisée dans la ville qui porte son nom près de la Garonne ? La vieille chronique de Bazas (Chronicon vasatense de J. G. Dupuy, déjà citée au chapitre I de la présente Histoire) s'exprime ainsi : Mire commendatur (locus) reliquiis divae Baziliae, quae ibidem pro Christi defensione capitis obtruncatione coronam martyrii promeruit. (Extrait de la Préface). Je trouve une nouvelle preuve de notre tradition, ajoute le R. P. Carles, dans le silence des auteurs espagnols. Tamayo de Salazar nous apprend qu'avant lui c'est à peine si on a signalé sainte Bazeille en Espagne : Ejus acta separatim nullus scripsit (Martyrologe espag. 29 août, page 613). Il ajoute même qu'il n'a jamais été question de son martyre : De agone altum silentium (page 613). Pourquoi ce silence, sinon parce que la sainte est inconnue en Espagne ? Les Espagnols, on le sait, sont très jaloux de leur Martyrologe national et ils ont inséré souvent des saints qui ne leur appartiennent pas. Il n'y a qu'à lire Tamayo, toujours zélé à multiplier les saints de son pays : semper ad multiplicandos Hispaniae sanctos promptus disent les Bollandistes (P. Solier, 20 juillet). Si les espagnols ne connaissent pas le martyre de notre sainte, il faut en conclure rigoureusement qu'elle est morte loin de l'Espagne.

« Enfin, les rares auteurs qui en ont parlé, ne s'entendant nullement entre eux, nous fournissent une dernière preuve en faveur de notre tradition. Il faut faire ici trois observations.

« 1ère observation. Les auteurs l'ont confondue avec une autre sainte du même nom, honorée à Syrmium, dans la Pannonie inférieure, le 29 août. Ne la trouvant pas, en effet, dans leurs propres Martyrologes, ils l'ont cherchée ailleurs et ils ont cru la découvrir dans cette note des Martyrologes étrangers : Syrmio, sanctae Basillae virginis. C'est au XVIe siècle qu'ils firent cette trouvaille et c'est probablement le Faux-Julien qui en est l'auteur. Il a été suivi par Bivar, Equilinus, Tamayo et deux ou trois autres. Les Bollandistes ont fait justice de cette erreu : Non libet adducere hispanos quosdam, qui Basillam cum Syrmio Hispaniae suae adscrihere conati sunt (Bolland. 29 août). Ils ajoutent que d'autres auteurs de cette nation, plus prudents, ne sont pas tombés dans cette méprise : Nam ipsi etiam hispani prudentiores, fabulis hujusmodi fidem negant (Ibidem).

2ème observation. La vierge de Syrmium n'a jamais été honorée comme martyre ; de là un grand embarras pour les espagnols. Equilinus, ne lui reconnaissant pas cette qualité, ajoute ces mots : Ipso die obdormivit in Domino (Apud. Migne. Col. 327). Bivar et Tamayo, au contraire, veulent qu'elle soit martyre, à cause sans doute de la tradition primitive, qui enseigne que les neuf soeurs versèrent toutes leur sang pour la foi. Cette diversité de sentiments est significative et dévoile l'erreur.

3ème observation. Il fallait trouver en Espagne, un Syrmium qui n'existe pas. Il y a dans l’ancienne Bétique, sur les bords de la mer, la ville de Sexti-Firmium ; c'est là que les espagnols ont placé le martyre de la vierge. Le Faux-Julien écrit, il est vrai, In civitate Firmii (Apud Tamayo, 29 août) ; mais les autres écrivent Syrmiun, pour être d'accord avec le Martyrologe étranger, qu'ils ont copié. Tamayo cependant est contraint d'avouer que Syrmium n'existe pas ; et qu'il y a là une correction à faire ; Loco Symii reponendum Sexti-Firmii (26 mars, page 407). Ils se sont donc trompés. Baronius, dans le Martyrologe romain écrit : Apud Smyrnant, sanctae Basillae virginis. Mais Châtelain et beaucoup d'autres font remarquer qu'il faut lire Syrmium. (Voir les Bollandistes au 27 août).

Un autre auteur espagnol, Jérôme de la Higuéra, ayant lu un manuscrit fautif, portant Syrio au lieu de Syrmio, fait mourir la Sainte dans la Syrie. Enfin un nouvel auteur la confond avec sainte Basilisse, du 9 janvier.

4e M. l'abbé Caudéran, curé de Saint-Palais de Négrignac (Charente-Inférieure) qui a fait un travail sur les neuf sœurs, transmit le 18 avril 1877, à M. Jaffre, la légende suivante :

« Un haut fonctionnaire romain de la noble famille Gatillia, pendant l'exercice de sa charge dans le nord de l'Espagne, se maria avec une noble indigène que les légendes appellent Calsia, Alfia et dont le vrai nom serait peut-être Talisia. Il me faudrait voir d'anciennes chartes pour le déterminer. Ils eurent neuf filles dont plusieurs jumelles (toutes neuf, dit une légende). Baptisées par leurs nourrices, elles vouèrent à Dieu leur virginité. C'était au second siècle. Les légendes nous rappellent les guerres qui, à cette époque, ensanglantèrent le sol de l'Espagne, en faisant envahir la Lusitanie par le jeune roi (gouverneur) de Sicile. La paix est conclue et le mariage de Libérate avec le vainqueur doit en être le garant.

« Mais Libérate est chrétienne, elle est vierge et vouée à Dieu. Son refus est puni de mort. Ses sœurs aussi subissent le martyre en divers lieux, parce que pour épargner, un crime à leur père, elles ont fui. Ce fond est certainement vrai, mais beaucoup de détails restent à éclaircir.

« Je sais que les familles Catillia et Talisia étaient très florissantes en Aquitaine. Les copistes ont estropié dé quatre façons différentes le nom de la, ville dont Catillius était le gouverneur : Blancagia, Blacagia, Belcajia, Planatia, Le Bollandiste demande qu'on lui montre cette ville la plus peuplée de la région et inconnue de toute l'histoire. »

Le même abbé avait l'obligeance de m'adresser le 7 juin 1887 une lettre dont j'extrais les passages suivants :

« La légende des neuf sœurs, authentique au fond, a été interpolée, embrouillée, falsifiée par le traducteur, les copistes, les commentateurs, les correcteurs.

« Le père, Catellius ou Catillius est roi d'une ville située dans les Pyrénées, à l'époque romaine. Cela veut dire qu'il est ou bien gouverneur d'une province romaine ou le premier dans un municipe important. Dans le premier cas, cette province ne peut être que la Galice où la Biscaye, et comme les gouvernements se donnaient ordinairement à des consulaires, l'historien espagnol Tamayo a cherché

dans les fastes des consuls et trouvé un Caïus Atilius, qu'il donne pour père aux neufs sœurs, en corrigeant et modifiant le texte. - Dans le second cas, l'embarras est moindre : les familles clientes des Gaton donnent des Catulius, Catilius, Catellius avec toutes les nuances d'orthographe.

« La ville principale est appelée Blancagia ou Belcagia ou Castrum Lucii (qu'on a cherché dans tous les Castelblanco de Castille et les Castelbranco de Portugal). En désespoir et grâce à une leçon Plancagia on a fini par remplacer le nom douteux et par inscrire à la place Pallentia, ville du nord de l'Espagne. La dernière édition de notre office de La Rochelle adopte cette interprétation que je crois erronée. Pour moi, Belcagia est la forme la plus vieille, mais on l'a mal lue. Si on lit Bescagia (par s longue et non par L) ou mieux Bascagia, on retrouve facilement le nom de la Biscaye ou province basque. – Blancagia est déjà une fausse lecture, doublée d'une interpolation : déplacement de L et addition de l’N. – Plancagia et Planatia s'écartent de plus en plus. Je conclus avec l'ancien Propre d'Agen que le père était gouverneur de Biscaye ou de Gascogne, en donnant à ce dernier nom une signification plus vague que celle que lui ont faites les délimitations géographiques. – L'autre ville nommée est Baïona : de là dispute entre notre Bayonne et Baïona de Tudèle, l'espagnole.

« Uno partu natae, toutes neuf jumelles ». Ce mot ne se trouve pas dans les manuscrits. On peut donc le mettre en doute, ainsi que l'explication qu'il entraîne. Cependant je crois à des jumelles, au moins à trois : ce serait cette fréquence de gémellations qui aurait effrayé la mère.

« Quant à la disparition momentanée des enfants, ce fait n'a rien d'extraordinaire, à une époque troublée, où le père était probablement presque toujours à l'armée et la famille bien enfermée dans un château fort.

« La fuite des neuf sœurs. La situation authentique des tombeaux de Quitterie à Aire, de Bazeille à Sainte-Bazeille et de Gemme à Corme-Royal près de Saintes, indique bien la marche du tyran, soit le père, soit l'époux, soit l'empereur. Elles fuient d'Espagne pour aller dans un pays moins tourmenté, peut-être près d'un parent qui leur donnerait protection. »

5° Voici ce que raconte la tradition orale exactement reproduite dans un cantique composé en français et en patois l'an 1710 par Pierre Riffaud, natif de Sainte-Bazeille, curé d'Auriolle près de Pellegrue (Arch. de M. Labory) :

« Sainte Bazeille avait huit sœurs qui moururent vierges et martyres ; mais notre Sainte souffrit la première. Le père était païen, gouverneur de Galice et s'appelait Catellius. Païenne aussi, la mère, du nom de Calcia, s'enorgueillissait de sa grossesse et demandait aux dieux la naissance d'un garçon. Trompée dans ses espérances, elle mit au monde à sa grande confusion, neuf filles jumelles. Sourde à la voix du sang, elle charge la sage-femme de les faire noyer. Celle-ci est chrétienne; elle les recueille et les élève dans notre sainte religion. - Quelques années plus tard, Catellius persécute les chrétiens avec fureur. Dénoncées, les neuf sœurs sont amenées devant lui, dans son palais et reconnues. Le père dit à sainte Bazeille : « Rends grâces à nos Dieux, car je veux te marier à un puissant seigneur. » « Me marier ! répond la jeune fille, je ne veux point, je ne connais qu'un Dieu, qu'un Christ ! » A ces mots, plus méchant qu'un tigre, le persécuteur s'écrie : « Choisis ou de perdre la tête ou de faire ce que je veux. »

« Bazeille profite d'un délai qui lui est accordé, pour s'enfuir dans d'autres régions et servir le vrai Dieu. Catellius la fait poursuivre et la poursuit lui-même. Il l'atteint bientôt dans un bois où elle s'était réfugiée. A la vue de son père, la jeune fille tombe à genoux. Mais plus irrité que jamais, Catellius lui tranche la tête en s'écriant : « C'est ainsi qu'on venge nos dieux ! »

« De cette tête tranchée coulent du sang et du lait, dont l'un est la marque du martyre et l'autre le signe de la chasteté. En même temps la tête de sainte Bazeille fait neuf bonds et neuf sources jaillissent. C'est là qu'on voit une chapelle aux Neuffons. A peine décapitée, la vierge-martyre prend sa tête dans les pans de sa robe et la porte à quelques centaines de pas, à l'endroit où l'on bâtit une église en son honneur. Sou coeur y repose sous terre et les femmes enceintes y viennent demander une heureuse délivrance et les fidèles y prient pour détourner la mort subite des pécheurs obstinés et obtenir leur conversion. »

Les Bollandistes ont regardé comme insoluble la question de la vie et de la mort de Sainte Bazeille. L'épisode des neuf sœurs jumelles a été avec raison un épouvantail pour les historiens. Les recueils des Vie des Saints n'en font aucune mention. Le Martyrologe de France de Du Saussay, le Sacrum Gynecaeum d'Arthur du Moustier, le Martyrologe universel de Châtelain n'en soufflent mot. La tradition locale et quelques bréviaires en parlent seuls et sont loin de s'accorder toujours.

 

II. - Titre primitif de la fondation de la dime inféodée

de la chapelle de Mothes de Sainte-Bazeille.

1369.

(Archives de la famille de Peyrelongue.)

 

In nomine Domini Amen. Noverint universi quod nos officialis vazatensis die datae infra scriptae ad causas ordinarie audiendas et jura reddenda apud Vazatum die datae infra scriptae pro tribunali sedentes, vidimus, tenuimus, inspeximus, legimus, seu pro lecto habuimus quoddam publicum instrumentum non viciaturn, non cancellatum, non abolitum, nec in aliqua sui parte suspectum, sed omni prorsus vitio et suspicione carens, prout in eodem legebatur et prima facie apparebat nobis presentatum pro parte venerabilis capituli ecclesiae vazatensis, cuius quidem instrumenti tenor talis est :

Conoguda causa sia que corn na Maienssa de Lengon qui fo, dementre que vive agosa instituit et dotat una caperrania entro a la valor de quinse livres de renda annuala deserviduira en la glisa de Sancta-Bazeilha et dius agos feit son comandament per mort de la deita na Maienssa de Lengon sens que no agos assignat a la deita caperania les deites quinse livres de renda annuala, en laqual caperania mossen Laurens de Lansac prestre sia caperan instituit loqual aga feit apelar per davant londrat seinhor lo senhor official de Bazatz na esclarmonda de Jusics, molher den Ramon Mota, donzet, cum plus prusmara hereteira et tornaleira de laditta na Maienssa de Lengon que fo, et de sos bens et causes, a laqual aga demandat per davant ledit senhor official de Bazats que l'assignes com a caperan instituit a la dita caperania les deites quinze livres de rende annuals per la maneira que la deita na Maienssa ave ordonat en son darrei testament, segont que lodeit mossen Laurens de Lansac com a caperan instituit en la deita caperania et la deita Esclarmonda de Jusix dissoren et reconegoren.

Es assaber que lodeit mossen Laurens de Lansac com a caperan instituit en la deita caperania, et la deita na Esclarmonda de Jusix per sin et per sos hers et successors ab autrey del deit en Ramon Mota son marit se son abenguts enter lor en la maneira et condition que sensec, so es assaber que la deita na Esclarmonda de Jusix ab autrey volontat et autoritat deldeit son marit cum hereteira et tornaleira dels bens et causas que foren de la deita na Maienssa de Lengon per rason de les deites quinse livres de renda aldeit mossen Laurens degudes cascun an per rason de ladeite caperania, a ensenssat et ensenssa ab la tenor et per la tenor daquesta present carta aldeit mossen Laurens de Lansac cum a caperan instituit en la deita caperania, tota la part que era ha en les deymes de Sancta Bazeilha, de Thyvras et de Betpuch, et plus totes les arrendes et oblies que a ladeita son deguges al loc de Sancta Bazeilha, exceptat los ters et los quarts del jorn de la data daquesta présent carta entro a la prumeyra festa de nedal pres denament venent, et de la deite prumeyra festa de nedal qui ven, a très ans ampres avenedors complidors et acabadords, del tot per aver çulhir et recebre per lot deit mossen Laurens o per son commandament tot lodeit terme, dens loqual terme dessus deit ladeita na Esclarmonda ab autrey desdeit son marit a promes et autreiat al deit mossen Laurens de Lansac que era assignera ladeita caperania aldeit mossen Laurens cum caperan daquera lesdeites quinse livres de renda en bon nus francs et sufficiens, et en lo cas que no les assignes que a bolgut et autreiat ab autrey deldeit son marit que lo deit mossen Laurens per rason de lesdeites quinze livres a luy degudes cascun an per rason de ladeita caperania aia et prenga longadament de temps lesdeites deymes a leys apartenens a Sancta Bazelha, a Thyvras, a Betpuch, et les avant deites oblies et rendes dessus expressades et fassa de tot en tot per rason de lesdeites quinse livres tant entro na Esclarmonda o sos hers lagen assignat cum a caperan de ladeita caperania les deites quinse livres de renda franques en franc alo. Et si per aventura la deita na Esclarmonda o sos hers assignaven aldeit mossen Laurens o a ladeita caperania les deites quinse livres de renda franques en franc alo, en aquet cas lodeit mossen Laurens devré et seré tengut et a promes de rendre et restituir a la deita na Esclarmonda o a sos hers les deymes et rendra soltament, equitament et sens tot contrast. Et a bolgut et comandat et commanda la deita na Esclarmonda ab autrey deldeit son marit ab la tenor daquesta présent carta a totz aquets als quais a présent aparten et apartenir poyra, que dassi avant paguien aldeit mossen Laurens so que a leys apartendra o devra apartenir de les deites deymes et les deites rendes que a leys seran degudes en lo deit loc de Sancta Bazelha et poder d'aquetz, exceptat los ters et los quarts tant longadament et tant de temps, entro que era o sos hers lagen assignat les deites quinse livres de renda et a promes et autreiat la deita na Esclarmonda de Jusix ab autrey volontat deldeit son marir que era encontra la deita ensenssa en la present carta contenguda no vendra ni venir fera per sin ni per entrepausada persona en judjament ny defore en cort segular ny de gleisa ab bon guih ni a mal guich en degnn temps ni en degun loc, per degune maneira. Et na fenunciat sober asso la deita na Esclarmonda ab autoritat que dessus a la action et exception en feyt et al beneffici de restitution en entegre et al dreit que aiuda als deffraudatz et decebutz et deffraudades et decebudes oltra la meytatdel just et driturey pretz o en autre moneyra es secourut, et a la ley Julia de font dotal, et a la ley si qua mulier, et al dret del sénat consult belleyan feyt et introduit en subsedi et en favor de les moines, et a la costume de Bazades et al dret disens que nul contreyt, permission ny obligation que molher fassa estant en poder de mark, a son preiudici no bal ni ten, et a tota altra aiuda de dreit scriut et no scriut feyt et a far canon et civil divin humonal special et general, et a tot for et a tota costuma et a tot usatge et a tot éstabliment de loc et de terra et a totes et sengles exceptions de dreit et de feyt declinatoires perenitoires et altres quais que sien et estar pusquen ni degen que aiudar ni baler lo poscossen et degossen a benir o far benir, en tot o en alcuua partida per dugana maneyra per que o perquals la present carta et causas en hera contengudes per dreit o per costuma oefors poscossen o degossen estre impugnades contradeites cassades revocades irritadés annulades nulles, prononciades enfrintes et affeblides en aleuna maneyra volens et autreians ladeita na Esclarmonda ab autoritat que dessus, que aquesta general renontiation aga et aver pusca et dega autant de valor fermetat efficassia et effeyt on cascun dels cas et articles en la present carta contenguts cum si tot et sengles li cas et li artigle de drit et costuma et dels autres causas dessus deitas contraris et adversals, et totes et sengles les renonciations opportunes et neeessaris y heren expressatz et expressades declaratz et deelarades, renuucians sober asso la medissa na Esclarmonda a la costuma de Bazades et al drit disens general renonciation no valer ni toler drit al renunciant al cas que expressatz no son, et aysso ha mandat promes et autreiat ladeita na Esclarmonda de Jusix per sin et per sos hers ab autoritat que dessus far tener et complir et nb hier en contra en et sotz obligation de totz sons bens et causes mobles et non mobles on que sien ni estre degen per totz locz et que en ayssi ho tenga cum deites et que no benga en contra que hec ha jurat als sans evangelis Diu tocat corporalment de sa man dextra et desso bolgoren lesdeites partides que fossen feites dues cartes de un tenor so es assaber a cascuna partida una tant boues et tant fotz et suffi ciens cum far poyri ni sabri ab cosselh de savis sens aiudar substancia del feyt. Testes Ard. Prebost, Guillem Bayle, Guillem Carreyra et senlieron de la vila notari del principat de Guyayna que la présent carta inquiri escrigo et son senhal i pauset. Actum décima nona die Januarii, anno Domini millesimo trecentesimo sexagesiuo nono, regnante domino Edouardo, Dei gratia Anglise rege, domino Hasberniae, dominoque Edouardo eiusprimogenito principe Vall. et Aquitaniae duce, Cornual. comite. Teste G. Bazatensi episcopo. In cuius quidem visionis tentionis inspectionis et prelectionis fidem et testimonium et quod huic presenti transcripto, seu vidimus tanquam originali instrumento publico fides plenaria adhibeatur, Nos officialis Bazateiisis predictus sigillum ordinarium curiae nostrae huic pnti transcripto seu vidimus jussimus impendendum et apponendum. Actum et datum Bazati dia vicesima nona mensis aprilis anno Domini millesimo quadringentesimo vicesimo secundo in presentia et testimonio venerabilium et discretorum virorum dominorum Bernardi de Prato, in utroque jure bacallii, Petri de Saboario, presbiterorum, et magistri Guillelmi Arnaldi Calhani, notarii Bazati ad premissa presentium et testium predictorum.

Et mei Raymundi de Solnihaco clerici curiae Bazati publici auctoritatibus impériali ac dominorum de capitulo notarii qui premissis visioni, tensioni, inspectioni, praelectioni et omnibus aliis supradictis dum sic ut pronunciarentur agerentur et fierent una cum prenominatis testibus presens fui et presens transcriptum seu vidimus … extraxi et in hanc publicam formam manu mea propria redegi signoque meo consueto … signavi in fidem et testimonium omnium et singulorum una cum appentione dicti sigilli.

Collationne par nous conser secre du Roy maison et couronne de France et de ses finances. De Labat.

 

III. – Instrumenlum assignatïonis dotis domine Indie filie nohilis viri Domini Jordani Insuie

(Somme de Lisle CLXXVIII)

 

Noverint universi quod cum Bertrandus de Calvomonte, domicellus, et Domina India, filia nobilis viri Domini Jordani, domini Insuie, militis, ad invicem matrimonium contraxissent, per verba de presenti predicta India, tempore dicti matrimonii et ratione et causa dicti matrimonu, dedit, constituit et assignavit in dotem dieto Bertrando totum hoc generaliter et specialiter quod ipsa India habebat et habere debebat ullo modo apud Gontaudum et Pinolibum (ou Pujolibum – Pinols ou Pujols ?) et Sanctam Bazeliam ; dedit etiam et constituit dicta India prefato vira suo in dotem et nomine dotis in peeunia numerata mille marchas argenti, de quibus idem Bertrandus se tenuit pro bene paceato et contento, recognoscens et confitens idem Bertrandus de predictis mille marcliis sibi ab ipsa India plene satisfactum fuisse, renuueians super hiis exceptioni non numerate et non reeepte pecunie, et ibidem predicta India dedit dictas res dicto viro suo cum modis et formis et conditionibus infrascriptis ; et ibidem prefatus Bertrandus dédit et assignavit et constituit dicte Indie in dotem et donationem, propter nubcias seu sponsalicii largitione seu augmento dicte dotis, mille marchas argenti cum modis et conditionibus infrascriptis : ita, videlicet, dedit et constituit dicta India dotem prefatam dicto viro suo quod dictus Bertraudus et dicta India insumul, dum vixerint, habeant et teneant et possideant dictas res dotales, et, si contingat dictum Bertrandum premori seu decedere sine prole legitima descendenti ex dicto matrimonio, dicta India superstite, dicte res dotales et dicte mille marche argenti donationis, propter nubcias seu sponsalicii largitate seu augmenti, redeant et libere revertantur ad dietam Indiam et ejus heredes pro eorum voluntate dicte Indie et ejus heredis, perpetuo facienda. Pro quibus mille marche dictus Bertrandus obligavit dicte Indie olnnia castra sua cum omnibus pertinenciis suis et bona sua et jura mobilia et immobilia ubicumque sint tenenda, possidenda per dictam Indiam et ejus heredes, quousque de predictis mille marchis dicte Indie esset plenarie satisfactum, fructibus medio tempore perceptis per dietam Indiam vel ejus heredes ex dictis bonis in summam mille marcharum nomine computatarum. Sed dictos fructus habeat dicta India et ejus heredes ex puro dono et mera liberalitate dicti Bertrandi, ita, videlicet, ut predicti fructus ex tune vel ex nunc pura donatione et irrevocabili inter vivos dicte Indie et ejus ordini et heredi ejus deveniant pleno jure si dicta India decepsit sine infante, vel infantibus ex viro suo predicto légitime procreatis ; si vero dictus Bertrandus decesserit, superstite dicta India et liberis existantibus, quod res predicte ad dictam Indiam libere revertantur. Si vero dicta India decesserit, infante vel infantibus ex ipsis legitime procreatis, existante dicto Bertrando vel non stante, voluit et concessit etiam dictus Bertrandus quod dicte res dotales deveniant ad dominum Jordanum, patrem dicte Indie, si vixerit tamen ; si non vixerit, quod dicta bona deveniant plene ad Jordanum filium dicti domini Jordani vel ejus heredes pro omni eorum voluntate plenarie facienda. Fuit insuper positum et concessum quod, si dicta India decederet, dicto Bertrando superstite, filiis et fillabus existentibus ex ipsis legitime pro creatis, quod dictas Bertrandus haheat de dictis bonis dotalibus mille marchas argenti, pro quibus obligavit dicta India dicto Bertrando omnia sua bona, sua castra et jura mobilia et immobilia ubicumque sint presentia et futura, ita ut illa habeat, teneat et possideat, quo usque de predictis mille marchis argenti sit eidem integre satisfactum. Hec autem omnia predicta juraveriint predictus Bertrandus et India predicta super sancta dei evangelia, alter alteri servare, tenere et complere et non contravenire per se vel per alium ullo modo. Imo renunciaverunt expresse, sub virtute juramenti, exceptioni non numerate et non recepte pecunie et exceptioni doli, fraudis et omni alii benefecio juris eanonico et civili, pro quibus vel aliquo predictorum et obesse alter alteri vel alicui in toto vel in parte, et renunciaverunt insuper omni exceptioni, defentioni, et voluerunt quod renunciationes générales valeant tantum et eamdem obtineant firmitatem ac si speciales, essent apposite ibidem et contente. Hoc fuit ita positum et concessum decima quarta die introïtus Junii regnante Philippo Rege Francorum, Bertrando episcopo Tholosano, anno ab incarnatione Domini Mo CCo LXXo primo. Ad hec sunt testes Dominus Bertrandus, Dei gracia cornes Convenarum ; Donatus de Coramano et Bertrandus Arnaudi de Levinhena, milites ; Guillermus Bartholomei, clericus Domini episcopi Tholosani et Arnaudus Arguanhati, archipresbyteri de Insula ; Ramundus de Castronovo et Hugo de Palacio, domicellus ; et Petrus Arnaudi de Dalbs, publicùs Tholose notarius, qui cartam istam scripsit.

Copia presens fuit correcta cum originali per me Petrum Defouresio notarium Tholose publicum in quorum fidem signum meum publieum apposui, ut ecce P. de fouresio.

(Transcrit et communiqué par M. Dumas de Rauly, Archiviste de Tarn-et-Garonne).

(Voir la lettre de Philippe IV dit le Bel à la fin du document V qui suit).

 

IV. – Hoc tangit factum de Sancta Bazilia et de Landerrone super quibus violenciis et gravaminibus illatis bajulis dictorum locorum. (Somme de Lisle f° VCLXXXIIII).

 

 Notum sit omnibus quod anno Domini millesimo trescentesimo secundo, die Marris ante festum beati Michaellis videlicet, septima die exitus meusis septembris, nobilis vir dominus Laurencius de Cajarco, miles, in presencia testium subseriptorum, ostendit et per me notarium infrascriptum legi fecit quoddam publieum instrumentum, inquisitum, ut prima facie videbatur, per magistrum Johannem Guillermum de Cassanay, publicum notarium ville de Regula, scriptum per manu m Pétri de Pugbonet, cujus tenor de verbo ad verbum sequitur in hune modum : Notum sit omnibus quod, anno domini millesimo trecentesimo secundo, die dominica ante festum beati Mathei, apostoli videlicet, XVI die introitus septembris, in villa de Regula ante castrum nobilis viri domini Laurencii de Cajarco, enstos administrationis seu tutelle liberorum Anassencii de Cavomonte, domicelli quondam deffuncti, et Bernardus de Moleria, bajulus nobilis viri domini Jordani de Insula militis, dominorum sancte Bazilie et Landerronii, militis, in presencia testium subscriptorum, per me notarium infrascriptum legi fecerunt coram nobili viro domino Guillermo de Aulesi, milite castellano dicti castri, quandam appellationem in quadam cedulla scriptam tenore qui sequitur continentem : quia appellationis remedium est inventum ad rellevandum opressos et contra justifia aggravatos nec non ad impediendum processus judicium prepositorum castellanorum et aliorum quorumcunque justiciariorum propterea et in quantum procedentium. Vosque castellanus de Regula unacum castellano de Sancto Machario collega vestro ut dicitur in hac parte gravaveritis minus juste et irracionaliter prefatos dominos de Sancta Bazilia et de Landeronio et eorum locatenentes seu bajulos et eorum altam et bassam juridictionem quam in dictis locis habent quia eorum carcerem fregistis seu frangi mandavistis temere etdeeodem carcere extracistis seu extraxi fecistis quemdam hotninem quem captura tenebant in ipso carcere in forcis vinculis mancipatum suis meritis exigentibus et ex eo etiam quia apud Landarronum in juridictions immediata dictorum dominorum et de hiis quoe in dicto loco dicuntur fore comissa et perpetrata in domo Geraldi de Juxiis et contra eum gentes et familiam suam de quibus cognitio curia et judicium ad plenum fuit reddita dominis antedictis per nobilem virum dominum Johannem vicedominum Ambianencem dominum de Pinquonio ad partes Vasconnie pro reformatione patrie auctorite Regis destinatum ex mandato et litteris sique sunt subreptice impetratis a dicto vicedomino, inquestam fecistis in loco de Landarono et de facto cum de jure non possetis et intendatis etiam usurpare juridictionem dictorum dominorum de Sancta Bazilia et Landerrono et aufferre eis juridictionem, cognitionem et executionem que ad ipsos dominos pertinent cum intendatis aufferre capere personas que de dictis forefactis culpabiles sunt nominati et àbs contra ipsas procedere faciendo ut videtur prima, facie littere vestre in gravamen et prejudicium dictorum dominorum et bajulorum suorum nosque Laurentius custos et Bernardus de La Moleria bajulus supradicti dictorum dominorum eorumque locatenentes in dictis locis de Sancta Bazilia et de Landerronio senciamus predictos dominos et nos t-t juridietionem predictorum locorum et nos in personas et loca eorum indebite pegravari per vos castellanos predictos et jus dictorum dominorum et nostrum c.ontra justieiàm seu ledi ne aliter super predictis perpetratis ut dicitur cognocendo vel aliter possitis quoquo modo procedere de facto cum de jure non possitis contra nos et dominos dictorum locorum a vobis et vestrum quolibet ex predictis gravaminibus et eorum quolibet et aliis gravaturis in causa appellationis exprimendis nos custos et bajulus antedicti pro dominis antedictis et eorum nomine et nostro quathemus possumus et debemus ad dominum nostrum Regem Francie vel ad illum ad quem de jure fuerit appellandum in hiis scriptis provocamus et appellainus et petimus instanter appostolos nobis dari ; quod si dari denegaveritis et intérim de hoc appellamus ut supra supponentes predictos dominos et predicta loca de Sancta Bazilia et de Landerronio cum jurisdictionibus et aliis omnibus pertinenciis suis et nos et nostra et alia bona dictorum dominorum cum hominibus et subditis suis nec non procuratores, fautores et consiliarios et coadjutores eorum et eis adherentes protectioni predicti domini Regis et illius ad quem prius appellatio tenebit et valebit requirentes te Guillermum de Cossanis publicum notarium ville de Regula inde fieri publicum instrumentum. Et ibidem illico dictus dominus Castellanus legi fecit duas comissiones quarum tenor unius sequitur in hunc modum : Johanes vicedominus de Puiquonio miles domini nostri régis ad partes istas. Pro refformatione patrie a domino nostro Rege eommissarius depputatus nobili viro domino Gulllermo de Aulesy de Regula militi et Guillermo de Roussilione castri sancti Machari salutem. Significaturn est nobis quod nuper apud Landarronum homicidia, invasioues, vulnera et enormes excessus cum armis eommissa fuerunt per dominos Heliam et Arnaldum Bernardi de Seris, milites, fratres et Bertrandum de Sancto Michaelle et quosdam alios eorum complices in personis Geraldi Guillermi Garsie et Bertrandi Juzexs et quorundam aliorum, domos etiam predictorum frangendo, jocalia et les alias inde aportando et alla plura enorma commitendo qu'are vobis et vestrum cuilibet comitimus et districte percipiendo mandamus quathenus ad dictuni locum personaliter accedatis et de predictis veritatem solicite inquiratis et quod invenerltis de predictis nobis fideliter refferatis ut uocentes debite punire possimus interim quos culpabiles iuveneritis de premissis arrestetis et eorum bona sub manu régis teneatis. Datum apud Regulant, anno domini mo trecentesimo secundo, octavo die Augusti. - Tenor vero alterius commissionis sequitur sub hac forma : Johannes vicedominus Ambianensis dominus de Puiquonio illustri domini régis miles ad partes Vasconie et totius ducatus Aquitanie per dictum dominum Regem pro reformatione patrie destinatus dilectis suis castellanis de Regula et de Sancto Machario salutem et dilectionem. Cum nos vobis alias comiserimus quod informaretis vos super quibusdam homicidiis invasionibus, vulneribus et aliis excessibus in Landarronio perpetralis in personnam Geraldi de Juzixs et suos consocios vobis iterato mandamus et comittimus qnathenus et non obstante quoi nos predictam inquestani remiserimus nobili viro domino Jordano de insula, militi, in quantum posset suam juridictionem tangere, inquiratis super predictis cum veritate potissime. Cum prout intelleximus presens causa pertineat ad dominum nostrum Regem in aliquo secundum tenorem cujusdam supplicationis quam vobis sub sigillo nostro mittimus interclusam et inquestam quam inde feceritis nobis quam citius poteritis apportetis vel mutatis sub vestris sigillis fideliter interclusam mandantes omnibus ; subditis dicti domini nostri regis vobis et vestrorum cuilibet in premissis et premissa tangentibns pareant et intendant. – Datum apud Aginnum die Mercurii post festum Assumptionis beate Marie Virginis, anno domini Mo CCCo secundo. – Quibus commissionibus lectis dixifet respondit prefatus castellanus quod virtute earum tara ipse quam castellanus sancti Macharii, collega suus, in negoeio de quo agitur in eisdem commissionibus jam processerant et procederent juxta traditam eis formam non obstante appellatione predicta maxime cum ipsum negoeium tangat seu tangere videatur dominum nostrum regem et hanc responcionem suam idem castellanus precipit iuscri per me supradictnm notarium in hoc publico instrnmento, presentibus testibus vocatis et rogatis Andrea de Laval, Aymerico de Cajarco, Guillermo Costa, Othone de Panessac, serviente domini regis, Colardo Gosselini et me notario supradicto qui hec inquisivi et per manum Petri de Pugbonet scribi feci et signo meo signavi : Actum est supra in principio Philippo Rege Francorum régnante, duce Aquitanie, tenente Petro, priore de Regula. Quo instrumento prolecto dictus dominus Laurencius per me legi fecit quandam litteram sigillatam nobilis viri vicedomini Ambiacensis ut prima facie apparebat sigillatam tcnorem qui sequitur continentem : Johannes vicedominus Ambianensis dominus Puiquonini, miles domini nostri Regis Francie ad partes Vasconie et ducatus Aquitanie pro reformatione patrie a majestate regia destinants, castellano et preposito Reule et castellano sancti Macharii vel eorum locatenentibus, salutem. Cum ratione quorumdam excessuum in tenemento de Landarrone comissorum vos de mandato senescalli Vasconie teneatis arrestatos quosdam milites et domicellos dicti loci et ex parte nobilis viri domini Jordani de Insula, militis domini nostri Regis et Domini Laurencii de Cajarco, militis, custodis terre liberorum Anassercii de Cavomonte, dominorum dicti loci de Landarrone nobis extiterit supplicatum ut eisdem captos predictos remitti faciamus pro justicia facienda cum de hiis que in dicto loco convictuntur ad ipsos ut dominos cognitio et punitio pertineat pleno jure nolentes eorum juridictioni derogare vobis et vestrum cuilibet precipimus et mandamus quathenus vobis presentibus omhes illos quos oceasione predicta captos detineatis eisdem domino Jordano pro et domino Laurencio nomine liberorum predictorum vel eorum mandato reddatis et restituatis pro meritis puniendis et servientibns per vos in dicto loco et in bonis dictorum captorum appositos amoveatis sine dilatione quacumque. Datum Burdigale die Martis ante festum Beati Petri ad vincula, anno Domini Motrecentesimo secundo. Reddatis Iitteras latoribus. Quibus instrumento et littera per me iufrascriptum notarium lectis dictus Laurencius de Cajarco voluit et petiit de visione et inspectione eorum fieri publieum instrumentnm, testibus presentibus Johanne Paussa, Galhardo Morlan, Arnaldo de Sertis, Roberto Manhan, Bernard de Cayrols et me Michaelle de Sagasse, publico notario Reule qui hee rogatus et vocatus inquisivi et premissis interfui et per manum Petri de Pugbonet scribi feci et signo meo signavi. – Actum anno et die quibus supra in principio, Philippo Rege Francorum regnante, ducatum Aquitanie tenente. Petro, priori de Regula.

Hec fuerunt abstracta a suo originali per me Petrum de Fouresio notarium Tholose publieum in quorum fidem hee signo meo publico sequenti signavi.

P. de Fouresio.

Lictera Regia super facto de Landerrone excessu per bajulos dicti loci perpetrato contra dominum fordanum de Insula.

f° VeLXXXVI. V°.

Philippus Dei gracia Francorum Rex senescallo Vasconie vel ejus locumtenenti, salutem.

Mandamus vobis quathenus a dilecto et fideli nostro Jordano domino Insuie, occasione cujusdam excessus olim per bajulos ville de Landerrone ad ipsum Jordanum et ad Isabellam relictam Amsancii de Sancta Basilia ad quemlibet pro parte média pertineutis ut dicitur perpetrati majorem summam quam dicte mulieri pro emenda nostra imposita fuerit non exigatis aliquathenus vel levatis nisi causa subsit rationabilis quam nobis indilate siguifficari curetis. Actum Angleura, die Veneris post Pasclia, anno Domini Mo Ducentesimo nonagesimo nono.

Hec fuerunt abstracta, etc.

(Fourès est le notaire qui composa le cartulaire ou Somme dit de l'Isle.)

(Transcrit et communiqué par M. Dumas de Rauly.)

 

VI. – Compromissum inter Dum fordanum quondam patreni, ex parte una, et fordanum ejus filium et Catherinam, ex altera. Somme de Lisle, f° VIe XXVIIo

 

Notum sit quod in presencia mei Guiliermi Fabri communis notarii sancte Bazilie et testium subscriptorum constituti nobilis vir dominus Jordanus, dominus Insule, illustris regis Francie miles, ex parte una, et Jordanus, ejus filius, et nobilis Catherina, uxor dicti Jordani, cum assensu et auctoritate dicti Jordani, viri sui, ex altera, super omnibus contre versus, questionibus et debatis que etant exorte usque in diem hodiernam vel oriri poterant qiuovismodo inter ipsos, et specialiter super ordinatione baronie sancte Bazilie et de Landerrone et super distributione fruet-uum et provenentium, idem super omnibus aliis. questionibus et querellis que nate sunt vel inviceni possent nasci exinde de alto et de basso, compromiserunt in Arnaldum de Fraxino, Ramundum de Casaleto, consules dicti loci sancte Baselie, et dominum Bernardum de Moleria, militem, et dominum Philippum de Guas, vicarium ecelesie sancte Baselie, Ramundum de Petralonga et Vitalem de Milotas tanquam in arbitras arbitratores seu amicabiles compositores, dantes eisdem generalem et liberam potestatem et speciale mandatum pronunciandi diçtum suum ac voluntatem et ordinationem quomodolibet placuerit eis die feriata vel non feriata, stando sedendo semel et pluries, juris ordine servato vel non servato, in toto vel in parte, partibus auditis vel non auditis, vocatis vel non vocatis, presentibus vel non presentibus et abs ubilibet et quomodolibet ipsi dixerunt inter eligendum promittentes per firmam et legitimam stipulationem prefatus dominus Jordanus cuilibet eonjiugum predictorum stipullantium et sub pena mille marcharum argenti et cuilibet conjugum predictarum prefato domino Jordano stipulante a quolibet eorumdem sub pena predicta mille marcharum argentipro quilibet commanda in solidum, quod ipsi tenebunt, servabunt et complebunt quidquid per dictos arbitras seu arbitratores pronunciatum fuerit seu comodolibet ordinatum, volentes quod pena totiens comitatur per ihobedienciain et parti inobedienti totiens applicetur quotiens aliquis ipsorum contra dictam pronunciationem venerit in totum vel in aliqua sui parte, ita tamen quod pena commissa vel non commissa, dictum et pronunciatio in suo robore perseveret et pro predictis omnibus et singulis plenarie tenendis et servandis obligaverunt invicem omnes et singuli supradicti se et omnia et singula eorum bona preseneia et futura in presenciadiscreti viri Dni Bernardi Peleti, prioris et domini Mansi Agennensis locum tenentis domini senescalli Vasconie prout in quadam littera continetur, cujus tenor inferius est insertus, et ad hec servanda constringi voluerunt per curiam dicti domini senescalli tanquam pro re confessata coram ipso judieata et que in rem transiverit judicatam et predicta omnia et singula se servare plenarie tenere et complere nec nunquam eontravenire de jure vel de facto, in toto vel in parte, aliqua ratione juravernnt prefati dominus Jordanus et Jordanus, ejus filius, et nobilis Catherina, uxor sua cum auctoritate et assensu dicti Jordani, viri sui, sacrosanctis Dei evangellis corporaliter a se taetis, renuncientes per juramentum predictum omni juri et consuetidini per quod premissa vel aliquid de premissis et specialiter pene commissio et exactio possent impediri in toto vel in aliqua sui parte. Et ibidem prefati arbitra arbitraires seu amicabiles compositores post multos tractatus varios et diversos inter partes habitos, communicato plurium proborum virorum consilio, partibus presentibus, et hoc cum iustancia petentibus pronunciaverunt ut sequitur : Dicemus et pronunciamus quod nobilis vir Jordanus de Insulta, domicellus, et domina Catherina, uxor sua, super omnibus que habebant facere et possunt hinc usque ad diem hodiernam cum nobili viro domino Jordani, domino Insule, milite, patre dicti Jordani et subponant voluntati et ordinationi ejusdem nobilis viri domini Jordani, domini Insule, militis, ita quod idem dominus Jordanus dabit eisdem conjugibus omne jus et omnen actionem et omnem obligationem quam habet et habere potest et debet in terra seu baronia sancte Bazelie et de Landerone et pertinenciarum suarum ratione septem millium librarum turonensiuni quas olim solvit seu dedit nobili viro domino Johanni de Grely, militi, seu domino Petro de Grayli, filio suo, patre dicte domine Catherine et ratione debitorum per ipsum dominum Jordanum actenus solutorum vel abs quovismodo et ipsi conjuges quittent, cedant et donent quidquid usque ad diem hodiernam ratione fructuum perceptorum et que percipi potuerunt actenus ab ipso domino Jordano petere possent quovis jure scripto, non scripto vel consuetudine et quavisalia ratione. Item quod sit in electionem prefati domini Jordani an pro hiis que tenentur dictis conjugibus facere eisdem cujusdam compositionis inter ipsos facere apud Granatam in Tholosano prout in quodam instrumento publico confecto per manum Petri Guillermi Lombardi, locumtenentis domini Blancini Lupi, militis, quondam senescalli Tholose et autorisante domino Gedo de Malavilla, judice majore senescallie Tholose plenius continetur, donet, quittet et cedat dictis conjugibus duos denarios in dolio quolibet vini et in navibus et ceteris rébus pedagialibus pro rata liberos et quittos ab omni onere, hoc excepto quod teneatur contribuere in medio salarii et pretii procuratorum, avocatorum et constumariorum necessariorum in omnibus causis motis et moveudis occasione debitorom que a domino Yzarno de Bonisvilla debebantur et ea occasione quod limites et jura terre seu baronie sancte Bazilie et de Landerrone sunt vel dicuntur esse saisita seu restricta tempore quo dominus Jordanus predictus gubernavk et tenuirterram predictam et baroniam et ipse dominus Jordanus habeat et teneat totum residuum et suum facere possit et omnia alla onera subire cogatur vel a contra dictus dominus Jordanus toto tempore dicte compositionis durante habeat et percipiat dictos duos denarios in quolibet dolio vin! et in navibus et ceteris rebus pedagialibus pro rata cum média predietorum salariorum et expensarum advocatorum, procuratorum et eonstumarioruin necessariorum in omnibus causis motis et movendis occasionne dictorum debitorum domini quondam Yzarni et ea occasione quam limite et jure terre seu baronie sancte Bazilie et de Landerone quas idem dominus Jordanus tenuit, sunt vel dicuntur esse restricta seu saisita tempore quo idem dominus Jordanus gubernavit et tenuit terrm predictam et baroniam et idem conjuges habeant et teneant totum residuum et suum faciarit et alia omnia onere subire cogautur toto tempore predicte compositionis facte apud Granatam durante. Item quod idem Jordanus teneatur dicte nobili Catherine cum uno scutiffero una domicella dumtaxat in victualibus providere si ipsa velit tenere, manere alias possit esse per se ubi duxerit eligendum et visitare amicos suos quotiens sibi placuerit bis vel ter tantum in anno ; teneatur etiam dictum Jordanum in suis hospiciis recipere et victualia dumtaxat se tercio ministrare prout in dicta composkione canetur vel quingentas libras quocunque voluerit eligere et propter hoc habeat terrant de Monte Securo et molendina d'Estornel in in omnem casum quiçquid de predictis eligerk quandiu sibi tenere placebit. Item quod dictus dominus Jordanus possit et vellit dictum pedagium seu partem ipsius contingentera, percipere et levare apud Marmandam vel apud Reulam vel apud sanctam Basiliam vel alibi ubicumque placebit eidem hoc idem dicti conjuges facere possint. Item quod ipsi jurent se predicta servare plenarie et complere nec unquam coutravenire de jure vel de facto in solidum vel in parte ratione alicujus juris consuetidinis vel statutis vel alias quovismodo jure vel causa. Item quod requirant nobilem virum dominum Bernardum Peleti, priorem et dominum Mansi agennensis, locumtenentem domini senescalli Vasconie prout in quadam littera sigillo dicti senescalli sigillata plenius vidimus contineri et cujus tenor inferius continetur quod ipse suam auctoritatem predictis interponat pariter et decretum. Item quod dictus dominus Jordanus infra mensem alterurn de predictis eligere teneatur post quam electionem factam in curia senescallie Vasconie. Item per predictos predicta omnia jurentur et judicialis auctoritas interponatur pariter cum decreto. Item quod si dictus dominus Jordanus preeligat dictos duos denarios in quolibet dolio vin et in navibus et ceteris rebus pedagialibus pro rata quod ipse facta electione jurata et per senescallum Vasconie confirmata absolvat et quictet et ex nunc quictat et absolvit. In eum casum homines Sancte Basilie et de Landerone et alios dicte baronie subjectos et juramento fidelitatis et aliis quibus sunt eidem abstricti ita tamen quod dicti homines sint per sua juramenta astricti de jurando illo de predictis qui présentera ordinationem servabit cum corporibus et rebus contra illum vel illos qui de jure vel de facto venient contra predicta in totum vel in aliqua sui parte. Item quod eorum quilibet ad requestam alterius ratiffieare,. approbare teneatur coram sienescallô Vasconie quotescumque fuerit alter per alterum requisitus. Item quod dictus dominus Jordanus ex nunc detauctoritatem dictis conjugibus approbaudi testamentum et codieillos dicti domini Johannis de Grayli et remettendi penas coheredibus si forte aliqnas incurrerent et ea jurandi cum decreto et auctoritate judiciali et hoc dicimus retenta nobis potestate declarandi et interpretandi quotiens nobis videbitur expedire infra meusem. Tenor autem dicte littere sequitur in hunc modum : Johannis de Asting, miles, senescallus Vasconie, locumtenens domini nostri regis Anglie, venerabilibus viris, Priori de Manso, magistro Ramundo Gaufridi, canonico Sancti Severini et magistro Bernado de Vineis, domini nostri regis Anglie clericis, salutem et dilectionem. Ut pactionibus, conventionibus et contractibus quibuscumque vel quasi inter nobiles. viros dominum Jordanum de Insula, militera, Jordanetuin, ejus filium et Catherinam,. uxorem suam, quomodolibet cellebrandis nec non pactis, onventionibus, stipulationibus et obligationibus quibuscumqne et approbationibus super testamento nobilis viri domini Johannis de Greili condam militis, domini Barugii (de Buch ?) de Castillone, per heredem et excutorem ejusdem faciendi vice nostra auetoritate possint interponare pariteret decretum nec non ipsa auctoritate nostra confirmare, laudare et etiam aprobare, salvo in omnibus jure domini nostri regis et quolibet alieno, nos occupati magnis negociis ponimus et constituimus loco nostri vobis et vestrum cuilibet in premissis et premissa tangentibus vices nostras plenarie comitentes, dantes nihilominus omnibus meis subditis in mandatum ut vobis pareant efficaciter sicut nobis. Datum Burdigale, die Marris post festum Beati Barnabe Apostoli, anno Domini millesimo tricentesimo quarto ; in quorum testirnpnium muniri sigillum nostrum duximus apponendum. Postque prefati dominus Jordanus et Jordanus, ejus filius, et nobilis Catherina, uxor sua, super predictis de jure suo et de facto ad plénum certifficati et certi prefatum arbitrium sive dictum et procurationem. ibidem, approbaverunt, laudaverunt et rattificaverunt et tactis sacro sanctis Dei evangeliis juraverunt et predicta omnia et singula tenere servare plenarie et complere nec unquam contravenire de jure vel de facto in soliduni nec in parte, renunciantes omni juri scripto et non scripto, consuetudini et statuti per quod predicta possint infringi in toto vel in parte aliqua sui parte pactum invicem facientes expressum de non utendo aliquo jure vel consuetudine per quod predicta possent infringi in toto vel in parte et ad hoc dictum juramentum voluerunt extendi et ut predicta majorera habeant certitudinem ibidem dictus dominus Jordanus de predictis eligit duos denarios in quolibet dolio vini una cum navibus et ceteris rebus pedagialibus pro rata duorum denariorum, supplicantes omnes et singuli supradicti prefato domino Bernado Peleti, locumtenenti dicti domini senescalli quod in predictis interponat suam auctoritatem pariter et decretum et ad ea servanda condempnet quemlibet premissorum. Et ibidem dictus dominus Bernardus, locumtenens cause cognitionis prehabita talis qualis consuevit et debet in talibus adhiberi sedens pro tribunali suam interposuit auctoritatem pariter et decretum et precipiendo condempnavit ad predicta servanda quemlibet premissorum et quibus precepto et condempnationi partes acquieverunt et ea in se sponte succeperunt. Acta fuerunt hec omnia apud Sanctam Baziliam in ecclesia seu capella dicti loci, die existus mensis Junii. Testes fuerunt rogati et presentes dominus Helias de Serris ; dominus Bernardus de Serris, miles ; Bertrandus de Serris, filius dicti domini Helias de Serris, Bertrandus de Serris, filius condam domini Bertrandi de Serris, militis ; Arnaldus de la Cassanha, burgensis Agenni ; Gardas de Angles ; Ramundus de Licmons ; Ramundus de la Floreyra ; Ramundus de Siran ; Ramundus Arnaldi de Molera ; Galhardus de Ferrussaco ; Bertrandus de Juzixs ; Dominicus G. de Balairaco ; Arnaldus Guillermi Esquerra ; Petrus de Lavizon ; Petrus Dorta ; Poncius de Malobosco, et ego predictus notarius qui ad instanciam et requisitionera partiura predictarum hanc cartam scripsi cum alia ejusdem tenore et de partium, voluntate, anno Domini millesimo tricentesimo, quarto, Regnante Philippe Rege Francorum, Edoardo rege Anglie duce Aquitaine, Guillermo Vasconie episcopo et nos Bernadus Peleti, prior et dominus Mansi locumtenens predictus testimoniis premissis huic presenti et publico instrumento sigillum nostrum duximus apponendum.

Premissa fuerunt abstracta, ab eoruni originali, etc. (comme aux précédents actes).

(Communiqué par M. Dumas de Rauly.) ,

 

VI(bis). – Trêve de 1381 (v. st.), dernier jour de février.

(B. N. – Fds Périgord-Lespine – v. 24 – f° 76).

(Arch. de Pau – Albret – Ch. 4. Coll. N 9).

 Enseguen de los artigles contenentz et déclaratz la sustancia ordonenses et couvents deu parti et suffrensa que es estat emprès entre los honorables et poyssents Senhors deu Conselli de nre Senhor lo Rey d'Anglaterra et de Fransa, existent à Bordeu, per eds, cum officiers è en nomé dey' Rey nre deyt Senhor, è pér los Senliors, Barons, Major, Jurats è Cossols, Castellans, Cappitaines villas et fortz de la obédiensa de nre deyt Senhor en eest avant deyt parti comprès, d'une part : et lo noble et poyssan Senhor Mossen Bérard de Labrit, senhor de Santa Baselha, en nomé del honorable et puissan Senhor Mossen Arnault Amaniu, senhor de Labrit, son fray, et per siu medis, et de lors autres aliats, Barons, Nobles, Capnes Castellans, Baylius, prébots, jurats, cossols, villas et Locs de la obediensa deu Rey de Fransa, en lo deyt pati plus à plen dêelarats et comprès, d'autre part, etc…

Et premièrement es ordonnat et accordat p. entre los deyts Senhors, que en la deyt pati sian totas las vilas, castels, fortalessas et plat pays, qui son en los paiis d'entre las doas ribeyras de Garonna et de Dordonha, so es à saber del Cap del Ot d'Agulhon, ayssi com va debert Sancta Livrada, lo dit loc enclus au pati ab son poder et senhoria, et daqui à Montclay d'Agenès, lodit loc ab tot son poder et senhoria enclus en lodeyt pati, et daqui à Montastruc, lo deyt loc ab son poder et senhoria enclus en lod. pati et d'aqui à Puch Daufin, ledit loc ab son poder enclus end. pati et d'aqui à Tumbabeu, è a Lausun, ab lurs podèrs enclus end. pati, et d'aqui à Briduyra lod, loc et poder enclus end., pati et d'aqui au pont de Bragayrac, et d'aqui ayssi cum Dprdonha va entro au Bec d'Ambès. E d'aqui cum, la Mar è Garonna sen poya entro Agulhon. E depart de fora cestas deytas métas y seran plustot so què las gens de Sancta Fé an de la Dordonha en las parropias de Sen Chébit et de Roqueta. E aquestas son las métas devert Terrafort, et devert, Terra Gasca y sian ayssi médis, totas las Ciutas, vilas, forts et plat paiis que son en terra Gasca, soes à saber deu Cap de Baysa, qui entra en Garbnna au dessus d'Agulhon, ayssi cum hom sen va devert Nayrac et d'aqui entro sus la Senhoria de Condom, è d'aqui entro Meysen lo deyt loc, ab son poder è senhoria enclus au pati en que es Lostau de Trinhan et d'aqui à Sos. Lodeyt loc et poder enclus en deyt pati, et tot so que las gents et habitants deu deyt loc de Sos an de la Gelisa en poder de Santa Mora entro sobre lo cap de la Rimhes cura la Gelisa va, laquau Rimhes part ab la terra deu Comté de Foyxs, de Gavardan ab Volonhes, qui es de la Dona de Jaulin, o de Guiron son filh, et d'aqui à Labrit, ab tot son poder et senhoria, et d'aqui à Tartas, ab tot lo viscomptat de Tartas, è d'aqui entro sobre la Mar de Bayona, et d'aqui à la punta de Solac, et d'aqui cum la Mar è Garona va entro audit Cap de Baysa dessus Agulhon, ab tots lors poders et jurisdictions, è tots los habitaus et habitantes, è establissement et sobrevinentz en aquest, sian gens de Santa Gleysa, Gentyns homes, gents darraes, Borguès, Merchants, Laboradors, et tota maneyra de gens… et tots lors bestiars, gros et menuts, e totas lors vestias, cavarnias et autres, e tots lors veyssets grans et petits en flot, è ense, en chenau o fora chenau, et tots lurs apparelhs ab totz lurs maynes, bordius, haustaus, et, tots lurs molins d'ayga è de vent, è de tots lurs autres bens et causés moblés no moblés, exceptat la terra, locs, vilas, forts et gens de Mossen Gualhard de La Mota, qui no son en cest présent pati, per so guar ed a p. su medis son pati, losquaus son aquestas, sohen a saber Noalhan, Castelnaa de Marnes, La Barra en Loutrange, Fargues, Laviahac, Caubon, et sian en lodeyt pati totas las vilas, ciutats de las senescaucies de Las Lannes, qui se apertenent à nre dit Senhor Rey d’Anglaterra.

Item es accordât que de part de fora, lad. metas de Terrafort et de Terra Guasca sian mes et inserits en cest présent pati so es à, saber Fogueyrolas, Laverdac, Vedeyssari, Argenteux, Lo Puy Fortagulha, Nazaret, et Moncabreu, Fyus, Calvihac, Lo Semont qui es de resian moys, ab son poder et senhoria et Arconques… Loquaus locs se gaudiscan de cest pat pati p. medissa maneyra, cum lo locs que son dedins lasd. metas.

Item que lodeyt pati dure… de la data de cestas présents Letras entro an Jorn de la Festa de Paschas premierement, venent, et de ladeyta festa entra que à la fin de dos ans eontinuats et complis.

… Que mal guerra ni dampnage durant cest pari no los sera feyt ni dat de Jorns, ni de nuyt, ab bon ginh, ni ab mal ginh, ab escala, ni sens escala, en daguna maneyra, so es à saber los de la Obediensa deu Rey de Fransa, de tots Angles, en è de quaque part, que sian, exceptat deu loc de Montagut, que no fessa guerra cum Angles, ni cum Vernes, en lo pays apaciat, sino que la Comté de Foyxs aguos guerra uberta, et desmandada ab lo Senhor de Labrit, et en aquet cas queu pogossan far cum Vernes ab lo Senhor de Labrit, è als autres qui se monstreren de guerra ab Luy, é no autramen ; é los de la obediensa deu Rey d'Anglaterra, de tots los habitans, garnisons et establissements qui son é seran duran cest pati en é defora lo Locs, Ciutats etc, de la obediensa deu Rey de Fransa entre lasditas métas devert Terrafort et devert Terra Guasca, é autres dessus apaciats.

 

… Item et ayssi medis au jurat lo Mayer et los Jurats de la Vila de Bordeu é sen son obligats de tenir, et far tenir per las gens de lor Vila et Battingas.

… Item es plus ordenat et accordat que lodeyt Senhor de Santa Baselha fera fermer, jurar é autreyar, à tot son leyau poder, cest pati p. tot lo terme dessus deyt, en la forma et maheyra que dessus es expressat, aus Capitanés de Castelhon, en Peyregort, de la Mota de Sent Payssent é de Montrabel, et sagerar de lors sagets, et darne Lettres sagerades de lors sagets, è no remenhs, d'even é son tingutz lodit senhor de Santa Bazelha estre avidant é socorrent à tôt son leyau poder, à far tenir, gardar é observar lodeyt parti per las garnisons, é gens deus deyts très Locs per totas las maneyrae, vias et remedis que far poyran leyalement, e a bona fé. De là quau Seguransa, autrey é fermament deudit pati passador per los deyts Cappitaynés de Castelhon, de la Mota, é de Montraveu, lodeyt Senhor de Sancta Baselha deu aver certificat los deyts Senhors deu deyt Cosselh deu Rey d'Anglaterra, e si nols y pot far fermar é autreyar que ab garnisons è autrament en totas la maneyras et vias que poyra, ed remédiera, cum mal guerra, ni dampnage non sia feyt, ni dat à las gens é pays deu Rey d'Anglaterra… Dadas et escriutes sur la plassa communau davan lo loc de Langon, lo darradey Jorn de févrey, qui fo lo divendres après Sen Massias apostol ; L'an de gracia m. très cents quatre vintz.

(En parchemin, avec deux sceaux perdus, reste les Lemnisques.)

 

VIII. – Passeport délivré par S. M Jean Sobieski à Jacques de Bentzmann.

 

Joannes Dei gratta Rex Poloniae, Magnus Dux Lituaniae Russiae Prussiae Samogitiae Mazouiae Volhiniae Xilviae Podlachiae Smolensciae Sueriae Czernihouiaeque.

Universis et singulis Principibus, Ducibus, Ecclesiasticis et Saecularibus, Marchionibus, Comitibus, Baronibus, Exercituum terraque marique Generalibus, classium Gubernatoribus, Arcium, Praesidiorum Praefectis, Teloneorum, Vectigalium Adminitratoribus, portuum passuum viarumque publicarum Custodibus, urbium Magistratibus, caeterisque officia quaevis publica Gerentibus, Amicis et vicinis nostris charissimis Benevorentiae nostriae Regiae significationem, subditis vero nostris gratiam regiam.

Nobilis Jacobus Bentzmann consumpto laudabiliter in Regno nostro Poloniae et magno ducatu Lituaniae decennio, atque impensis singulariter non sine encomio annis octo obsequio aulico Illustrissimi Christophori Pac supremi Magni ducatus Lituaniae cancellarii in patriam suam revertitur. Cum itaque idem nobilis Bentzman non tantum a consiliariis nostris sufficienter recommendatus sit, verum etiam ipse de nobis bene meruerit, ne illi regia nostra desinius commendatione et benevolentia, decenter ab omnibus requirimus, quatenus illi libellum, securum ac tutum ubivis locorum concedant et prasstant transitum, omnemque humanitatis ac benevoli animi exhibeant contestationem. Quo nomine rem ipsi gloriosam sunt faeturi, subditis vero nostris – voluntati nostrae conforment, mandamus. Datum et signatum Varsovias die niensis aprilis anno Domini MDCLXXXI Regni nostri VII anno.

Joannes Rex (Ici le grand sceau du royaume de Pologne) Litterae Passus nobili Jacobo Bentzmann in Patriam redeunti.

Antonius W. de Seelt.

Sacrs Regis mstis secretarius.

Donnons des marques de notre bienveillance royale à tous princes et gouverneurs ecclésiastiques et séculiers de notre royaume, marquis, comtes et barons, généraux de nos armées de terre et de mer, gouverneurs de nos places, commandants de nos citadelles et forts, ministres des finances, administrateurs des ports et des routes publiques, magistrats et généralement tous ceux qui sont revêtus d'un emploi public, nos amis et voisins bien-aimés et accordons l'a grâce royale à nos simples sujets.

Faisons savoir que noble Jacques Bentzmann retourne dans sa patrie, après avoir passé dix ans avec distinction dans notre royaume de Pologne et dans notre grand duché de Lithuanie et après avoir été attaché pendant huit ans avec honneur, à la personne de l'Illustrissime Christophore Pac, grand chancelier du duché de Lithuanie, et attendu que ledit noble Bentzmann a été fortement recommandé par nos conseillers et qu'il a même bien mérité de notre personne, nous voulons bien lui accorder notre recommandation royale et nous entendons que tout le monde le laisse passer librement et qu'on lui prête secours et assistance en quelque lieu qu'il porte ses pas. Nous commandons à nos sujets d'exécuter nos ordres ci-dessus, attendu qu'ils feront en cela une action louable.

Donné et signé à Varsovie, le dix avril de l'an du seigneur MDCLXXXI et de notre règne, le septième.

VIII (bis) – Nous, trouvons dans les archives du général de Bentzmann des lettres à lui adressées par un grand nombre de maréchaux et de généraux du Second Empire. Nous donnons ici celles qui peuvent présenter à nos lecteurs un plus vif intérêt.

- Août 1848. Le général Cavaignac au général de La Moricière :

« Mon cher ami,

« La Rochejacquelin soutient mordicus qu'o veut nous enlever tous deux cette nuit à 2 heures du matin, ce n'est pas à l'heure fatale de minuit, mais enfin il est sûr de son fait.

« Voyez ce que vous voulez faire pour ne pas tomber au pouvoir de l'ennemi.

« Gal Cavaignac. »

« Cette lettre a été écrite au Gal de La Moricière, alors ministre de la guerre, vers le mois d'août (la fin), 1848. Elle m'a été remise pour aller m'entendre avec le Gal Cavaignac au sujet des mesures à prendre.

« De Bentzmann. »

Le général Bosquet écrit à M. de Bentzmann, capitaine d'artillerie, officier d'ordonnance du général de La Moricière, à Mascara, une série de lettres très intéressantes sur la guerre dans la province d'Oran et dans la Kabylie, et contenant de piquantes critiques relatives aux circulaires administratives et aux faux rapports adressés au pays sur la situation de la conquête.

« Sétif, 23 juillet 1850.

« Mon cher Bentzmann,

« Etes-vous encore à Paris et cette lettre vous parviendra-t-elle ? Gagneur, que j'avais prié de me renseigner, de me donner votre adressé, n'écrit plus rien et vous me traitez lous comme un exilé ! Il faut bien cependant que je vous fasse savoir que je ne suis plus dans le pays de Mostaganém, que nous avons ici nos petites révolutions comme vous avez les vôtres à Paris, que nous tâchons de changer les vieux principes de l'armée et de la scène politique comme vous vous exercez là-bas à renverser ceux de la vieille société. Le ministre de la guerre nous aide beaucoup. Ainsi :

« Autrefois, depuis 93, depuis qu'il y a dés armées en France, quand, un général ou un officier supérieur tombait à l'ennemi, son épée était de droit relevée par un officier de la même armée, mais nous venons de changer tout cela. Le général de Barral vient d'être tué dans une affaire contre les Kabyles et c'est un général de l'armée de France, qui est envoyé pour le remplacer, non pas un colonel des nôtres nommé, à sa place ; il n'y a pas de colonels dans l'armée d'Afrique.

« Le général en chef et le ministre s'entendent si bien que sur deux généraux envoyés de France on n'en juge pas un seul capable de commander dans une subdivision isolée et active, et alors, pour leur trouver ici un poste en conformité ou en concordance avec leur ancienneté de grade (qui sans doute m'avait pu être calculée d'avance), le général en chef, au lieu de présenter au ministre des objections victorieuses, trouve plus simple de bouleverser toutes les combinaisons antérieures et de changer de pays trois généraux déjà pourvus, Crény, de Salles et moi.

« Au fait, l'Afrique étant un pays, uniformisé et qu'on va assimiler à la France, quel inconvénient y aurait-il à donner les commandements de subdivision au hasard et sans aucune appréciation de la convenance de chaque individu ?

« Pour moi, je viens d'être jeté à Sétif. Dans quelques jours, vienne encore un nouveau candidat de France et j'irai à Batna ou à Milianah, indistinctement. L'Afrique est désormais chose connue et il n'est pas nécessaire d'étudier un pays pour y commander,

« Tout ceci est plus queridicule, et l'on ne peut pas user plus follement d'un pouvoir sans responsabilité.

« Je n'ai pas besoin de vous dire avec quel regret j'ai quitté Mostaganeai, .J'aurais pu trouver une consolation dans les témoignages que j'ai reçus le jour du départ : la ville tout entière, les Arabes et nia bonne brigade étaient tous à la plage pour me dire tristement adieu ; chacun comprenait qu'il y avait là une faute et que je ne devais pas m'éloigner de ce pays. La faute et le conseil donné à mon propos, vous devinerez d'où ils partent. On m'a trop désigné pour la province d'Oran. La jalousie et l'envie brûlent toujours, on n'aime pas à voir son héritier près de soi, on n'aime pas ceux qui font réussir une colonisation partout condamnée, on n'aime pas près de soi quelqu'un qui pense, travaille, sait et peut juger. Enfin, il est doux à certains coeurs de faire de la misère à ceux auxquels la fortune a souri. Et je suis enfin loin de la province d'Oran.

« On n'a pas manqué de m'expliquer que le commandement de Sétif était très important, et qu'il y avait dans ma nomination une preuve d'estime et de confiance. J'allais former tête de colonne contre la Kabylie, etc., etc. Mais, en arrivant a Sétif, où je me suis rendu par terre d'Alger, j'ai trouvé, sur la route, trois bataillons qui rentraient à Blidah et je reste à Sétif, avec trois bataillons, pour tenir bon El Çada, le Kodna, l'Ouemougha, la Medjana, le Sahel et le sud de Sétif et la Kabylie jusqu'à Bougie. La plaisanterie est complète. Mais moi qui ne sais pas rire de ces choses-là, j'en ai le coeur serré et fort endolori. Depuisquelques années nous rôdons comme des chiens hargneux autour de cette Kabylie. Chaque fois, on en tire un lambeau, mais en excitant l'intérieur et compromettant tout ce qui serait pour nous si nous entrions largement et de bonne foi dans ces montagnes. Mais nous ne faisons que passer, comme les moutards à travers les feux de la Saint-Jean. Hier, je recevais une lettre fort douloureuse à lire, d'un grand seigneur de Zaouïa, Si Saïd ben Aly chérif, qui commande d'ans le milieu de la vallée de l'Oued Sahel, entre Aumale et Bougie et qui, à l'origine, comptant sur la continuité de nos efforts, s'est donné à nous. Aujourd'hui, ses gens, violentés par les Zouaoua et tout ce qui tient fièrement contre nous, lui reprochent sa soumission à des gens qui abandonnent leurs amis et qui ne semblent pas comprendre comment on peut tenir ce pays-là. Il se désole et prévoit qu'il sera assassiné. Que voulez-vous que je lui réponde ? On sait cela partout et on me retire les troupes.

« Autre face de la position. L'Ouemougah, La Medjana (plaine et montagne), le Odna et Boucada avec les O. Naïls Chéraya, tout cela est sous la main du Kalifa El Mokrani. C'est entre les mains de ce grand feudataire et non entre les nôtres que tout ce pays a fait soumission, c'est cet homme qui fait là pour nous, et cependant il faut tâcher de nous substituer à lui, il nous faut reprendre une action directe, révolution qui ne se fera pas sans de grands coups de fusil. On compte sur moi pour greffer là-dessus le système de la province d'Oran et on me retire les troupes. C'est une amère plaisanterie et une grosse désolation pour moi. J'ai rêvé plus d'une fois, depuis quelques jours, de demander à être mis en disponibilité...

« … Le général (11 ) ne gâte personne de ses lettres, je le sais, mais j'aurais été heureux, comme un signe de sa bonne amitié, de trouver au bas de sa lettre un mot de sa main, ne fut-ce qu'un mot. Tout cela ne m'empêche pas de lui conserver au fond du cœur cette respectueuse reconnaissance et cette chaleur de dévoûment qu'il sait bien. Voulez-vous être assez bon pour faire agréer à Madame de La Moricière mes hommages les plus respectueux et les plus empressés.

« Je vous serre cordialement là main,

« Bosquet. »

- « Sétif, le 22 janvier 1851.

« Mon cher Bentzmann,

« Je vois bien que votre diable de caporal fait la fumée épaisse et en fait beaucoup à travers ce tuyau où elle passe sans efforts, mais ne vous y fiez pas, c'est quelque Waterloo-Ratapoil.

« Pour moi, je ne crois pas à la bonne foi des gens perdus de dettes, de conduite douteuse, vivant sur un nom aux dépens du public. Je ne veux pas écouter le conseil des gens masqués en républicains et qui vous servent sous des sauces de l'autre monde, des cuisines impériales, orléanistes ou des lièvres plus faisandés encore. Je ne crois pas à autre chose qu'à la république pure, de bonne foi, énergique et aussi éloignée de la monarchie corrompue-que de l'anarchie baveuse et sanglante. Et je ne crois pas que la nation désire autre chose, qu'autre chose convienne à la nation.

« Les gens d'affaires sortis des cabinets des trois restaurations ou de leurs antichambres, les pourris de l'agiotage, les gens faibles ou paresseux et sans travail peuvent rêver d'autres combinaisons. La nation laborieuse, les coeurs droits, la grande masse enfin ne désire que des lois justes pour tous. La république seule nous donnera ces lois, qui ne sont pas encore commencées malheureusement.

« Je ne sais si je me trompe, mais il me semble reconnaître dans l'Assemblée en masse, une émotion toute républicaine. On dirait que son expérience est faite et qu'elle ne veut plus céder à un pouvoir exécutif de mauvaise foi. Tenez, je crois qu'un ordre du jour, comme le suivant, serait accepté.

« L'Assemblée, dans les circonstances que vient de lui faire le pouvoir exécutif, croit devoir au pays l'exposé de sa pensée. Si le pouvoir exécutif a cru voir dans l'appui d'une majorité qui manoeuvrait dans un but d'ordre et de calme à ramener partout, un encouragement dans des pensées ennemies de la Constitution et du régime républicain, il aurait commis une cruelle erreur. L'Assemblée, interprête fidèle du sentiment du pays, restera inébranlable dans la légalité, entendant faire loyalement et uniquement les affaires de la nation. »

« Quelque chose comme cela serait adopté et ferait  époque. Voilà la pensée générale, éloignée de toute question de famille ou de personne, plus républicaine que ne le pensent plusieurs qui n'osent s'avouer à eux-mêmes qu'ils ne sont plus monarchiens ou plats valets.

« Je vous en conterais plus long si j'avais le temps aujourd'hui de fumer vos pipes, mais au lieu d'attendre à un autre courrier, je vous ai fait ces lignes en courant, vous serrant la main, vous priant d'offrir mes respectueuses amitiés au général, mes compliments les plus respectueux et les plus empressés à Madame de La Moricière et de dire des injures à Gagneur, qui n'écrit plus, si vous avez un moment pour passer chez lui.

« A vous bien cordialement,

« Bosquet. »

« De Sétif, le 11 février 1851,

« Mon cher Bentzmann,

« Je me doute bien qu'on ne s'occupe guère, en France, de la pauvre. Africa, Mais nous; qui sommes présentement dans le pétrin annoncé par le Charivari, dans le numéro où il promulguait l'ordre du jour du nouveau gouverneur, nous y pensons beaucoup, et il peut être utile que je vous dise des faits de grande gravité.

« Le premier acte de M. le Gouverneur a été d'annoncer qu'il n'admettait pas. les spécialités d'Afrique, que ceux de France valaient bien ceux d'Afrique et mieux. Personnalités assez grossières, mais qui tendaient naturellement à appuyer, sa position et expliquer ses prétentions à tout savoir, tout juger sans avoir rien vu, rien appris.

« Cela dit, il s'est mis à la besogne de désorganisation et voici le premier résultat :

« 1° Le bureau arabe d'Oran chassé ;

« 2° Le bureau arabe d'Orléansville vidé (Dichard est remercié et il est dit que le premier capitaine de l'armée, au hasard, le remplacera) ;

*3° Le bureau arabe de Mostaganem vidé (le commandant Valicon a reçu ordre sec de suivre en France son régiment) ;

4° Malgré les observations du général Pélissier, la subdivision de Si Bel Abbès sera commandée par le colonel qui remplacera Mellinet, quel que soit l'homme ;

5° Idem pour la subdivision de Batna, qui sera commandée par le successeur de Carbuccia, quel qu'il soit ;

9° De Wingi, qui commandait à Bougie et très bien, est nommé lieutenant-colonel en disponibilité. Aussitôt ordre de partir et de donner le commandement au plus ancien officier, le premier venu, au milieu des questions brûlantes de la Kabylie, dont ils me rendront responsable.

« Si ce n'est pas de la folie, c'est de la lâche vanité et il y a là en république cas de conseil de guerre.

« M. d'Hautpoul ne se gêne pas à Alger pour jeter ses fatuités et ses reproches à tout ce qui l'a précédé et,à tout ce qui reste ici de l'armée de la conquêt. Cet homme, qui n'a pas un grain de poudre sur ses épaulettés, dont l'épée conserve encore l'huile virginale des magasins de Paris, gonflé de rancunes et de vanité, se dépêche de tout brouiller, comme les lâches qui profitent d'un moment d'inattention pour cracher leur bave autour d'eux.

« Mon cher ami, j'ai le cœur très gros et jamais je n'ai été triste et malade d'esprit comme aujourd'hui;, non pas découragé, j'espère et je voudrais assommer des gueux comme ceux qui gâtent nos affaires'; mais j'ai dans les yeux des larmes de rage en voyant gâter à plaisir ce qui a tant coûté de sang, d'études et de nobles efforts. Ici, chacun méprise cet homme, mais nul ne peut empêcher la désorganisation. Je vous en écrit pour que vous disiez les faits à ceux qui peuvent, qui doivent aider contre la désorganisation. On cherche tous les jours une occasion de me faire querelle. Il y a rancune dont j'assume les conséquences, et je sais que je ne suis pas épargné dans les lâches ébats de ce gros ventru ; mais je tiendrai jusqu'à ce qu'une parole dite ou parlée me soit personnellement adressée.

« Je vous serre la main, mon cher ami, de bonne vieille amité,

« Bosquet. »

« De Sétif, le 22 août 1851.

« Mon cher Bentzmann,

« Le Pacha de Tunis s'avise d'appuyer, avec des troupes, ses prétentions aux mines de plomb de La Calle. Ajoutez que Luzy m'annonce que les tribus des environs de Collo, soumises par M. de Saint Arnaud, ne sont pas soumises du tout et en donnent des preuves très embêtantes ; qu'au sud-est les Némencha se conduisent comme des canailles qui nous savent occupés et fatigués ailleurs. Ajoutez encore que le chérif que nous avons chassé de chez nous, s'appuyant sur les Zouaouas qu'on n'a pas voulu réduire, fait face à l'ouest et se fait envoyer d'Alger, par la fraîcheur présente, une série de bataillons qui méritaient un autre sort…

« … Si nous étions côte à côte là-bas, je vous en conterais long sur les intriguailleries qui ont fait la base et les suites de cette compagnie de la Kabylie… »

- « D'Aguemmoun, le 12 février 1852.

« … Que je vous dise tout ce que j'ai souffert, tout ce que je souffre encore à la suite de cette incroyable révolution. A la première nouvelle que je reçus par courrier de terre d'Alger, je me pris à sourire, convaincu que la loi ne serait pas violée impunément. Mais peu de jours après, il fallut comprendre que cette grande nation avait peur et que cette armée démocratique comptait en haut plus d'industriels militaires que de soldats dévoués au pays. Je ne puis pas vous exprimer le bouleversement qui s'est fait en moi, en voyant abandonner ainsi lâchement par l'armée ses plus glorieux généraux et en songeant que cette armée obéissait, pour violer la loi au profit de ne sais qui, à ceux qu'elle devrait estimer le moins. Tout cela est hideux et incompréhensible.

« Sous le poids de la rage la plus concentrée, du dégoût qui dure toujours et d'un sentiment de fierté blessée, j'ai envoyé le 7 décembre une.demande officielle à la division pour être mis sur le champ en disponibilité. M. de Salles me répondit qu'il ne voulait pas transmettre, m'écrivant gracieusement à cette occasion. J'insistai et il envoya à Alger. Là, le général Pélissier déchira ma demande et m'écrivit pour me dissuader, Martimprey aussi, tout le monde enfin. Je me révoltais toujours contre l'idée de rester, lorsque le vote des 7.000.000 fut connu et le général Randon et Martimprey m'écrivirent qu'il n'e convenait pas de se retirer ainsi. Je cédai'et j'en suis là, non convaincu dans le cœur, encore moins tous les jours dans l'esprit. J'aurais été heureux d?ua acte de brutalité qui m’aurait rapproché de mes anciens généraux, les seuls hommes que j'aime, que j'estime et, que j'honore. Ecrivez-moi ce que vous savez d'eux et si je pourrais de quelque manière leur venir en aide ; je ne vis plus quand il me reste un moment pour réfléchir à la honte qui couvre nos drapeaux et la France entière.

« Dieu vient de me donner une bonne occasion d'employer mon temps au profit de la conquête. Le chérif du Djurjura a tenté un nouvel effort sur la Kabylie de Bougie et je suis parti de Sétif, à marches forcées, pour le combattre avec une poignée de monde rassemblée, à la hâte et quelques contingents restés fidèles. Je l'ai mis en déroute le 25 du mois dernier et j'ai fait un exemple terrible en brûlant vingt-trois villages bâtis à chaux, sable et tuiles, sur le territoire de B. Mansour et O. Sidy Moussa qui me servait de champ de bataille. Le chérif s'est enfui vers le centre du Djurjura. Il m'est interdit de marcher en avant, à cause de la saison, et aussi on me refuse les troupes et les moyens nécessaires pour une campagne d'hiver ; mais je tirerai néanmoins de bonnes conséquences de tout ceci, je réorganise les forces militaires du pays à notre profit et je fais une belle route qui de Bougie me conduira sur le plateau central du Djurjura. J'en ai 5 lieues de faites à partir des bords neigeux du plateau. Ce serait plaisir de manœuvrer et d'agrandir la conquête si l'on avait d'ailleurs le cœur à l'aise, mais en regardant là France, le cœur se serre et il ne reste plus que rage, et dégoût.

« Dîtes-moi, dans votre letre, comment vous pouvez écrite au général (12 ) comme je vous le demandais. Donnez-moi votre adresse si vous n'êtes plus rue de l'Université. Envoyez au général tous mes sentiments de dévoûment. Je voudrais faire arriver aux généraux Changarnier, Bedeau, Le Flo et a Charras les mêmes souvenirs. Dîtes-moi comme on pourrait faite. Je songe aussi à Madame de La Moricière dont ces épreuves, j'en suis sûr n'ont fait que développer les beaux sentiments de courage et de noblesse de cœur. Dieu ne permettra pas que la trahison, le vol et la lâcheté triomphent longtemps en France, et nous réserve de meilleurs, jours.

« Qu'il vous rende aussi votre belle santé d'autrefois, mon cher Bentzmann, ce sont les vœux de votre ami.

« Bosquet. »

« Agueminoun, près des B. Hidjen. ,

« Envoyez cette lettre au général si vous pouvez. (13 ) »

« De Sétif, le 22 avril 1852.

« Mon cher Bentzmann,

« Je pars dans quelques jours pour une nouvelle campagne dans le cercle de Collo. La combinaison qui me met là n'est pour moi ni heureuse,niflatteuse ou bien vaillante…

« … Le plan général des opérations en Afrique me semble au moins très maladroit. On pourrait y trouver plus. Il y a cinq points à attaquer avant tout, on a ce qu'il faut et il est certain que le résultat serait complet, c'est le reste du Djurjura ; on lui tourne le dos. Le garde-t-on pour plus tard, etc… »

- « Le 24 mai 1852.

« Mon cher Bentzmann,

« Je vous écris de chez les Ouled Aïdoun, les plus sales b… et les plus hargneux de ces petits kabyles que nous revisitons cette année et qui sont plus sauvages que jamais. Il nous ont accueilli en faisant le vide devant nous et revenant la nuit en masse pour nous fusiller ; mais je les ai dégoûtés de ces sérénades au moyen de mes zouaves et du 16ème léger, et après la quatrième attaque, ils ont eu trop de plaies à lécher pour revenir. Nous nous sommes battus avec les voisins, nous avons eu bataille avec un chérif, etc., etc., enfin le feu a un peu cessé. Nous manoeuvrons bien, je l'espère. Le général Mac-Mahon, malgré ses velléités de course, a bien voulu admettre la vraie méthode, de patience qui nous donnera des résultats. Nous allons donc à là sape et nous arriverons. Seulement il faut bien convenir que les rapports du général de Saint-Arnaud sur cette partie de la Kabylie ne disent plus aujourd'hui la vérité, et que .ce pays n'a aucune, absolument aucune apparence de pays soumis…

« … Donnez de mes nouvelles aux exilés et donnez m'en d'eux... »

- «  De Sétif, le 22 septembre 1852.

« Mon cher Bentzmann,

« Nous avons fait, cette année, une campagne très sérieuse (en Kabylie). C'est justement pour cela qu'il n'en fallait rien faire savoir au public qui aurait pu apprendre les floueries de l'an passé. J'en garderai un bon souvenir, celui de la confiance des troupes que je menais dans les moments difficiles, et c'est là un dédommagement aux misères, qui ne manquent point d'ailleurs. Vae victis ! mon cher ami, et tout naturellement.

« Encore si vous écriviez quelquefois, je saurais quelques nouvelles des exilés. Donnez-m'en donc, car vous devez en avoir et enseignez-moi-comme il faudrait faire pour écrire sans faire lire ses lettres à la poste. Encore qu'il n'y ait pas eu de complots à cacher, je répugne assez à laisser souiller des causeries de bon cœur.

« Vous savez que Martimprey est général et parti d'Afrique pour n'y plus y revenir. J'y reste donc un peu seul et un peu comme Marius, proscrit ; seulement, au lieu d'être assis sur des ruines et dans un marais, je suis à cheval et sur des crêtes de montagnes… »

- « Le 26 janvier 1854.

« Mon cher Bentzmann,

« … Je veux que vous sachiez que les projets de mission en Orient avaient pris, dans ces derniers jours, des proportions très grandes et des formes mieux accusées. Mais je n'ai trouvé ni chez le Kébir, ni chez son commis, des idées bien précises et surtout des plans praticables. Beaucoup de poésie et pas de calculs bien sérieusement alignés. Il a été question d'opérations à tenter sur la côte nord de la mer Noire, avec la flotte et des troupes de débarquement ; mais ces troupes ne seraient pas françaises… Au total, on voulait bien gagner quelque chose, mais sans mettre au jeu.

J'ai démoli ces chimères, parlé net et clair et il y a eu ajournement. Au fond, mon cher Bentzmann, je crois peu à la guerre et beaucoup aux efforts que font les puissances et les nations allemandes pour éviter les chances d'un incendie occidental. Je ne vous parle pas du désir secret que l'on nourrit en France de garder la paix, malgré l'attitude loyale et chevaleresque prise dès le début. Les Anglais, évidemment, demandent de grand coeur qu'on brûle Sébastopol et la flotte russe ; que la France s'affaiblisse aussi en perdant du inonde sur terré, et l'Angleterre y trouvera des avantages quand le moment sera venu de nous tourner le dos. Sans cette ambition outrageante de la Russie, il me semble que notre alliance naturelle serait là plutôt qu'ailleurs… »

- « De Paris, le 18 septembre 18…

« Me voici, mon cher Bentzmann, voici mes deux mains amies qui pressent les vôtres, ne sachant guère d'autres consolations à vous offrir que de m'attrister avec vous et de prendre ma part d'ami de votre grande et juste douleur (14 ). Hélas ! celle qui vous frappe est peut-être bien près de m'atteindre et je fais un amer retour sur moi-même en vous voyant si désolé. Ces solennelles occasions dans la vie sont épreuves et enseignements à qui sait en profiter pour une philosophie meilleure. Rien ne tient dans la vie et tout s'en va, les joies de famille comme les joies de jeunesse et les joies du triomphe. Heureux celui qui peut conserver un riche témoignage de sa conscience à travers les funérailles de nos illusions. Mon cher ami, il y a bien des mois, je veux dire des années, que nous ne nous sommes vus à l'aise dans ces causeries, jadis rieuses, où nous regardions l'avenir à travers les verres grossissants et roses de la jeunesse ; je sens que je voudrais vous revoir et vous serrer la main, car une des funérailles qui nous arrivent les plus tristes de cette vie, sont les funérailles de nos amitiés ; j'y assiste depuis ma rentrée en France et surtout depuis que je m'appelle le Maréchal… C'est l'isolement, non pas brusque, mais lent et certain, qui approche comme la mort. Cela est très vrai, mon cher ami, que plus on a gardé son cœur, plus on souffre de cet isolement que font autour de vous les différences de position et l’égoïsme de l'homme qui à passé 40 ans. Il n'y avait à ce résultat qu'un remède, que vous a'avez pas voulu, que je n'ai pas eu le temps de préparer pour moi, une nouvelle famille, de nouvelles affections ; et maintenant il n'est plus, temps pour moi. Avisez, eroj'ez-moi, s'il ne serait pas encore temps pour vous. Croyez-moi, c'est une parole d'avenir que je vous dis, la main sur le cœur ; il est vrai que la vie est amère à la fin, fut-elle même glorieuse, elle est amère dès qu'elle est privée des,vraies affections. Ecrivez-moi si vous ne venez un moment à Paris ; ne vous enveloppez pas dans votre douleur et cherchez, au contraire, dès que vous en aurez la force, un peu de distraction. Une vielle amitié est un point d'appui dans la tristesse, profitez de la mienne qui est bien votre et de tout coeur.

« Mal Bosquet. »

Le général La Moricière, détenu à Ham, par suite du coup d'Etat, entretient une correspondance très suivie avec son ancien officier d'ordonnance le capitaine de Bentzmann :

« Ham, le 5 janvier 1852.

« Mon cher Bentzmann,

« Le général Saint-Arnaud a fait appeler, il y a trois jours, le Gal de Crény et lui a proposé la direction du personnel et des opérations militaires que celui-ci a refusée. La conversation s'est alors engagée sur ce qui nous concerne, avec le but très probable de nous faire savoir indirectement ce qu'on voulait faire de nous. Or, d'après ce qu'a dit le ministre, voici ce qui serait arrêté : dans quatre ou cinq jours (la conversation, avait lieu le 3), on ouvrira les portes de Ham et les prisonniers militaires seront conduits à la frontière avec notification d'un décret qui les exile pour un an. On croit que nous serons libres de choisir ; le pays où nous chercherons un asile, mais il paraîtrait que le séjour de Bruxelles nous serait interdit.

« On nous emballerait à Ham sans nous, laisser revenir à Paris. J'ai l'intention de chercher un refuge en Belgique ; j'hésite entre Louvain, Liège et Marines. Je désirerais causer de tout cela avec vous ; de plus, quittant la France sans retourner à Paris, j'aurais diverses dispositions pour lesquelles je voudrais vous prier de m'aider. Voyez donc s'il vous est possible de venir nous voir presque immédiatement après avoir reçu cette lettre. Toutefois, si le Gal de La Hotte persiste à vous refuser son concours pour vous faire obtenir une permission, voyez s'il n'y aurait pas danger pour vous à prendre une voie différente. En tout cas, répondez de suite, afin que je puisse vous écrire si je ne dois vous voir avant de quitter la France.

« Mille amitiés,

« Gal de La Moricière (15 ). »

Le capitaine de Bentzmann, qui demeurait alors rue de Lille, 115, à Paris, fit les démarches nécessaires pour obtenir la permission de voir à Ham le général de La Moricière. Aussi reçut-il du ministre de la guerre le billet suivant :

« Mon cher Bentzmann,

« J'ai parlé de votre projet au ministre ; il m'a dit, avec l'air d'un homme peiné, qu'il vous engageait à écrire, mais à ne pas vous déplacer personnellement dans l'intérêt de votre avenir.

« Entre gens aussi intelligents des deux côtés, la correspondance doit suffire.

« A vous,

« Blondel. »

Nous trouvons écrit, de la main du capitaine de Bentzmann, au susdit billet : « A propos d'une demande que j'avais faite au ministre pour aller à Ham voiri Gal de La Moricière.

« de B… »

- « Ham, le 7 janvier 1852.

« Mon cher Bentzmann,

« Je regrette bien vivement de partir sans avoir pu causer avec vous. Mais enfin il paraît qu'il n'y faut plus compter. Cette lettre vous sera remise par Humbert de Clercy qui est venu ici passer 24 heures. Vous avez à Paris le domestique du Gal Bedeau, Gentil, qui part demain à midi pour nous revenir, et de plus le domestique du Gal Changarnier, Jean (n° 3, faubourg Saint-Honoré), qui nous reviendra après demain. Je vous prie de m'écrire par une de ces occasions. Ces deux hommes sont sûrs. Envoyez-moi la liste des individus qui se sont informés de moi, liste que vous me dites que vous avez gardée. Je vous avoue qu'il y a une ou deux personnes dont je suis étonné de ne pas avoir reçu un seul mot. Cela ne me désole pas, mais je suis bien aise, pour ma gouverne, de savoir à quoi m'en tenir.

« Nous ne savons encore ni quand nous partons ni où nous allons...

« … Je viens d'être assez malade… Je vous dirai que je n'espère pas beaucoup revenir en France après un an. Car, de deux choses l'une : ou les choses se consolideront et alors on satisfera contre nous une haine ardente, ou on aura des inquiétudes, et, elles motiveront la continuation des mesures arbitraires que l'on prend aujourd'hui. Quand le régime des lois a cessé, il n'y a plus de place sur le sol de la patrie pour les défenseurs de l'a liberté. Gardez ceci pour vous et n'en dites rien à tous les miens auxquels je veux laisser un espoir que. je né partage guère. Vous voyez maintenant pourquoi j'étais triste, pendant la dernière quinzaine. Vous comprenez, en outre, pourquoi je suis assez embarrasse sur les projets relatifs, à mon établissement en France.

« Est-il vrai que Riffaut, ne vous ait pas donné signe de vie non plus qu'à ma femme et à moi depuis le 2 décembre. R. S. V. P.

« Adieu, je vous embrasse,

« Gal de La Moricière (16 ). »

- « Cologne, mercredi 14 janvier 1852.

« Il y avait quelque barbarie à me conduire jusques à Cologne dans l'état où j'étais. J'aurais pu avoir des papiers en Belgique, on m'en a proposé ; mais j'avais promis, et j'ai voulu tenir ma parole, même envers ceux qui n'en ont pas. J'avais lieu de croire que, comme on laissait en Belgique plusieurs de mes compagnons de captivité, on me laisserait à Liège ou à Louvain, il n'en a rien été. Je crois comme vous qu'on se servira de notre solde de disponibilité pour nous assigner une résidence, mais cette action qu'on veut avoir sur nous est aussi une garantie que l'on nous payera. La Belgique est très bien pour nous, mais nous ne devons pas abuser, et elle contient en ce moment un si grand nombre de réfugiés sous sa protection que peut-être y aurait-il abus à demander à y être admis. Tenez-moi au courant de ce que l'on dira relativement à nous sur ce sujet, mais rappelez-vous que je ne veux rien demander. Notre dignité exige que nous gardions, vis-à-vis du gouvernement, le même silence qu'il garde à notre égard, et vous savez que depuis le jour de notre arrestation, il ne nous a fait aucune communication. Le Ct Rt me paraît pouvoir vous renseigner s'il le veut ; il peut avoir les nouvelles sans les demander.

« Dans aucun cas, je ne compte, rester ici ; ne m'envoyez donc pas de lettre de crédit sur cette ville. D'ailleurs j'ai assez d'argent pour continuer fort longtemps la vie que je mène, Le métier de proscrit n'est pas tout rose, mais il a au moins cet avantage que l'on peut sans vergogne le mener fort économiquement, et c'est ce que je fais. Cologne est très cher et serait une cause pour m'en éloigner. Liège est ce que je souhaite, d'après ce qu'on m'en dit, La vie y est, dit-on, à très bon marché.

« Est-il vrai, comme quelques uns l'ont assuré, qu'on nous considère comme en congé à l'étranger et qu'on ne nous payera qu'à notre rentrée, c'est-à-dire aux calendes grecques ?

Ma femme me dit qu'elle part jeudi. Dites-lui que je me porte bien. Mais pour vous, je suis repris du genou et ne puis bouger de ma chambre, c'est un inconvénient de plus.

« Adieu. Amitiés pour vous et souvenir à ceux qui se souviennent. (17 ) »

- « Cologne, le 22 janvier 1852.

« Mon cher ami,

« J'ai été plus malade que vous ne croyez. N'en dites rien à ma femme à qui j'ai écrit tous les deux jours. Laguiche est encore ici. Je ne puis encore me tenir levé dans ma chambre plus d'une heure sans que la tête me tourne. La faiblesse des membres est à l'avenant. Le ciel m'a envoyé un brave docteur français, ancien chirurgien major, aujourd'hui chef d'institution à Cologne, qui me soigne très bien. Il a exercé la médecine à Nancy et se nommé Spilleman. D'ici trois ou quatre jours je pourrai, j'espère, quitter Cologne pour Bruxelles, où je me soignerai et terminerai ma convalescence. C'est à ce moment que je chercherai mon établissement définitif, et si Ollivier veut venir me voir, il me rendra alors grand service. Si on nous demande le serment, vous savez bien ce que nous ferons ; il ne me restera qu'à faire régler en ce moment les droits que j'aurai à la retraite, à moins qu'on se décide, en vertu des lois nouvelles, que vingt-neuf ans-de services, trente-six campagnes, sans parler des blessures, etc., ne donnent droit à rien. Au reste, pourquoi se gêner ? Cela passerait comme le reste.

« Je ne puis en écrire plus long aujourd'hui.

« Amitié,

« Gal D. L. M. »

Lettres datées de Cologne, des 25, 27 et 31 janvier 1852, dans lesquelles La Moricière parle de ses rhumatismes qui l'empêchent de partir encore pour Bruxelles.

- « Bruxelles, le 24 janvier 1852.

« Mon cher Bentzmann…

« Que vous dire ? Qu'il fait ici un froid horrible, tout est glacé, je commence à marcher péniblement dans ma chambre.

« … Je me suis mis à la bière que je trouve potable ; au prix où est le vin, c'est une économie de plus de 40 francs par mois. Tous les exilés ont fait de même ; il y en a eu pour lesquels ça été un plus grand sacrifice que pour moi. Toute la famille se porte bien et vous dit mille choses. Femme, enfant, belle-mère réussissent très bien dans cette espèce de Sibérie où les habitants sont de très braves gens.

« Je compte, dès le mois de mai, prendre par l'Allemagne le chemin du Piémont et aller aux bains d'Aix, en Savoie. Cela me conduira jusques à la fin d'octobre, et si on ne me tracasse pas dans ce pays, s'il y a encore un Piémont à cette époque, j'irai peut-être passer l'hiver prochain à Nice, pour voir la Méditerranée au ciel bleu et le soleil dont je sens d'autant plus le besoin que je suis mal logé. Ruinez-vous donc la santé au service de votre pays ! C'est bien le cas de dire comme le soldat : « Et ils appellent cela une patrie ! » Qu'on ne lui demande pas de reconnaissance, c'est entendu, mais qu'elle ne vous laisse même pas vous chauffer à son soleil et vous guérir à ses eaux chaudes ! … Enfin le pire, c'est que cela durera tant que le gouvernement ne se suicidera pas. Son avenir sera plus ou moins long selon sa conduite. L'anarchie, son héritière naturelle et fatale, fait peur aux plus mécontents, et de là vient l'impossibilité de trouver un drapeau d'opposition. Que Dieu protège la France! jamais elle n'en a eu pins besoin.

« Mille amitiés,

« D. L. M. »

- « Bruxelles, le 31 mai 1852.

« Mon cher ami,

« J'ai enfin obtenu d'aller prendre les eaux en Allemagne…

« Vous n'êtes nullement au courant de ce qui a eu lieu relativement au serment exigé de nous, de ce qui, en un mot, a motivé nos lettres. Vous paraissez croire, comme une partie du public, qu'on ne nous demandait rien. J'avais cru cependant être assez explicite dans ma lettre, mais je ne pouvais, pas y tout dire. Sachez donc qu'une première circulaire, datée du 27 avril et sortie du ministère de la guerre, nousta été envoyée ici aùtographiée. Elle prescrivait le mode de prestation de serment pour les militaires, puis arrivant aux officiers qui sont à l'étranger, elle ne disait rien qui nous fut évidemment applicable. Nous nous sommes réunis, nous avons commenté, ce texte, et nous avions si peu envie de faire une manifestation sans motifs, que nous avons pris la résolution commune de ne rien dire et de ne rien écrire. Mais, trois ou quatre jours après, les journaux français nous apportent une circulaire, rédigée dans les mêmes termes que l'autre, à cela près seulement de ce qui regarde les officiers résidant à l'étranger. Après avoir éuuméré les causes, diverses d'absence et voulant nous comprendre sans nous nommer, on ajoute « ou pour toute autre cause. » Ce paragraphe ajouté s'étendant à tous les officiers qui, pour quelque cause que ce soit, résident hors de France, indiquait, évidemment, comme je l'ai dit, les généraux proscrits eux-mêmes. Nous savions, en outre, les alternatives qui avaient eu lieu à cet égard. On voulait avoir un texte au moyen duquel on put nous tordre le col dans deux mois quand on ne penserait plus au serment, et d'ici là on ne nous aurait rien demandé ; mais, le jour venu, la sommation régulière nous eut été faite et, comme nous aurions refusé, on nous eut étranglés entre deux portes, de façon que personne n'en sût rien. Eh bien, puisqu'il fallait mourir, mieux valait se jeter sur l'épée dont on nous menaçait et-avoir la chance de blesser au moins la main qui la tenait. Voilà la vérité sur cette affaire et si jamais le bon sens revient à l'armée et au pays, l'on comprendra. Pour aujourd'hui, les égailles que chacun à sur les yeux soit trop épaisses pour que la vision soit nette.

« Adieu et mille amitiés,

« de La Moricière. »

Lettres du général de Montauban.

- «  Paris, le 5 décembre 1861.

« Mon cher de Bentzmann,

« … Vous savez que S. M. l'Empereur vient de me conférer la médaille militaire ; j'en suis très heureux parce que l'on me dit ici que c'est d'un bon pronostic.

« J'ai fait mon entrée au Sénat le 2 et déjà j'ai pu avoir une idée de la manière dont se passent les choses, dans cette grande assemblée. Quelques orateurs seulement sont en possession de la parole, la majeure partie écoute et tout le inonde vote. Comme je ne veux voter qu'en connaissance de cause, je me range du nombre de ceux qui écoutent, sauf plus tard, si je m'en crois capable, à faire partie de ceux qui parlent, lorsqu'il y aura des questions militaires à traiter.

« Je vous assure, mon cher Bentzmann, que ma vie est bien employée ici et que les journées passent avec une rapidité effrayante. Je travaille du matin au soir, pour ne pas recevoir 30.000 francs du gouvernement, sans chercher à justifier le choix qui a été fait de mon individu pour en faire un sénateur.

« … Je suis en ce moment en lutte avec le Préfet de la Seine pour notre colonne de Chine. Après avoir décidé l'édification de cette colonne, l'Empereur s'est laissé persuader par M. Hausmann qu'un arc de triomphe qui comprendrait les trois expéditions d'Italie, de Crimée et de Chine, conviendrait mieux. J’ai combattu cette idée, par la raison que chacune de ces expéditions avait un cachet particulier et que les colonnes placées sur trois squares produiraient plus d'effet sur l'esprit de la population parisienne, qu'un monument placé à là barrière du Trône et que personne n'irait visiter.

« Comme l'Empereur va rentrer à Paris, j'espère bien pouvoir lui parler de cette question et lutter contre le Préfet de la Seine, qui n'a que le sentiment des moellons et des pierres de taille …  

« Tout à vous,

« Gal de Montauban. »

- « Paris, 31 décembre 1861,

« Mon cher de Bentzmann,

« … J'ai remis moi-même les deux petits canons chinois au prince impérial, L'Empereur m'a écrit très gracieusement qu'il désirait que le prince les reçut de la main de celui qui les avait conquis.

« Je me suis donc rendu aux Tuileries à onze heures et demi, et j'ai trouvé l'Empereur et le prince, qui ont été enchantés des deux canons et des affûts vraiment très jolis, confectionnés au dépôt central de Saint-Thomas-d'Aquin. J'avais fait inscrire sur l'un Pé-Ho et sur l'autre Pé-King, les deux actes qui ont commencé et terminé notre campagne. J'ai profité des bonnes dispositions de l'Empereur pour lui recommander le nommé Besson, ouvrier de l'Etat, ancien militaire, déjà proposé deux fois pour la croix. L'Empereur, avec cette bonté de coeur que vous lui connaissez, l'a décoré tout de suite, aussi ce brave et vieux soldat en a été tellement ému, qu'une fois hors des Tuileries et en me parlant il m'appelait Sire. J'ai été obligé de lui rappeler que je n'étais qu'un très petit sire et qu'il se contentât de pe donner ma qualification de général … »

- « Paris, le 1er avril 1862.

« Mon cher de Bentzmann,

« … J'ai appris indirectement que le Gal Féray voulait vous présenter à M. de Morni et qu'il avait même employé votre nom auprès de celui-ci pour parler très légèrement de l'expédition de Chine, Il prétendait que yous auriez dit, qu'il n'y avait eu aucun danger à courir en présence d'hommes armés de flèches, qui tombaient à 50 pas en avant de nous, et de fusils à mèche qui ne partaient pas ; enfin que le petit nombre d'hommes tués était une preuve du peu d'importance qu'il fallait attacher à cette expédition sous le point de vue militaire.

« Parmi tous les généraux jaloux de notre campagne en Chine, on me dit que le Gal Féray est en première ligne. J'ignore pourquoi, car je ne lui suppose pas la pensée d'envier nia position. Quoi qu'il en soit et dans cette fournaise des plus mauvaises passions qui s'appelle Paris, dès qu'un homme paraît devoir sortir de la foule, les calomnies et les mensonges de toute nature abondent. Vous en avez eu la preuve en ce qui me touche. Cependant je tiens tête à l'orage et quels que. soient mes détracteurs, ils ne parviendront pas, par des menées sourdes, à me faire tort : si j'ai des ennemis, j'ai aussi des amis puissants. Il importe, dans toutes ces intrigues, que je puisse démêler la vérité et c'est pour cela que je m'adresse à vous en toute confiance. Est-il vrai que vous ayez déjeuné ou dîné avec Morni et qu'il a été question de notre expédition ? Dans ce cas y aurait-il indiscrétion à vous demander dans quel sens le président du Corps législatif s'est exprimé ? M. Morni, pour des raisons à moi connues, avait été très chaud pour la Chine ; mais tout d'un coup, pour d'autres raisons également connues de moi, il a tourné bride et se montre très contraire à notre expédition. Ce n'est pas qu'il puisse faire grand niai dans cette affaire, mais encore faut-il que je me tienne en garde contre mes ennemis.

« Quelle vie, mon cher Bentzmann, que celle des cours et que je regrette d'avoir été fatalement entraîné malgré moi au milieu de tous ces mouvements d'intrigue, moi qui voudrais vivre tranquille au sein de ma famille ! Comment se fait-il qu'une expédition qui devait assurer le repos, de mes dernières années: en .soit devenue le plus grand ennui ! Si j'avais la moindre fortune à moi, je fuierais Paris et j'irais me cacher au fond de quelque bonne province, loin de tout ce monde si malveillant … »

- « Paris, le 3 avril 1862,

« Mon cher de. Bentzmann,  

« … Je viens de recevoir, votre lettre du 2 avril et je vous remercie des renseignements qu'elle renferme ; elle me confirme une fois de plus que tout est mensonge dans ce gouffre de Paris.

« Il n'est pas douteux que sans les circonstances favorables dans lesquelles nous nous sommes trouvés, une poignée d'hommes n'aurait pu venir à bout de 30 à 40.000 hommes, et M. le Gal Féray, comme vous le dites fort bien, sait mieux que personne que la gloire de son beau-père, a brillé d'un grand éclat à la bataille d'Isly qui, proportion gardée, a été moins meurtrière encore que notre expédition de Chine. Ce que je vous ai écrit, je le tenais d'un ami intime de Morni et j'étais autorisé à croire que l'on avait cherché un nouveau moyen de déprécier notre campagne. Il est inutile, mon cher de Bentzmann, de donner aucune suite à cette affaire, puisqu'il n'est pas vrai que vous ayez vu M. de Morni. – Je ne sais si vous vous rappelez que j'écrivais de Singapoure au colonel Deschiens qui me parlait de l’enthousiasme qu'excitait l'expédition de Chine : « Mon cher Deschiens, tout en France est feu de « paille : dans trois mois on ne parlera plus, de l'expédition de Chine et dans six mois on ne me pardonnera pas de l’avoir faite. Me suis-je trompé ? … »

- « Paris, le 22 avril 1862, 6 heures du matin.

« Mon cher de Bentzmann,

« Il y a un an jour pour jour, heure pour heure, que nous saluions Shanghaï de nos adieux éternels ! Rien ne troublait alors la joie d'avoir fait une telle expédition ; je ne me doutais guère qu'en France une Chambre malveillante chercherait à rabaisser la gloire que nous avions, acquise, sinon au prix de beaucoup de sang répandu, au moins au risque de grands périls. Il faut aujourd'hui s'incliner devant le monde des épiciers et cela deviendra général en Europe avant longues années… »

- « Paris, le 27 juin 1862.

« Mon cher de Bentzmann,

« … Que vous dirai-je des affaires du jour ? Les feuilles publiques doivent vous tenir au courant, mieux que je ne saurais le faire, puisque nous sommes retombés en, plein régime parlementaire et qu'il leur est permis de tout dire, comme par le passé. Dieu veuille que cette nouvelle phase, dans laquelle le gouvernement de l'Empereur est entré, n'amène pas les résultats que ce système a déjà produits plusieurs fois ! …

« … Voilà bientôt un an, mon cher de Bentzmann, que nous voguions à toute vapeur dans la Mer Rouge, vers l'isthme de Suez. Que de déceptions depuis ces 12 mois écoulés et combien notre expédition, après avoir eu tant de retentissement, a-t-elle trouvé de mécomptes ! Pas un monument qui rappelle le nom de cette épopée dans l'histoire de France ; pas un aigle dont l'étendard conserve le souvenir de ses victoires, qui, si elles n'ont pas coûté beaucoup de sang, n'en ont pas moins amené un résultat immense, dont on n'a pas su profiter ! J'ai reçu une lettre de 8 pages de M. Schmitz, de Shanghaï : il est bien douloureux de voir que les Anglais seuls vont jouir du fruit de nos travaux ! Enfin il faut dire avec les Arabes Allah !!!

« Aujourd'hui, il n'est plus question que du Mexique, la Chine, Rome et bien d'autres questions graves sont un peu mises de côté ; mais c'est l'esprit du Français, l'esprit du moment, un feu de paille, etc… »

- « Paris, le 5 juin 1863.

« Mon cher de Bentzmann,

« Vous aurez vu le résultat des élections de Paris. Il n'est pas possible de montrer plus d'ingratitude pour un souverain qui a fait plus pour la population ouvrière, de cette grande cité que tous ses prédécesseurs réunis. Il faut bien peu connaître le peuple français pour avoir pu croire un instant à sa reconnaissance et je suis bien sûr que l'empereur doit se mordre les doigts de toutes les prérogatives qu'il a abandonnées depuis deux ans… »

- « Paris, le 28 juin 1865.

« Mon cher de Bentzmann,

« … L'on commence donc à comprendre que cette expédition de Chine, qui a fait tant de jaloux, est un fait exceptionnel dans les fastes de l'histoire et je crois qu'elle y vivra bien longtemps après qu'il ne sera plus question du Mexique qui, cependant, a fait deux maréchaux de France. Une chose qui m'a été un peu pénible, c'est d'avoir vu l'amiral Charner nommé amiral pour avoir transporté nos troupes jusqu'à Tien-Tsin, sans avoir couru les risques de les conduire par terre jusqu'à Pékin. Que voulez-vous, mon cher de Bentzmann, il faut être philosophe et prendre les accidents de la vie pour ce qu'ils sont ! Pourvu que je conserve l'amitié de mes compagnons d'armes dans cette mémorable expédition, c'est déjà une récompense des soins que j'ai pris pour qu'elle leur ait été favorable. A ce titre, je compte toujours sur la vôtre, etc… »

- « Evian-les-Bains, 20 juillet 1868.

« Mon cher de Bentzmann,

« Evian est un lieu ravissant sur les bords du lac de Genève et nous espérions que l'Empereur se déciderait peut-être à venir habiter cet heureux séjour pendant quelque temps ; il paraît que c'est partie remise à l'année prochaine. Cependant qui peut calculer où chacun de nous sera dans un an ? Je sais bien que depuis quelque temps l'on chante à peu près le même refrain, mais il faudrabien cependant que toute cette incertitude finisse par avoir un dénouaient. Les représentants de la nation expriment si naïvement la crainte qu'ils ont de la guerre, que je suis surpris, qu'une puissance voisine, nous prenant pour des couards, ne tente pas de nous réduire à l'état de puissance de 2ème ordre. Que de changements en France, mon cher de Bentzmann, depuis notre retour de Chine ! Il semblait alors que rien ne pouvait se faire sans notre gouvernement qui était si fort à l'intérieur comme à l'extérieur. Aujourd'hui c'est à peine, si le ministre de la guerre peut conserver l'année sur un pied respectable, encore a-t-il fallu qu'il cédât sur les 75.00 hommes de plus envoyés en congé dans leurs familles. Tout est devenu chiffre; mais que faire vis-à-vis d'hommes qui ne savent pas ce que c'est que l'armée et dont plusieurs ont pu dire qu'il fallait une armée sans esprit militaire, comme si 100.000 hommes animés de cet esprit n'en valaient pas 200.000 levés à la hâte, comme cela a eu lieu au commencement 93. N'avons-nous pas mieux fait en Chine avec une poignée d'hommes de bonne volonté que nous eussions pu faire avec des conscrits dont la moitié aurait succombé aux fatigues ou aux variations du climat. Ce système d’abaissement de l'armée est proclamé dans toutes les immondes brochures qui paraissent aujourd'hui et qui se sont donné pour mission d'attaquer tout ce qui soutient encore en France la société. L'on attaque de la manière la plus violente l'administration militaire en Algérie, comme si elle était responsable des fléaux qui se sont abattus sur notre malheureuse colonie. Pour les personnes qui, comme vous et moi, avons vu de près les hommes et les choses, de l'Algérie, il est curieux de lire des discours comme celui que vient de prononcer dernièrement à la Chambre M. de Languinais, qui n'a jamais habité ce pays. Que faire au milieu de ce déchaînement contre tout ce qui est militaire ?Attendre patiemment l'occasion qui ne peut manquer de se présenter, dans laquelle il faudra avoir recours à l'armée pour rétablir l'ordre, si vivement attaqué chaque jour. Néanmoins, je trouve que la, vieillesse n'est pas un privilège quand elle nous permet d'assister au renversement de tous les principes que l'on a respectés dans sa jeunesse. J'ai beau rechercher dans l'histoire, je ne vois aucune transformation sociale semblable à celle qui s'opère depuis quelque temps en France ; il est vrai qu'aux époques antérieures la licence de la presse n'existait pas, et l'on ne connaissait pas les libres-penseurs. Mais je m'aperçois un peu tard, mon cher de Bentzmann, que je vous fais à propos de rasoirs (allusion à un rasoir dont il est parlé dès le début de cette lettre), une tartine politique qui pourraitbien vous faire bailler, et j'aime mieux vous dire en finissant que ma famille et moi nous vous conservons toujours une amitié invariable, etc… »

« Quartier général à Lyon, le 23 juillet 1870.

« Mon cher de Bentzmann,

« J'ai reçu votre bonne lettre du 22 courant et je vous assure qu’elle m'a fait un bien grand plaisir. C'est dans la disgrâce imméritée dont je suis victime que je suis heureux d'être entouré de la sympathie de mes amis, je suis depuis longtemps en butte aux calomnies des jaloux et des envieux que cette campagne de Chine, que vous, me rappelez, m'a suscités. Pendant quelque temps, l'Empereur a paru résister aux mauvaises suggestions de mes ennemis, mais quand il a été question de me placer en concurrence avec le Gal Le Bœuf pour le maréchalat, alors tout l'entourage s'en est mêlé, et après des promesses réitérées, j'ai succombé dans la lutte. Aujourd'hui qu'il s'agira de nommer d'autres maréchaux, on donne des commandements en chef à ceux que l'on veut favoriser, mais l'on a grand soin de m'écarter, afin que je ne devienne pas de nouveau un concurrent dangereux. J'ai demandé par deux fois des commandements actifs, il m'a été répondu que ma présence était plus utile à Lyon qu'à l'armée et que j'y rendais des services non moins importants que devant l'ennemi. Cette lettre est tout entière de la main de l'Empereur. Telle est la récompense de ce que j'ai fait pour la gloire de mon pays, alors que personne ne voulait ou n'osait se charger de conduire nos troupes à 6.000 lieues de la France.

« Quant à un commandement dans la Baltique, je n'y crois pas le moins du monde ; mais l'opinion générale a été tellement surprise de me voir mettre de côté au moment d’une guerre sérieuse, qu'elle adopte cette espérance pour moi. Merci encore, mon cher de Bentzmann, merci de cette bonne preuve d'amitié, j’espère que votre santé se rétablira complètement avec le régime sage que vous ayez adoptée. Je regrette cependant pour l'armée que vous n'ayez pas pu en faire partie ; on sentira le besoin d'hommes, comme vous, sachant tout débrouiller pour arriver au succès.

« Je vous renouvelle, mon cher de Bentzmann, l'assurance de ma sincère amitié.

« Tout à vous,

« Gal Th. de Montauban. »

« P. P. - Nous sommes loin de la fameuse lettre des nations dégénérées. Comment appeler les gouvernements qui refusent les services de ceux qui en voudraient rendre de nouveaux ?

Le général Pélissier au général de Bentzmann :

« Paris, le 9 décembre 1870.

« Mon cher ami,

« Nous sommes à la veille ou à l'avant veille d'une nouvelle tentative. Puisse la Providence inspirer plus, sainement, que le 30 novembre, les hommes qui dirigent les affaires militaires, etc… »

 

FIN.

 

Notes :

 

1. Cette douleur venait à M. de Bentzmann de la mort de sa mère.

2. Cette lettre a été remise de la main à la main sans passer par la poste.

3. Lepapier de cette lettre porte en tête le monogramme de la Sainte-Vierge-Marie surmonté d'une couronne.

4. Cette lettre, venue aussi par intermédiaire privé, ne porte ni le nom du destinataire ni la signature du général.

5. La Moricière.

6. La Moricière.

7. Il se plaint, dès les premières lignes, de ce que plusieurs de ses lettres, à divers généraux, ne soient pas arrivées à destination. 

8. Propre d'Espagne : Légende de Sainte Libérate, 20 juillet. « Uno parlu novem edidit filias ut multarum in Hispania ecclesiarum fert tradilio. »

9. « Totas se Deo conceptae virginitatis voto consecrarunt » Propre d'Espagne.

10. Anciens Bréviaires de Seguenza et de Palentia. Vieux Sanctoral de Tolède. Voir la Patrologie de Migne, vol. 31, col. 322.

11. « Omnes fugerunt et consolantes se alterutram ut orantes, et simul fientes discesserunt ab invicem. » Ibidem. - Une autre version dit qu'à la sortie du palais, elles furent enfermées dans une prison et qu'un ange vint les délivrer, en leur ordonnant de prendre la fuite. (Tamayo de Salazar. Martyrolog. Hispanic. 1er novembre).

12. Légende de l'ancien Bréviaire de Bazas.

13. Ibidem.

14. Tradition locale reproduite à Sainte-Bazeille dans des cantiques français et patois de l'an 1710.

15. Ibidem.

16. Ibidem.

17. Les espagnols font venir sainte Quitterie dans, la Vascetania, où elle est martyrisée. Mais la Vascetania n'est autre que le pays de la Soule, la Gascogne française (Ohiénart). Voilà donc les espagnols confirmant nos traditions locales d'Aire et de tout le pays.

 

 

 

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