Casteljaloux.
C.H.G.H.47
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AUTEUR ANONYME.

Monographie de Casteljaloux.

I - Origine : incertaine.

Des fouilles entreprises à 2 kilomètres au Nord de la ville à Fontpeyre ont permis de découvrir des fondations et une tête de marbre datant de l’époque gallo-romaine : deux kilomètres plus au Nord les ruines de l’ancienne église Saint-Aulasie recouvraient des ruines gallo-romaines qu’on croit être celles de bains. Au lieu dit Perdigon, entre Casteljaloux et Anzex, on trouve encore un tumulus gaulois.

La même incertitude règne au sujet de l’étymologie. Certains auteurs croient voir dans Casteljaloux l’ancien Castellum Vandalorum ou « Château des Vandales » souvenir de la grande invasion barbare de 407. D’autres, au contraire pensent que Casteljaloux vient du latin gelosus (jaloux) la tradition voulant rappeler ainsi la jalousie du seigneur du lieu à l’encontre d’un seigneur voisin : celui de Labastide-Castel-Amouroux.

Quoi qu’il en soit, jusqu’aux approches de la Révolution de 1789, la plupart des actes officiels portent l’appellation Castelgeloux.

II - Période des Mérovingiens et Carolingiens.

Notre région a servi de champ de bataille aux successeurs de Clovis. Puis elle est envahie par les Vascons ou Gascons en 586 et par les Sarrazins en 732. Le peuple est à la misère : il vit dans des grottes ou dans les bois (grottes des Forges).

En 780, Charlemagne fonda le royaume d’Aquitaine qui, dès 843, est dévasté par les Normands.

III – Période de la Féodalité et du Moyen Age.

1 - La ville.

a) Situation – Il paraît positif que la rivière de l’Avance divisée en 2 bras servait de ceinture et peut-être de fossés à notre ville.

b) Les portes – Casteljaloux avait 3 portes principales:

Deux portes secondaires :

c) Les tours : La tour de Maqueboeuf défendait Castelajloux du côté de l’Ouest et servait en outre de prison.

d) Les châteaux :

e) Les églises

2 - Les guerres seigneuriales.

Casteljaloux se trouvait à la limite du Bazadais et de l’Agenais, mais l’Avance ayant subi quelques changements de lit, les évêques de Bazas d’Agen se la disputèrent au XIIe siècle.

Vers la fin de ce siècle, les sires d’Albret acquirent la baronnie de Casteljaloux.

3 - Organisation communale.

L’avènement des Sires d’Albret à la baronnie de Casteljaloux se manifesta par l’émancipation de la commune. Le système municipal existait depuis longtemps et les envahisseurs (Romains, Wisigoths) le conservèrent.

Conseil des Jurats – Les 24 jurats élus à vie par les bourgeois s’occupaient des affaires générales.

Les bourgeois – Le Conseil des Jurats prononçait l’admission au droit de bourgeoisie qui était une distinction qui pouvait s’étendre aux terres de certains habitants. Les bourgeois prêtaient serment d’être bons et loyaux ai seigneur d’Albret et à la ville, et de garder les coutumes et privilèges de la dite ville.

Les Chrétins ou Capots – Au-dessous des Jurats, des bourgeois, des habitants ordinaires de Casteljaloux, se plaçaient les tristes restes des Sarrazins que l’on employait aux travaux infâmes : « per far lo gibet… », « per far l’échafaud… »

Les consuls – Les quatre consuls étaient choisis parmi les Jurats et élus par eux en présence des officiers de justice.

Autres employés communaux – Tous ayant prêté serment de fidélité.

Les régents : maîtres d’écoles,
Le clerc : chargé du livre des jurades,
Le médecin : gagé par la ville,
Le sergent de ville.

Les bouchers s’engageaient sous serment à approvisionner en bonne viande les Consuls, comme à faire bon poids.

4 - La Justice.

Le droit de justice était exercé par les Consuls, conjointement avec le Bayle ou juge commis par les Sires d’Albret. Ils ne jouissaient de ce droit qu’en première instance. Un juge d’appeaux créé par les Sires d’Albret siégeait dans la ville avec un Lieutenant d’appeaux et recevait les appels de toutes les justices seigneuriales. C’était le bourreau de Nérac qui venait « fonctionner » à Casteljaloux.

5 - Les Impôts.

Les revenus consistaient en :

Les Tailhes qui étaient réparties sur tous les contribuables dans une assemblée générale de tous les habitants.

Le Souquet ou Souchet : espèce d’octroi établi dans la ville dont le produit était appliqué aux fortifications.

Dans un premier temps le prix de ferme du souquet devait s’acquitter en matériaux et en main-d’œuvre aux tours et murailles de la ville. Mais passé l’an 1460 les adjudications du souquet se firent à prix d’argent (en 1643 ce prix fut de 60 francs. La paire de bœufs valait de 14 à 15 francs).

La Halle : la commune louait des bancs aux vendeurs (bouchers…) moyennant une redevance.

La pêche dans les fossés et location des tours de la ville étaient un revenu fort casuel.

Les Rentes : certains habitants versaient une somme pour payer la bourgeoisie de leurs vignes.

Les amendes et confiscations : une ordonnance de police sur la vente des animaux sauvages dans la ville donnait à la ville les 2/3 et au Sire d’Albret 1/3 des amendes et confiscations prononcées par les Consuls.

6 - Les Seigneurs.

Amanieu IV : premier baron de Casteljaloux. Fit la guerre à l’évêque de Bazas et coopéra à l’émancipation de la commune.

Amanieu V : accorda les dîmes de Casteljaloux pour la subsistance de deux chapelains.

Amanieu VI, Bernard Ezi, Amanieu VII : rien d’important n’est survenu à leur époque.

Bernard Ezi II : fonda le souquet en 1342 et fit bâtir les premières fortifications.

Amand Amanieu : grand chambellan – Sous son règne les Consuls firent construire la barbacane en avant de la porte Saint-Raphaël.

Charles Ier : Connétable de France, fit tué le 25 octobre 1415 à Azincourt.

Charles II : fonda la foire de Saint-Grimaud qui se tient les 13 et 14 octobre de chaque année.

Alain : Sire d’Albret surnommé le Grand, fit creuser les fossés autour de la ville en 1512. En 1521, il accorda aux Consuls de Casteljaloux la permission de faire élever dans la rue principale, sur un pilier, une « gaby » ou cage de fer pour mettre dedans les malfaiteurs.

Henri d’Albret : Roi de Navarre. Fut fait prisonnier avec François Ier à la bataille de Pavie (1525). Il s’évada. Il prêta serment de maintenir les coutumes de la ville et obtint du roi Henri II l’érection de l’Albret en duché.

IV – Les guerres de religion.

Première guerre (1561-1562) : La ville de Casteljaloux où dominait le parti protestant fut obligée de se soumettre à Monluc rendu maître de tout le pays par la victoire qu’il venait de remporter contre les religionnaires de Nérac sur les hauteurs de Galaup non loin de Vianne (14 août 1562). A cette époque et antérieurement les seigneurs de Saintrailles avaient le gouvernement de Casteljaloux. Casteljaloux fut l’un des lieux accordés aux religionnaires par l’édit de pacification pour l’exercice de leur culte.

Deuxième guerre (1567-1568) : La ville n’eut pas à souffrir des hostilités de cette guerre.

Troisième guerre (sept. 1568 – déc. 1568) : Jeanne d’Albret, reine de Navarre, s’étant évadée de Nérac en passant par Casteljaloux, la ville fut occupée par Montalmat, sénéchal de Béarn et par Fontrailles, sénéchal d’Armagnac. Ces religionnaires avant de rejoindre leur reine à Tonneins, commirent dans Casteljaloux de grands désordres et de grandes cruautés. Ils rasèrent l’église Notre-Dame après l’avoir pillée ; ils pillèrent l’église Saint-Raphaël, le couvent des Cordeliers, rompirent et violèrent dans l’église de ce monastère la tombe d’Alain le Grand et de ses enfants (6 septembre 1568). L’église Notre-Dame ne fut reconstruite que longtemps après.

Dès le 17 sept. 1568 Monluc se ressaisit de Casteljaloux ; peu de temps après il déjoua une entreprise du chef religionnaire Marchestel qui voulait s’emparer de la ville. Il nomma Dupleix (père de l’historien) gouverneur de la ville qui n’eut qu’à se louer de lui.

Quatrième guerre : A la Saint-Barthélemy (1572) les deux partis se maintinrent en paix en s’isolant derrière leurs murailles des troubles et massacres qui désolaient la pays d’alentour. « Sera mis aux portes deux serrures et deux clés, desquelles l’une ne pourra ouvrir sans l’autre ; et seront tenues les dites clés, l’une par un consul de la religion réformée et l’autre par un de la religion romaine. »

Cinquième guerre (en 1574) : Les religionnaires conduits par le capitaine La Ramazure de Tonneins et par le capitaine Vincent de Bazas, s’emparèrent de Casteljaloux et y tuèrent le capitaine Lamarque. Le couvent des Cordeliers et l’église Saint-Raphaël subirent de nombreux pillages (mars 1574).

Sixième guerre (déc. 1576 – sept. 1577) : Le capitaine Vachonnière, gouverneur de Casteljaloux, à la tête de ses religionnaires, livra aux catholiques de Marmande, non loin du château de Malvirade, sur la rive droite de l’Avance, l’un des combats les plus sanglants de cette terrible époque et y fut tué. L’historien Agrippa d’Aubigné ramena les débris de sa troupe à Casteljaloux où, retenu au lit par plusieurs blessures reçues dans « cette affaire » il fit écrire sous sa dictée par le juge ordinaire du lieu, les premières stances de ses « Tragiques », ouvrage qui parut en 1616. Plus tard la garnison de Casteljaloux, commandée par ce même historien, s’empara du château de Castelnau de Mesmes d’où elle repoussa une entreprise du capitaine Lassale du Ciron et tua le marquis de Villars qui menaçait de l’assiéger avec de nombreuses troupes et quatre canons.

D’Aubigné entreprit ensuite une campagne dans les Landes et y battit un détachement que conduisait à Bordeaux « trois demoiselles condamnées à mort ». Comme ce détachement se composait de catholiques de Bayonne qui avaient refusé d’obéir aux ordres de Charles IX lors de Saint-Barthélemy et de catholiques de Dax où les religionnaires avaient aussi subi un massacre, d’Aubigné renvoya les premiers et fit massacrer les seconds

Septième guerre dite des amoureux : La ville de Casteljaloux ne se ressentit point des hostilités de cette guerre. Durant la paix qui suivit, les catholiques de Bazas formèrent le projet de surprendre Casteljaloux. Mais le roi de Navarre déjoua ce complot en éveillant la vigilance des consuls de cette ville.

Huitième guerre : Le Roi de Navarre forcé de quitter la Gascogne en 1586 pour échapper au duc de Mayenne et au Maréchal de Matignon munit la place de Casteljaloux de quinze quintaux de poudre. Mais la ville ne fut pas menacée. Vers l’an 1586, Henri de Navarre donna le gouvernement de Casteljaloux au capitaine Fabas qui se signala à la bataille de Coutras et à celle d’Ivry. Lors de la rentrée d’Henri IV à Paris, le 22 mars 1594, Saint-Luc chargea le gouverneur de Casteljaloux de la garde de la porte neuve. A la mort d’Henri IV le fils et successeur de Fabas essaya de fomenter dans Casteljaloux quelques troubles.

Neuvième guerre (1621) : Notre ville sut résister aux religionnaires que commandait le sieur de Vicose, beau-frère de Fabas, et resta fidèle à Louis XIII. Elle ne prit aucune part non plus aux guerres de religion postérieures.

Dans l’intervalle qui s’écoula entre la dernière de ces guerres et la Fronde, Casteljaloux eut à subir vers l’an 1629 une famine et une peste ; mais ces maux paraissent légers lorsqu’on les rapproche de ceux qu’appelèrent sur la ville les querelles du prince de Condé avec le cardinal Mazarin.

V – Guerres étrangères.

Cette époque fut l’une des plus désastreuses pour nous car il fallait approvisionner en hommes, en argent et en vivres l’armée française. A toute heure nos consuls se voyaient menacés de la prison s’ils ne satisfaisaient point à toutes les réquisitions.

Nombreuses furent les querelles de notre ville avec les Lugues (paroisses des Landes comprises dans la seigneurie de Casteljaloux mais appartenant au diocèse de Condom. Ces querelles se ravivaient à chaque demande d’argent ou d’hommes.

VI – Sous Louis XIV.

1 - Les Etats généraux.

Le 18 février 1649 la sénéchaussée de Casteljaloux chargea Mr de Broca de se trouver à Nérac pour concourir à l’élection des députés aux Etats généraux convoqués par le roi à Orléans. Le choix du tiers Etats tomba sur Mr Josias du Roy à qui Mr de Broca remit les cahiers des plaintes de la sénéchaussée de Casteljaloux. C’est un triste tableau des abus dont le peuple implorait la répression. Mr de Josias du Roy fut réélu député du tiers aux Etats généraux convoqués à Tours en septembre 1650 par les deux sénéchaussées de Nérac et Casteljaloux.

2 - Préliminaires de la Fronde.

L’héroïque prince de Condé qui avait recueilli le 26 décembre 1646, dans la succession d’Henri de Bourbon son père, le duché d’Albret, crut devoir prendre des mesures pour que ce pays ne devienne pas la victime des troubles qui l’avoisinaient. Le 5 octobre 1649 il fut proposé au Conseil des Jurats de fermer les brèches qui existaient au mur de la ville. Le 18 novembre 1649, on décida que « tous les habitants s’assembleraient avec armes sous la halle et qu’il serait fait garde par six escouades aux ordres des consuls ou autres qu’ils choisiraient ». De plus on placerait des sentinelles hors de la ville.

Notes :

(1) Cette monographie anonyme a été faite à la demande de l’Inspection académique d’Agen en 1941. Réf : 9 PL 26. Archives départementales de Lot-et-Garonne.

 

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