Histoire de Sainte-Bazeille.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

CHAPITRE IV.

LES D'ALBRET.

I.

BÉRARD D'ALBRET.

 

Par son mariage avec Hélène de Caumont, Bérard d'Albret, devient seigneur de Sainte-Bazeille et de Landerron, de Puch et autre lieux. Sainte-Bazeille restera dans l'antique et puissante maison d'Albret jusqu'à Jeanne, reine de Navarre et mère de Henri IV, et par elle à ses descendants jusqu'à Louis XIV.

Quelle est l'origine des Albret ? D'après quelques-uns, elle remonterait aux rois de la première race. Dans son Histoire de l'Agenais, du Bazadais et du Condomois, M. Samazeuilh nous raconte (pp. 134-135), qu' « au sein des Grandes Landes de Gascogne, on trouve les ruines d'un château ( ) dont les paysans dérobent, chaque jour, les débris pour en construire des chaumières. De cette antique demeure, il n'est resté d'intact qu'une porte gothique. Mais la pointe de cette ogive s'enfonce aujourd'hui dans le sable et darde au contraire vers les deux les deux piliers qui la soutinrent jadis, effet tout à la fois singulier et certain de la mine qui a renversé de fond en comble cette construction, sans en disjoindre les quartiers, sans en mordre le ciment.

« Ce fut le berceau d'une famille noble de chasseurs. A force de les voir courre le lièvre, on prit l'habitude de désigner leur maison par le sobriquet de Leporetum dont on fit Lebretum, puis Labrit ou Lebret et enfin Albret. Les d'Albret couraient aussi les héritières. De siècle en siècle, leur patrimoine s'agrandit, au moyen surtout de leurs alliances, mais aussi pat des usurpations successives, au préjudice du clergé, qui n'eut pas toujours à se louer d'avoir invoqué leur appui. Sous l'occupation anglaise, la maison d'Albret se trouvait déjà puissante, et lors de la campagne du Prince Noir en Castille, celui-ci ayant dit : « Sire d'Albret, avec quel nombre de gens d'armes me suivrez-vous ? » le fier Amanieu répondit qu'en priant ses féaux, il aurait bien mille lances, sans compter celles qu'il laisserait à la garde de ses seigneuries. Sut quoi, le duc d'Aquitaine se tournant vers les siens : « Par ma foi ! leur dit-il en anglais, on doit bien aimer la terre où l'on a un tel, baron qui peut servir à mille lances ! »

« Vers 1556, la seigneurie d'Albret fut érigée en duché. Les d'Albret tenaient alors le Béarn, le comté de Foix, le comté de Bigorre, l'Armagnac, le Bruilhois, la Lomagne… Ils étaient rois de Navarre… Pour arriver à cette haute fortune, il fallut, quoi qu'on en eut dit, plus que du bonheur. D'abord, il existait dans cette maison une cause permanente d'extension, c'était une espèce de loi salique, que les Albret juraient tous d'observer en s'engageant à ne point souffrir que les filles succédassent à l'héritage de leur père et mère, procédant de la seigneurie d'Albret, tant qu'il y aurait des mâles descendants de mâles (P. Anselme). Ensuite les Albret furent habiles. Après avoir servi avec courage et profit le Prince Noir, on les verra se retourner à propos du côté de la France, et quel que fut le motif secret de ce changement de parti, car il n'est pas facile de sonder le cœur des seigneurs gascons de cette époque, on ne peut disconvenir qu'ils n'aient rendu à notre patrie un service inappréciable, en contribuant pour une grande part à L'expulsion des Anglais et à La constitution de la France une et indivisible. On leur reproche de s'être montrés moins guerriers que politiques. C'est une injustice. Ils avaient dignement conquis ce champ de gueules, c'est-à-dire  couleur de sang qui formait le fond de leurs afmes et sur lequel ils méritèrent plus tard de placer des fleurs de lys. Amanieu II d'Albret suivant, l'an 1096, Godefroy de Bouillon, son parent, à la Terre Sainte, fut le premier qui entra dans Jérusalem, après ce prince (Art de vérifier les dates). Entre autres rencontres, à la grande bataille de Maupertuis, le sire d'Albret combattit avec toute sa famille. Un seul (c'était son frère Germain Bernadet d'Albret) ne peut contribuer à cette victoire. Mais pourquoi ? C'est qu'il venait d'être tué près du prince de Galles, à l'assaut de Romorantin. Le Père Anselme qualifie de Grand capitaine de tous les Gascons, Bernard d'Albret, qui, s'étant saisi de Ham, en Picardie, défendit cette place en 1401, avec héroïsme contre les troupes du due de Bourgogne. A la vérité, le connétable Charles d'Albret perdit la bataille d'Azincourt, mais il y fut tué, l'épée au poing.

« Quant à l'origine de cette maison, Oihenard avance, sans en fournir des preuves, que les sires d'Albret descendaient des rois de Navarre. C'est aussi à cette souche que les fait remonter Favin, en les rattachant aux anciens comtes de Bigorre. Enfin, l'édit d'érection du duché d'Albret affirme que cette maison avait pris sa première source et origine des roys régnant au pays de Gascogne, du temps du feu roy Charlemagne.

D'après ces documents, les Albret comme les Armagnac seraient descendus d'Eudes, duc ou peut-être roi d'Aquitaine, et auraient conservé dans leurs veines le sang de Clovis mêlé au sang des princes gascons. »

M. Jules Bourrousse de Laffore travaille depuis vingt-cinq ans à une Histoire généalogique de la race Mérovingienne. Dans cet ouvrage qui aura pour titre : La Race Mérovingienne jusqu'à nos jours, avec preuves, la maison d'Albret a un article important ( ).

Bérard d'Albret,, le premier seigneur de Sainte-Bazeille de sa maison, est un des six enfants mâles de Bernard Ezi II ( ), sire d'Albret de 1327 à 1358, et de Mahaud ou Mathe d'Armagnac ( ), sa seconde femme, mariés le 7 avril et le 20 mai 1321, qui eurent :

I° Arnaud-Amanieu, qui a continué la descendance des sires d'Albret ;

2° Jean d'Albret, connu par le traité qu'il fit en 1368 avec le roi Charles V contre les Anglais ;

3° Bernard d'Albret, religieux cordelier ;

4° Bérard d'Albret, auteur des seigneurs de Sainte-Bazeille, qui suit ;

5° Géraud d'Albret, dont il sera question plus loin ;

6° Guitard d'Albret, témoin de l'acte de donation consentie par Marguerite de Caumont en faveur de Bernard d'Albret, le 26 octobre 1357 ;

7° Rose d'Albret, qui, émancipée et assistée de Guillaume-Amanieu de Miossens, son curateur, épousa au mois de septembre ou de novembre 1350, le célèbre Jean de Grailly, plus connu sous le titre de captal de Buch, chevalier de l'ordre de la Jarretière, vicomte de Bénauges et de Castillon ( ), appelé Jean III par le P. Anselme, qui ne compte les Jean de Grailly qu'à partir du premier sénéchal de Guyenne de ce nom ;

8° Souveraine d'Albret ( ), mariée avec Jean Sanx, de Pommiers, seigneur de Lescun, frère de Guillaume de Pommiers décapité par les Anglais, et fils de Guillaume Sanx de Pommiers, chevalier, et de Jeanne de Fronsac, vicomtesse de Fronsac et d'Oza, dame de Biscarrosse, etc. ;

9° Jeanne d'Albret, mariée le 13 juillet 1350, à Jean comte de l'Isle-Jourdain,. fils de Bertrand, comte de l'Isle-Jourdain et d'Isabelle de Lèvis, dame de Sessac ;

10° Marguerite d'Albret, religieuse, à Nérac, de l'ordre de Sainte-Claire, fondé par les Albret ;

11° Cécile d'Albret, religieuse, à Nérac, du même ordre ;

12° Géraude d'Albret, mariée en 1372, à Bertrand, seigneur de La Mothe ( ).

Gaston Phoebus, XIe comte de Foix, vicomte de Béarn, Marsan, Gabardan, etc., et Jean I, comté d'Armagnac, Fezensac, Rodez, etc., se faisaient une cruelle guerre au sujet de la succession de la maison de Béarn. Le comte d'Armagnac était soutenu par un grand nombre de personnages, parmi lesquels se trouvaient naturellement les seigneurs de la maison d’Albret, ses propres neveux, Arnaud Amaniéeu, sire d'Albret, Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et Géraud d'Albret, tous les trois fils de sa sœur Mathé d'Armagnac. Il y avait aussi Bérard d'Albret, seigneur de Gironde, Leur cousin germain.

Le 5 décembre 1362, les deux armées se livrèrent bataille à Launac situé en aval de Toulouse, à deux lieues de l'Isle-Jourdain, vers le nord, sur la rive gauche de la Garonne et de la Save. L'action fut vive et sanglante. Le comte de Foix fut vainqueur, et, après avoir tué bien du monde à son ennemi, lui fit neuf cents gentilshommes prisonniers, au nombre desquels le sire d'Albret et ses deux frères.

Ceux-ci et Bérard d'Albret, seigneur de Gironde, furent amenés le 16 du même mois devant le château de Foix, où le comte Gaston Phoebus leur déclara ne pas vouloir « macérer leur corps par la prison, et les traiter favorablement comme nobles et gentilshommes ( ) » Il assigna aux autres soit la ville de Mazères, soit celle de Pamiers pour prison, pendant un mois, en attendant qu'ils traitassent de leur rançon, avec permission de se promener dans les environs, sans découcher. Les prisonniers s'engagèrent à tenir ces conditions de leur captivité, sous La caution des comtes d'Armagnac et de Comminges et sous peine d'une amende de 200.000 florins d'or. IL en fut dressé plusieurs actes ( ).

Le 19 janvier 1363 (v. s.), le comté de Foix donna quittance au sire d'Albret, à Orthez, de la somme de 33.333 florins d'or 2/3 pour le premier paiement de la rançon de Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et de ses frères ( ).

Peu après, Guillem-Sans de Pommiers et Ramon de Pellegrue, chevaliers, promettent à Gaston Phoebus de se rendre prisonniers à Orthez, si Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, ne paye pas au comte de Foix 37.333 florins pour le reste de sa rançon et de celle de Bérard et Géraud d'Albret, ses frères, et de Bertrucat d'Albret ( ).

Gassion de Castillon donne pouvoir à Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, à Jean de Loubens et à Bernard de Castillon, son frère, de traiter avec Gaston Phoebus pour sa rançon ( ).

Le 15 octobre 1365, Amanieu de Pellegrue, damoiseau, seigneur de Soumensac, fils de feu Amanieu de Pellegrue, damoiseau, héritier de Catherine de Grailly, dame de Sainte-Bazeille et de Landerron en sa partie, cède et transporte en faveur de Bernard Ezi II, sire d'Albret, chevalier, seigneur de Gensac, Castelmoron, etc., la quatrième partie des seigneuries de Sainte-Bazeille et de Landerron et autres biens pour le prix de 2.000 nobles d'or de Guyenne (guinées) ( ).

Nous trouvons dans la Collection Dupuy (Biblioth. Nat.)lacote d'un « Instrument par lequel apert comme Messire Bérard d'Albret acquist de Nazaoul de Caumont, et En Seguin de Gavaudun et En Bérard Ramon Lorp de Caumont sieur d'Agmé la carte partye des seigneuries de Saincte-Bazeilile et de Landerron et des moulins d'Estournet ensemble deux quittances dé payement de la somme entre eux convenue des instruments d'achapt datte du quinziesme d'octobre mil troys cens soixante cinq et les quittances du dixiesme de février mil troys cens soixante sept et du treiziesme de sept mil troys cens soixante huict. »

Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, est qualifié chevalier, capitaine de Lavardac, de Durance et de Feugarolles dans des lettres de Louis de France données à Toulouse le 1er mai 1369. Il délivre quittance à Etienne de Montméjan le 17 août suivant, de 1.000 francs d'or à lui donnés sur ses gages et ceux de 25 hommes d'armes de sa compagnie ( ).

Par suite de son mariage avec Marguerite de Bourbon, belle-sœur du roi de France, Arnaud-Ainanieu, sire d'Albret, entraîna dans le parti français tous ses parents, tous les seigneurs, ses vassaux et toutes les villes de ses domaines. Il s'était auparavant trouvé engagé dans le parti d'Edouard III, roi d'Angleterre, après la mort de son père qui arriva en 1358, mais Charles V trouva le moyen de l'en retirer en l'honorant de cette alliance avec la sœur de la reine de France. En considération de ce mariage, ce prince lui donna 30.000 francs et le roi Charles VI lui transporta le comté de Dreux le 14 janvier 1381. L'année suivante, le sire d'Albret se trouva à la bataille de Rosebecque donnée contre les Flamands. Il fut institué Grand Chambellan de France, après la mort du comte de Tancarville, par lettres datées du Bois de Vincennes le 17 mai 1382. Il mourut en 1401 ( ).

Bérard d’Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, reçoit du roi d’Angleterre les villes de Puynormand, de La Bastide et de Villefranche. Il reçoit en 1370 du roi de France les villes de Montségur et de Sauveterre en Bazadais et de Sainte-Foy en Agenais. Le prince de Galles (Prince Noir)fait aussitôt saisir Puynormand, La Bastide et Villefranche qu'il lui a précédemment donnés. Mais trois ans après, voulant gagner le même Bérard, le prince anglais lui en donne main levée. Le seigneur de Sainte-Bazeille n'en demeure pas moins fidèle au roi de France ( ). Charles V lui fait dont, à son tour, des mêmes villes de Sauveterre et de Sainte-Foy, et de la prévôté d'Entre-Deux-Mers, dès qu'elles seront rentrées sous son obéissance ( ). Louis, duc d'Anjou, lieutenant de Charles V en Languedoc, accorde 150 livres de rente à Naudon de Podensac, écuyer, en récompense des services, qu'il avait rendus, en compagnie de Bérard d'Albret, seigneur deSainte-Bazeille ( ).

Le 6 mars 1373, noble et puissant seigneur Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille (nommé Géraud par erreur), Pierre, évêque de Condoin, Comtebon, seigneur d'Antin, Géraud, comte d'Armagnac, seigneur, de Ternies, sénéchal d’Armagnac, Menaud d'Armagnac, seigneur de Bilhères, Jean de Faudoas, Béraud de Faudoas, seigneur d'Avenson, chevaliers, tous qualifiés nobles, et puissants, et autres assistent comme témoins au contrat de mariage passé à Lectoure dans le château comtal devant Me Pierre Jovini, notaire, entre Jean, d'Aragon, duc de Gironne, fils aîné dé Pierre, roi d'Aragon, d'une part, et Mathe d'Armagnac, Fezensac, etc., d'autre part ( ).

On se rappelle que nôtre Bérard d'Albret était fils d'une sœur de Jean Ier, comte d'Armagnac. Il était donc le cousin germain d'autre Mathe d'Armagnac qui épousait en 1373 le fils aîné du roi d'Aragon.

Le comte de Foix, le vicomte de Castelbon, les seigneurs de Marsan, de Castelnau et de Lescun, ainsi que l'abbé de Saint-Sever s'étant déclarés, définitivement pour la France, le duc d'Anjou, à la tête de 2.657 hommes d'armes prit, au départ de Toulouse, le chemin d'Agen et poussa jusqu'à La Réole qu'il soumit, le 27 août 1374, de compagnie avec Louis III, duc de Bourbon. Celui-ci s'était joint au duc d'Anjou après avoir pris sur les Anglais Brives en Limousin et Martel en Quercy. Ces deux princes s'emparèrent successivement de diverses places, notamment de Penne d'Agenais comme de Penne d'Albigeois, en même temps que de Saint-Macaire et de Langon, de Sainte-Bazeille et d'Auberoche, de Condom et de Fleurance. Tonneins se rendit sans coup férir. Du Guesclin était de cette campagne ( ). – Froissart dit (tome I, livre I, chapitre 380, p. 690) que La Réole se rendit au duc d'Anjou par dévouement aux Français et que la reddition de cette place entraîna celles de Langon, Saint-Macaire, Condom, Sainte-Bazeille, Mauléon, Dion, Sébillac « et bien quarante que villes fermées que fort châteaux qui a point de fait se trouvèrent ( ). »

En 1377, Bérard d'Albret est chargé par Louis de France, duc d'Anjou, de se transporter dans l'Entre-Deux-Mers, pour recevoir Le serment des habitants. Il accordera en même temps toutes les grâces qu'il avisera ( ).

Le duc d'Anjou fit une nouvelle campagne en 1377 et reprit quelques unes de ces villes qui étaient retombées au pouvoir des Anglais. Bergerac se rendit le 3 septembre et l'armée française prit ensuite Sainte-Foy, qui fut livrée au pillage. La garnison anglo-gasconne de Castillon finit par rendre cette place et obtint de se retirer à Saint-Macaire. La ville de Sauveterre ne tint que trois jours. Sainte-Bazeille « bonne ville fermée » se rendit également au duc d'Anjou ; Monségur ne résista qu'un seul jour, Auberoche, quatre ( ). – Dans une édition des Chroniques de Froissart autre que celle publiée par M. Siméon Luce, on lit (liv. II, chap. IX) : « Comment Castillon sur Dourdogne se rendit et Sauveterre, Sainte-Bazeille, Monségur et Auberoche. »M. Bertrandy (p. 88) assure qu'il s'agit ici de la campagne du duc d'Anjou en 1377. C'est aussi ce qu'indique un passage du Chronicon Vasatense, à l’année 1377 : « Thomas de Hiitton, lieutenant du roi d'Angleterre, en vient aux mains avec les Français, près de La Réole. Dès que ceux-ci ont pris Castillon, ils gagnent Sauveterre qu'ils enlèvent aux Anglais en trois jours, puis marchent sur le temple de Sainte-Bazeille, et de là sur Monsègur et enfin sur Caudrot ( ).

Les hostilités cessèrent de part et d'autre à partir du 22 juin 1380, car ce jour même une trêve fut signée entre Jean de Neuville, lieutenant du roi d'Angleterre en Aquitaine et Arnaud-Amanieu, sire d'Albret et Bérard d’Albret, seigneur de Sainte-Bazeille. Elle partait du 22 juin 1380 et devait aller jusqu'à la fête de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste 1381, pour tous les territoires possédés par le sire d'Albret et par son frère, le seigneur de Sainte-Bazeille et leurs alliés. – Le sire de Neuville donne et octroie bon, sauf et sûr parti et bonne sûreté de guerre à toutes les villes, châteaux, forteresses et tous les lieux, terres, pouvoirs, juridictions et plat pays qui sont sous l'obéissance du roi de France et appartiennent au sire d'Albret et à son frère le sire de Sainte-Bazeille et à leurs alliés, ainsi qu'à tous les habitants ou religieux, gens d'église, ou geritilshommesy gens d'armes, ou bourgeois, marchands, laboureurs, enfin à toute sorte de gens de quelque état et condition qu'ils soient, et à tous leurs bestiaux gros et menus, et à tous leurs héritages, à tous leurs bateaux grands et petits, qu'ils soient à flot ou à sec, et à tous leurs moulins de terre et d'eau et à tous leurs autres biens, meubles et immeubles. – Les lieux du sire d'Albret sont : Nérac, Andiran, Estussan, Mongaillard, Vianne, Lausseignan, Durance, Saint-Julien, Avanse, Puch-de-Gontaud, Villefranche-du-Queyran, Casteljaloux, La Bastide-Chastel-Amouroux, Marcellus, Meilhan, Allias… Le Puy-Fort-Aiguille, Nazareth, Argenton, Lavardac, Feugarolles, etc., etc. – Les alliés sont : le sire de Sainte- Bazeille avec tous ses lieux, pouvoirs et juridictions ; le sire et la dame de Pis avec leurs lieux lesquels appartiennent audit sire de Sainte-Bazeille, Monheurt, Taillebourg ; Jean de La Barthe avec son hôtel de La Barthe-Coste-Moumit ; messire Guilhem-Raymond de Pis avec son hôtel de Nazareth ; messire Gaillard de La Mothe, avec ses lieux, pouvoirs et juridictions, Noalhan, Castel-Nef de Marnes, Larochefargues, le site de Budos et son lieu de Budos et toute la prévôté de Baissac ; monseigneur Raymond d'Albret avec tous ses lieux, pouvoirs et juridictions, Amos, Caubeyres et Lades ; item le sire de Castets-en-Dorte, avec son lieu de Castets-en-Dorte et sa juridiction ; messires Amanieu Ferrand et Jehan Ferrand ( ), frères, avec leurs lieux, Savignac et Cocumont et leurs juridictions ; Vidau de Laussinhan (Lausseignan) avec ses lieux, Le Fréchou, Cauderoue, Labarthe de Loutrange ; Bertrand et Sans de Xaintrailles, frères, avec leurs lieux, Xaintrailles, Villeton, Arnbrus, avec leurs partisans, qui sont : Folqueton, fille de messire Fauqued de La Trau et Verdolin de Fauguars, avec leurs pouvoirs et juridictions ; la dame de Buzet, avec sa juridiction ; Peyre de Bedessau et le lieu de Lisse, avec sa juridiction, etc., etc. ; le lieu de Caumont avec ses juridictions et toute la terre de Caumont qui est dedans les metes, Monpouillan, Samazan et Bouglon avec leurs juridictions ; le Mas-d'Agenais avec sa juridiction qui est du prieur du Mas ; les lieux de Damazan, de Mézin, de Poudenas, de Sos avec leurs pouvoirs et juridictions et les lieux et forteresses et plat pays du sire de Sainte-Bazeille et autres lieux susnommés qui sont dessus le fleuve de Baïse et autre part hors des dits metes, les lieux de Sainte-Bazeille, de Landerron, de Castelmoron, etc., etc. ; la dame et le sire de Piis et leurs lieux qui appartiennent au sire de Sainte-Bazeille, Goux, Monçrabeau, Fieux, Calignac, Birac, Verteuil, etc. ; les lieux de Lévignac, Caubon, Monteton, avec leurs pouvoirs et juridictions qui sont de messire Gaillard de La Mothe ; les lieux de Gontaud et d'Hautesvignes avec leurs pouvoirs et juridictions qui sont de Monseigneur Raymond d'Albret ; les lieux de Mauvezin ( ), de Seyches, et les autres lieux avec leurs juridictions et pouvoirs qui sont de Messeigneurs Amanieu et Jehan Ferrand et de leur neveu et de Amanieu leur seniur ; messire Bertrand de Pommiers avec son hôtel de La Mothe ; le lieu de Sainte-Livrade qui est de messire Auger Mote ; Jean Ferriol, seigneur de Tonneins, et les lieux de Tonneins avec sous personnes messire Guilhem de Galhart avec les lieux du bourg de Saint-Pierre (de Tonneins) ; le lieu de Clairac qui est de l'abbé de Ciairac ; messire Anissant de Caumont avec ses lieux de Tombebœuf, de Lauzun, de Saint-Barthélémy et de Puymiclan ; etc., etc. ( ).

Les hostilités reprennent et sont de nouveau suspendues par une nouvelle trêve, intervenue entre les honorables et puissants seigneurs du conseil du roi d'Angleterre séant à Bordeaux, poureux et pour les seigneurs barons, maires, jurats et consuls, châtelains, capitaines, villes et forteresses de l'obéissance de ce prince, d'une part, et le noble et puissant seigneur messire Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, au nom de l'honorable et puissant seigneur messire Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, son frère, pour eux et pour leurs alliés, barons, nobles, capitaines, châtelains, baillis, prévôts, jurats et consuls, villes et lieux placés sous l'obéissance du roi dé France, d'autre part.

Sont compris dans la trêve : villes, châteaux, forteresses, et plat pays entre la Garonne et la Dordogne, savoir : du Lot, sous Aiguillon jusqu'à Sainte-Livrade, avec Sainte-Livrade, son pouvoir et sa juridiction ; de là, à Montastruc, avec ce lieu, son pouvoir et sa juridiction ; de là, à Puy-Dauphin, avec ce lieu et son pouvoir ; delà, à Tombebœuf et à Lauzun, avec ces dits lieux et leur pouvoir ; de là, à Briduyra, avec ce lieu et son pouvoir ; de là, au pont de Bragayrac, et de ce pont à l'embouchure de la Dordogne au Bec-d'Ambès ; delà, à là mer, et de la mer jusqu'à Aiguillon par la Garonne ; et en dehors de ces limites, le pays que les gens de Sainte-Foy occupent delà Dordogne aux paroisses de Chébit et de Roquette ; et ces paroisses, qui sont les limites devers Terrefort ; et devers Terregasque (Espagne) les villes, forteresses et plat pays qui sont en cette dite province, à savoir, de l'embouchure de la Baïse au-dessus d'Aiguillon, à Nérac et jusqu'à la juridiction de Condom, et de là, jusqu'à l'hostau de Trignan, et de là à Sos ; ledit lieu, de Sos et son pouvoir, et tout le territoire qu'occupent les habitants de Sos depuis la Gélise jusqu'au pouvoir de Sainte-Maure et jusqu'à l'embouchure de la Rimbes qui part de la terre du comte de Foix, de Gabardan, à Volognes, appartenant à la dame de Jaulin, ou à Guiron son fils ; delà, jusqu'à Albret, avec son pouvoir et sa juridiction ; de là, à Tartas avec toute sa vicomte ; de là, jusqu'à la mer de Bayonne ; de là, à la Pointe de Soulac ; et de là, par la Garonne, jusqu'à l'embouchure de la Baïse au-dessus d'Aiguillon ; et tous leurs habitants, gens d'église, gentilshommes, gens d'armes, bourgeois, marchands, laboureurs et autres, et leurs bestiaux, gros et menus, leurs bêtes carnivores et autres, leurs bateaux grands et petits avec leurs appareils, leurs terres, bordes, maisons, leurs moulins d'eau et de vent et tous leurs biens meubles et immeubles, excepté la terre, les lieux, villes, forts, et gensde messire Gaillard de La Mothe qui ne sont pas compris dans cette trêve mais, dans un traité particulier, savoir : Noailhan, Castelnau-de-Marnes, La Barthe en Lontrange, Targues, Lévignac, Caubon, ainsi que les villes de la sénéchaussée des Landes qui appartiennent au roi d'Angleterre ; – de même, sont compris dans la trêve, en dehors des limites de Terrefort et de Terregasque, Feugarolles, Lavardac, Bedeyssan, Argenton, Fieux, Calignac et le Saumont

Lemaire et les jurats de Bordeaux s'obligent à tenir et à faire tenir ce traité parleurs administrés, et le seigneur de Sainte-Bazeille s'engage, en retourna l'observer, et à le faire observer par les capitaines de Castillon en Périgord, de La Mothe de Saint-Payssent et de Montravel ( ).

A l'expiration de cette trêve, la guerre reprit avec plus d'acharnement que jamais. Une nouvelle trêve fut signée pour trois ans entre le roi d'Angleterre et Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, et Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et tous leurs alliés. Le 19 mai 1383, Jean de Harpedane, sénéchal d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre promet bon et loyal parti et bonne sûreté de guerre aux dits seigneurs et à leurs compagnons et alliés. Ce traité est signé sur un pré situé entre Langon et Saint-Macaire, le samedi après Saint Fort, le jour ci-dessus. Les seigneurs et les lieux qui doivent profiter de cette trêve, sont énumérés dans le document ( ).

Afin de maintenir ce traité, furent nommés conservateurs de la trêve, pour les Anglais, le sénéchal d'Aquitaine, le maire de Bordeaux, le captal de Buch, le seigneur de Duras, le seigneur de Nompar de Caumont et le seigneur de Madaillan ; et, pour les Français, le sire d'Albret, le seigneur de Sainte-Bazeille, Gaillard de La Mothe, le seigneur de Budos, Raymond d'Albret, le Bont de Lana et Jean de Ferrand.

Charles VI, voulant.récompenser les services de Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, et le dédommager des dépenses qu'il avait faites lorsque le roi de France l'avait mandé vers lui, lui accorde par lettres données à Beaugency-sur-Loire le 18 mars 1383, la somme de 1.500 francs d'or. La quittance est du 15 mai 1384 ( ).

Nous trouvons aux Archives des Basses-Pyrénées (E. 217), à l'année 1388, une reconnaissance des fiefs dûs à Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et de Buzet ( Lot-et-Garonne) par Jean de Gimont, Gaillard de Baulac, Guiraud de La Roque, Gassie de Méraut, Arnaud de Tête-Loubère, Ramon Chrestian, Pierre de la Peyre, Marie de Labadie, Pierre de Matar, Jean de Béraut, Bernard de Beljardin, Alaïs d'Aymar, Pierre Colom, Pierre Gombaud, Laurent de l'Ousse, Raymond Barrau, Pierre de Campet, Gaillard de Trincaus, Thibaut des Aias, Martin de Romegose, Vidal du Garpet, Hélie Barda, Martin de Sale, Austruge de Mothio, Jourdain de Maistre, Jean du Fraixe, Arnaud de Flaran, Doat de Laubon, GuilhermCahey, Bertrand de Feugas, Guilhem Tilhet, Arnaud Porquey, Bertrand de Montazer, Vidal de Villeneuve, Guillard Delbosc et Pierre de Rival.

Au mois de février 1390, Traquet de Braquemont, Hue du Boulay, chambellan, et Nicolas de Rance, clerc et conseiller, députés du roi de France en Guyenne et Languedoc pour réparer les attentats et dommages faits contre les trêves, délèguent leur pouvoir à Bérard d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille ( ).

Par lettres données à Boissy-Saint-Léger, le 26 mai 1395, Charles VI ordonne à ses conseillers sur le fait des Aides, en Guyenne et Languedoc de payer à Bérard d'Albret la Somme de 3.000 francs qui lui est due ( ).

Nompar de Caumont, seigneur dudit lieu, Bérard, Mathieu et Bernadet d'Albret, Pons de Castillon, Bertrand de Galard et le bâtard de Pardailhan, traitent avec les rois de France et d'Angleterre touchant le bourg Saint-Pierre de Tonneins qu'ils venaient de prendre le 5 août 1398 ( ).

Par de nouvelles lettres données à Rouen le 8 novembre 1399, le roi de France fait mandement à Raoul d'Angerville, gouverneur général sur le fait des Aides pour la guerre au paysde Languedoc, de payer à François d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, la somme de 1.000 francs d'or qui lui reste due sur celle de 6.000 à lui octroyée pour l'aider à payer sa rançon de « sa prison de Lombardie ( ). »

Notons les calamités arrivées en ce XIVe siècle :

1323, le lundi 22 mai, un tremblement de terre dans la région ;

1338, une horrible famine en France ;

1346, une inondation de la Garonne, la première dont parlent les chroniqueurs ;

1346, une grande peste dans toutes les provinces, ayant beaucoup de rapport avec le choléra qui emporte la 8ème ou la 9ème partie de la population ;

1351, une disette par suite de la peste, pendant laquelle le blé vaut 35 francs la mesure actuelle (hectolitre).

13,72, un tremblement de terre, le 3 mars à minuit ;

1373, une grande famine dans le Bordelais, durant laquelle le boisseau de froment vaut 40 francs à Bordeaux en 1375, soit 39 francs l’hectolitre ( ).

 

II.

FRANÇOIS D'ALBRET.

 

Du mariage de Bérard d'Albret et d'Hélène de Caumont, ne fut procréé que François d'Albret, héritier universel de ses père et mère. François d'Albret, chevalier, seigneur de Sainte-Bazeille et autres lieux, épousa par contrat passé au Châtelet de Paris le 8 janvier 1403 (v. s), du consentement de Charles Ier, sire d'Albret ( ), connétable de France, son cousin germain, Jeanne de Roucy, nièce de Jean de Roucy, évêque de Laon, et soeur de Jean de Roucy, comte de Brène, et fille de Hugues, comte de Roucy et de Blanche de Coucy. Il fut stipulé dans ce contrat qu'elle ne réclamerait rien de la succession de ses père et mère ( ).

Nous trouvons dans la Collection Dupuy (Biblioth. Nat.) un document contenant l'acte de prise de possession d'un moulin sur la rivière du Drot appelé le moulin de Pont, par le sieur de Sainte-Bazeille, le 30 mars 1403.

Le 8 juillet 1404, François d'Albret figure comme témoin de la prise de possession de la baronnie de Casteljaloux parle connétable d'Albret, en présence de Pierre de Salpini, évêque de Bazas, de Louis d'Albret ,seigneur de Langoiran, frère du connétable, du vicomte d'Orte, du seigneur de Budos, de Bérard d'Albret, seigneur d'Auros, de Raymond d'Albret, de Fanguet de Monpoy, seigneur du Sendat, etc. ( ).

Les terres de la seigneurie d'Albret et par contre celles des châtelains et les villes fidèles aux Anglais, étaient sans cesse ravagées (1405-1407) ( ). Les deux partis réclament la paix. Gaillard de Durfort, seigneur de Duras et de Blanquefort, sénéchal de Guyenne, de d'avis du conseil du roi séant à Bordeaux, accorde le 22 avril 1407, une trêve de 40 jours aux terres et aux adhérents de la dame d'Albret, Marguerite de Bourbon, veuve d'Arnaud-Amanieu, et de son fils, Charles, connétable de France, et du seigneur de Sainte-Bazeille François d'Albret ( ).

L'acte désigne individuellement les seigneurs et les localités. Il est convenu qu'on ne donnera aide ni secours à ceux qui n'y sont pas compris, du 22 avril au dernier jour de mai. Toutefois, la trêve ne commencera que huit jours-après pour les seigneurs de Pommiers, de Roquetaillade et de Puyguilhem. Au nombre des lieux compris dans la trêve, il y a « lo loc de Senta Bazelhas », et parmi les seigneurs adhérents « Bérard de Labrit ( ), Ramon et Gualhard de Labrit, sous frays, Micheu de Labrit, Bernadot de Labrit, Thomas et Johan de Labrit ( ). »

En France, pour assoupir les divisions suscitées, par la faction, des Armagnac et celle des ducs de Bourgogne, on, s'avisa d'utiliser les forces du royaume dans une guerre aux Anglais sur toutes leurs possessions. La noblesse adopta ce projet avec enthousiasme ; mais la puissance du duc de Bourgogne fit échouer ce projet. En Guyenne, on en profita. Gailhard de Durfort, sénéchal de la province pour Henri IV, François d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et Bernard d'Albret, sénéchal de Bazas pour Charles VI,

consentent une trêve au mois de juillet 1410 à Béguey, près Cadillac-sur-Garonne, jusqu'à la Noël.

Une autre trêve intervint le 17 février 1413, car nous trouvons dans la Collect. Lespine (v. 24, f° 84) un mandement au sénéchal pour la faire publier ( ).

A la date du 24 janvier 1415, les Registres de la jurade (Arch. mun. de Bordeaux, p. 108) nous apprennent que le sénéchal allait à Cadillac pour traiter encore d'une trêve, avec le seigneur de Sainte-Bazeille, et que le roi de France (pp. 163-167) chargeait son chancelier Me Jean Andrieu de traiter avec Me Philippe Morgan, ambassadeur du roi d'Angleterre, pour la prolongation de cette trêve qui devait primitivement finir au 1er mai et qui est continuée jusqu'au 8 juin suivant, afin de pouvoir traiter définitivement de la paix ( ).

Les troubles, loin de diminuer en France, prenaient une tournure alarmante. Henri comprit que le moment était venu de fondre sur cet état. Il se jeta sur le Nord où il fut partout vainqueur. Azincourt, ou fût tué le connétable Charles d’Albret, vit la défaite des Français (1415). – En Guyenne, les affaires de l'Anglais n'étaient pas en aussi bon état. Le comte d'Armagnac, le sire d'Albret et autres seigneurs gascons du même parti combattaient rudement ses sujets. A la fin, ces barons considérant que le gouvernement de France était entre les mains du duc de Bourgogne, leur ennemi, prirent la résolution de ne pas pousser plus loin leurs conquêtes et conclurent une trêve avec le roi d'Angleterre ( ).

Le 1er juillet 1424, Jean de Radclyf, chevalier sénéchal de Guyenne s'empare sur François d'Albret, ennemi rebelle au roi d'Angleterre, de la ville de Sainte-Bazeille, avec l'aide de Gaston de Foix, captal de Buch, comte de Longueville, et la remet sous l'obéissance d'Henri VI, son souverain. Le captal de Buch, prétendant avoir par héritage des droits sur Sainte-Bazeille ( ), occupée depuis longtemps par François d'Albret, fait ressortir combien il serait utile de restaurer cette ville et son château, à cause de sa position avancée sur la frontière des ennemis du roi d'Angleterre et demande, en conséquence, qu'il lui soit alloué les fonds nécessaires.à cette restauration. Là-dessus, le 27 mars 1425, le sénéchal accordé 200 nobles d'or par an, pour que Gaston de Foix maintienne la ville et le château qu'il a repris le 1er juillet 1424,. et. lui promet le remboursement des sommes qu'il emploiera pour, rétablir les murailles et les fortifications de ce lieu ( ).

Le même jour, François d'Albret perd encore Gensac dont il était seigneur ( ).

Henri VI confirme l'an 1430 le traité passé entre Jean de Radclyf, sénéchal de Guyenne et les habitants de Gensac le 1er juillet 1424. Cette ville sera rendue à François d'Albret, s'il rentre dans le devoir, c'est-à-dire sous l'obéissance du roi d'Angleterre. Dans le cas contraire, elle restera au domaine de la couronne ( ). Les mêmes conditions sont renouvelées en faveur des habitants dans un mandement d'Henri VI ( ).

François d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille et de Pins, fait son testament à Moncrabeau le 3 janvier 1427 (v. s.). Il institue son héritier, un des petits-fils du connétable d'Albret, Charles d'Albret, son neveu, l'un des fils de Charles II, sire d'Albret, et nomme pour exécuteurs, testamentaires les Evêques d'Agen et de Condom, Louis de Noailhan, chevalier, seigneur du Fréchou et Jean de La Mothe, chevalier. Il veut être enseveli dans l'église des Frères Mineurs de Casteljaloux. On dira pour lui des messes dans ladite église et dans celle de Mancrabeau. Il fait appliquer une somme comme restitution à l’œuvre de l'église de Saint-Pierre de Condom. Il exige que les clauses de son contrat de mariage avec Jeanne de Roucy soient exécutées de point en point. Les témoins sont Jeans de Masseurt, Arnaud de Bat, Jean Dosnian (où Dosniau), consuls de Moncrabeau ( ). Il mourut sans laisser d'enfants au commencement de l'année 1435 ( ).

 

III.

CHARLES D'ALBRET.

 

Le 24 février 1435, Charles d’Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, fait à Monçrabeau une donation à Jeanne- de Roucy, veuve de François d'Albret. On y voit que ce dernier habitait les lieux de Pembo et de Sainte-Bazeille, où sont des coupes d'or et d'argent, des joyaux pour l’ornement du corps, des ustensiles de ménage, nappes, lits garnis de plume, couvertures de diverses couleurs, écuelles et plats d'argent et d'étain, des bœufs, des chevaux, des porcs, des brebis et des chèvres. Il donné à la veuve du seigneur de Sainte-Bazeille, à titre de compensation, le château de Buzet (castrum de Buzeto) avec toute la juridiction et tous les; revenus de quelque part qu'ils proviennent, mais seulement sa vie durant et jusqu'à un prochain mariage ( ).

Ladite de Roucy testa le 30 juillet 1448 et fit de nombreux legs. Elle voulut être enterrée au couvent des Frères Mineurs de Casteljaloux, dans le tombeau de son mari. L'acte est passée à Moncrabeau en presence de Jean, évêque de Condom, de Louis de Noailhan, seigneur du Fréchou, de Jean de Noailhan, son fils, de Pierre de Bomont, seigneur deBomont, de Pierre de Franchis, prêtre curé de Moncrabeau, d'André de Vila-Sentut, de Me Raymond de Chaba, notaire, de frère d'Arbussan, franciscain ( ).

Trois années avant, le 31 mai 1445, transaction fut passée entre Charles d'Albret, comte de Dreux et Jeanne de Roucy, touchant, la prétention qu'elle avait sur les biens délaissés par son mari. Charles s'engage à remettre à la veuve de François d'Albret ses tasses d’or et d'argent et d'autres joyaux, bétail, etc., et tous les objets énumérés dans l'acte précédent du 24 février 1435. Il lui abandonne les terres qu'il possède au lieu de Gensac et le lieu de Sainte-Bazeille. Il lui accorde en pure donation 1.000 moutons d'or. L'acte est fait à Buzet en présence d'honorable homme seigneur Louis de Lasseran, damoiseau, seigneur de Massencome, lieutenant de noble et puissant seigneur Oddon de Lomagne, chambellan du roi de France et son sénéchal d'Agenais ( ).

En l'année 1442, l'armée française avait envahi l’Agenais et de la fin d'août à la fin de septembre, prit par assaut ou par capitulation Caumont, Marmande, Sainte-Bazeille, Meilhan, Mauvezin, Langon, etc. Toutes ces villes livraient à Charles VII le cours de la Garonne jusqu'à Saint-Macaire ( ).

En février 1452, les Anglais prennent, pillent et abandonnent Sainte-Bazeille ( ).

Dans un acte présenté au mois, d'octobre 1455 pour le sire d'Albret au roi Charles VII et a son conseil, il estdit que 220 livres de rente données autrefois sur le péage de Marmande par Jeanne de Périgord à son mari, Anissant de Pins, chevalier, seigneur de Taillebourg, confirmées par le roi Charles V en 1371, et passées par succession d'héritage à François d'Albret, qui fut seigneur de Sainte-Bazeille, de Taillebourg et de Pins, n'ont jamais été payées ni audit Anissant ni audit François, à cause des guerres et tribulations ( ).

Dans une réponse des commissaires du sire d'Albret, du mois d'octobre 1456, relative aux articles conclus entre Jean d'Albret, vicomte de Tartas, son fils, et les commisisaires du roi, il est rappelé qu'il y a 126 ans ou plus, messire Bérard d'Albret épousa la vraie dame de Sainte-Bazeille et Landerron et acheta la petite part d'aucuns autres qui disaient avoir droit et en fut institué seigneur toute sa vie. De lui et de ladite dame fut procréé messire François d'Albret, qui fit héritier Charles d'Albret ( ).

On lit dans la Collection Doat (t. 220), des lettres datées d'Agen le 14 mai 1461, et rapportant l'hommage fait à Charles VII par Brandelis, seigneur de Caumont, de diverses seigneuries, parmi lesquelles figurent Sainte-Bazeille, Taillebourg, Cancon et Piis, tenues, et mouvantes du roi de France à cause de ses comtés et sénéchaussée d’Agenais.

Charles II, sire d'Albret, consacrant par un acte solennel une vieille, coutume de sa maison, établit, en 1456, que la seigneurie et le domaine d'Albret ne pourraient être démembrés, ni aliènés, mais seraient transmis de mâle en mâle par ordre de primogéniture, constitution que ses trois fils, Arnaud-Amanieu, sire d'Orval, Jean, vicomte de Tartas, et Charles, sire de Sainte-Bazeille, s'engagèrent par serment à maintenir ( ).

En 1469, Louis de Noailhan, chevalier, seigneur du Fréchou, et de Buzet, fait donation à Charles d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, de tous les droits qui lui avaient été cédés, par feu Jeanne de Roucy, de son vivant, dame de Sainte-Bazeille, et de tous ceux qu'il avait acquis des Frères-Mineurs de Casteljaloux et des Ermites de Saint-Augustin de Mézin ( ).

En vertu de lettres patentes données à Saint-Jean-d'Angély, le 7 octobre 1469 par Charles, fils et frère du roi de France, duc de Guyenne, comte de Saintonge et seigneur de La Rochelle, Pierre Morin, son trésorier général, Jacques Berziau, maître de ses comptes, et Bernard de Gots, lieutenant du sénéchal d'Agenais et de Gascogne furent chargés du recouvrement des terres, places, seigneuries, droits et devoirs indûment occupés et détenus dans l'Agenais par plusieurs nobles et gens d'église. Ces trois commissaires étant à Lectoure, avaient subrogé à leurs droits Jean de Montravel, écuyer, receveur ordinaire de la sénéchaussée d'Agenais, et Robert de Balzac, seigneur de Rieumartin, avait rendu cette subrogation obligatoire en délivrant audit Montravel des lettres de pereatis. En conséquence, le 11 janvier 1470, ce dernier part du Mas-d'Agenais, se rend à Marmande, y assemble les consuls et, assisté de Jean de Fonpeyre, substitut du procureur ducal, leur demande de lui faire savoir les usurpations qui pouvaient être venues à leur connaissance. Trois jours après, un dimanche, les consuls répondent qu'en visitant leurs archives, ils ont trouvé un document qui prouve qu'au delà de leurs limites et assez près deMauvezin, est un lieu nommé Castelnau, de l'ancien domaine du duc de Guyenne, jadis habité et de bonne valeur, mais ne produisant, depuis, qu'herbages et aglanages, dont le profit était partagé entre les seigneurs de Sainte-Bazeille et de Mauvezin, qui se le sont approprié comme s'il fut de leur domaine. Et là-dessus, ils exhibent un antique document en bonne forme reçu par Me Guillaume Constantin, notaire public, de l'an 1317, époque où, voulant terminer un débat qui durait depuis longtemps entre la ville de Marmande et les habitants de la bastide de Castelnau (chacun prétendant que la paroisse de Beaupuy était en sa juridiction), le sénéchal de Guyenne les mit d'accord et divisa cette paroisse comme on le voit dans ce titre ( ). – Ils remontrent, en outre, qu'un nommé Jamet de Lauderoat et le seigneur de Sainte-Bazeille ont usurpé plusieurs droits qui appartenaient au duc de Guyenne dans les environs de Marmande ( ).

Le mardi suivant, 16 janvier, le commissaire fait une double expédition ; il se rend d'abord au pont de Castelnau et delà à l'ancienne mothe de ce lieu sur l'emplacement de l'ancien château, sous un grand chêne, où il ordonne d'apposer un écusson ducal.

Il s'en vient ensuite devant un castel appelé Castelcu. Laissons Jean de Montravel parler lui-même de l'a fin de sa journée :

« A la requête du substitut du procureur de Mgr le Duc, j'avais fait ajourner par lettres les baillis et consuls de Sainte-Bazeille pour visiter certaines limites faisant la division et le partage entre Castelnau, Sainte-Bazeille et Marmande, parce que, ni moi commissaire, ni aucun des consuls et habitants de Marmande qui m'accompagnaient, ne connaissions ces limites, ni n'avions documents qui en fissent mention, si ce n'est un vieil instrument que nul n'entendait. Eu cette visite, je trouvai un petit château, appelé Castelcu, qu'un gentilhomme de Sainte-Bazeille nommé Jamet de Landeroat avait usurpé. Celui-ci carnalait souvent le bétail des habitants de Marmande, malgré que ledit lieu fut de la juridiction de cette dernière ville, comme il m'apparut par la déposition de plusieurs. Aussi, à la requête dudit procureur ducal, je le mis en la main de mondit seigneur et le déclarai être de la juridiction de Marmande, devant ledit sieur de Castelcu qui n'en fut aucunement contredisant. Et parce que pareillement je fus informé que les seigneurs de Sainte-Bazeille faisaient souvent pareils exploits, c'est à savoir, prenaient le bétail des habitants de Marmande sur les vignes de ladite ville et sur une grande partie des terrains qui sont près desdites vignes et de la juridiction, j'y fis mettre, à la requête dudit procureur, les armes ducales et scier plusieurs arbres en signe que c'était de la terre de mondit seigneur.

« Et là même, en la présence dudit sieur de Sainte-Bazeille, je défendis de par mondit seigneur audit de Sainte-Bazeille et à tous autres, sous peine de 25 marcs d'argent, et à Jamet de Landeroat, sieur de Castelcu, qu'ils ne fussent si hardis de prendre aucun bétail, ou de faire aucun exploit de seigneurie ou de juridiction, auxquelles inhibitions le procureur de Monsieur de Sainte-Bazeille s'opposa et je lui assignai le jour à comparoir par devant Messeigneurs les Maîtres des comptes de mondit seigneur de Bordeaux, au dernier jour du mois prochain venant.

« Et, partant de là, nous descendîmes dessous les vignes de Marmande, et quand nous y fûmes, à cause que j'y vis une grande altercation entre les habitants sur les terrains d'en bas, je n'y pus rien plus pour ce jour expédier. Et comme les procureur et consuls de Sainte-Bazeille me remontrèrent qu'ils n'avaient pas le temps nécessaire pour quérir et visiter leurs livres, chartes, documents et renseignements touchant lesdits territoires, confrontations et limites, ils me demandèrent plus grand délai, et pour ne leur donner cause d'appeler, voulant obtempérer à leur requête, et du consentement de mondit seigneur, en sa sénéchaussée d'Agenais ou de son substitut et des consuls, manants et habitants des lieux de Marmande et de Sainte-Bazeille, je donnai temps de produire ou dire devant moi ce qu'ils voudraient dire ou produire ou de poursuivre leur opposition, et je les assignai au jour de mi-carême prochain venant ( ). »

En 1471, Charles d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, oncle d'Alain, sire d'Albret, essaie vainement de se faire prêter hommage de fidélité par les gens de l'Armagnac et des Landes ( ). « Ledit Monseigneur de Saincte Bazeille se pourtait seigneur de Lebret et se vantait de faire l'hommaige à mondit seigneur de Guyenne, etc. » Alain parcourt les terres d'Albret et reçoit le serment des consuls qui partout viennent en procession au-devant de lui, avec croix et bannières ( ). Le frère de Louis XI, Charles de Guyenne, dont les préférences étaient pour le sire de Sainte-Bazeille, n'osa pourtant pas s'opposer à l'installation d'Alain, et fit de vains efforts pour attacher celui-ci à sa cause en le détournant de celle du roi de France ( ). Il n'y réussit que trop bien.

Ruffec de Balsac, sénéchal de Beaucaire et Gaston de Lion, sénéchal de Toulouse, furent chargés par Louis XI de conduire contre Jean V d'Armagnac et les seigneurs coalisés une armée composée de 500 lances, d'un corps de francs-archers et d'un train d'artillerie. Ils firent si bien que bientôt il ne resta guère que la ville de Lectoure à Jean V qui s'y était renfermé. – Le sénéchal de Beaucaire étant resté à la garde de l'Armagnac, celui de Toulouse poussa du côté de Bayonne, dont il reçut le serment de fidélité, ainsi que celui des villes de Dax et de Saint-Sever. Puis il revint en Armagnac où, de concert avec l'autre sénéchal, il assiégea Jean V dans Lectoure.

Sur ces entrefaites, Charles, duc de Guyenne, instigateur de cette révolte contre son frère, avait vécu ! On a parlé diversement de cette mort qui survint le 28 mai 1472 (v. s) à Bordeaux et que l'histoire met sur le compte de Louis XI. – Innocent ou coupable de fratricide, le roi de France ne perdit pas un instant pour en profiter. Il partit, aussitôt pour la Guyenne, qu'il réunit à la couronne et où il établit Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, en qualité de gouverneur. Celui-ci marcha contre le comte d'Armagnac qui tenait toujours dans Lectoure, assiégée par les sénéchaux de Beaucaire et de Toulouse. Bientôt Jean V se vit investi par une armée de 40.000 hommes. Ce n'est pas cependant à ces forces imposantes qu'il céda, mais bien à la famine qui désolait la place. Par la capitulation qu'il obtint en juin 1472, (v. s.) il consentit au roi l'abandon de tous ses domaines sous la réserve d'une pension de 12.000 livres et des villes d'Eauze, de Fleurance, de Barran et de Nogaro, pour y faire sa résidence.

Mais en octobre suivant, le comte d'Armagnac, à l'instigation et à l'aide de Charles d'Albret, dit le Cadet, seigneur de Sainte-Bazeille, son cousin germain, rentra par surprise la nuit dans Lectoure, s'empara, de la personne du gouverneur de Guyenne, Pierre de Bourbon, sire de Beaujeau, ainsi que de plusieurs de ses officiers et les fit jeter en prison ( ).

Madame d'Albret, mère du seigneur de Sainte-Bazeille, se montra plus joyeuse de la prise de Lectoure que courroucée. Néanmoins, la mère et le fils essayèrent de donner le change aux gens du roi. Celle-là envoya au sire de Beaujeu, pour charmer ses loisirs de prisonnier, « deux livres contenant, l'un la vie des Saints et l'autre ung traité d'histoire. » Celui-ci feignit de se croire captif comme Beaujeu et les autres. Mais personne ne s'y trompa. Il allait et venait sans gardes et s'entretenait tous les jours « avec messire Jean d'Armagnac, soit à l'église, soit à son logis ( ). »

Au mois de janvier de l'année suivante 1472, (v. s.) Jean Geoffroi dit le cardinal d'Albi ou d'Arras, le seigneur de Lude et les sénéchaux de Toulouse et d'Agenais partirent pour l'Armagnac chargés des vengeances du roi de France. Le comté Jean, d'après le récit de M. Samazeuilh, défendit Lectoure avec beaucoup de résolution. On désespérait de le réduire par la force. On eut recours à d'autres moyens. Prodigue de promesses qu'on ne devait pas tenir, le cardinal d'Arras réussit à surprendre son ennemi. Le comte capitula, remit le château de Lectoure aux troupes royales et se retira de sa personne dans une maison particulière pour s’y livrer avec sa femme à leurs préparatifs de départ. C'est là que se présentèrent le lendemain Robert de Balsac, neveu du comte de Dammartin, et Guillaume de Montfaucon. A leur suite marchait un franc-archer du nom de Pierre Gorgias. Parvenus sur l'escalier, il rencontrèrent un gentilhomme, Boralhan, qu'ils font tuer sous leurs yeux. Cependant, c'est avec des paroles d'amitié que ces deux seigneurs abordent le comte d'Armagnac ainsi que la comtesse, assis tous les deux sur un banc, dans la chambre qu'ils occupaient depuis leur sortie du château. Mais presque aussitôt : « Achevez et exécutez ce que vous devez », s'écrie Guillaume de Montfaucon, en se tournant du côté de Gorgias et Jean V tombe mort sous les coups de cet archer.

Tombé au pouvoir de ses ennemis, Charles d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, fut envoyé au château de Poitiers où on « l'enferra avec une grosse chaîne de fer de cinq pieds de long, deux gros anneaux et quatre boucles de fer ( ). »

Le Parlement de Bordeaux, transféré alors à Poitiers, instruisit son procès, le reconnut coupable de trahison et de lèse-majesté et le condamna à être décapité ( ). Il subit cette peiné le 7 avril 1472 (v. s.) sur une place de cette dernière ville.

Nous trouvons aux Archives historiques de la Gironde (t. XXIII, p. 518) le compte, suivant des frais de son exécution : Du septiesme jour d'apvril 1472 avant Pasques. Au conseil du Roy, estant à Poitiers où estoient messire le chancelier, messire Guillaume Cousinot, chevalier ; Me Pierre Brager, président au parlement de Bordeaulx ; Pierre Preignant ; Guillaume Damiet ; Jean Chanibon ; Henry de Livres ; Jehan Pellieu ; Aubert de Velly ; Jehan de Langlée, et plusieurs autres, commis et ordonnez à faire le procès de feu messire Charles d'Allebret, dit le Capdet, qui aujourd'huy pour ses démérites a esté exécuté en ceste ville de Poictiers,

A esté commandé et enjoinct et ordonné à Estienne de Boriney, recepveur ordinaire en Poictou pour le Roy, nostre sire, de faire et paier des deniers de sa dicte recepte, les mises et despenses nécessaires pour l'exécution, dudict deffunct.

C'est assavoir :

A Colas, bastard de Maulevrier, pour l'éschaffault de bois qu'il a convenu faire tout neuf pour exécuter ledict deffunct la somme de VII livres, XII s. VI d. t.

Item, audict de Maulevrier, pour les charpentiers qui ont faict et dressé en grande diligence ledict eschaffault et pour le clou qu'ils y ont mis, et pour la despense d'aucuns sérgeâns qui ont esté présens pour les faire besongner dilligemment, la somme de LXX s. t.

Item, audict de Maulevrier, pour une douloire (hache), toute neufve pour exécuter ledict deffunct la somme de XX s. t.

Item, audict de Maulevrier, pour une paire de chausses, un bonnet, une paire de gans qu'il a baillés à maistre Pierre – maîstre des haultes œuvres et pour son sallaire d'avoir exécuté ledict deffunct, la somme de L s. t.

Item, audict de Maulevrier, pour la trompette et la cryée qui ont faict le cry à la dicte éxecution, la somme de V s. t.

Item, à Jehan Roques, claveuzier, tant pour une grosse chaisne de fer de cinq pieds de long ou environ, deux gros anneaulx ou fers turquoys, esquels ledict feu Capdet a esté enferré et qui ont esté mis en terre avec luy ; pour quatre boucles ès gehayens ( ), (ou de la torture) dudict chasteau, que pour plusieurs journées que ledict claveuzier a vacqué à ferrer et refferer ledict Capdet, la somme de C s. t.

Toutes lesquelles sommes ainsi baillées par ledict de Bonney, receveur susdict, montent à la somme de dix-neuf livres, dix-sept sols, six deniers tournois ( ).

Faict audict Poictiers, le jour et an que dessus.

Signé : Desmoulins.

S'ensuyvent les quittances ( ). »

On ne sait si Alain, sire d'Albret, intercéda en faveur de son oncle, Charles, sire de Sainte-Bazeille, auprès de Louis XI. Il se montra du moins ce fort déplaisant des cas que ledit sire de Sainte-Bazeille avoit advisés, commis, et perpétrés. » (Alain-le-Grand, p. 19.)

Charles d'Albret eut une fille, Marie d'Albret, qui perdit Sainte-Bazeille par le don qu'en fit le roi de France à Alain, sire d'Albret, par lettres du mois de juin 1473, ainsi conçues :

« Louis XI, par la grâce de Dieu, etc.,

« Charles d'Albret, dit le Cadet, était adhérent, allié et complice de feu Jean d'Armagnac, en son vivant nostre rebelle et sujet désobéissant et coupable de lèse-majesté, ainsi qu’il a été déclaré par notre parlement. Charles d'Albret étant en la ville de Lectoure en la compagnie de notre cher et amé cousin, le sire de Beaujeu, notre lieutenant dans le duché de Guyenne, et de plusieurs autres gens de notre conseil et feignant de nous être bon et loyal, donna le mauvais conseil à Jean d'Armagnac de prendre la ville, et le château de Lectoure. Jean d'Armagnac avec grand nombre de gens prit d'emblée et de nuit la ville et le château, et notre cousin et lieutenant le sire de Beaujeu et plusieurs notables hommes de notre conseil et les ont détenus longtemps prisonniers en la dite ville. Aussi pour recouvrer la dite ville et la remettre sous notre obéissance, il nous a convenu de faire assembler en armes grand nombre de gens, tant de notre ordonnance, nobles, francs-archers, que autres, lesquels ont tenu le siège, pendant quelque temps, devant la dite ville et jusques à ce qu'elle fut prise. Après cette prise et la délivrance des prisonniers, voulant savoir la vérité, nous avons fait prendre ledit feu Charles d'Albret et envoyé devers notre amé et féal chancelier et gens de notre conseil assemblés en grand nombre à cet effet dans la ville de Poitiers. Reconnu coupable des crimes susdits, il fut condamné, exécuté, et ses biens furent confisqués.

« Mais nous rappelant les grands, louables et recommandables services que ceux de la maison d'Albret ont fait depuis longtemps et font chaque jour à nous et à la couronne de France, nous donnons, cédons, transportons et délaissons par ces présentes à notre cher et amé cousin, Alain, seigneur d'Albret, comte de Dreux, de Gaurre et de Périgord, vicomte de Limoges et seigneur d'Avesnes, les places et baronnies, terres et seigneuries de Sainte-Bazeille, Gensac, Montenc(?), Landerron, Blasimont, Pellegrue, Vayres, Puynormand, Villefranche en Périgord et tous les autres biens, meubles et immeubles, rentes, arrérages,

possessions et autres choses quelconques qui auraient appartenu audit Charles d'Albret. – Donné à Àmboise au mois de juin 1473 ( ). »

Louis XI venait de reconnaître qu'Alain d'Albret n'était en rien responsable du crime de son parent. C'est ainsi que tant de bourgs populeux et commerçants vinrent compléter le domaine déjà considérable des sires d'Albret dans le val de la Garonne.

 

IV.

ALAIN, SIRE D'ALBRET.

 

Le nouveau seigneur de Sainte-Bazeille se qualifiait sire d'Albret, comte de Dreux, de Gaure, de Périgord, de Penthièvre, de Castres et d'Armagnac, vicomte de Tartas et de Limoges, captai de Buch et seigneur d'Avesnes ( ).

Les rédacteurs de l’Art de vérifier les dates (t. IX, p. 273), prétendent que ce fut en 1473 qu'Alain obtint la confiscation des biens de son oncle, Charles d'Albret ; mais on voit que, dès 1471, le sire d'Albret agissait déjà comme propriétaire de la seigneurie de Sainte-Bazeille. Il la tenait sans doute alors à titre provisoire, et il la posséda deux ans plus tard à titre définitif ( ).

M. Achille Luchaire nous fait de ce personnage le portrait suivant : « Alain, sire d'Albret, surnommé le-Grand, était né vers 1440 ( ) dans le diocèse de Saint-Brieuc ( ). Il était fils aîné de Jean d'Albret, vicomte de Tartas, qui mourut avant son père Charles II, sire d'Albret, un des seigneurs du midi qui avaient le plus puissamment aidé le roi Charles VII à chasser les Anglais de la Guyenne. Il avait pour mère Catherine de Rohan, fille d'Alain IX, vicomte de Rohan et de Léon.

« Fils d'un père gascon et d'une mère bretonne, Alain était dépourvu de la vivacité et des dehors brillants qui caractérisent les méridionaux, sans posséder les qualités solides des gens du nord. Son extérieur lourd et grossier, son regard farouche et dur, sa figure toute couperosée ( ) lui donnaient plutôt l'aspect d'un chef de soudards, que du représentant d'une grande famille féodale. De plus, comme son bisaïeul le connétable, il était boiteux et de petite taille, défauts physiques qui paraissent héréditaires dans la maison d'Albret ( ).

Quand il fut en âge d'être pourvu, son grand-père lui donna la seigneurie de Rions, en Bordelais ( ), et, en 1456, le maria à Françoise de Blois, héritière de cette famille de de Blois-Bretagne qui avait si longtemps combattu la maison ducale des Montfort ( ). Le châtelain de Rions devint alors, du chef de sa femme, un puissant feudataire dont l'autorité s'exerçait, en concurrence avec celle des sénéchaux de Périgueux et de Limoges, sur une des plus belles parties du plateau central. Comte de Périgord et vicomte de Limoges, il alla résider au château de Moutignac, manoir pittoresque qui domine la gorge verdoyante de la Vézère ( ).

Son père Jean d'Albret, vicomte de Tartas, était mort en 1467 ; son grand-père, Charles II, sire d'Albret, succomba à son tour en 1471, et Alain, comte de Périgord, fut appelé, par la loi constitutive de la maison, à hériter des titres et des vastes domaines des sires d'Albret. Il se trouva donc posséder, dans la région girondine, des châteaux et des péages sur tous les points importants du cours de la Garonne, depuis Bordeaux jusqu'à Agen. Une partie du Bazadais lui était soumise avec Castelmoron et surtout Casteljaloux, où tous ses ancêtres, de père en fils, se faisaient enterrer sous l'habit de Saint François. C'était le Saint-Denis des sires d'Albret. Plus au sud viennent les possessions landaises, les vicomtes de Dax et de Tartas, la seigneurie de Labrit et les cantons maritimes où étaient les étangs et les dunes du pays de Seignan, de Marensin, de Maremme et de Born. Mais là, l'autorité féodale était en lutte avec celle du sénéchal des Lanes établi, pour le roi, aux deux sièges de Dax et Saint-Sever.

« Dans la région gasconne, Alain était encore maître de la partie du Condomois où se trouve Nérac, la vieille ville romaine, devenue la principale résidence des sires d'Albret, depuis le commencement. du XIVe siècle. Il détenait même un coin de la vallée du Gers, entre Lectoure et Auch, c'était le comté de Gaure, enclavé dans les terres du comté d'Armagnac, et qui avait le bourg de Fleurance pour capitale. Enfin la seigneurie de Saint-Sulpice en Albigeois, le comté de Dreux avec ses magnifiques forêts, et ses vastes champs de blé, plusieurs hôtels à Bordeaux et à Paris achevaient de faire du sire d'Albret un des plus riches, propriétaires, du royaume. Il faut ajouter ce qui lui venait du chef de sa femme en particulier les fiefs normands d'Aumenèche et d'Ecouches, certaines localités du pays de Penthièvre, et surtout la seigneurie d'Avesnes et de Landrercies, riche propriété relevant du comté de Hainaut ( ).

« Parmi ces seigneurs fastueux dont Charles VIII et Louis XII s'entouraient à Amboise et à Blois pour les entraîner ensuite à la conquête de l'Italie, Alain d'Albret menait une existence retirée, obscure, presque ignorée. Ce n'était ni un ennemi obstiné, ni un courtisan assidu du pouvoir royal. Aussi put-il traverser plusieurs règnes sans être trop violemment et trop ouvertement inquiété, et transmettre à ses successeurs, dont le dernier fut notre Henri IV, la principauté la plus vaste que la féodalité non capétienne ait conservé après Louis XI ( ).

« Alain, maria, par contrat du 14 juin 1484, son fils aîné Jean, à Catherine, comtesse de Foix et reine de Navarre, fille de Madeleine de France, Par cette alliance, les terres du sire d'Albret et de son fils constituaient ainsi, des rives de la Garonne à celles de l'Ebre, un groupe féodal compacte, en partie dépendant de la couronne de France, en partie souverain, sorte d'Etat intermédiaire entre les deux grandes, nations française et espagnole ( ). »

La majeure partie des domaines d'Albret s'étendait entre Toulouse et Bordeaux, remarque M. A. Luchaire, et les habitants avaient à redouter les prétentions exagérées d'Alain sur les droits de péages. « Les Toulousains ne nous aiment pas », dit quelque part un homme d'affaire du sire d'Albret ( ). Les gens de Bordeaux lui étaient d'autant moins favorables qu'il portait journellement atteinte à leurs intérêts les plus chers en entravant le commerce de la Garonne. Il exerçait en effet le droit de péage sur toute la partie du fleuve comprise entre Bordeaux et Agen, à Tonneins, La Mothe, Caumont, Taillebourg, Sainte-Bazeille, Meilhan, Jusix, Pellegrue, Bordères, Gironde, Langon, etc ( ). Les taxes que prélevaient ses receveurs étaient établies sur toute espèce de denrées, d'objets de commerce et autres : « blé, huile, vin, sel, merlus, harengs, draps, cuirs, pastel, bon vin, moulins garnis de leur appareil, pourceau mort ou vif, brebis, saumon, lamproie, juif et juive, juive enceinte, épicerie, plomb, étain, cuivre, fer, bœufs, vaches, chèvres, verre, craie ou plâtre, roussin, jument, âne ou ânesse ( ) », rien n'échappait à l'avidité du fisc seigneurial. On comprend que les négociants bordelais vissent d'un fort mauvais œil ce seigneur péager qui réduisait aussi considérablement leurs bénéfices.

Un des premiers soins de la monarchie capétienne avait été d'accorder une protection, efficace aux marchands et d'assurer la sécurité des voies de communication les plus fréquentées. Mais réduire les innombrables péages qui entravaient le trafic, était une œuvre difficile et de longue durée. Pendant longtemps les rois n'obtinrent guère de résultat que dans l'étendue de leur domaine immédiat, ou dans le voisinage de leurs châteaux. – En 1470, la ville de Bordeaux demande, à Charles, duc de Guyenne, frère de Louis XI, qu'on applique les ordonnances de Charles VII aux péages du sire d'Albret sans cesse accrus et devenus, à l'entendre, une véritable cause de ruine pour le commerce de la Garonne. Le prince Charles, intéressé à défendre les marchands, lance le 18 mai de cette année, contre le feudataire, une ordonnance qui fixait, dans le plus grand détail, le tarif des droits que le sire d'Albret était accoutumé à percevoir et défendait expressément à ce feudataire d'en prélever d'autres, sous peine de la confiscation des péages et d'une amende de 500 marcs d'argent. Le péage à Sainte-Bazeille sur chaque pipe de blé, vin, huilé, miel, sel, merlus, harengs et autres poissons salés était de 3 deniers tournois, tandis qu'à Taillebourg et à Meilhan, d'une maille et à Gironde d'un denier ( ). – Le sire d'Albret trouvant étrange que la royauté déterminât ainsi, à son gré, le chiffre du revenu que, de temps immémorial, ses ancêtres tiraient de la Garonne, résista à l'injonction du suzerain et plaida au parlement de Bordeaux contre le syndic des marchands bordelais uni au procureur du roi : six ans après (18 décembre 1476) une lettre de Louis XI vint confirmer l'ordonnance du duc de Guyenne ( ). Le parlement de Bordeaux arrêta, le mêmes jour, qu'en attendant la fin du procès et le prononcé du jugement, le sire d'Albret ne percevrait de ses péages que ce qui avait été déterminé par les édits royaux ( ). Alain comprit qu'il devait se soumettre et se résigna « comme vrai obéissant à la justice du roy » avoir ses péages diminués, s'il faut l'en croire, de la moitié de leur valeur. – Mais les prétentions des gens du roi et des commerçants allaient, plus loin : à la suppression totale des, péages. Un grand pas fut fait dans cette voie lorsque, sous le règne de Louis XII, le maire, le sous-maire et les jurats de Bordeaux obtinrent du roi l'autorisation « de faire conduire et mener 3.000 tonneaux de blez par lesdites rivières sans paier aucun droit de péage. » Cette fois, l'indignation du sire d'Albret éclata ; par ses soins une sorte de ligue défensive se forma entre tous les nobles et gens d'église qui possédaient péages sur la Garonne, le Tarn et le Lot, et une réclamation collective fut, de leur part, directement adressée au roi, qui, semble-t-il, n'en tint aucun compte ( ).

Une sentence arbitrale, du 11 mai 1478, rendue entre Alain, sire d'Albret et le syndic des marchands fréquentant les rivières de Dordogne, Garonne et autres cours d'eau du duché de Guyenne, déclare que le sire d'Albret a droit de péage à Monheurt, au Mas, à Taillebourg, à Sainte-Bazeille, à Meilhan, à Gironde, etc., savoir, pour les seigneuries de Sainte-Bazeille et Thivras un droit de 4 sols 7 deniers, à la charge d'affranchir les marchands de tous autres droits de péage qui pourraient être dus ou prétendus dans lésdits lieux par tous autres péagers ( ).

Le 22 novembre 1478, Jean de Landeroat, rend foi et hommage à Alain d'Albret, à raison de sa maison noble de Thivras sise dans la ville de Sainte-Bazeille, de son péage de mer et du passage de Garonne, le tout dépendant de la baronnie de Sainte-Bazeille ( ).

Le serment de fidélité fut prêté par les habitants de Sainte-Bazeille à Alain, sire d'Albret, le 7 juin 1481. Nous trouvons, en effet, dans la Collection Dupuy (Bibl. Nat.) un document signé de Glane et Drard contenant « un instrument de serment preste par les mannans et habitans de Saincte Bazeilhe au sire d'Albret sur les foy loyauté obeyssance et subiection a luy appartenant, du septiesme jour de juing l'an mil quatre cens quatre-vingt-ung. »

Le 14-février 1486, noble homme Arnaud de Landeroat, tant pour lui que pour Charles et Isabelle de Landeroat, ses neveux, donne à fief, selon les usages et coutumes de Sainte-Bazeille, à Antony Peyrard une place pour faire bâtir et édifier un moulin, et un journal de terre à Sainte-Bazeille au lieu appelé « au rieu caillau », pour 30 ardits de rente et cinq pugnières de blé meture ( ).

En cette même année, au premier bruit de la coalition féodale que devait terminer la guerre folle, le parlement de Toulouse met la main sur les terres d'Albret ( ).

Jean de Ségur, écuyer, seigneur de Pardaillan, et Gaston de Montferrand, chevalier, seigneur de Montferrand, se disputaient la charge de gouverneur de la place de Sainte-Bazeille. Leur querelle fut portée devant le parlement de Bordeaux, qui, le 30 décembre 1488, ordonna « que la capitaine (sic) et garde de la place de Sainte-Bazeille sera régie et gouvernée par celui qui par le comte d'Angoulême, gouverneur et lieutenant du roi notre sire en ces pays et duché de Guyenne sera député jusques à ce que par le roi notre sire autrement soit ordonné. » La même cour « fait inhibitions et défenses auxdites parties de procéder par voie de fait, ni à port d'armes, l'une à l'encontre de l'autre, sous peine de mille marcs d'or et de confiscation de corps et biens ; aussi fait commandement à même peine que dessus audit sieur de Montferrand de bailler et de livrer ladite place à celui qui par le Gouverneur sera commis et député, et sans dépens et pour cause ( ). »

Les revenus d'Alain d'Albret s'élevaient annuellement à la somme de 250.000 livres, soit environ 7.500.000 francs de notre monnaie ( ). Mais ses dépenses sont si grandes ( ) qu'il contracte de nombreux emprunts et en est réduit à engager Ou même à vendre ses terres et baronnies ( ). C'est ainsi que le 14 juillet 1491 Raymond de Saint-Maurice, chevalier, seigneur de Castaing et de Saint-Andreu, avait reçu pour sa vie durant du sire d'Albret la baronnie et les revenus de Sainte-Bazeille pour ses bons et recommandables services. Mais le 8 juin 1515, ledit Raymond « voyant et considérant les grandes affaires et charges de son dit seigneur d'Albret, de son bon gré et franche volonté » voulut et consentit que le sire d'Albret put prendre, cueillir et lever tous les revenus, profits et émoluments qui proviendraient de Sainte-Bazeille, excepté 500 livres de rente annuelle qu'il se réservait pour lui-même ( ). Le consentement d'Alain est du 30 mai suivant ( ).

Le 27 juin 1515, Alain d'Albret rend à François Ier ses foi et hommage pour raison des comtés d'Armagnac, de Périgord, de Gaure, etc., des terres et seigneuries d'Albret, Nérac, Casteljaloux, Moncrabeau, Fieux, Espieus, Monheurt, Taillebourg, etc., et des seigneuries et terres de Meilhan sur Garonne ( ), Sainte-Bazeille, Landerron, etc ( ).

Au mois de septembre 1517, il y eut un accord sur procès par lequel Alain d'Albret renonçait à inquiéter sa sœur Marie d'Albret au sujet de la succession de Boffile de Juge, son époux, et lui abandonnait la seigneurie de Sainte-Bazeille pour la payer d'une partie de ses droits ( ).

Le sire d'Albret avait, le 23 août 1480, marié sa dite sœur ( ) avec le capitaine lombard Boffile de Juge, une des âmes damnées de Louis XI et créé par ce prince vice-roi de Roussillon et comte de Castres ( ).

Jean d'Albret, roi de Navarre, comte de Foix et de Béarn, fils d'Alain, mourut, le 17 juin 1517, à Monneins-en-Béarn, quatre ans après que Ferdinand-leCatholique eut conquis la partie du royaume navarrais qui s'étendait au midi des Pyrénées. Dès lors, le sire d'Albret eut entre ses mains séniles tous les domaines de sa maison et les gouverna au nom de son petit-fils, le jeune roi de Navarre, Henri II. Il ne pouvait déjà presque plus sortir de ses manoirs de Nérac et de Casteljaloux ( ). Il fit son testament le 1er octobre 1522, en faveur de son petit-fils, héritier de tous ses biens. Il y rappelle avoir donné la seigneurie de Landerron avec justice et autres appartenances à son « amé et féal conseiller et médecin maistre Antoine de Chamborel ( ), seigneur de Caubon et de Landerron… et aussi, ajoute-t-il, depuis, lui avons donné les cens, rentes et émoluments à nous appartenant en la paroisse de Saint-Martin de Serres ( ), jurisdiction de Sainte-Bazeille, et pareillement lui avons donné 3 deniers tournois de notre péage que nous avons accoutumé prendre à Sainte-Bazeille sur Garonne. Et pour qu'il soit plus enclin à nous servir dorénavant et à prier Dieu pour nous après notre décès et pour lui aider à marier une ou, deux de ses filles, nous lui avons donné et donnons 60 marcs d'argent à les prendre de notre vaisselle de cuisine et de buffet. » Il lègue à Jean Martret, son secrétaire, 2.000 livres tournois et 40 marcs d'argent de sa vaisselle « pour lui aider à marier sa fille ( ). »

Alain termina ce même mois d'octobre (1522) dans sa résidence de Casteljaloux, terré sacrée où tous les sires d'Albret, ses ancêtres, avaient voulu mourir et être ensevelis, une carrière de 82 ans. Il fut inhunié dans le tombeau de sa famille, à l'église des Frères-Mineurs de cette ville ( ).

Signalons : la Garonne prise par les glaces en 1405 ; – grande cherté des vivres dans le Bordelais en 1414 ; – un tremblement de terre pendant la nuit, pour la Chandeleur 1427 ; – une grande disette, durant laquelle la mesure équivalente à notre hectolitre est vendue 39 francs ; – un grand froid de 42 jours, dépuis le 26 décembre, qui gèle les rivières, les blés et les vignes et les arbres fruitiers en 1481 ( ).

 

V.

HENRI II D'ALBRET ROI DE NAVARRE.

 

Henri d'Albret, seigneur de Sainte-Bazeille, se trouvait déjà, depuis la mort de son père, Jean d'Albret et de sa mère, Catherine de Foix, roi de Navarre, comte de Foix et vicomte de Béarn, Marsan, Tursan, Gabardan, Captieux, etc. ; à la mort d'Alain, son aïeul, il devint sire d'Albret, comte-de Gaure, de Dreux et de Périgord, vicomte de Marenne, de Tartas et d'Aillas. Il épousa, l'an 1527, la belle et savante Marguerite de Valois, veuve du duc d'Alençon, et sœur de François Ier, qui lui apporta pour sa dot les duchés d'Alençon et de Nemours, avec le comté d'Armagnac, riche apanage par lequel le roi de France voulut prouver et sa tendre amitié envers sa sœur et sa juste reconnaissance envers le prince, devenu son beau- frère ( ). C'est ainsi que ce mariage fit passer le fief d'Albret sous la domination presque directe des Valois. Il annonçait et préparait une réunion qui ne devint effective qu'en 1589, lorsque Henri III, roi de Navarre et duc d'Albret, arriva au trône de France sous le nom d'Henri IV.

Henri II d'Albret fut un courtisan, le compagnon des plaisirs et des guerres de François Ier. A Pavie, il se battit vaillamment à côté du maître et, comme lui, tomba au pouvoir des Espagnols. Devant son éducation à son aïeul le sire d'Albret, Alain, secoué par tant de revers et de succès, il mérita que Charles-Quint dit de lui : « Je n'ai trouvé qu'un homme en France, et c'est le roi de Navarre ! » Il avait échoué néanmoins dans ses efforts pour reconquérir son royaume. Retenu prisonnier dans le château de Pavie, il parvint a s'évader. « Il avait avec lui le baron d'Arros, un page et un valet de chambre. On choisit une nuit obscure ; des échelles de cordes furent tendues, le roi descendit le premier, il fut suivi par le baron d'Arros et le valet de chambre nommé Francisque. Le jeune page resta seul, chargé de couvrir la retraite du roi. Il se mit dans le lit du prince et, lorsque les gardes vinrent le matin, suivant leur usage, ouvrir les rideaux, le jeune homme leur dit en imitant la voix de son maître : « laissez-moi dormir encore. » Ce stratagème réussit ; l'on ne s'aperçut que le soir de l'évasion de Henri ; il dut peut-être sa liberté à l'adresse de son page. Aussi devons-nous consacrer ici le nom de cet enfant intéressant : c'était François de Rochefort ( ). »

Du mariage de Henri d'Albret avec Marguerite de Valois, naquit Jeanne d'Albret, la plus riche héritière de son temps, qui fut donnée en mariage, l'an 1548, au duc de Vendôme, Antoine de Bourbon. Quant au roi de Navarre, il eut la consolation de ne descendre dans la tombe qu'après avoir vu naître, au château de Pau, le 13 décembre 1553, son petit-fils, Henri de Bourbon, le futur Henri IV. – Henri d'Albret mourut l'an 1555.

Le 20 mars 1555 (v. s.), Jean de Ciret, conseiller au parlement de Bordeaux, commissaire sur ce départi, ordonne que le tableau contenant le droit de péage de Thivras Soubiran, en l'honneur de Sainte-Bazeille, autrement appelé d'Auriolles, que Pierre Giraud et Jean de Landeroat, écuyers, seigneurs de la maison noble de Serres, dite d'Auriolles au lieu de Sainte-Bazeille, et Bernard de Landeroat, aussi écuyer, fils dudit Jean, ont le droit de prendre, soit affiché au lieu accoutumé ( ).

 

VI.

JEANNE D'ALBRET.

 

Jeanne d'Albret, reine de Navarre, compta depuis cette dernière année (1555-1572) à la seigneurie de Sainte-Bazeille parmi ses innombrables domaines. Ce fut par lettres patentes du 2 décembre 1555 que fut érigé le duché d'Albret. Son titulaire fut autorisé à y créer à perpétuité un état et office de sénéchal avec un lieutenant-général, et sous ces deux grands officiers d'Albret, quatre sièges ayant chacun lieutenants particuliers, garde des sceaux, avocats, procureurs, greffiers, sergents et autres officiers. Le premier de ces sièges fut à Nérac, le second à Casteljaloux, le troisième à Tartas et le quatrième à Castelmoron. Les appellations devaient ressortir de la cour du parlement de Bordeaux. – Sainte-Bazeille dépendit du second siège, celui de Casteljaloux ( ).

Jeanne d'Albret avait introduit le protestantisme dans ses Etats. – La lettre suivante écrite le 18 janvier 1560, par les membres du Parlement de Bordeaux à Catherine de Médicis, nous fait connaître l'agitation calviniste et les excès commis à Sainte-Bazeille et dans les villes de la région.

« Madame,

« Par l'extraict des informations que nous envoions à Sa Majesté, nous trouvons que Bragerac (Bergerac), Saincte-Foy, Aymet, Gensac, Castilhon, Milhan, Laverdac, Thonenx, Cleyrac, Saincte-Bazille, Mussidan, Montségur, Agen, Villeneufve, Sainct-Jehan-d'Angely, Marennes, Oleron, Arvert et lesdits lieux de Marmande et Gontault, et autres plusieurs lieux de ce ressort commencent grandement à s'éloigner de la paroile de Dieu et de son église, venir aux armes en grand nombre et congrégations de gens, en beaucoup desdicts lieux, rompre les ymages, gecter les prebstres de l'autel en célébrant la messe, brusier custodes et armoiries où repose le Saint Sacrement de l'autel et faire d'autres exécrables excès qui sera le bon plaisir de Vostre Majesté entendre par l'extraict des informations sur ce faictes, que nous vous envolons; vous suppliant très humblement, Madame, en conservant le nom de très chrétien qu'il a pieu à Dieu mettre sur la couronne du Roy, vouloir prendre ses affaires en main et y commander telles expéditions que Vostre Majesté verra y estre nécessaires, etc.

Les gens tenans le Parlement du Roy à Bourdeaulx,

« De Pontac ( ). »

Les mêmes conseillers du Parlement s'adressaient cinq jours après (23 janvier), au roi de France, en ces termes :

« Notre souverain seigneur,

« Mardi dernier, le seigneur de Burie, vostre lieutenant général en vos païs et duché de Guienne, en l'absence du Roy de Navarre, nous communiqua des lettres qu'il avoit pieu à Vostre Majesté luy escripre, ensemble de la Royne, tendant toutes deux à mesme commandement, de se transporter ez lieux de Marmande et Gontault pour pourvoir à l'inconvénient qui est advenu esdicts lieux puis peu de jours, etc. »

« Les gens tenans votre Parlement à Bordeaux.

« De Pontac ( ). »

Le 14 octobre, les mêmes écrivent au roi la lettre suivante :

« Nostre souverain seigneur,

« … A Saincte-Bazeille les huguenots ont voulu baptre ung pouvre religieux observantin, venant de la, prédication ; ung jour de feste, luy firent plusieurs insolences tant en l'église en laquelle ledict religieux s'estoit retiré que en la rue publique où fut agréde, etc.

« Les gens tenans la Chambre par vous ordonnée durant les vacations.

« De Pontac ( ). »

Monluc nous apprend (livre V, p. 239) que tout le pays de Bazadais était révolté, sauf La Réole.

Le 14 Juillet 1569, il y eut à Casteljaloux une assemblée des députés des bastilles de Samazan, Marcellus, Meilhan et Sainte-Bazeille, au sujet de la solde des compagnies de M. de Monluc, et de la décharge des arquebusiers que devait fournir le Bazadais. Les jurats de Casteljaloux délibèrent d'envoyer l'un d'eux à Nérac, pour savoir quelle est la portion payée par cette ville, et ce député demeure autorisé à offrir, s'il le trouve nécessaire, un présent à M. de Monluc, pour amortir la garnison ( ).

 

Notes :

 

Hist. de l'Agenais. etc., p- 71. M. Samazeuilh nous a fourni tout ce qui regarde les rois de Navarre, devenus seigneurs de Sainte-Bazeille.

Faget de Baure. – Voir Hist. de l’Agenais, etc., p. 71.

Notes manuscrites des archives de M. Léo Drouyn, à Bordeaux.

Hist. de l'Agenais, etc., tome II, p. 75.

Arch. hist. de la Gir., XIII, 147.

Arch. hist. de la Gir., XIII, p. 149.

Ibid, p. 131.

Extrait des Registres de la jurade de Casteljaloux.

Alain-le-Grand, sire d'Albret, A. Luchaire, p. 89.

Documents inédits relatifs à l'Hist. de l’Agenais, Tamizey de Larroque, pp. 69-71. Note de l'auteur.

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 95. Déposition d'Alain au procès du maréchal de Gié. Il à 63 ans en 1504.

Idem, E. 86. Dispense du pape Innocent VIII, pour le mariage d'Alain et de Françoise de Bretagne.

Dom Morice, Hist. de Bretagne, année 1487, d'après Jaligny ; détails reproduits par Cherrier, Hist. de Charles VIII, t. I, dans son récit de la guerre de Bretagne,

Palma Cayet, Chronologie septennaire, p. 37, dit de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV : « qu'elle avait une jambe un peu courte, qui est une note de ceux d'Albret, comme estait Alain, sire d'Albret, etc. » Le connétable d'Albret, Charles Ier était, lui aussi, de petite taille, faible et boiteux (de Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, t. II, p. 42).

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 69. Contrat de mariage d'Alain d'Albret et de Françoise de Bretagne.

Item et en outre, E. 71 et 648.

Alain-le-Grand, pp. 14-15.

Alain-le-Grand, etc., pp, 13-16.

Idem, p. 6.

Alain-le-Grand, etc., pp. 23-25.

Bibliolh. Nat., Fonds St-Germain, ms. 16834, f° 64.

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 76. Lettres de Charles de Guyenne.

Idem.

Collect. Doat, t. 222. – Arch. des Basses-Pyrénées, E. 76. Lettre de Charles, duc de Guyenne.

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 76. Lettre de Louis XI.

Ibidem.

Alain-le-Grand, etc., p. 132-138.

Arch. départ, de la Gir. Extrait du Registre du Conseil d'Etat, C. 2584, année 1736, 24 avril.

Ibidem.

Noble homme Arnaud de Landerrouat tan per Siu que per Charles et Isabel de Landerrouat sous nepvosts a baillat à fieux selon fors et coustumes de Saincte-Bazeille à Anthony Peyrard une place per far bastiret ediffiar ung moullin et ung journal de terre à Saincte-Bazeille au loc appelat au rieu caillau per trente ardits de rente, cinq pugneres de blad mesture (Extrait des baux et fiefs et reconnaissances des rentes de la ville, faubourg ou barris et juridiction de Sainte-Bazeille, tiré d'un libre (sic) de feu sieur Girant, escuyer, seigneur de Serres, de Castecu et Doriolle). – En 1493, Arnaud de Landeroat prenait le titre de seigneur de la maison de Serres, de Castecu et d'Auriolle.

Alain-le-Grand, etc., p. 200.

Arch. départ, de la Gir., Registres du Parlement de Bord. Arrêts B. 3 (1472-1489). Inédit.

Biblioth. Nat., Coll. Doat, t. 231, f° 83 bis. – Alain-le-Grand, etc., p. 59.

Voir pour ses dépenses, celles de sa maison, de sa femme, de sa famille, etc. ; Alain-le-Grand, etc., pp. 50-59 ; et pour l'administration de ses domaines et des procès, ibidem, pp. 79-108. 

Voir pour rénumération des terres du sire d'Albret engagées par lui ou vendues : ibidem, pp. 64-65, note.

Coll. Doat, t. 230, p. 267. – Documents inédits relatifs à l'Histoire de l’Agenais. Tamizey de Larroque, p. 69-71.

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 216.

Mention est faite d'un autre Meilhan-sur-Tartas.

Arch. hist. de la Gir., XXV. 563. Extrait par Baradat de Lacaze des Arch. Nation., Papiers Bouillon.

Arch. des Basses-Pyrénées, E. 81. Contrat de mariage de Boffile de Juge et de Marie d'Albret.

Essai généal. sur les Montferrand de Guyenne, Communay.

Voir sur cet aventurier lombard : Dom Vaissete, Hist. du Languedoc, t. V. années 1469-1497. – Henri, Hist. du Roussillon (Paris, 1835) 2e partie, pp. 138, 144, 169, 170. – Biblioth. Nat., Coll. Legrand, t. XXV, f° 385 et XXVI, f° 350. – Enfin Arch. des Basses-Pyrénées, E. 84, plusieurs lettres de Boffile à Alain, et E. 144-148.

Alain-le-Grand, etc., p. 42.

Nous retrouverons les Chamborel plus loin.

Nous verrons plus loin que les Noguères de Sainte-Bazeille devinrent seigneurs de Saint-Martin par leur alliance avec les Chamborel.

Il paraît que les filles étaient déjà à cette époque d'un placement difficile. – Collect. Doat, t. 233, f° 129. – Arch, des Basses-Pyrénées, E. 112 ; Testament d'Alain. – Hist. de l’Agenais, etc., p. 71.

Alain avait eu de Françoise de Bretagne, outre Jean d'Albret, Pierre d'Albret, comte de Périgord et Gabriel d'Albret, seigneur d'Avesnes et vice-roi de Naples, ainsi que quatre filles (Hist. de l’Agenais, etc., t. II, p. 70).

Annales de La Réole, M. Dupin, manuscrit de M. O. Gauban.

Tué à la bataille d'Azincourt (1415) qu'il perdit contre les Anglais.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 55.

Hist. de l'Agenais, etc. Samazeuilh, p. 184.

On trouve aux Arch. munic. de Bordeaux, une lettre adressée à Pierre Arnaud de Béarn, dans laquelle il est question de Jean de Ferrand, qui va à la Tresne pour demander une trêve, 1er septembre 1406.

Voir pour cette trêve sur François d'Albret : Arch. munic. de Bordeaux, Registres de la Jurade : approvisionnement qu'il prépare, p. 105 ;  trêve qu'il négocie au nom de la dame d'Albret, sa cousine, pp. 181, 185, 187, 197, 202, 217, 260 ; lettres qu'on lui adresse, pp. 187, 202, 210, 217, 365 ; sa résidence, p. 278 ; ses messagers, p. 276.

Labrit, ancienne forme romane d'Albret.

Arch. hist. de la Gir. VI, 216-220. 

Arch. de Pau, ch. XVI de l'Arm. de Périgord, n° 166.

Lire les deux lettres des rois de France et d'Angleterre dans ledit Registre de la Jurade. – Voir aussi relativement à cette trêve sur François d'Albret, ibidem, pp. 108, 116, 241, 252, 253, 260, 262, 267, 268, 269. 278, 283 ; lettres de lui, 116 ; lettres qu'on lui adresse, 267 ; ses forces, 116 ; garanties qu'il donne, 253 ; pièces qu'il doit transmettre, 267 ; ses pouvoirs, 269 ; ses terres, 279, 280 ; ses représentants, 291.

Collect. de M. Lacaze, libraire à Agen.

Nous trouvons au Catalogue des Rolles Gascons (t. I, p. 209), deux documents sur la possession de Sainte-Bazeille par Gaston de Foix, le 1er du 28 juin 1425-1426 : « Pro Gastone de Foix, comite de Longavilla, creato comite de Benauges, et de medietate de Sancto Basilio (sic), et medietate de Landaron, de locis d'Auros, de Baires, ac etiam de Berteull, de Soros et Casenave de Serne, eidem concessis. Teste Rege apud Westminster 28 die junii » ; le 2e du 14 août 1432-1433-1434 : « Rex creavit Gastonem de Foix, comitem de Longavilla, in comitem de Benauges, et concessit eidem comiti medietatem de Sancto Basilio, medietatem de Landeron, et loca d'Aurbs et de Baires (Vayres) ac etiam loca de Berteull (Verteuil), de Sora, Casenave de Sernes. Teste Rege apud, Westminster, 14 die Augusti.  »

Arch. hist. de la Gir., XVI, 102-104.

Arch. hist, de la Gir., XVI, 16, 102-104.

Idem, pp. 207-209.

Idem, pp. 209, 210, 214 et 215.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 62.

Grands officiers, etc., P. Anselme.

Collection Doat, t. 215, f° 282.

Arch. dép. des Basses-Pyrénées, E. 607.

Coll. Doat. t. 217, f° 178-210.

Notice sur la ville de Marmande, Tamizey de Larroque, p. 64. – Hist. de la Conquête de la Guyenne par les Français (Bordeaux, 1866 in-8°). Henri Ribadieu, p. 159. – M. Ribadieu emprunte ces renseignements à la relation du voyage à Bordeaux de l'évêque Thomas Beckington en 1443, relation qui a paru en anglais par les soins de M. N. Harris Nicolas (1828) et qui a été traduite librement en français par M. Gustave Brunet, sous le titre de Journal du voyage d'un ambassadeur anglais à Bordeaux en 1443.

Antiquitez. Darnalt, f° 105.

Coll. Doat, t. 219.

Idem, f° 215. 

Arch. départ. des Basses-Pyrénèes, E. 95.

Idem, E. 216.

Arch. hist. de la Gir., V, 349.

Notice sur la ville de Marmande, pp. 66-67.

Arch. hist. de la Gir. V. 351-353. Le document est écrit en langue romane.

Arch. départ des Basses-Pyrénées. E. 84.

Biblioth. Nat., série des litres 2811. Lettre adressée à Louis XI par un officier d'Albret.

Alain le Grand, A. Luchaire, pp. 17, 18.

Histoire de l'Agenais, etc. Samazeuilh, t. II. pp. 37-39.

Biblioth. Nat. Collect. Legrand, t. XXI, folio 57 : Procès de Charles d'Albret, témoignage de Pierre de St-Romain, sou écuyer, dit Talorges. – Alain-le-Grand, sire d'Albret (1440-1522) par À. Luchaire, p. 18-20.

Série des titres, dossier d'Albret. Quittance de Jean Roques, serrurier de Poitiers (13 avril 1473). – Alain-le-Grand, sire d'Albret, pp. 18-20.

Le roi prodigue, d'un autre côté, ses récompenses à ses trop fidèles lieutenants Rufec de Balsac obtint des dépouilles du comte d'Armagnac, Malauze, Clermout-Soubiran et la 4ème partie de la seigneurie d'Astafort. L'assassin Pierre Gorgias reçut une coupe d'argent pleine d'écus d’or (Histoire de l’Agenais, etc., tome II, pp. 38-39).

La quittance donnée par Jehan Roques porte : « pour quatre boucles de fer mises es gesnes du chasteaux de Poitiers. »

Environ 600 francs de nos jours.

Il faut que l'on sache qu'en 1452, le malheureux époux de Jeanne de Foix avait consenti, en faveur du roi de France, la donation de tous les domaines de la maison d'Armagnac s'il venait à mourir sans enfants, mâles !

Au moyen de cet avortement commandé par la cupidité la plus odieuse, Jean ne laissa que deux fils naturels et une fille naturelle du nom de Rose, qu'épousa Jacques de Villemur, seigneur de Pailhey en Gascogne. Il ne resta de cette noble famille que Charles, frère du malheureux Jean V et par conséquent son héritier, à défaut de la donation de 1452. Celui-ci se trouvait prisonnier à la Bastille dès 1469. Ses biens furent confisqués et donnés au sire Alain d'Albret en juin 1473. Mais Louis XI étant mort le 30 août 1483, Charles d'Armagnac obtint des Etats de Tours en 1484, qu'on le réintégrât dans la possession du comté d'Armagnac et des autres seigneuries de sa famille. Cependant, comme Louis XI avait disposé de l'Armagnac en faveur de Pierre de Bourbon et d'Anne de France, femme de ce dernier, en dédommagement de 15.000 écus perdus par le sire de Beaujeu à la prison de Lectoure ; comme, en outre, ceux-ci avaient cédé ces 15.000 écus au sire d'Albret, Alain reçut de Charles d'Armagnac la cession de ce même comté. Plus tard, Alain s’étant brouillé avec la cour, fit rendre le 27 novembre 1484, par le parlement de Toulouse un arrêt qui, vu l'imbécillité et la mauvaise conduite de Charles d'Armagnac, défend à celui-ci l'aliénation de ses biens, dont la même décision commet l'administration au sire d'Albret, son cousin. Armé de cette pièce, Alain renferme Charles d'Armagnac d'abord dans le château de Tournon, puis dans le château de Casteljaloux, opposant ainsi l'arrêt du parlement de Toulouse à des lettres par lesquelles le roi- de France ordonne la saisie du comté d'Armagnac, en octobre 1485, attendu les crimes et rebellions d'Alain, sire d'Albret. D'un autre côté, Charles, secondé par sa femme Catherine de Foix, par le duc d'Alençon et le seigneur de Château-Guyon, ses propres parents, ainsi que par les trois Etats d'Armagnac, qui attestèrent que ce prince n'était ni prodigue ni trouble de sens, obtint de Charles VIII l'ordre de sa liberté. C'est Guinot de Lauzière, sénéchal de Quercy, qui fut chargé de se faire remettre ce noble prisonnier et qui le conduisit à la cour, en avril 1486. Pourtant l'on trouva prudent de donner à Charles d'Armagnac des curateurs, ce qui n'empêcha pas la cour de lui faire souscrire une confirmation de la donation de 1452, en faveur du roi de France (Hist. de l'Agenais, etc., t. II, pp. 38-39).

Arch. hist. de la Gir., VI, 193, 194.

« Le pays qui s'étend de Bayonne à Bordeaux s'appelle, en gascon, las lanas, en français, les landes de Bordeaux. Il est inculte, stérile et très peu habité… Nous passâmes par Labrit, petite localité de quarante à cinquante maisons, où se trouve le château de M. d'Albret avec un fort beau bois. » Le village dont parle Andréa Navagero, l'ambassadeur vénitien qui se rendait en 1528 à la cour de François Ier (Relations des Ambassadeurs vénitiens recueillies par Tommoseo, t. I. Viaggio del Andrea Navagero in Espagna ed in Francia, 1528) était le berceau de la famille d'Albret. Perdu au milieu des grandes landes, dans l'étroite mais verdoyante vallée de l'Estrigon, il subsiste encore aujourd'hui sur la route que les voyageurs prenaient au XVIe siècle, pour aller de Bayonne à Bordeaux. Du château, il ne reste plus qu'une porte gothique, enfouie à moitié dans le sable. Depuis le moyen-âge, l'immense plaine landaise, que le soleil brûle en été et que l'hiver transforme en marécage, appartenait presque toute entière aux sires d'Albret. Triste et maigre patrimoine auquel s'ajoutaient, dans la région de l'Adour, les campagnes de Dax et de Tartas, et du côté de la mer, les étangs et les dunes des pavs de Seignans, de Marensin, de Maremme et de Born. Mais cette pauvre contrée produisait d'excellents, soldats, « legiers de tête, mais bonnes gens d'armes » (Charles VII et Jacques Cœur, p, 125, Pierre Clément). On sait quel était le renom de l'infanterie gasconne, au temps de Machiavel, « tout soldat françois, mais qu'il fut vaillant, on le tenoit pour gascon » (Voir Brantôme, t. VI, pp. 208, 209, 210, édit. de la Société de l'Hist. de France. Machivel, Ritratti delle cose di Francia). La désolation même du pays landais, obstacle insurmontable aux invasions, lui donnait une importance militaire exceptionnelle. Ce désert défendait Bordeaux et la Garonne, mieux que n'eut fait la plus formidable armée. Aussi les seigneurs d'Albret, maîtres d'une position si avantageuse, finirent-ils après trois siècles d'une existence obscure, par éclipser les plus illustres barons du Midi. Eux-mêmes appelaient fièrement leur maison « le boulevard des autres pais estrangers ennemis du royaume de France » (Voir Biblioth. Nat., Coll. Doat, t. 222, f° 330 . Lettre à Madeleine de France).

« Vassaux des ducs de Gascogne, puis des ducs d'Aquitaine, protectecteurs et bienfaiteurs de l'abbaye de Condom, honorés de charges ecclésiastiques dans l'Evêché de Bazas, témoins de toutes les solennités religieuses de l'Aquitaine, unis par des liens de parenté aux vicomtes de Béarn, peut-être même chefs d'une partie de l'armée gasconne durant la première croisade (Voir Notice sur les origines de la maison d'Albret, du XIe à la fin du XIIIe siècle. A Luchaire), les sires d'Albret paraissaient avoir joué un certain rôle du Xe au XIIIe siècle, dans tous les événements qui ont trait à l'histoire féodale du Midi, et en particulier à celle du Sud-Ouest. On les voit ensuite prendre part à la croisade des Albigeois et se rallier à la cause catholique. Enfin, leur situation comme feudataires du duché de Guyenne les jette dans la guerre trois fois séculaire des rois anglais et des rois de France. C'est alors que la maison d'Albret apparaît, après celle de Béarn, la plus riche et la plus importante de la Gascogne. Arnaud-Amauieu se vantait auprès du prince Noir de pouvoir ranger un millier de vassaux sous sa bannière. Rude, belliqueuse, âpre au gain, cette famille féodale justifiait le proverbe : Convoiteux comme un gascon. Elle sut mettre à très haut prix les services qu'elle rendit à la dynastie des Valois, lorsque la guerre de cent ans fit de la Guyenne un des principaux théâtres de la rivalité de la France et de l'Angleterre. Les sires d'Albret eurent l'habileté de quitter à temps la suzeraineté des rois anglais, ducs de Guyenne, pour accepter celle des rois de France. Grâce à la faveur des Valois, leur fortune alla toujours grandissant. Sous Charles V, ils sortent définitivement de leurs genêts et de leurs bruyères, s'établissent en seigneurs péagers, sur les deux rives de la Garonne, enfin s'allient au sang royal par le mariage d'Arnaud-Amanieu avec Marguerite de Bourbon. » Alain-le-Grand, pp. 11-12. A. Luchaire.

Quand nous écrivions ces lignes, la mort ne nous avait pas encore enlevé cet érudit, dont le zèle heureux et patient n'était égalé que par la gracieuse obligeance.

Bernard Ezi II fit son testament au mois de mars 1340. Il était fils d'Amanieu VII, sire d'Albret et de Rose du Bourg.

Mathe d'Armagnac était fille de Bernard VI, comté d'Armagnac et de Fezensac, mort en 1319, et de Cécile, comtesse de Rodez. Elle était sœur de Jean Ier, comte d'Armagnac, et de Mascarose d'Armagnac (Notes communiquèes par J.-B. de Laffore).

Le célèbre captal de Buch, futur époux, est le fils de Jean IV de Grailly, captal de Buch, vicomte de Bénauges et Castillon, seigneur de Puy-Paulin et Castelnau-de-Médoc, et de Blanche de Foix. Il est le cousin-germain de Gaston Phoebus, onzième comte de Foix, vicomte de Béarn, etc., autre personnage célèbre. N'ayant point d'enfant légitime de Rose d'Albret, Jean V de Grailly fait son testament en 1367 et institue Archambaud de Grailly, vicomte de Castillon, son oncle paternel, héritier de tous les biens qu'il possède en Guyenne et dans les duchés et comtés de Bourgogne et de Savoie (Notes communiquées par J.-B. de Laffore).

Souveraine d'Albret vécut au moins 50 ans avec son mari dont elle eut : Jeanne de Pommiers, femme de François de Montferrand, chevalier, d'où provinrent :

I° Jeannot de Montferrand, mort en Angleterre ;

2° Bérard de Montferrand qui laissa de Marie de Lalande : Isabeau de Montferrand, vicomtesse d'Uza, mariée avec Pierre de Lur, duquel descendent les marquis et comtes de Lur-Saluces (Idem).

Idem.

Coll. Doat, t. CXCV, pp. 250 et suiv. – Arch. hist. de la Gir., IV, 127-129.

Hist. Gén. du Languedoc, Dom Vaissete, dern. édit., t. IX, pp. 747-749. – Coll. Doat, t. CXCV, pp. 250 et suiv. – Arch. hist. de la Gir., IV, pp. 127-129.

Ibidem.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 301.

Ibidem.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 216. – Coll. Doat, vol, 196, pp. 108-115.

Alain-le-Grand, sire d'Albret, A. Luchaire, p. 68.

Variétés Girondines, Leo.Drouyn, t. III, p. 275.

Notes manuscrites communiquées par- J.-B. de Laffore.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 221.

Idem, E. 201

Hist. Généal. de la maison de Faudoas. 1724, p. 137.

Hist. de l’Agenais, etc. Samazeuilh, p. 438.

Voir pour la discussion sur la date du siège de La Réole : Hist. du Languedoc, t. VIII, pp. 267, 281 et 483. – Jean Cabaret d'Oronville met ce siège à l'année 1373 dans la Vie de Louis de Bourbon, ch. XXI, p. 131.

Hist. de la Gascogne, Monlesun, t. IV p, 121.

Hist. de l'Agenais, etc. Samazeuilh, p. 444.

Arch.hist. de la Gir., XV, 48. Extrait du Chronicon Vasatense écrit en latin : « dein adoriuntur Beatae Basiliae fanum. »

Voir sur Jean et Amanieu de Ferrand : Notice sur le château, les anciens seigneurs et la paroisse de Mauvezin, Ch. V. pp. 93-98.

Ce document m'avait échappé lorsque j'écrivis la Notice sur le château, les anciens seigneurs et la paroisse de Mauvezin.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, EE. 48. Orig. parchemin inédit. – Je dois la connaissance de cette trêve à l'extrême obligeance de M. Georges Tholin, notre savant archiviste.

Biblioth. Nat. – Fds Périgord. Lespine, v. 24, f° 76. Arch. de Pau, Albret, ch. IV, cotté N°. – Ce document que nous croyons inédit est publié in-extenso aux Notes et pièces justificatives, n° VI.

Arch. des Basses-Pyrénées. E. 373 n° 2147. L'original en parchemin a été communiqué par M. Paul Raymond, archiviste de Pau, et imprirrié aux Arch. hist. de la Gir., t. III, pp. 278 à 281.

Grands off. de la Couron., P. Anselme.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 51.

Idem., E. 52.

Villevieille, Très. Gén. Caumont, Bibl. du Roy, msc. de Doat, t. II, p. 200.

Arch. départ. des Basses-Pyrénées, E. 54.

Annales de La Réole, manuscrit communiqué par M. O. Gauban.

 

 

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