Monographie de Castelmoron-sur-Lot.
C.H.G.H.47
Au bureau, 54 rue de Cocquard, à Villeneuve-sur-Lot, les adhérents peuvent consulter nos archives, de nombreux dépouillements et relevés de tables décennales.

L.-ÉTIENNE CABANNES.

DÉDICACE.


Je dédie cette notice à ma paroisse, et je la lui confie. Eu la lui dédiant, je veux lui donner un gage de ma paternelle affection. En la lui confiant, je lui remets un dépôt qu'elle gardera, je l'espère, et qu'elle transmettra. Que mes bien-aimés lecteurs trouvent dans ces lignes, que j'ai tracées pour eux, un sujet d'édification, c'est tout ce que je désire. Le passé n'est pas toujours, pour celui qui l'étudie, une bonne école. Mais il me semble que les Castelmoronais n'ont qu'à gagner à repasser leur histoire. Ils y trouveront un encouragement au bien. La paroisse de Castelmoron a eu de beaux jours. Ses annales sont là pour l'attester. Qu'elle reste digne de son vieux temps ! Qu'elle reste catholique, et surtout, qu' sa foi, elle sache toujours allier les pratiques que la foi impose, et sans lesquelles la foi n'est qu'un vain mot.

Donc je dédie cette notice à ma paroisse, à mes catholiques. Mais je souhaite qu'elle intéresse aussi les Protestants mêlés aux brebis de mon bercail. Ce n'est pas ma faute si entre eux et moi, il y a l’abîme qui nous sépare. En tout cas, je veux qu'ils sachent que je ne les exclus ni de mes sympathies, ni de mes sollicitudes.

L. Cabannes, curé-archiprêtre.


NOTICE HISTORIQUE
sur
LA VILLE DE CASTELMORON-SUR-LOT.


Dans les quelques heures de loisir que me laisse mon ministère, j'ai fait quelques recherches, j'ai recueilli quelques documents auxquels, j'ai donné un corps et une forme. Il eu est résulté une sorte de notice. Je la publie.

En l'écrivant, j'ai voulu me procurer une distraction, sauver de l'oubli des choses qui m'ont intéressé, et qui, transmises à ceux qui viendront après moi, les intéresseront peut-être, enfin, donner un exemple qui, s'il était suivi, multiplierait les histoires locales.

I.

Entre Villeneuve d'Agen et Tonneins, à dix-huit kilomètres de chacune de ces deux villes, sur la rive droite du Lot, dans une des sinuosités les plus gracieuses de la riante vallée qu'arrose cette rivière, s'étale coquettement la petite ville de Castelmoron. Une imposante ligne de coteaux verdoyants qui s'étendent de l'ouest au nord, la protège et contre l'aquilon glacial et rentre le vent des tempêtes. On y arrive, du côté du midi, par un pont suspendu dont la hardiesse le dispute à l'élégance. Imaginez vous que vous traversez la rivière sur cette voie aérienne : un superbe château mauresque, magnifiquement décoré par un artiste de mérite, s'offre à vos regards, avec ses galeries charmantes et son dénie audacieux. Derrière ce monument se dresse la flèche élancée de l'église paroissiale, église gothique, balle depuis environ un quart de siècle, et dont nous aurons à parler plus tard.

Vous êtes en ville ; vous faites quelques pas entre une double rangée de maisons, de belle apparence. Vous arrivez sur la place publique. C'est la place Henri IV. C'est là qu'est la halle, une halle modeste, mais qui a bien son cachet. C'est là qu'est la fontaine Solar, fontaine monumentale qui rappellera longtemps aux Castelmoronais un de ces noms qu'on n'oublie pas. C'est là que sont les principaux établissements publics et les principaux magasins. C'est là que se tiennent les foires et les marchés et qu'aboutissent les rues principales. C'est là, enfin, que se concentre en quelque sorte la vie de la petite cité. La ville de Castelmoron n'a rien, à proprement parler, dans le présent qui la distingue d'une foule de petites villes de son importance. Mais elle a un passé qui n'est pas sans gloire, un passé quo nous voulons raconter. Elle a eu surtout ce qui suffit parfois à illustrer un pays, elle a eu un homme, elle a eu Belzunce, ce grand et saint Evêque dont j'ai raconté la vie dans une brochure qui parut en 1878.

II.

La ville de Castelmoron est-elle bien ancienne ? N'y a-t-il pas eu à l'ouest de la ville actuelle, sur les hauteurs, une autre ville qui aurait été détruite, et que la ville actuelle aurait remplacée ? Ce sont là cieux questions qu'il est très difficile de résoudre, les chroniqueurs et les historiens ne nous fournissant, sur ce double point, aucune donnée précise.

Mais si la chronique et l'histoire se taisent, il n'en est pas de môme de la légende. D'après une croyance populaire, il y aurait eu, sur le plateau du rocher qui domine la ville actuelle et toute la vallée du Lot, depuis Penne jusqu’à Aiguillon, une ville, avec un château fort dont on indique la place, et deux couvents, un couvent d'hommes et un couvent de femmes. Quand les Anglais assiégèrent Castelmoron, en 1345, les assiégés, dit-on, cachèrent dans un puits très large et très profond, tout ce qu'ils possédaient de précieux en or et en argent. On dit aussi que, pour échapper aux outrages des vainqueurs, toutes les religieuses, moins une, se précipitèrent dans ce mémo puits. Celle qui recula devant le suicide sauva sa vie sans doute, mais elle eut à subir les indignes traitements qu'avaient redoutés ses compagnes.

Selon Froissard, la ville de Castelmoron s'appela primitivement Mauron. Ce n'est que dans la suite qu'elle prit le nom composé qu'elle porte aujourd'hui : Castel-Moron ou Castelmoron en un seul mot.

On a prétendu qu'elle avait été fondée par une colonie de Maures, et que son nom de Mauron lui venait du nom même de ses fondateurs. Ce n'est là, sans doute, qu'une conjecture ; mais elle parait justifiée par I'étymologie populaire du nom de Castelmoron : Château des Maures !

Des conjectures ! et toujours des conjectures ! Quel dommage d'en être réduit là, quand on veut étudier le passé, et les origines de nos petites villes ! Il n'en serait pas ainsi, si chacune d'elles avait, son histoire écrite au jour le jour. On écrit l'histoire d'un pays ; et là, c'est le drame de le vie d'un peuple que l'on voit se dérouler. Mais nos plus petites localités ont leur vie aussi. Pourquoi rien recueillerait-on pas, au fur et à mesure qu'ils se produisent, au moins lus faits les plus saillants ? Quel intérêt offriraient ceux générations ces histoires locales ! Comme on aimerait à repasser ces souvenirs sur les lieux mêmes qui les rappellent, et quelle mine on y trouverait parfois de salutaires enseignements.

Mais ces histoires locales n'existent pas, ou du moins sont très rares. Les évènements qui ont signalé la vie de nos petites villes sont pour la plupart ignorés. C'est à peine si quelques-uns ont été recueillis comme par grâce et sauvés de l'oubli par les auteurs de nos histoires régionales ou nationales. Aussi ce n'est qu'à grand peine que j'ai pu recueillir les quelques documents, hélas ! très incomplets, dont je vais me servir pour esquisser ma petite histoire de Castelmoron.

III.

Le premier fait important que j'ai pu découvrir sur Castelmoron se rapporte au XIVe siècle. J'en ai déjà, fait mention ; j'y reviens. C'était en 1345, époque lamentable, époque agitée, un Anglais et Français, se disputaient, dans notre pays, tantôt une province, tantôt une autre, Les Anglais, sous le commandement du comte Derby, s'étaient emparés de Montpezat. Maîtres de ce bourg, ils vinrent assiéger Castelmoron. Ne pouvant réussir à prendre la ville d'assaut, ils résolurent d'employer la ruse. Et c'est un chevalier de Gascogne, au service du roi d'Angleterre, qui suggéra au chef de l'expédition le stratagème qu'il devait employer. Ce chevalier de Gascogne se nommait Alexandre de Chaumont. Or voici ce qu'il conseilla au comte Derby. Je cite textuellement :

« Laissez, lui dit-il, quelques uns de vos gens devant la ville, et feignez de vous éloigner avec le reste de vos troupes. Ou vous croira loin, et vous serez en embuscade dans ce champ d'oliviers... » ( Les anciens parlent encore d'un champ d'oliviers qui était situe aux pieds du château, sur la route de Sermet, à cent cinquante mètres environ de la ville actuelle.) El il ajoutait : « Les habitants de Castelmoron croiront n'avoir à faire qu'à la poignée d'hommes que nous aurons laissée derrière nous. Ils s'empresseront de faire une sortie et de les poursuivre. Vous les laisserez passer. Alors une partie de vos gens fondra sur eux, tandis que l'autre partie chevauchera vers la ville, qui, étant sans défense, se rendra. » — (Extrait des notes de M. Maurel.)

Ce conseil fut suivi, et Castelmoron tomba au pouvoir des Anglais. Comme on le voit, ce ne fut pas pour notre ville, à proprement parler, une défaite. C'est par le mensonge plutôt que par les armes qu'elle fut prise.

Pour récompenser Alexandre de Chaumont de l'habile manœuvre qu'il avait conçue et qui avait si bien réussi, le Comte Derby l'investit du titre de seigneur de Castelmoron, en lui conférant tous les droits et privilèges qu'impliquait ce titre. Alexandre de Chaumont se démit en faveur de son frère Antoine. Et les Anglais, se contentant de laisser, pour garder leur conquête, cent cinquante des leurs, se dirigèrent sur Villefranche.

En suivant les détails de ce fait historique : Arrivée des Anglais du côté de Montpezat, assaut de la ville, difficulté de s'en emparer, embuscade dans un champ d'oliviers, au pied du coteau, sur la route de Sermet, on ne peut s'empêcher de se représenter Castelmoron sur les hauteurs. — Supposez en effet Castelmoron dans la plaine ; sur les bords du Lot. — Sur quel point vous représenterez-vous les Anglais donnant l'assaut à la ville ? Et surtout, comment expliquerez-vous qu'ils l'aient contournée, et qu'ils soient venus se mettre en embuscade dans un champ d'oliviers, sur la route de Sermet ? Voilà des problèmes difficiles à résoudre. — Tandis qu'en supposant Castelmoron sur les hauteurs, on s'explique aisément toutes ces opérations, toutes ces manœuvres.

Nous sommes en 1345. Quatre-vingts ans plus tard, c'est-à-dire en 1425, Castelmoron, au dire de M. de St-Amans, chroniqueur agenais d'un certain renom, fut pris et démoli par Raymond de Montpezat.

Quand et comment la ville fut-elle rebâtie, et à quelle date remonte la ville actuelle ? C'est ce qu'il m'est impossible de préciser.

Un acte passé en 1642, devant maître Dubose, notaire, atteste qu'un duc de Caumont était, en ce temps là, seigneur de Castelmoron. Ce duc de Caumont était évidemment un descendant de celui dont nous avons parlé plus haut. Seulement il est à remarquer que le Caumont de 1642, est appelé, dans l'acte notarié dont il s'agit, duc de Caumont La Force. La réunion de ces deux noms prouverait qu'il y aurait eu quelque alliance entre les deux maisons de Caumont et de La Force.

Mais la seigneurie de Castelmoron ne devait pas rester aux Caumont. Une La Force s'étant unie à un Belzunce, c'est un Belzunce, par suite de je ne sais quels arrangements, que nous voyons, en 1671, portant le titre de seigneur de Castelmoron. Il se nommait Armand. Il eut pour fils ce Belzunce qui devait être l'immortel Evêque de Marseille, le héros légendaire de la trop fameuse peste de 1720.

La seigneurie de Castelmoron était donc passée des Caumont ou Chaumont aux Caumont-La Force, et des Caumont-La Force aux Belzunce. Elle devait passer des Belzunce aux Lalande et finir, entre les mains de ces derniers, à la grande Révolution Française.

Les Lalande se sont établis, dit-on, dans le Bazadais, après avoir vendu leur château à M Prunières. M. Prunières le légua à M. Ernest Delzoliès, son petit-fils, qui le vendit à M. Félix Solar. Ce dernier et, après lui, sa veuve Mme Solar, l'ont magnifiquement restauré. Ils en ont fait une des plus belles résidences, sans contredit, de notre Agenais. L'extérieur ne manque pas d'une certaine originalité. L'intérieur est d'une richesse incomparable. Il possède un musée d'une grande valeur, une bibliothèque très remarquable, des tapisseries et des dentelles justement appréciées, des glaces de Venise en grand nombre, et tonte sorte de meubles antiques, devant lesquels s'extasient les connaisseurs qui viennent les visiter. M. Félix Solar et Mme Félix Solar sont morts. C'est M. Christian Solar qui les remplace et qui habite aujourd'hui, une partie de l'année du moins, l'ancienne résidence des seigneurs de Castelmoron.

IV.

Un de mes prédécesseurs atteste, dans une note que j'ai retrouvée, qu'il a vu une plaque rouge, on cuivre, d'un millimètre d'épaisseur, sur une longueur de 34 centimètres et une largeur de 25, sur laquelle était buriné un règlement pour les droits d'octroi ou de péage à percevoir sur les denrées et marchandises qui entraient dans Castelmoron. Voici ce règlement dans sa teneur et son style de l'époque. Il porte la date de 1560.

« Tablier des péages fait par ordonnance de la Cour, de ce qui sera perçu et levé de péage, au lieu de Castelmoron, assis sur la rivière du Lot, a pour le seigneur de Caumont, par manière de provision et jusque à ce que par ladite Cour en soit autrement ordonné :

« Premièrement, pour pipe de blé, vin, huile, sel, morue, baron, et tout autre poisson Ballé, quatre deniers tournois ; pour pipe de Pastel, du poix de vingt-sept quintaux, huit ardits tournois ; pour créac ou saumon, deux deniers tournois ; pour charge d'épicerie, plom, estim, cuivre et autres marchandises d'avoir de poix pesant neuf quintaux ; et pour pacqué du drap faisant trois charges de terre ; et pour tracque de Buyne, faisant dix douzaines huit deniers tournois. Extrait des registres de la Cour du Parlement de Bordeaux, suivant l'arrêt du dix-huitième de janvier mil cinq cent soixante, en suivant le droit de péage établi ed 1516. Signé : DEPECHON. »

Cette pièce que, j'ai transcrite, en conservant scrupuleusement son orthographe singulière, nous prouve qu'au seizième siècle la ville de Castelmoron devait avoir une certaine importance.

Mais cessons, pour un moment de faire de l'histoire profane, faisons de l'histoire religieuse.

V.

Il y avait, avant la Révolution, plusieurs églises sur le territoire compris dans les limites actuelles de la ville et paroisse de Castelmoron. Disons un mot de chacune d'elles :

Il y avait premièrement l'église St-Hilaire. Elle était située au nord, sur un emplacement qui se trouve à cinq cents mètres environ de la ville actuelle, et est longé par la route départementale n° 13, qui va de Ste-Foy-la-Grande à Agen. Cette église était fort petite et carrée.

Etait-elle voûtée ou lambrissée ? Quel était son style architectural ? Ce sont là des questions que je n'ai pu résoudre.

Elle était environnée d'un cimetière d'où on a extrait, il n'y a pas longtemps, des tombeaux en pierre. J'estime que cette église ne fut bâtie qu'après les ravages de la réforme, et qu'on ne la construisit si petite que parce que les catholiques restés fidèles n'étaient pas nombreux. En tout cas, tout me fuit supposer qu'on en fit l'église paroissiale. Quand et comment fut-elle démolie ? Encore un mastère qu'il m'a été impossible d'éclaircir. Tous les ans, le mardi des Rogations, la procession passe près de l'endroit où furent l'église et le cimetière de St-Hilaire. On s'arrête et on chante le Libera.

Outre l'église de St-Hilaire, il y avait une autre église, dédiée à St-Martin. Elle était située à l'est de la ville. Autour de l'église St-Martin comme autour de l'église St-Hilaire, il y avait un cimetière. Cette église était, comme la précédente, petite et carrée. Comme la précédente, elle a été démolie, et il n'en reste pas vestige. Mais le lieu consacré par cette église et ce cimetière parle encore aux passants par d'impérissables souvenirs. L'église de St-Martin était à 700 mètres environ de la ville, sur la route de Lalande et de Bourdichoux. La troisième procession des Rogations fait, en cet endroit, comme près de l'emplacement où furent l'église et le cimetière de St-Hilaire, une pieuse station. On y prie pour l'âme de ceux qui dorment là leur dernier sommeil.

Il y avait, à Castelmoron, d'autres églises. Il y avait en particulier l'église de la Place. Sur l'emplacement qu'elle occupait, ont été bâties deux ou trois maisons, notamment celle de M. Marcellin Baudet. Cette église n'a été entièrement démolie que sur la fin du dernier siècle. Les anciens parlent d'un ormeau d'environ 40 centimètres de diamètre qui avait crû au milieu de la nef.

L'église de la Place n'était guère plus grande que les deux autres dont nous avons déjà parlé. Quelques pierres provenant de cette église indiquent une construction de style ogival.

Je me suis demandé quelle pouvait avoir été la destination de cette église ; et je n'ai pu aboutir à rien de sûr, à rien d'authentique.

Trois hypothèses se sont présentées à moi : Etait-ce une chapelle funéraire ? Ce n'est pas probable. Elle était trop grande pour cela. Et puis les chapelles funéraires se placent dans les cimetières et non à côté. Or l'église de la Place aurait été à côté du cimetière qui a servi d'emplacement à l'église actuelle.

Etait-ce une église paroissiale ? Peut-être. Ce qui prouverait que c'était, ou plutôt que ce fut une église paroissiale, c'est qu'elle portait, en même temps que le nom d'église de la Place, celui d'église St-Jean ; et qu'il est certain que St-Jean a été, avant St-Hilaire, le patron de la paroisse de Castelmoron.

Mais j'inclinerais à croire, avec M. Maurel, qu'après avoir été une église paroissiale, elle devint une simple chapelle de Couvent.

Il y avait à Castelmoron, avant la Révolution, un monastère d'hommes, et même deux, très probablement. Il y en avait un, dont on montrait naguère encore les ruines, au village de Brégnaud, entre Fongrave et Castelmoron. Du reste, non loin de Brégnaud, en un lieu appelé le Dauphinat, il y a une prairie vulgairement nommé Lou prat dés Mountgès, Le pré des moines. Evidemment cette prairie était une propriété de Religieux, des Religieux de Brégnaud sans aucun doute.

Mais outre le Couvent de Brégnaud, il y en avait un autre. La place de celui-ci est indiquée par ces vieux murs qui forment la clôture du jardin de Mme Pitre-Marraud, et qui sont contigus à la maison de Guerre.

Les constructions et les dépendances de ce monastère se seraient prolongées à travers les jardins de Labarthe et de Duportal, en longeant ce qu'on appelait autrefois et ce qu'on appelle encore aujourd'hui le Sol long ; et puis, en formant un angle droit, elles auraient occupé, sur la rive droite du Camuzol, toute la ligne sur laquelle sont construites actuellement les maisons Butler, Fromenty, Coste, Colonge, Rigaud, Roques, Balet, Laborie, Pestel,… etc., etc., etc.

Et c'est ce monastère qui aurait fait de l'église St-Jean sa chapelle. En émettant cette opinion, je ne fais que m'inspirer de l'opinion de M. Maurel, opinion que j'ai trouvée fortement motivée dans les notes de mon vénérable prédécesseur.

En la réservant pour la fin, je n'ai pas eu l'intention de passer sous silence l'église du Seigneur, séparée du château par une rue qui aboutissait au Lot, en partant du milieu de la rue Notre-Dame. Cette dernière rue n'avait été ainsi nommée évidemment que parce que l'église dont nous parlons s'appelait elle-même l'église Notre-Dame. Le Seigneur de Castelmoron entretenait dans cette église un chapitre dont les titulaires étaient nommés par le chapitre de St-Etienne d'Agen. L'Eglise Notre-Dame n'a jamais été terminée.

A voir les ignobles traces du style de transition qu'elle portait sur diverses parties de sa construction, et notamment sur la porte d'entrée d'une de ses faces latérales, on eût dit une église du XIIe siècle ou du commencement du XIIIe.

L'administration des Ponts et Chaussées acheta, il y a déjà plus de quarante ans, l'emplacement de l'église Notre-Dame, pour y établir l'entrée du pont suspendu qui relie les deux rives du Lot vers le milieu de la ville de Castelmoron.

Au moment où l'église actuelle, dont nous parlerons plus loin, fut construite, l'église Notre-Dame était l'église paroissiale. Le clocher de cette église, de date plus récente que l'église elle-même, était un carré long, dans lequel étaient pratiquées huit ouvertures à plein cintre. Deux cloches y étaient suspendues. L'une pesait quinze quintaux (750 kilos) ; l'autre pesait six quintaux (300 kilos). Toutes les deux furent refondues en 1750, et bénites par le curé de la paroisse qui était M. Antoine Nègre. Le parrain et la marraine de la première furent M. Antoine Louis de Belzunce et dame Marie de Fontanieu. Elle reçut le nom de Marie. Le parrain et la marraine de la seconde furent M. André Rivière, avocat au parlement, et Mme Anne Rivière. On la nomma Anne.

L'église Notre-Dame était très humide, sujette aux inondations du Lot, et insuffisante pour la population catholique. Il ne fallait songer ni à la restaurer ni à l'agrandir. Il fallait la remplacer par une autre. C'est ce qui fut fait, grâce au zèle infatigable d'un de mes vénérés prédécesseurs, M. Maurel. Nous ferons en son lieu, la description de ce petit chef-d'œuvre d'élégance et de goût dont les Castelmoronais sont si justement fiers.

Mais tant que nous sommes à parler des églises bâties sur le territoire de la paroisse de Castelmoron, disons un mot sur l'église de Roubillon.

Cette église était, avant la révolution, une église paroissiale. Le concordat lui enleva son titre. Depuis, Roubillon n'est plus qu'une annexe de Castel¬moron.

L'église de Ronhillon n'est pas précisément belle. Cependant le sanctuaire de cette église a un certain cachet. Il est du style roman. On y remarque quatre colonnes demi engagées sur lesquelles reposent les arcs doubleaux qui supportent la voûte. Chacune de ces colonnes a son chapiteau. Deux de ces chapiteaux sont bruts, c'est-à-dire sans sculptures. Les deux autres sont ouvragés. L'un, celui de gauche, présente deux personnages fantastiques qui se donnent la main. Sur l'autre, celui de droite, on voit trois petits enfants et un personnage qui porte un gros poisson. Qu'a voulu représenter l'artiste ? Je pose la question. Je n'ai pas la prétention de la résoudre. Cependant, pourquoi ne dirais-je pas que les trois enfants, à mon avis, pourraient titre ou les trois anges d'Abraham ou les trois enfants de Babylone ; et que, dans le personnage qui tient le poisson on aurait pu vouloir représenter le jeune Tobie ? Mais j'abandonnerais volontiers mon opinion sur ce point, pour une opinion mieux fondée que la mienne.

Dans un dénombrement des églises sur lesquelles les seigneurs de Castelmoron percevaient des droits, dénombrement fait en 1662, j'en trouve une sous le nom de Saint-André. Où était cette église ? Elle était à La Roche, près de Fort-Marraud. Enfin on parle encore d'une église à Binagre, entre Laparade et Roubillon, et d'une autre, à Jacquet. Tout près de Jacquet, il y a un endroit qui s'appelle encore vulgairement à la Gleysotte.

VI.

Il m'a été impossible de faire remonter plus haut que l'année 1665, la succession des curés de Castelmoron.

En 1665, le curé de Castelmoron se nommait M. Bruch. Il assista à Surmet, à la bénédiction d'une cloche, du poids de 232 livres.

Après M. Bruch vint M. Alarcq. Ce dernier était bachelier en théologie. Il administra la paroisse de Castelmoron, de 1667 à 1688.

En 1685, il est fait mention d'un vicaire de Castelmoron, nommé Etienne Galibert. Étienne Galibert fut remplacé en 1686 par M. Seilhade qui resta vicaire de Castelmoron jusqu'à la mort de M. Alarcq. en 1688.

L'année 1685 fut une année mémorable pour l'Eglise de France. C'est cette année là que fut révoqué l'édit de Nantes. C'était la suppression violente du protestantisme. Ordre fut donné de démolir tous les temples protestants du royaume. Cet ordre fut notifié à Castelmoron le 2 novembre 1685, par Martial de Bordes, conseiller du roy, lieutenant principal dans la sénéchaussée et siège présidial d'Agenais. II était pressant, et il devait être exécuté sans délai.

Vingt-trois jours après, on vit arriver à Castelmoron un religieux minime, le père François Carrai. Il était envoyé par l'évêque d'Agen qui était alors monseigneur Mascaron, pour prendre possession, au nom de la religion et du roy, de l'emplacement du temple protestant de notre ville.

Ce saint religieux accomplit sa mission. Mais il l'accomplit surtout en apôtre qui cherche à conquérir des âmes. Les plus consolants résultats récompensèrent son zèle. Un grand nombre de protestants se convertirent, une croix fut plantée solennellement sur l'emplacement du temple démoli. Cette cérémonie attira à Castelmoron une multitude de fidèles de toute la contrée. Plusieurs prêtres des environs y assistèrent, notamment MM. Joseph Guérin, curé de Laparade ; François Defendié, curé de Granges ; Jean Delboulbé, curé de Roubillon, et Buires, curé de Fongrave.

Quelques jours après, une autre cérémonie non moins imposante attira encore à Castelmoron un nombreux concours de prêtres et de fidèles ; je veux parler de la bénédiction du cimetière des nouveaux convertis, qui se fit le 14 janvier 1686. Cette bénédiction fut faite par sieur François Daudrant, archiprêtre et curé de Saint-Etienne de Fougères. Il y eut encore ici une plantation de croix, conformément aux prescriptions de l'Eglise. Procès-verbal de cette seconde cérémonie fut dressé et signèrent : Daudrant, archiprêtre, Buires, Lambert, Galibert et Delboulbé, prêtres ; et Boudet, Pommiers et Robert, consuls.

On est étonné de ne point voir figurer M. Alarcq dans les cérémonies dont nous venons de parler, et de ne point trouver son nom dans les procès-verbaux qui en font foi. Il devait être ou malade ou infirme.

Le temple des protestants était démoli, et leur cimetière réconcilié, selon le rite catholique. — Mais où étaient situés ce temple et ce cimetière ? Ils étaient situés à Layrial. J'en ai pour preuve un monument authentique attestant que, par acte notarié, en date du 10 août 1612, Pierre Gloy, de Monclar, vendit à Jean Pommiers, avocat à la cour et à Pierre Gillis, Layrial et Chenevière, qu'il avait acquis lui-même de M. de Commarque. Jean Pommiers et Pierre Gillis achetaient ces immeubles, au nom de tous leurs coreligionnaires protestants, pour « des bâtiments en faire un temple où serait prêchée la parole de Dieu, et du lopin de terre susmentionné, en faire un cimetière. » La vente desdits immeubles était consentie pour le prix de 345 livres.

A propos du cimetière protestant de Layrial, mentionnons un détail qui a son importance : quand il eût été réconcilié, comme nous l'avons dit plus haut, les catholiques le rendirent gracieusement aux protestants convertis, pour qu'ils eussent la consolation de mêler leurs cendres aux cendres de leurs pères. Cette attention délicate et charitable produisit le meilleur effet.

Layrial est devenu aujourd'hui une place publique, au milieu de laquelle on a creusé et bâti un lavoir. Autrefois, tous les ans, le premier dimanche du mois de mai, on se rendait processionnellement sur cette place et on y récitait des prières pour les morts.

Ce jour là même commençaient les processions dominicales. La station de ces processions se faisait jadis à Castelmoron sur la petite place de la prison, qui est aujourd'hui la place de l'Hôtel-de-Ville. On parlait de l'ancienne église, en suivant la rue Notre-Dame, puis on longeait la maison Malaure. Arrivé sur la place de la prison, on s'arrêtait devant une croix de pierre ; puis, on défilait par la petite rue, adjacente à la maison Cusson, et on rentrait par la rue Notre-Dame. Tout prouve que la croix de pierre dont je viens de parler marquait la place d'un vieux cimetière. Du reste, en faisant des touilles, tout au tour, on a trouvé plusieurs sépulcres.

VII.

C'est le moment peut-être de nous poser une question : A quelle époque, l'hérésie protestante s'était-elle établie à Castelmoron? Je ne saurais le dire d'une manière précise. Mais il est permis, mime en écrivant l'histoire, d'émettre des suppositions, surtout quand elles se fondent sur de grandes probabilités.

Or, on sait que le foyer du protestantisme, disons du calvinisme, pour notre région, dans la seconde moitié du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, fut la cour de Nérac. Marguerite de Navarre qui avait une de ses principales résidences dans cette ville, avait attiré près d'elle, plusieurs notabilités de la Réforme, qu'elle comblait de ses faveurs : les Mélanchton, les Théodore de Bèze, les Solon, les Roussel. Celui-ci se lit nommer abbé de Clairac ; et c'est lui qui pervertit et débaucha les religieux du couvent de cette ville ; c'est lui qui provoqua cette défection scandaleuse de toute une communauté de moines qui eut un si grand retentissement. Et c'est ce scandale, à n'en pas douter, qui marque la date de l'établissement du protestantisme sur les rives du Lot, depuis Tonneins jusqu'à Castelmoron.

VIII.

La révocation de l'édit de Nantes avait été pour la Réforme comme un coup de foudre.

Les bornes restreintes que je me suis imposées, ne me permettent pas de discuter longuement, dans celte notice, cette mesure royale. — « Inutile de dire qu'elle a été diversement appréciée. Les historiens protestants et rationalistes l'ont blâmée et qualifiée à l'envi, d'injuste, d'impolitique et de fanatique. Les historiens catholiques, au contraire, la soutiennent et la défendent comme inattaquable, au moins au point de vue du droit. Néanmoins, ils conviennent que, dans l'application, il y eut des excès qu'ils déplorent et qu'on doit déplorer. Mais la responsabilité de ces excès ne doit être attribuée qu'au ministre Louvois, dont le zèle outré et farouche fut condamné par son maître lui-même. Peut-être aussi quelques prêtres agissant en dehors de l'influence de l'Eglise, et sous l'impulsion de leurs propres sentiments, excédèrent, en faisant cause commune avec les dragons du fameux ministre. Mais il est certain que tout ce qui constituait en France le clergé officiel, à tous les degrés, fit preuve d'une modération et d'une charité qui ne se démentirent, jamais. Tandis que Louvois en effet organisait et inspirait ses dragonnades violentes, les évêques de France, tels que Bossuet, Fénelon, Mascaron, écrivaient des lettres admirables et lançaient de toutes parts des ouvriers évangéliques, si bien que le royaume tout entier, et en particulier le Midi et l'Ouest, ne présentèrent en quelque sorte, à un moment donné, que le spectacle d'une immense mission. Partout, les hérétiques se convertirent en foule. »

Nous avons signalé les succès du père Carrai, à Castelmoron.

IX.

Cependant il ne faut pas croire que c'en fut fait de la Réforme dans notre pays. « La France ne devait pas toujours avoir, pour la gouverner, un Louis XIV. Avec l'esprit éminemment religieux qui l'animait, ce grand monarque avait compris que rien n'est funeste aux Etats comme l'erreur. Il avait compris que les souverains ont tout à gagner à écouter et à faire écouter les leçons de l'Eglise ; et que leur premier devoir est de veiller au salut des âmes. Mais hélas ! un tout autre esprit que le sien devait souffler, après sa mort, sur la France. »

« Favorisés par ce libéralisme déplorable qu'enfantèrent les doctrines de l'école voltairienne, les protestants relevèrent la tête. La liberté des cultes fut de nouveau proclamée, A côté de nos églises catholiques, on vit de nouveau se dresser les temples de la Réforme ; et dans ces temples, des voix officielles purent prêcher librement, au nom de Luther et de Calvin, toutes les négations, et surtout toutes les variations du protestantisme. »

Quoiqu'il en soit, la liberté a bien pu servir à la Réforme à revivre et à se maintenir ; elle ne lui a pas servi à progresser et à faire des conquêtes.

Tout au contraire, il est notoire qu'elle perd chaque jour du terrain ; que chaque jour, le nombre de ses adhérents diminue d'une manière frappante.

Ainsi, pour ne parler que de ce qui se passe à Castelmoron, voici un fait qu'il est facile de contrôler, en consultant les archives de notre ville : Il y a une quarantaine d'années, lorsqu'on dut attribuer aux protestants leur portion du nouveau cimetière, au prorata de leur situation numérique, par rapport à la population totale de la commune, ils étaient 614. Aujourd'hui, ils ne sont plus, d'après le dernier recensement, que 390.

Du reste, ils ont actuellement un pasteur qui, par le prestige de son talent et sa parole ardente et sympathique, exerce sur eux une influence incontestable. Ils se réunissent dans un temple, de construction récente ; dans un temple qui a son cachet et son importance comme monument public. Il est situé à l'entrée de la ville, du côté nord, et séparé de la route n° 13, par une petite place.

Comme à Clairac, comme à Tonneins, comme partout, les protestants de Castelmoron sont divisés en plusieurs sectes différentes, dont trois principales : la secte des orthodoxes, la secte des libéraux et la secte des mystiques.

Les orthodoxes sont les plus nombreux. Ce sont les habitués du temple. C'est le groupe fidèle qui forme le troupeau du pasteur.

Il y a les libéraux. Ceux-là sont protestants par esprit de parti. Ils sont protestants, parce qu'ils sont nés protestants ; mais nullement par l'effet d'une conviction raisonnée. Les protestants libéraux se recrutent surfent parmi les bourgeois, dans cette classe mitoyenne dont un penseur judicieux a dit « Que généralement, elle n'a pas assez étudié pour être savante, mais qu'elle a assez étudié pour avoir la prétention de tout savoir. »

Enfin, il y a les mystiques. Ce sont les dévots du protestantisme. Outre les réunions du temple où ils fusionnent avec les orthodoxes, ils ont des réunions à part, dans un local privé. Ces réunions sont parfois présidées par des femmes. Et parmi ces apôtres d'un nouveau genre qu'on ne connaissait pas certainement du temps de Saint-Paul, il y en a, dit-on, qui ne s'acquittent pas trop mal de leur étrange rôle.

Ceux qui n'ont jamais habité les localités où il y a des protestants, se demandent quels rapports les catholiques peuvent avoir avec eux. A Castel¬moron, les protestants et les catholiques vivent en paix. Les protestants vont au temple, les catholiques à l'église. Chacun professe sa foi, à sa manière, On ne se choque pas. On se visite, on se rend de mutuels services. Quoiqu'il en soit de ces rapports, il est facile de voir qu'il n'y a entre les deux camps que l'apparence d'une intimité absente. Il y a des relations. Tant s'en faut qu'il y ait fusion des esprits et des coeurs. Cela se comprend. Là où il n'y a ni même foi, ni même discipline ; ni mêmes devoirs, ni mêmes consolations, ni mêmes espérances, comment cette fusion existerait-elle ?

Ah ! quand donc verrons-nous l'unité se rétablir ! Ce retour à l'unité, que les catholiques de Castelmoron ne cessent de le demander à Dieu ; et, qu'ils travaillent de tout leur pouvoir à en avancer l'heureuse date ! Qu'ils y travaillent par leurs prières, par leur charité et par l'ardeur de leur zèle ! Quand on a la vérité, il ne faut pas en jouir en égoïste. Il faut la répandre. Il faut lui gagner des coeurs, et, eu étendant son règne, étendre aussi ses bienfaits.

X.

J'ai déjà parlé clans cette notice, de l'église de Roubillon ; et j'ai dit que ce fut autrefois une église paroissiale. Aujourd'hui, cette église n'est plus qu'une annexe de Castelmoron.

Voici quels furent les curés et les vicaires de Roubillon, pendant une période d'environ cent ans :

Le premier curé de Roubillon, dont j'ai trouvé des traces, est un certain M. Dastros. Il était docteur en théologie. Il administra la paroisse de Roubillon pendant dix ans, de 1653 à 1668.

En 1665, il est fait mention d'un vicaire de Roubillon, dont le nom n'a pas été conservé.

M. Dastros fut remplacé par M. Delboulbé. Celui mourut le 13 janvier 1687, en odeur de sainteté. La foule qui assista à sa sépulture le pleurait et l'invoquait tour à tour comme un saint. Tout le monde voulait avoir de ses reliques. On alla jusqu'à se partager sa soutane qui fut mise en pièces.

C'est M. Duburgua qui succéda à ce saint prêtre. Comme M. Dastros, M. Duburgua était docteur en théologie. Pendant quinze ans, il ne cessa d'édifier la paroisse de Roubillon et toute la contrée par ses vertus, et notamment par sa charité envers les pauvres. Il n'avait que trente-neuf ans quand il mourut ; et il fut remplacé par M. Clarens. Sous M. Clarens, successeur de M. Duburgua, figurent deux vicaires, M. Lamer, en 1697, et M. Viau, en 1699.

Après M. Clarens, vint M. Baret (9 octobre 1701). I1 se fit remarquer par ses prédications. Il resta curé de Roubillon jusqu'au 21 janvier 1747, date de sa mort. Il avait eu pour vicaire, de 1739 à 1738, M. Bonhomme.

M. Baret eut pour successeur M. Chamfreau qui, dix ans après, c'est-à-dire en 1757, fut remplacé par M. Berger.

M. Berger meurt en 1790, le 15 septembre. M. Jauffret arrive, et clôture la série des curés de Roubillon. Après les jours néfastes de la révolution, et quand le service paroissial eut été réorganisé en France par le concordat, M. Jauffret fut tranféré de Roubillon à Duras, où il est mort. La paroisse de Roubillon était supprimée.

XI.

J'ai cherché en vain des documents sur les évènements qui durent se produire à Castelmoron, pendant la période révolutionnaire. Je n'ai rien trouvé.

Cependant, en feuilletant les diverses archives où je pouvais espérer découvrir quelques données pour ma notice, j'ai constaté que le premier mariage contracté à Castelmoron devant l'officier de l'état civil, fut un mariage entre protestants. Le futur époux se nommait Jean Sarruc, exerçant la profession de chirurgien, et la future épouse se nommait Anne Salavoine. Ce mariage civil fut contracté le 19 décembre 1792, devant le citoyen Javel muni, à cet effet, de pleins pouvoirs, en vertu de la loi du 20 septembre, de la même année. Ainsi parle l’acte officiel qui fait mention de ce mariage.

En parcourant les mêmes archives où ce fait est mentionné, j'ai constaté en outre qu'un certain pasteur protestant du nom de Martineau de la Jalque, attestait dans ses actes de mariage que les bans avaient été publiés, et qu'il ne s'était produit aucune révélation d'empêchement ni civil, ni canonique. En vérité, ce mot de canonique est très fort. De deux choses l'une : ou il n'était pas malin, le pasteur qui se servait de ce mot, oubliant qu'il est essentiellement catholique ; ou, s'il était malin, il faut croire qu'il restait encore, parmi les protestants de Castelmoron, quelque chose des traditions catholiques qu'on avait intérêt à ménager.

Avant la révolution, Castelmoron était une ville fermée. Trois grandes portes monumentales en marquaient les trois entrées principales. — L'une s'élevait au bout de la rue Notre-Dame, du côté de l'Arsilier ; l'autre était presque en face de la maison qu'habite actuellement la famille de Saint-Aulaire ; et la troisième se trouvait pris de la Tannerie, à l'arrivée de Fongrave.

Ces trois portes ont été démolies successivement, et il n'en reste pas vestige. Celle qui était au bout de la rue Notre-Dame a été démolie en 1859.

A l'entrée de la ville, non loin du nouveau temple protestant, il y a un endroit qui se nomme la Potence. Il a dû y avoir sans doute, à cet endroit, quelque exécution. — Et ce nom d'Arsilier, par lequel on désigne l'emplacement qui sépare la ville du faubourg de Bujat, sur la route du moulin Massias, d'où pourrait-il venir ? Peut-être de la nature du terrain qui est argileuse, dit-on. Mais laissons là ces questions d'étymologie.

Comme toutes les villes fermées, la ville de Castelmoron avait des armes qu'elle conserve et qu'elle étale avec une certaine complaisance sur ses monuments publics. C'est une tête de Maure entre les deux tours crénelées d'un château fort. Ces armes, par leur nature même, me paraissent d'une authenticité suspecte.

L'emplacement qu'occupait jadis le port de Castelmoron est couvert actuellement par les eaux du Lot. Mais les diverses fouilles qui ont été pratiquées en cet endroit, soit pour une raison soit pour une autre, y ont fait découvrir des masses de matériaux enfouis, révélant d'anciennes constructions considérables. A propos de ces l'ouilles et de ces découvertes, un jour que je manifestais un certain étonnement devant un ancien de la localité, il m'interpella vivement ; et, avec un accent où se révélait un enthousiasme qui ne me déplut pas, il me dit : « Ne savez-vous donc pas que Castelmoron fut un petit Bordeaux ? » Je me gardai bien de répliquer. Je parus même convaincu que mon impétueux interlocuteur n'exagérait pas.

XII.

A l'époque où nous avons laissé l'histoire des curés de Castelmoron, c'est-à-dire en 1685, date de la révocation de l'édit de Nantes, M. Alarcq, avons-nous dit, remplaçait M. Bruch.

Ce digne prêtre mourut en 1688, et la paroisse resta vacante pendant deux mis, jusqu'en 1690, époque où fut nommé M. Lambert.

M. Lambert était docteur en théologie. Il administra la paroisse de Castelmoron jusqu'en 1701. A cette date, il mourut, et fut remplacé par son vicaire M. Bourrières qui resta curé de Castelmoron jusqu'en 1740, c'est-à-dire pendant 39 ans.

Sous M. Bourrières, la paroisse de Castelmoron fut favorisée d'une visite épiscopale. Le 11 septembre, en effet, Mgr de Chabannes, alors évêque d'Agen, vint à Castelmoron et y administra le sacrement de confirmation à 320 personnes.

J'ai dit que M. Bourrières avait été vicaire de M. Lambert, avant de lui succéder comme curé. Avant M. Bourrières, M. Lambert avait eu d'autres vicaires, notamment MM. Muratet, Gratiolet et Charrières.

Je ne sais pas si M. Bourrières administra tout seul la paroisse de Castelmoron, depuis 1701 jusqu'en 1737. Mais ce n'est qu'à cette date que figure à côté de lui, en qualité de vicaire, un de ses neveux, M. Nègre.

Le 9 mai 1740, M. Bourrières se démet. M. Nègre, son vicaire et son neveu lui succède. Ce dernier ne prit pourtant possession de son titre que le 3 avril 1741.

En 1746, M. Bourrières vivait encore. Or, voulant laisser aux pauvres de sa chère paroisse de Castelmoron un dernier gage de sa générosité, il leur légua, par acte de jurade, en date du premier septembre 1746, une métairie située aux Bourdichoux, sur le territoire de la paroisse de Fongrave. M. Nègre, son neveu et son successeur, devait en jouir, sa vie durant. Mais M. Nègre mort, la métairie devait appartenir aux pauvres. Cet immeuble est administré aujourd'hui par le bureau de bienfaisance de Castelmoron.

En 1747, M. Bourrières meurt. Son acte de décès porte qu'il était docteur en théologie, archidiacre de Marmande, chanoine de l'église cathédrale d'Agen, archiprêtre de Monclar et député au bureau ecclésiastique. Il fut enseveli dans le chœur de l'église, le premier avril. Assistèrent à sa sépulture les curés de Monclar, de Laparade, de Saint-Gervais et de Granges.

M. Nègre, avons-nous dit, avait succédé en 1741 à son oncle M. Beurrières, qui s'était démis en sa faveur. En 1778, M. Nègre se démit lui-même, le 6 août, et c'est M. Laurens qui lui succéda.

Démissionnaire le 6 août, M. Nègre mourut le 12 octobre. Il fut enseveli le 13, dans le sanctuaire de l'église, par MM. Berger, curé de Roubillon, et Mariac, curé de Granges.

Quand éclata la grande révolution, M. Laurens ne quitta pas son troupeau. Mais hélas ! il eût mieux valu qu'il l'eût quitté pour l'échafaud ou pour l'exil, que de le scandaliser, comme il le fit, par sa lâche défection' Il prêta le serment constitutionnel. Heureuses les paroisses de cette douloureuse époque qui n'ont pas eu à enregistrer dans leurs annales de semblables souvenirs !

Cependant, la tempête révolutionnaire s'était apaisée, après avoir couvert la France de sang et de ruines. Le concordat était signé, les églises s'étaient rouvertes, les prêtres exilés étaient rentrés, et quelques-uns môme, parmi ceux qui avaient forfait à leur conscience et à leur foi, s'étaient réhabilités par le repentir et par l'indulgence de l'Eglise. De ce nombre, fut M. Laurens.

J'ai dit : « Heureuses les paroisses de cette douloureuse époque qui n'ont pas eu à enregistrer de semblables souvenirs ! » Je dois à la mémoire de M. Laurens d'ajouter un correctif à cette réflexion, qui pourrait laisser peut-être une trop fâcheuse impression dans les esprits, sur le compte de ce prêtre. Disons donc qu'il ne cessa pendant vingt ans, c'est-à-dire depuis le jour do sa réhabilitation jusqu'à sa mort, de réparer sa faute. — Il la répara surtout par son humilité et sa charité. — Son humilité éclatait dans son maintien et dans toute sa conduite : à le voir, on eût toujours dit un grand coupable qui demande grâce, tout en reconnaissant dans sou cour qu'il ne la mérite pas. — Sa charité était devenue proverbiale. Sachant par nos saints livres que rien ne rachète le péché comme l'aumône, il la faisait largement. Il ne se contentait pas de donner le superflu, il donnait même le nécessaire. Il jeûnait pour nourrir les pauvres, et se privait de vêtements pour qu'ils fussent vêtus. Aussi, ce n'est pas de sa faute que l'on se souvient, dans la paroisse de Castelmoron ; on ne s'y souvient que de ses vertus.

Nous sommes en 1805. Le 18 août, le nouvel évêque d'Agen, Mgr Jacoupy, vient visiter Castelmoron et y confirme 327 personnes.

En 1818, la fabrique fait exécuter à l'église divers travaux qui révèlent l'ignorance la plus complète des règles de l'art et le plus insigne mauvais goût. On dépense pour dorures au maître autel, peintures ou plâtrages à la chapelle, à la tribune et aux fonts baptismaux, 1.400 francs.

Arrive l'année 1823. Cette année-là, une grande mission est prêchée à Castelmoron, par quatre missionnaires d'Auch, MM. Palanque, Mothe, Dubosc et Dupin, auxquels l'autorité diocésaine adjoignit MM. David et Chambret, jeunes prêtres agenais qui firent, dans cette circonstance, avec un certain éclat, leurs premières armes. C'est au retour de cette mission que MM. David et Chambret organisèrent l'ouvre des missions diocésaines.

La mission de Castelmoron produisit un bien immense. Elle dura trois mois. Le zèle de la population ne se ralentit pas un seul jour. On quittait tout pour venir aux exercices. Il y avait toujours foule aux pieds de la chaire des missionnaires, toujours foule autour de leurs confessionnaux. On fut même obligé souvent de prêcher en plein air, à cause de la multitude des auditeurs.

Les travaux des champs ne se firent pas, cette année là, comme à l'ordi¬naire. — Néanmoins, la récolte fut magnifique. Dieu voulut montrer qu'on ne perd jamais avec lui, même dans l'ordre des choses temporelles, quand on a la sagesse de rechercher avant tout son royaume et sa justice, selon cet oracle de l'évangile : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. »

Les exercices de la mission furent clôturés par Mgr Jacoupy lui-même. Il y eut un grand nombre de confirmands, et on planta, sur la Placette, une croix, pour perpétuer le souvenir de ces jours de grâce et de salut que le Seigneur venait d'accorder, dans sa miséricorde, à la paroisse de Castelmoron.

La même année M. M. Laurens fut remplacé par M. Casse. Ce dernier fut installé, le 8 mai, par M. Grollier, curé de Marmande. M. Casse ne resta que trois ans et demi à Castelmoron. En 1827, il fut transféré à la curé de Meilhan. Son départ fut une véritable calamité pour la paroisse. Les esprits se troublèrent, si bien que M. Laborie, curé de Grateloup, qui le remplaça, eut beaucoup à souffrir, et qu'au mois de mai 1829, ne pouvant plus supporter le poids des invectives, des injures et de toutes les indignités dont on l'accablait, il se fit réintégrer dans son ancienne paroisse, que Mgr Jacoupv fit ériger, en sa faveur, en cure de seconde classe.

M. David, qui remplaça M. Laborie, fut plus heureux. Sous son administration habile et ferme, les esprits se calmèrent, et la paix s'étant rétablie, l'œuvre paroissiale put un peu réparer ses pertes. En 1838, M. David fut transféré à la cure de la cathédrale, et il eut pour successeur M. Maurel qui fut, à son tour, après un ministère fécond de 13 ans, remplacé par M. Labatut que j'ai remplacé moi-même en 1875, le premier avril. — M. Maurel et M. Labatut, mes deux vénérés prédécesseurs, méritent plus qu'une simple mention dans cette notice.

XIII.

M. Maurel avait succédé à M. David, au mois d'octobre 1838. On s'accorde à dire qu'il trouva à peu près tout à faire, dans ce nouveau champ confié à son zèle. Mais il n'était pas homme à reculer, quand il s'agissait de Dieu, des âmes, des intérêts de la Religion.

La première chose qui attira son attention fut le déplorable état de sa paroisse, au point de vue de l'instruction religieuse. II établit des catéchismes, il les multiplia. On parle encore, on parlera longtemps de ses prônes si nourris et si solides. — Bientôt, sous son habile et sage direction, la paroisse de Castelmoron changea de face.

Aucune de ses ouailles n'échappait aux sollicitudes du bon Pasteur. Mais c'est la jeunesse surtout qui l'ut l'objet privilégié de ses soins. La Congrégation des Enfants de Marie fut fondée. Elles pourraient nous dire, les survivantes de cette Congrégation si chère au coeur de M. Maurel, elles pourraient nous dire son tact, sa fermeté. Elles pourraient nous dire tout ce que le zèle de ce saint prêtre lui inspira pour les former au bien, elles et leurs compagnes de cette époque fortunée. A cette époque, dont nous sommes loin, hélas le prêtre était secondé, dans son action sur la jeunesse, par les familles. On acceptait son contrôle, et quelque mesure qu'il prît devant Dieu, au lieu de murmurer, chacun lui prêtait son concours.

Il fallait à M. Maurel une école de Filles, où l'on s'inspirât de son esprit. Il fonda le couvent, au prix des plus héroïques sacrifices, et il le confia aux religieuses du Tiers-Ordre de Marie Immaculée, dont la maison mère est à Auch. Quarante ans se sont écoulés depuis, et les sympathies constantes dont on n'a cessé, à Castelmoron, d'entourer les bonnes Soeurs, leur ont prouvé qu'on savait apprécier leurs services.

XlV.

Quand M. Maurel arriva à Castelmoron, en 1838, deux questions importantes étaient sur le point de surgir, la question d'un nouveau cimetière et la question d'une nouvelle église. On avait décidé que l'ancienne église serait démolie pour donner passage à la route départementale, n° 13. Or, la population toute entière manifestant le désir que la nouvelle fût bâtie sur le vieux cimetière qui était au milieu de la ville, il fallait nécessairement qu'on achetât un terrain pour un cimetière nouveau. C'est ce qui fut fait. Une somme de dix mille francs fut votée par le Conseil municipal le 23 mai 1839. Ce vote fut approuvé par décision ministérielle en date du 1er mars 1840, et le nouveau cimetière fut bénit solennellement le 27 avril 1843.

Procès-verbal de cette bénédiction fut dressé. On me permettra de transcrire ici cette pièce. C'est un document qui a tout naturellement sa place dans cette notice :

« Procès-verbal de la bénédiction solennelle du nouveau cimetière de Castelmoron. 27 avril 1843. »

« Le jeudi 27 avril 1843, fête de Saint-Polycarpe, a eu lieu la bénédiction solennelle du nouveau cimetière de Castelmoron. Cette cérémonie a été présidée par M. Carney, vicaire-général, assisté de vingt-cinq prêtres des paroisses voisines, qui étaient accourus à cette solennité. La garde a nationale a voulu concourir à l'éclat de cette fête, en assistant à la procession.

« Le matin, on a célébré plusieurs messes basses. A dix heures, on a chanté une grand'messe, avec diacre et sous-diacre. Le soir, à 2 heures, les vêpres ont été chantées en faux bourdon. Après les vêpres, la procession s'est mise en marche pour se rendre au nouveau cimetière, en chantant des hymnes lugubres et des cantiques de deuil. En passant, elle a fait le tour de l'ancien champ des morts, et le clergé a chanté le Libéra. C'était comme un adieu fait à une terre sacrée qui restera chère à toutes les familles. Arrivée au nouveau cimetière, la procession s'est rangée autour de la Croix, et Monsieur le grand vicaire a prononcé une allocution analogue à la circonstance. Puis les formules liturgiques de la bénédiction ont été prononcées, et la procession s'est repliée vers son point de départ, en chantant des airs de joie et de triomphe, destinés à rappeler aux fidèles qu'après la mort il y a la résurrection pour le chrétien qui croit et espère ! — La fête s'est terminée par le salut solennel, avec diacre et sous-diacre. Et les cloches n'ont cessé jusqu'à la nuit, de faire entendre des glas funèbres. Cette fête laissera un profond souvenir dans la mémoire de la population catholique de Castelmoron.

« Fait et dressé à Castelmoron le présent procès-verbal, qui sera conservé dans les archives de la fabrique, les jour, mois et an que dessus. Et ont signé avec le grand vicaire, tous les prêtres présents à la cérémonie, et les membres de la fabrique. » Suivent les signatures :

XV.

Après la question du cimetière, c'est la question de la nouvelle église qui allait être l'objet des préoccupations ardentes de M. Maurel. Il en fit dresser le plan et régler le devis par un jeune architecte d'avenir, M. Eugène Leboucher, élève de M. le chanoine Tournessac, architecte diocésain du Mans.

J'ai promis, au cours de cette notice, de donner, en temps et lieu, une description de cette œuvre artistique. La voici, telle que me permet de la donner ma petite science en architecture :

C'est une église ogivale, conçue dans le style du XIIIe siècle.

Elle se compose d'une haute nef et de deux bas côtés, séparés par une rangée de colonnes monocylindriques, dont les chapiteaux sont richement sculptés. Les fenêtres supérieures de la grande nef sont géminées et surmontées d'une rosace. Les fenêtres des bas côtés sont simples.

Le chœur est profond. Il est composé de deux travées droites et de cinq travées en éventail, dont les arêtes sont amorties de colonnettes engagées qui s'élèvent jusqu'à la voûte.

Du tailloir des chapiteaux des colonnes monocylindriques, s'élance un groupe de trois gracieuses colonnettes décorées d'élégants chapiteaux à crochets.

Les voûtes de la grande nef et des bas côtés sont composées d'arcs dou¬bleaux et de croisées d'ogives qui prennent naissance sur les chapiteaux des colonnettes engagées.

La poussée de la voûte supérieure est neutralisée par de hardis arcs-boutants aériens qui franchissent l'espace au-dessus de la toiture des bas côtés, et qui s'appuient eux-mêmes sur les contreforts extérieurs.

Des archivoltes en tiers point relient entre elles les colonnes qui séparent les bas côtés de la grande nef, et portent le mur supérieur de celle-ci. Une frise ornée domine ces archivoltes et les sépare des fenêtres géminées supérieures.

Un porche précède l'enceinte et est surmonté d'un clocher dont la flèche est en charpente et en ardoise. A droite et à gauche de ce porche, se trouvent deux chapelles carrées dont l'une est consacrée aux fonts baptismaux, et l'autre à divers usages.

Deux belles sacristies, à pans coupés, sont disposées à droite et à gauche du choeur.

La hauteur de voûte, sous clef de la grande nef, est de quatorze mètres ; sa longueur, sanctuaire et porche compris, est de trente-huit mètres, et sa largeur est de sept mètres. — La largeur totale des trois nefs, est de dix-sept mètres. La hauteur de la croix qui domine la flèche est de 35 mètres.

L'aspect intérieur de l'édifice porte avec lui l'empreinte du sentiment mystique et chrétien qui est le caractère des édifices religieux du moyen-âge.

Le maître-autel est en terre cuite. Il est sorti des ateliers de Vireben, de Toulouse. Il est remarquable par son ciborium vraiment monumental.

A droite du maître-autel, à l'extrémité du bas côté qui est à gauche en entrant, se trouve la chapelle des morts ; et à gauche, à l'extrémité de l'autre bas côté, se trouve la chapelle de la très sainte Vierge.

Les autels de ces deux chapelles sont en pierre. Ils ont été faits sur place. Chacun d'eux est dominé par une statue colossale placée dans une niche magnifiquement ouvragée, et qui fait arrière-corps. L'une représente Saint-Joseph ; l'autre, une Vierge-Mère portant l'enfant Jésus dans ses bras.

XVI.

La question de la nouvelle église était ouverte. L'emplacement de l'ancienne était vendu. L'administration des ponts et chaussées le payait à la commune 19.000 fr. ; et la commune se réservait les matériaux, qui étaient estimés 5.000 fr. — Déjà le local où devaient provisoirement se faire les cérémonies du culte était trouvé. C'était la grande remise de M. Duportal, dont l'entrée donne sur la rue principale. Le conseil municipal avait voté le 6 juillet 1844 le prix convenu de la location, qui était de 450 fr.

Mais il s'agissait de savoir où se bâtirait la nouvelle église. Le 30 juin 1845, le conseil municipal se réunit et décide qu'elle se bâtira sur l'ancien cime¬tière, conformément au voeu de la population catholique. En même temps, et dans la même séance, il vote, pour cette construction, les 24.000 fr. qui proviennent de la vente de l'emplacement et des matériaux de l'ancienne église, et il adresse au Gouvernement une demande de secours. Ce secours fut alloué. Le Gouvernement accorda 12.000 fr.

Cependant la question n'avançait pas, au gré de M. Maurel. — De la part du conseil municipal, il y eut quelques chicanes. — Un premier plan, dont le devis s'élevait à 72.817 fr. 82, fut rejeté, Il fallut le réduire. — Le 5 mai 1847, le conseil municipal autorisa la construction d'une église de 50.000 fr. — On lui présenta un nouveau plan, avec un devis de 60.558 fr. 82 ; il l'accepta, le 21 mai 1847. — Ce même jour, il vota même 28.000 fr., dont 14.000 pour l'église, et 14.000 pour le temple protestant. Disons-le, ce double vote fut dû à l'influence de M. de Villemor. — Enfin, après bien des lenteurs, après une foule de petits conflits, dans lesquels le conseil de fabrique eut le beau rôle, et dont le Gouvernement lui-même pressa la cessation à trois reprises différentes, dans des lettres motivées, l'approbation ministérielle du projet définitif arriva. Cette approbation est datée du 18 juillet 1848. — L'adjudication eut lieu au mois de décembre de la même année, et le 15 janvier 1849 les travaux commencèrent.

Il ne fallut pas creuser très profond pour arriver à un terrain solide. Presque au niveau des fosses, on trouva l'argile et le silex. Là dessus, on coula une couche de béton d'environ un mètre d'épaisseur ; et c'est sur cette couche que furent assises les fondations.

Dès les premiers jours, la plus grande activité régna sur le chantier ; et au mois de mars, tous les murs étaient déjà hors de terre.

Le 27 mars fut choisi pour la pose et la bénédiction de la première pierre. Mgr de Vesins qui, cette année-là, prêchait la station du Carême à Clairac, voulut bien venir présider cette cérémonie.

Dès la veille, on avait dressé dans le sanctuaire un élégant pavillon qui devait servir à recevoir le Prélat et les autorités. Sur le devant du pavillon, s'élevait une immense croix qui portait son sommet et ses bras dans les airs. Des guirlandes fixées de distance en distance et courant tout autour de l'église, en faisaient distinguer d'avance le plan et les gracieuses proportions. Le soir, à la nuit, le sen argentin des deux cloches lancées à toute volée annonçait à la population radieuse de joie la fête du lendemain.

Tout s'apprêtait pour une belle et imposante solennité. Les populations des paroisses voisines se disposaient à venir y prendre part. Malheureusement ce 27 mars, si impatiemment attendu, fut peut-être, le jour le plus rude, le plus froid, le plus rigoureux de toute l'année. Une neige épaisse et qui semblait redoubler à tout instant, ne cessa de tomber depuis le matin jusqu'au soir. Ce contre temps affligea tout, le monde, et la fête fut manquée.

Cependant la garde nationale, malgré le froid, malgré la neige, se porta au devant de l'Evêque, et Mgr de Vesins arriva.

Au commencement de la messe, on vit venir les quatre entrepreneurs : Dupourteau et Labadie, de Villeneuve ; Lagorce, de Périgueux, et Luga, d'Aiguillon, portant sur leurs épaules un brancard sur lequel était disposée, au milieu de quatre pyramides de bouquets, la première pierre. Ils se placent près de la balustrade ; et Mgr l'Evêque célèbre le saint sacrifice, prêche et prononce la formule de bénédiction indiquée pour la circonstance.

Comme le temps était toujours mauvais et que Sa Grandeur souffrait de la goutte, Elle ne sortit pas ; et ce fut M. Emmanuel de Vivie, vicaire gé¬néral, qui accompagna la procession, qui jeta la première truellée de mortier et qui frappa le premier coup de marteau. Après, vinrent M. le Curé, M. le Maire, les Autorités et les principaux habitants. La pierre fut placée sous un des piliers du clocher, à l'entrée de l'église, du côté droit. Elle est enfoncée dans le mur d'un ou deux pieds, à niveau à peu près du carrelage. Elle porte sur une plaque, moitié étain et moitié plomb, les noms de Monseigneur l'Evêque d'Agen, du curé de la paroisse, des conseillers municipaux, des conseillers de la fabrique et de l'architecte. Voici, du reste, textuellement ce qu'on lit sur cette plaque :

« Le 27 mars 1849, Monseigneur Jean-Aimé de Levezou de Vezins, évêque d'Agen, a posé et béni la première pierre de cette église, étant curé de la paroisse Monsieur Antoine Maurel. Conseillers Municipaux : MM. Jean-Jacques, Nègre, maire ; Morange ; Henri Lionnet, juge de paix, MM. Léglu de Bireau, Léglu de Lyssandre, Rigaud, Paul Pauty, Dugros, Marraud, adjoint. Conseillers de fabrique : MM Massias, Malaure, Laffon Nègre. Architecte : Eugène Leboucher. Sur la pierre, on avait gravé en latin cette inscription :

« Sub invocatione Sancti Hilarii Pictaviensis Episcopi haec ecclesia constructa fuit in veteri coemeterio . »

XVII.

Vers le milieu de l'année 1849, la division se mit parmi les entrepreneurs. Deux se retirèrent, Dupourtau et Luga ; et il ne resta plus que Labadie et Lagorce. Ces deux derniers ne restèrent pas non plus longtemps d'accord. Au bout de quelques mois, ils rompirent leur société et Labadie resta seul maître du chantier.

En 1850, pendant les premiers six mois, les travaux furent interrompus ; et pendant les autres six mois, ils ne marchèrent que bien lentement, faute de fonds. Heureusement qu'un secours de 12.000 fr. fut accordé par le Gouvernement.

En 1851, les travaux, repris en mars, se poursuivent avec activité.

A la fia de l'année 1851, l'église est vitrée, voûtée et carrelée ; et le 28 décembre, fête des Saints Innocents et jour de clôture du Jubilé séculaire qui avait commencé le 30 novembre, Jésus-Christ fit sa première entrée dans le nouveau temple et en prit solennellement possession.

A huit heures du matin, une magnifique procession part, au chant des cantiques, du local provisoire où, depuis sept ans, se célébrait le culte divin, et s'achemine vers la nouvelle église. Arrivés sur le seuil, les fidèles s'arrêtent, et le prêtre seul s'avance à travers la foule qui s'écarte pour lui livrer passage. II porte dans ses mains le Saint des Saints. Il franchit les degrés de la grande porte, et élevant le Saint Ciboire, il entre majestueusement dans cette église qui lui sera si chère à tant de titres, et va déposer la Divine Hostie sur l'autel provisoire qui avait été préparé pour la circonstance. Immédiatement il dit la messe (une messe basse), et donne la communion à 500 personnes. Après cette messe basse une grand'messe est chantée par M. l'abbé Campunaut. — Le soir, à vêpres, M. l'abbé Laffargue, curé de Fongrave, qui avait prêché le Jubilé, prononça avec son éloquence ordinaire, le discours de clôture. Le temps fut mauvais, et la neige ne cessa de tomber toute la journée, comme le jour de la bénédiction de la première pierre.

Le lendemain les messes se célébrèrent encore dans la nouvelle église, et, à trois heures de l'après-midi on en partit processionnellement pour aller planter la croix jubilaire du côté de Lalande, aux quatre chemins. Cette croix est encore debout.

Trois jours avant, le 26, sur l'initiative de M. l'abbé Campunaut, vicaire de la paroisse, une autre plantation de croix s'était faite, sur la cime du rocher qui domine la ville, et s'avance comme un promontoire vers la vallée du Lot. Cette plantation de croix se fit très solennellement. Je n'ai qu'un regret, c'est de ne plus voir le signe de la rédemption sur ce piédestal superbe ; c'est que le temps ait eu raison de ce monument de la foi et de la piété d'un autre âge, et qu'on ait négligé de le préserver de la ruine. Ah ! que la croix était bien là, à sa place, sur ce point élevé, et que sa vue a dû inspirer de pensées salutaires ! Les matelots l'apercevaient de dessus leurs barques, et elle leur parlait de confiance. Le laboureur, en déchirant la plaine avec sa charrue, lui demandait une bénédiction pour ses travaux. Et quand le villageois gravissait le coteau pour donner à sa vigne aimée les soins divers que chaque saison réclame,, la croix lui rappelait qu'il n'appartient qu'au Ciel de faire produire aux pampres que l'homme élève et cultive, des grappes abondantes.

Hélas ! la croix de 1851 a disparu, ses débris jonchent le roc du haut duquel elle se dressait majestueuse et bonne. — Mais depuis, que trames jadis croyantes se sont fermées à la lumière de la foi ! que de bateliers et de laboureurs ont cessé d'invoquer le secours d'en haut ; et que de vignobles qui furent prospères, n'offrent plus aux regards attristés de leurs colons plus ou moins à plaindre, que le spectacle d'une affreuse dévastation ! Ils ont péri sous l'action inéluctable du phylloxéra.

Je sais qu'en ces jours de naturalisme où nous vivons, il faut avoir une certaine audace pour affirmer sa foi au surnaturel. Mais je l'ai, moi, cette audace ; et je ne crains pas de dire : Oui, la croix du rocher était une gardienne pour les vignes de notre coteau

Cette gardienne, nos vignes ne l'ont plus. Qu'on la restaure, et avec elle nous reverrons peut-être des jours meilleurs.

XVIII.

On était en 1852. — Le 12 et le 13 février, les trois fenêtres du fond du grand sanctuaire sont garnies de vitraux peints.

Celui du milieu représente Notre Seigneur Jésus-Christ portant sa croix, de la main gauche, et bénissant de la main droite. La partie supérieure est ornée de clochetons du XIIIe siècle et de deux anges qui balancent l'encensoir en l'honneur de leur divin Roi. Dans le bas, ce sont encore d'autres décorations du XIIIe siècle et encore deux anges qui portent des flambeaux allumés pour l'aire cortège au Dieu trois fois saint.

Le vitrail de droite, du côté de l'Evangile, représente Saint-Hilaire, l'illustre Evêque de Poitiers, docteur de l'Eglise. C'est le patron de la paroisse de Castelmoron. Voilà pourquoi il occupe la première place après le Christ. Sa ligure, un peu rembrunie, annonce son grand âge et les fatigues qu'il a endurées pour lu défense de la foi contre les Ariens.

A gauche, c'est saint Jean l'Evangéliste. Avant l'an 1500, il est certain que l'église de Castelmoron était dédiée à l'apôtre bien aimé. Les procès-verbaux de Mgr de Villars, Evêque d'Agen, ne laissent aucun doute à ce sujet. C'est pour cela que la paroisse a voulu dédier le troisième vitrail à saint Jean l'Evangéliste. Saint Jean a la physionomie douce et jeune ; au reste, sa tunique d'un violet tendre et son manteau d'un vert délicat et léger s'harmonisent parfaitement avec son jeune âge. Le livre qu'il tient dans ses mains est l'Évangile qui porte son nom.

Ces trois vitraux sont l'œuvre d'une artiste tonneinquaise, Mme Caroline Arbanère. Les cartons en ont été dessinés par M. Eugène Leboucher, architecte de l'église.

La nouvelle église était bâtie et livrée au culte. On voulut en marquer et en sanctifier l'inauguration, par une mission. Cette mission fut prêchée par deux Pères Maristes de Notre-Dame de Bon-Encontre, les Pères Choizin et Chauvineau. Elle commença le 29 février 1852, premier dimanche de Carême. Les exercices de cette mission furent suivis avec un zèle et une assiduité admirables. Deux communions générales de 800 personnes chacune, eurent lieu le jour des Rameaux et le Jeudi-Saint. Enfin, la clôture se fit le lundi de Pâques, 13 avril. — Le temps fut magnifique, et le concours des fidèles immense. On compta, ce jour-là, six mille personnes en ville. Le soir, il y rut une procession. La croix fut portée en triomphe par les hommes et les jeunes gens, aux cris mille fois répétés de : Vive la Croix ! La procession défila par la rue du Grouillé, la rue Notre-Dame et la rue du Couvent ; puis contournant la ville, elle passa derrière les tanneries, et rentra par la grande route départementale, n° 13. Elle fit une halle solennelle sous chacun des huit arcs de triomphe drossés sur son parcours Le premier était à l'entrée de la rue du Grouillé ; le second, vers le milieu de la Grand'Rue ; le troisième, au Pont ; le quatrième, en face de la maison Malaure ; le cinquième, au Couvent ; le sixième, vis-à-vis des Tanneries ; le septième, aux Quatre Chemins, sur la route qui conduit au cimetière, et le huitième, au coin de la maison des MM. Lionnet. Cette journée devait être mémorable pour les catholiques de Castelmoron. Ils en parlent encore avec un véritable enthousiasme.

XIX.

Le 30 août de la même année 1852, eut lieu une autre magnifique cérémonie, je veux parler de la Consécration de l'église. Trois Evêques y assistèrent, Mgr l'Evêque d'Agen, Mgr l'Evêque d'Angoulême, et Mgr Dupuch, ancien Evêque d'Alger. — La consécration, qui commença à sept heures du matin, fut faite par Mgr de Vesins, évêque d'Agen. A dix heures, Mgr Cousseau, évêque d'Angoulême, célébra la messe pontificale. Et le soir à vêpres, ce fut Mgr Depuchqui prêcha. Dans la journée, il y eut un banquet de deux cents couverts. Une centaine de prêtres y assistèrent.

Toute la ville était ornée et pavoisée. Un arc de triomphe placé au bout du pont, présentait la forme d'un péristyle surmonté de trois pinacles ornés de verdure. Il avait environ quarante pieds de haut. A quelques pas, à l'entrée de la ville, il y en avait un autre, moins monumental sans doute, mais d'un bel effet. Puis on entrait dans une allée fermée par des poteaux ornés de guirlandes et surmoulés de petites croix. Au bout de cette allée, s'élevait un troisième arc de triomphe, lancé dans les airs presque sans appui, et balançant au gré des vents sa cime gracieuse comme une flèche. Enfin un quatrième arc de triomphe avait été dressé sur la porte de l'église, remarquable, celui-là, par ses cinq flèches aiguës couronnées par des croix ou un trophée de trois feuilles pour l'illumination du soir.

Toute la journée, le temps fut beau. Jamais, de mémoire d'homme, on n'avait vu semblable fête à Castelmoron. Plus de dix mille étrangers y prirent part.

Le soir, à la nuit, un orage qui se leva contraria les illuminations. On ne put allumer que cent cinquante lanternes vénitiennes qui furent placées dans l'allée, rue du Pont, et qui produisirent un effet magique. Le feu d'artifice ne réussit qu'à demi. Mais le ballon partit à merveille. — Sainte-Livrade et Aiguillon avaient prêté leurs canons qui, par intervalles, firent entendre des salves sonores et retentissantes. Cinquante trois musiciens de Clairac, de Dolmayrac et d'Agen exécutèrent des morceaux de choix.

Le lendemain au soir, 31, on alluma les 1.500 lanternes ou lampions qu'on n'avait pas pu allumer la veille, et de sept heures et demie à onze heures, la ville offrit aux habitants émerveillés un aspect féerique.

Les trois Evêques étaient partis le soir même du 30, pour aller célébrer à Agen une translation de saintes reliques.

XX.

J'ai parlé des catéchismes de M. Maurel. Ils ont fait époque dans la paroisse de Castelmoron. Et il est facile encore de reconnaître ceux qui les ont fréquentés. Du reste il ne négligeait rien pour les rendre intéressants et pour stimuler l'émulation de ses jeunes élèves. Il avait établi, dès son arrivée, un concours annuel d'instruction religieuse, et chaque année il distribuait des prix aux plus méritants. J'ai lu les comptes rendus de ces concours, et j'y ai trouvé mentionnés avec honneur certains noms qui ne mériteraient certes pas, hélas ! de figurer au premier rang, si je publiais aujourd'hui une liste des bons catholiques de la paroisse.

C'est le lundi de la Pentecôte, que M. Maurel faisait toujours faire la première communion, et cette fêle se célébrait tous les ans avec une pompe exceptionnelle.

Sous M. Maurel, le sacrement de Confirmation fut administré trois fois dans la paroisse de Castelmoron : la première fois, les 7 et 8 juin 1839, par Mgr Jacoupy, alors âgé de 79 ans ; la seconde fois, le 12 novembre 1841, par Mgr de Vésins ; et la troisième fois, par le même Mgr de Vésins, le 3 décembre 1850.

Le 7 et le 8 juin 1839, il y eut en tout 608 confirmants.

M. Maurel ne jouit pas longtemps de la belle église qu'il avait fait bâtir. Il fut transféré à la cure de Marmande. — Je ne le suivrai pas sur ce nouveau théâtre. Après 22 ou 23 ans d'un ministère fécond, il passa de la cure de Marmande au chapitre de la cathédrale d'Agen, d'où ce saint prêtre a dû passer, je n'en doute pas, au séjour des éternelles récompenses.

XXI.

Après M. Maurel vint M. Labatut, l'homme entreprenant, nomma d'œuvres par excellence.

C'est à lui, c'est à M. Labatut que la paroisse de Castelmoron doit l'école des Frères, les peintures murales et les vitraux de l'église, les quatre cloches, le presbytère, la maison du sacristain, etc., etc. Disons-le, si peu de prêtres ont travaillé autant que M. Labatut, peu de prêtres aussi ont eu à lutter et à souffrir comme lui.

Pour se l'aire une idée de ses luttes, il faut lire le registre des délibérations de la fabrique. Aucune opposition ne lui a été épargnée. Mais avec la ténacité de caractère et surtout avec l'esprit de foi qui le distinguait, il a tout bravé, et rien jamais n'a pu l'empêcher de poursuivre son but. La plupart du temps du reste le succès couronna ses efforts.

S'il eut des opposants, il eut aussi de puissants appuis. Des bourses généreuses s'ouvrirent pour l'aider dans tous ses projets. Le nom de Mme Vignaux se présente ici, tout naturellement, au bout de ma plume. Que cette vénérée bienfaitrice de la paroisse, que cette infatigable auxiliaire des curés de Castelmoron reçoive, dans cette notice, l'hommage qu'elle mérite ! La mort nous l'a ravie ; mais le ciel nous l'a rendue dans le digne héritier de sa fortune et de son cœur.

M. Labatut lutta ; il souffrit. Mais de toutes ses épreuves, la plus poi¬gnante fut celle que lui causa le scandale dont sa chère école de garçons fut le théâtre. On pense qu'il ne put résister à celle-là, et que c'est ce qui le détermina à résigner son titre. Il donna sa démission. Il a vécu encore neuf ans après cet acte héroïque, neuf ans de tristesse, j'ose le dire, car le repos a dû coûter à cette âme ardente. Mais ces 9 ans lui auront certainement été comptés devant Dieu. — Du reste, son repos, à lui, n'a pas dû être un repos vulgaire. Il y a une manière de se reposer, pour les saints, qui a sa fécondité. Tel a été le repos de M. Labatut deus les dernières années de sa vie. Il est mort en 1884, le 26 du mois de mai.

XXII.

En énumérant les diverses choses que la paroisse de Castelmoron doit à M. Labatut, j'ai signalé l'école des Frères, les peintures et les vitraux de l'église, etc. etc. — Je reviens à cette école, à ces peintures et à ces vitraux, etc., etc.

L'école des Frères, M. Labatut la fonda en 1859, et il la confia aux frères de l'Instruction chrétienne ou de Lamennais, dont la maison mère est à Ploërmel, en Bretagne. On parle encore du frère Joseph qui en l'ut le premier directeur et qui, pendant neuf ans la fit briller et prospérer à l'égal des plus florissantes écoles. — Depuis le frère Joseph, elle a eu parfois des jours d'épreuve ; et M. Labatut, nous l'avons déjà dit, l'a su mieux que personne. Mais les jours d'épreuve qu'ont à subir les œuvres de Dieu passent comme un orage. C'est ce qui est arrivé pour l'Ecole Congréganiste de Castelmoron. Elle a survécu à toutes les secousses de tout genre qu'elle a éprouvées. Aujourd'hui, malgré la concurrence redoutable que lui fait une école rivale, laïque et communale, elle suit son cours, et continue à jouir de la confiance des familles.

Castelmoron doit plus qu'on ne pense à cette école. Il lui doit d'avoir encore, ce qui devient de plus en plus rare, bon nombre de jeunes gens et de jeunes hommes dont la foi n'a pas sombré dans le déluge presque universel d'impiété qui désole notre époque ; bon nombre de jeunes gens et de jeunes hommes pour qui la religion est restée et restera la base de ces vertus qui assurent à la famille les plus précieux éléments de moralité et de bonheur, et à la société, des citoyens comme il les lui faut, surtout dans les temps de trouble et de décadence que nous traversons.

Je ne veux pas dire que parmi les élèves qui sont sortis de cette école il n'y en ait pas eu qui en ont oublié les leçons. Il y en a eu, hélas ! Mais l'expérience est là pour nous permettre d'espérer que le fruit de ces leçons ne sera pas perdu pour toujours. Il y a des influences que l'on croit mortes, et qui ne font que sommeiller. Telles sont celles d'une bonne éducation première reçue dans une école chrétienne.

En quittant Castelmoron en 1875, M. Labatut donna par acte entre vifs, le local de sa chère école à l'Evêché d'Agen.

XXIII.

Les peintures de l'église de Castelmoron sont l'oeuvre de Brücker, un véritable artiste qui excelle dans la peinture décorative pour laquelle du reste il a eu le bon goût de demander des modèles à l'école Florentine qui jeta tant d'éclat sous les Cimabüe et les Giotto.

En entrant dans l'église de Castelmoron, on est frappé par cette harmonie de tons qui règne dans l'ensemble, par cette fraîcheur de coloris, par cette intelligence d'ornementation qui fait ressortir l'architecture en s'accordant avec elle.

C'est dans le sanctuaire surtout que Brücker s'est plu à révéler son talent.

Tout, dans le travail de l'artiste, est dirigé vers le saint sacrifice de l'autel et la suprême félicité dont il est le gage.

Faisons une étude de détail : le fond damassé se compose, en grande partie, des figures symboliques des Evangélistes, l'ange, le taureau, le lion et l'aigle. Dans les bordures, c'est la vigne entrelacée d'épis do blé. Ces bordures encadrent, près de l'autel, dans une splendide ornementation, d'un côté, les patriarches sacrificateurs de l'ancienne loi, Abel, Noé, Abraham et Melchisédech ; de l'autre, quatre Pères des premiers siècles qui ont parlé de l'Eucharistie, saint Ignace d'Antioche, saint Justin, Origène et saint Jérôme. Puis, au dessous des cadres où s'étalent ces nobles figures, sont dessinées, sur des plaques de zinc, de grande dimension, les figures non moins belles et non moins saisissantes de Saint Jean Chrysostome et de Saint Athanase, du côté de l'évangile, de Saint Ambroise et de Saint Augustin, du côté de l'épître.

Elevons nos regards, et que voyons-nous encore ? les huit béatitudes, personnifiées par dos femmes. L'artiste a donné à chacune d'elles un écusson particulier qui la caractérise. C'est ainsi que la première : Bienheureux les pauvres d'esprits, c'est-à-dire les humbles, est représentée couverte d'un long voile noir, et portant sur son écusson une croix renversée. On sait que Saint Pierre, par humilité, voulut être crucifié la tête en bas.

Ce n'est pas seulement dans le sanctuaire principal que Brücker a révélé son inspiration artistique et son talent. Il s'est révélé aussi dans les chapelles.

A gauche du maître-autel, comme je l'ai déjà dit, au sommet de la nef de droite, est la chapelle de la Très-Sainte Vierge. Or, à coté de la superbe statue qui surmonte l'autel, l'artiste a peint, appuyé sur sa harpe, le prophète royal, chantre de Marie et père de la noble race d'où devait naître la Mère de Dieu. On y voit aussi Daniel et Isaïe : celui-ci est appuyé sur la scie qui fut l'instrument de son supplice et, dans une de ses mains, il porte un phylactère avec la prophétie annonçant la glorieuse maternité de la Vierge de Juda. Vient ensuite Ezéchiel qui a symbolisé la virginité de Marie par cette porte clause que nul mortel ne saurait franchir.

Dans les quatre compartiments de la voûte, sont les trois archanges, Michel, Gabriel et Raphaël, et un autre messager de la hiérarchie céleste. Saint Michel, qu'on pourrait appeler l'ange des combats, se reconnaît au glaive qu'il tient dans sa main ; Gabriel porte le lis de l'Annonciation et Raphaël, le bâton du voyageur.

Au dessus de la statue de la Vierge, l'artiste a placé l'écusson que le moyen âge donnait à la mère de Dieu : D'azur à trois lis d'argent, eu chef de gueules, chargé de trois étoiles d'or.

L'artiste n'a pas moins ingénieusement décoré la chapelle des Morts. Il. y a peint quatre anges portant les instruments de la Passion. En outre, sur des médaillons qui courent au-dessus de l'ogive, sont dessinés le monogramme du Christ et des colombes s'abreuvant dans un calice ; deux symboles qu'on rencontre assez souvent sur les sarcophages chrétiens.

Dans l'un des compartiments de la voûte, est peint un navire qui, au moyen âge et dans les premiers siècles de l'Eglise, symbolisait la vie du chrétien ballotté par les flots des passions, marchant toujours à travers les écueils et luttant sans cesse pour arriver au port. Cet emblème était emprunté à l'auteur du livre de la Sagesse qui compare au navire qui fend les flots la rapidité et l'inconstance de la vie humaine. Dans les autres compartiments, on voit la balance du jugement où toutes nos actions sont pesées par la justice divine, les clefs qui doivent nous ouvrir les portes du paradis, et l'âme humaine s'envolant au Ciel sous la forme d'une colombe.

Il fallait à l'œuvre de Brücker une bénédiction. Cette bénédiction eut lieu le 5 juillet 1868. C'est Mgr Elloy, évêque de Polynésie, de passage dans le diocèse d'Agen, qui fit cette cérémonie. La population catholique de Castelmoron fit à ce sympathique Prélat l'accueil enthousiaste qu'il méritait, Elle se souviendra longtemps du charme de sa parole et de l'aménité de ses manières. Le lendemain, 6 juillet, il y eut une confirmation, à laquelle prirent part 102 jeunes gens ou jeunes filles.

M. Brücker n'a pas seulement peint les trois sanctuaires de l'église de Castelmoron. II a peint toute l'église, murs, voûtes, colonnes. Sur les murs sont appliquées des croix peintes sur plaques de zinc. Chacune d'elles est enrichie, à son centre, d'un médaillon à personnages, habilement orné et émaillé. Au-dessous de chaque plaque, on a suspendu ou plutôt cloué une petite croix en bois de chiure, et c'est à ces petites croix que sont attachées les indulgences du Via Crucis. Le chemin de croix de l'église de Castelmoron est remarquable. On s'extasie devant cette petite merveille qui, à son mérite intrinsèque, joint celui de l'originalité et de la nouveauté. Ce chemin de croix fut bénit le 23 octobre 1872, par Mgr d'Outremont, alors évêque d'Agen. Cet évêque distingué, dont on n'a pas oublié dans notre diocèse les qualités éminentes, ne lit que passer parmi nous : il fut transféré à l'Evêché du Mans où il est mort, il y a deux ans.

XXIV.

Si les peintures de l'église de Castelmoron sont remarquables, les vitraux ne le sont pas moins, Du reste il suffit de dire qu'ils sortent des ateliers de Thibaut, de Clermont, pour donner la mesure de leur mérite artistique. Je dis qu'ils sortent des ateliers de Thibaut. Il faut en excepter trois, les trois du fond qui sont de Mme Arbanère comme je l'ai noté précédemment. Ces trois vitraux représentent, on s'en souvient, celui du milieu : Notre-Seigneur Jésus-Christ et les deux autres, saint Hilaire et saint Jean l'évangéliste. Puis viennent, d'un côté, du côté de l'évangile : saint Martin, saint Phébade et saint Laurent ; de l'autre, du côté de l'épure : saint Caprais, saint François de Sales et saint Etienne. Comme choix de personnages et comme exécution, rien n'y manque. Mais ce n'est pas une étude critique que j'ai entrepris de faire. Je rentre dans mon rôle de chroniqueur.

Aux fenêtres de la nef où se trouve la chapelle de la sainte Vierge, sont représentées la Nativité, la Présentation, l'Annonciation, la Visitation et l'Assomption.

Aux fenêtres de la nef où se trouve la chapelle des Morts, sont représentées les Ames du Purgatoire, malheureuses, et puis soulagées et délivrées par la prière, l'aumône et le saint Sacrifice de la Messe.

Je ne parle pas des fenêtres géminées de la grande nef, toutes garnies de grisailles qui ne sont pas sans valeur, ni de celle des fonts baptismaux où l'on voit, sur l'un des panneaux, saint Jean-Baptiste baptisant Notre-Seigneur, et sur l'autre, le Sauveur du monde disant à ses apôtres : Allez et enseignez toutes les nations, baptisez-les etc., etc.

J'ai été peut-être un peu long sur des détails sans importance. Que mes lecteurs me le pardonnent. On s'oublie facilement en parlant de ce qu'on aime. Or, dans mon église, tout me passionne.

XXV.

On ne peut parler ni de M. Labatut ni de l'église de Castelmoron sans parler des cloches. L'église de Castelmoron en possède quatre qui furent fendues en 1866, par Burdin, de Lyon. La plus belle pèse neuf cents kilos ; la seconde en pèse six cents ; la troisième quatre cents, et la quatrième deux cents. Les quatre font l'accord parfait de fa majeur. Elles furent bénites, le 5 février 1867, avec une grande solennité par M. Manet, vicaire général.

Sur la première, voici ce qu'on lit : « J'ai été bénite sous le Pontificat de Pie IX et l'épiscopat de Monseigneur de Levezou de Vesins, Pierre-Romain Labatut étant curé-archiprêtre de Castelmoron. Je me nomme Marie. Autrefois je portais avec orgueil le nom de Belzunce. Maintenant j'aime ceux de M. Jean Frémont, président de la fabrique et chevalier de la Légion d'honneur, mon parrain. Ma marraine est Madame Marie-Aimée Ve Cusson, née Frémont. O Marie conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous. »

On lit sur la seconde : « La foi sans les oeuvres est une foi morte. Monsieur Charles Vignaux est mon parrain, Mademoiselle Françoise Massias est ma marraine. »

La troisième et la quatrième ont aussi leur inscription. Voici celle de la troisième : « J'ai combattu le bon combat, j'ai conservé la foi. Mon nom est Hilaire. Mon parrain est Pierre-Hilaire Sabatté, et ma marraine Jeanne Balet, épouse Glaunès. »

Enfin l'inscription de la quatrième est celle-ci : « Voici l'agneau de Dieu. Je me nomme Jean. Mon parrain est Jean Reygasse, et ma marraine Valentine Bransoulié. »

Quand on songe à tout ce que M. Labatut a fait à Castelmoron, dans l'espace de vingt-deux ans, volontiers on se représenterait un homme sans cesse à la tache, et gardant une résidence obstinée. On se tromperait. M. Labatut fit de nombreux voyages. Mais quels voyages ! Tous les lieux qui portaient quelque empreinte du surnaturel avaient pour lui, en quelque sorte, un attrait irrésistible : Rome, La Salette, Lourdes, Paray-le-Monial, le Mont Saint-Michel, Bois d'Haine le virent accourir pour y satisfaire son âme ardente et saintement exaltée. Et c'est ainsi que ses courses nombreuses qui lui avaient valu le surnom de Petrus Currens, que ses amis lui donnaient, par manière de taquinerie familière, ne furent, le plus souvent et en réalité, que de pieux pèlerinages.

XXVI.

On dit que le presbytère de Castelmoron est un des plus complets du diocèse. On a raison de le dire. Mais à qui les curés qui se succéderont à Castelmoron devront-ils ce logement commode et confortable ? à M. Labatut.

On lui doit encore la maison du sacristain. Il commença par l'acheter, et puis il la revendit à la fabrique pour la somme de 2.500 francs.

Pouvoir loger un sacristain dans une petite ville, et pouvoir le loger en face de l'église, c'est pour un curé d'une importance considérable qui n'échappera pas certainement aux hommes pratiques qui liront ces lignes. Eh bien ! grâce à M. Labatut, les curés de Castelmoron pourront à jamais disposer d'un logement bien situé pour leur sacristain, et par suite, ils auront toujours sous la main cet employé si précieux pour un curé, quand il a eu la main heureuse.

XXVII.

M. Labatut aimait à faire entendre à sa paroisse des prédications extraordinaires. Il comprenait que ces prédications ont une vertu particulière qui remue les âmes. Or il appelait de préférence pour ces prédications des religieux. Il lui semblait que les religieux, par le fait même de leur vocation, sont plus capables d'exercer cette bonne influence que donne toujours à la parole le prestige d'une vie plus particulièrement vouée à la règle, à la discipline, en un mot d'une vie plus parfaite. Et parmi les religieux, ceux qui avaient ses préférences, c'étaient les Jésuites. Comme on le voit, sous ce rapport, comme sous bien d'autres, M. Labatut n'était pas de son siècle. Au fait, ce n'est pas précisément ce dont je le blâme.

De tous les Pères Jésuites qui ont laissé des souvenirs de leur passage à Castelmoron, aucun n'en a laissé de plus vivants, de plus durables que le Père Pérard. — Le P. Pérard était un orateur à la parole originale mais ardente. Son langage était fortement imagé. Parfois il y avait du sans gène dans ses allures. Mais l'homme de Dieu s'accentuait en lui et dominait visiblement. Avec une âme de feu, il avait une logique puissante. Il obtint dans la paroisse de Castelmoron les plus consolants résultats. Et il n'y a pas bien longtemps encore qu'assistant à son lit de mort un vieillard nonagénaire, je recueillis de sa bouche cet aveu qui est le meilleur panégyrique d'un apôtre : « c'est à lui, c'est au Révérend Père Pérard que j'ai dû, en 1861, mon retour à Dieu. »

Il n'est fait mention dans les archives de la paroisse de Castelmoron que de deux cérémonies de confirmation ayant eu lieu sous M. Labatut : l'une en 1857, le 26 mai ; l'autre en 1867, le 5 juillet. A la première, il y eut 95 confirmants ; à la seconde, il y en eut 102.

Pendant la période de l'histoire paroissiale de Castelmoron qui s'ouvre en 1790 et finit à 1823, il a dû certainement se produire des faits qui nous intéresseraient, s'ils étaient arrivés jusqu'à nous. Mais je n'en ai pu découvrir aucun qui mérite d'être signalé. D'autre part, j'ai noté tout ce qui m'a paru digne de remarque depuis 1823 jusqu'à 1875. Je n'ai omis, je crois, qu'une chose, c'est de faire mention des vicaires qui se sont succédé pendant ces cinquante-deux ans.

Je comble cette lacune :

M. Casse eut deux vicaires : M. Rumeau et M. Laccan.

M. Maurel en eut six : MM. Yon, Malateste, Dubernet, Foulon, Massou, Campunaut.

M. Labatut en eut six également : MM. Thouron, Bonnefin, Sourisseau, Roy, Gerbeau et Laffitte.

XXVIII.

Depuis quelques années, la ville de Castelmoron s'est considérablement agrandie et embellie, grâce à l'intelligence et à l'activité des divers magis¬trats qui s'y sont succédé ; grâce surtout, il faut le dire, c'est justice, à l'intelligence et à l'activité de M. Valentin Bransoulié. Entré en fonctions au mois de mai 1871, il a, en peu de temps, transformé notre ville : escaliers pour descendre au Lot au bout de la rue de la prison, ainsi qu'au bout de la ruelle qui sépare la maison Salzedo du château ; beau foirail, superbes promenades ombragées déjà par des platanes magnifiques, chemin de ronde un peu étroit peut-être, mais qui a son mérite et ses agréments, voilà ce qui fut fait en 1871 et 1872.

L'année 1873 fut encore mieux remplie que la précédente et signalée par des améliorations plus importantes. C'est en 1873, en effet, que fut construite notre halle si élégante et si gracieuse. C'est encore en 1873 que fut acheté l'Hôtel de Ville, et que fut créée la petite place qui le sépare de l'ancienne prison. C'est enfin de cette même année que datent le pontage du Camuzol, la place des Frères, et le pavage en macadam des rues du cimetière et du Grouillé.

Les intérêts du commerce exigeaient une Cale qui facilitât l'embarquement et le débarquement des marchandises qui entrent dans notre port ou qui en sortent. Cette Cale fut commencée en 1874 et elle est faite. Cette même année 1874, M. Bransoulié fit faire encore le lavoir de Layrial.

Les années 1875, 1876 et 1877 ne devaient pas être stériles. A chacune d'elles restera attaché le souvenir de quelque travail communal et de quelque amélioration : construction d'une petite Cale à Bujat, pavage de rues, et notamment de la rue Garraud, installation de trois fontaines publiques, sur divers points de la ville.

Nous arrivons à l'année 1878. C'est de cette année que date la route du rocher ; route longtemps si désirée et si utile pour l'exploitation des vignes qui ornaient autrefois notre riant coteau ; route si agréable pour les promeneurs qui veulent jouir de haut, du beau spectacle qu'offre la riche et pittoresque plaine du Lot.

Notons encore, en fait d'améliorations se rapportant aux années 1879, 1880 et 1881, le nivellement de la place qui entoure l'église, l'installation d'un trottoir autour de cette place, le pavage et l'élargissement de la rue du Sol long ; enfin la transformation de l'entrée de la rue Notre-Dame et de la place Féart, au moyen d'un trottoir et de plantations qui donneront un jour à cette place l'aspect d'un square charmant.

Je n'ai fait que mentionner, au commencement de cette notice, l'existence de la fontaine monumentale qui s'élève au milieu de la place Henri IV, entre la halle et la route n° 13. Cette fontaine restera à Castelmoron comme un souvenir impérissable de la générosité de M. Félix Solar. La source qui l'alimente est au village de Lyssandre. L'eau est conduite, sur un parcours de deux kilomètres environ, par des tuyaux en fonte. Arrivée sur les lieux où s'élève la fontaine, elle jaillit en forme de gerbe, pour retomber en nappes abondantes dans un bassin d'où elle coule sans cesse par seize bouches intarissables.

XXIX.

Castelmoron n'est pas une ville commerçante, malgré ses douze foires et son marché de chaque semaine. Et cependant les grands négociants ne nous manquent pas pour trafiquer sur toutes les denrées du pays : le vin, le blé, la prune.

Ces divers négociants fournissent un travail continuel à de nombreux rouliers qui circulent sans cesse et dans toutes les directions, à plusieurs lieues à la ronde, et à de nombreux bateliers qui, nuit et jour, descendent ou remontent le cours du Lot.

Donnons, en passant, un souvenir attristé à l'importante tannerie de MM. Nègre frères, fermée aujourd'hui, et qui jouissait autrefois d'un renom si mérité. Elle était située dans des conditions admirables, au confluent des deux bras du Camuzol, à cent mètres environ de l'endroit où ce ruisseau se jette dans le Lot.

Castelmoron possède des ateliers que pourraient lui envier les grandes villes, des ateliers où se confectionnent toute sorte de machines pour l'agriculture et l'industrie.

On se procure facilement, dans notre ville, les choses nécessaires à la vie. Les fournisseurs y sont nombreux, et je pourrais citer des magasins où la tenue et le bon goût le disputent à la quantité des articles qu'on y débite. Tous les corps d'état sont largement représentés chez nous, et parmi nos ouvriers, quelques-uns ont une incontestable valeur.

XXX.

A quelque distance de la ville de Castelmoron, et sur la même rive, se trouve une fontaine dont je dois faire une mention spéciale; c'est la fontaine de Fonfrède. Cette fontaine appartient à la famille Nègre (une des familles les plus anciennes et les plus justement considérées de la localité). Elle est remarquable par l'incontestable propriété médicale de ses eaux, que d'habiles chimistes, après les avoir analysées, n'ont pas craint de comparer aux eaux minérales de Vichy, de Contrexéville, de Vals et de Capvern.

« L'eau de Fondrède, dit M. Filhol, chimiste renommé de Toulouse, dans un rapport qui a été imprimé et qui a eu l'approbation et la sanction a des savants de l'école des Mines, de Paris, a tous les caractères d'une eau bicarbonatée, légèrement alcaline et remarquable par la quantité d'azote qu'elle renferme. »

L'expérience atteste, et plusieurs médecins ont reconnu que l'eau de Fonfrède est très utilement employée contre une foule de maladies : citons la goutte, la gravelle, le diabète, les coliques néphrétiques, les cystites aiguës, l'inflammation des reins et des voies urinaires.

L'eau de Fonfrède n'est pas très abondante. La source qui la produit peut donner cependant une moyenne de dix litres par minute, soit 12.100 litres toutes les vingt-quatre heures. Ce serait peu pour alimenter un établissement de bains qui serait fréquenté. C'est beaucoup pour n'être utilisée que sous forme de boisson.

Il est très probable que dans le voisinage de la source de Fondrède il y a d'autres sources dont les eaux sont de même nature. Je souhaiterais que les eaux de ces sources fussent analysées, et qu'une fuis leurs propriétés reconnues, elles devinssent, au moyen d'une entreprise quelconque, privée ou sociale, l'objet d'une exploitation intelligente et active Outre les services humanitaires qui résulteraient d'une semblable entreprise, quelle importance, si la réputation des eaux de Fonfrède venait à s'étendre et à s'implanter dans le public, quelle importance, dis-je, ne prendrait pas tout naturellement la ville de Castelmoron, surtout quand fonctionnera la ligne ferrée qui va la desservir, ralliant ainsi le Grand Centre au Midi !

Mais il est temps que je m'arrête, et pour mes lecteurs et pour moi. D'ailleurs je ne pourrais prolonger cette notice sans mêler mon nom à mes récits. On m'en dispensera. On laisse des notes ; on n'écrit pas sa propre histoire.

 

Notes :

 

(1) Publié à Agen, imprimerie et lithographie Veuve Lamy, 43 rue Voltaire, 1886.

 

 

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